Situation migratoire à Calais

Situation migratoire à Calais
2 septembre 2016

Discours de Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, en date du 2 septembre 2016, à Calais


Seul le prononcé fait foi

Madame la Préfète,

Madame la Sénatrice-Maire,

Monsieur le Député,

Monsieur le Président du Conseil régional,

Monsieur le Président du Conseil départemental,

Mesdames et Messieurs les élus,

Messieurs les Directeurs généraux,

Mesdames et Messieurs les chefs des services de l’État,

Mesdames et Messieurs,

Je suis pleinement conscient des graves difficultés que vous affrontez chaque jour, ici, à Calais. Et si je suis venu aujourd’hui à la rencontre de ce territoire qui souffre, comme je l’ai fait à maintes reprises au cours de ces derniers mois, c’est bien parce que l’État assume ses responsabilités, et que personnellement j’assume les miennes, avec le souci de la méthode, de la vérité et de l’humanité. Celles-ci sont nécessaires à la résolution des difficultés qui forment votre quotidien.

Je suis également venu avec lucidité, car je mesure la lassitude, l’impatience et l’exaspération qui saisissent les habitants. Je pense tout particulièrement aux riverains du campement de la Lande, aux commerçants, aux agriculteurs, aux transporteurs, qui ont pour seule exigence de pouvoir vivre et travailler paisiblement, dans la sécurité et la sérénité.

Comme vous-mêmes – car je connais les qualités de cœur des Calaisiens –, je sais aussi la détresse des familles, de ces femmes et de ces hommes, souvent accompagnés de leurs enfants, qui, pour un grand nombre d’entre eux, ont bravé tous les dangers pour fuir leur pays natal ravagé par la guerre, la barbarie, les persécutions, et trouver refuge en Europe.

Chacun d’entre nous le sait bien : la situation qui prévaut à Calais ne constitue pas un problème franco-français. Elle résulte d’une crise migratoire sans précédent, la plus grave depuis la Seconde Guerre mondiale, et qui continue à produire ses effets. L’année dernière, dans ce contexte, plus d’un million d’entrées ont eu lieu sur le territoire de l’Union européenne. Au cours de la même période, environ 3 700 migrants ont trouvé la mort en tentant de traverser la Méditerranée.

Certes, depuis l’entrée en vigueur de l’accord entre l’Union européenne et la Turquie, signé le 18 mars dernier, le nombre de migrants empruntant la voie des Balkans a nettement diminué. Mais la majeure partie du flux passe désormais par la Méditerranée centrale. Par cette voie, 112 000 personnes sont arrivées sur les côtes italiennes depuis janvier 2016, ce qui représente déjà un flux comparable à celui qui avait été observé au cours de la totalité de l’année 2015.

Cette pression n’épargne pas notre pays, même si les choix politiques responsables que nous avons faits en tempèrent significativement les effets. Ainsi, un peu plus de 6.900 migrants viennent d’être recensés sur le campement de la Lande, selon le dernier comptage méthodique réalisé le 17 août par les services de la Préfecture, alors qu’au printemps dernier, nous étions en effet parvenus à faire redescendre le nombre de migrants présents à 3.500 personnes.

Une telle situation, une telle hausse sont une épreuve pour le Calaisis. Tous, ici, nous en sommes d’accord. Élus de la ville de Calais, du département et de la région, représentants de l’État, Gouvernement, nous poursuivons tous les mêmes objectifs : assurer la sécurité des Calaisiens ; maintenir l’ordre public ; préserver, pour les migrants, des conditions d’accueil humanitaire qui soient acceptables.

Cela passe par une lutte déterminée contre les filières de la traite des êtres humains qui exploitent des personnes en situation d’extrême vulnérabilité.

Cela repose aussi sur l’étanchéité effective et durable de la frontière franco-britannique et par la sécurisation du port de Calais, ainsi que du tunnel sous la Manche.

Cela exige enfin une politique responsable et cohérente d’accueil et de mise à l’abri des demandeurs d’asile dans des structures réparties sur l’ensemble du territoire national, ainsi qu’une politique vigoureuse d’éloignement de ceux qui sont en situation irrégulière et ne relèvent pas de l’asile en France.

C’est en faisant preuve de persévérance et de méthode dans la mise en œuvre de ces actions que nous dégagerons une solution efficace et pérenne à la crise que subit la ville de Calais, et ce jusqu’à la fermeture définitive du campement.

Parce que la crise migratoire que connaît l’Europe ne faiblit pas – il faut avoir la lucidité et l’honnêteté de le dire –, l’État prend et prendra toutes les mesures nécessaires pour alléger le fardeau qui pèse sur Calais et sur ses habitants, aussi bien que pour résoudre le drame des migrants.

Au cours de ces dernières semaines, j’ai entendu beaucoup d’outrances et de contrevérités. Sans doute la période se prête-t-elle à cela. Mais la détresse humaine, ici, à Calais, ne s’y prête pas, elle. Et, pour ma part, je refuserai toujours de participer aux polémiques, car je sais que la complexité du sujet migratoire – comme d’ailleurs de la question terroriste – suppose de rapprocher les points de vue, dans le but de trouver les solutions les plus pertinentes.

Pour ce qui concerne l’action de l’État, il y a tout d’abord la solidarité que la Nation doit à la ville de Calais et à ses habitants. J’ai évoqué tout à l’heure ce sujet avec la maire de Calais Natacha BOUCHART, le député Yann CAPET, le président de la Région Xavier BERTRAND et le président du Conseil départemental Michel DAGBERT. Depuis de longs mois, nous travaillons pour trouver une solution définitive à la crise, et je veux encore les remercier devant vous pour leur engagement à tous. J’ai également rencontré les représentants des transporteurs, des commerçants et des agriculteurs pour réaffirmer le soutien que l’État leur apporte et pour répondre aux difficultés qu’ils rencontrent, comme l’ensemble  des habitants de l’agglomération. A cet égard, je rappelle que 50 millions d’euros apportés par l’État viendront soutenir, jusqu’en 2020, Calais et le Calaisis dans le cadre du contrat de développement territorial que nous avons signé, en novembre dernier, avec le Conseil régional, le Conseil départemental, la communauté d’agglomération et la ville de Calais et construit pour soutenir l’économie et l’emploi et développer l’attractivité du territoire. L’État s’est engagé à apporter 25 millions dès avant la fin de 2017, autour de projets qui doivent être construits, solides et éligibles.

Je veux également souligner l’implication de l’ensemble des services de l’État pour soutenir le tissu économique local, au travers notamment de la création d’une cellule d’urgence, pilotée par la Préfecture et la Direction départementale des finances publiques. Cette cellule a d’ores et déjà reçu plus d’une centaine de dossiers de demandes d’étalement, d’exonération et d’aménagement des dettes fiscales et sociales pour soulager les entreprises, ainsi que les exploitations agricoles, qui affrontent des difficultés financières en raison de la situation locale. Le ministère des Finances est pleinement mobilisé sur ce sujet et veille à ce que les dossiers déposés soient traités dans les meilleurs délais.

Mais, en raison des difficultés rencontrées par les entreprises et l’économie du Calaisis, nous avons décidé d’aller plus loin, de redoubler d’efforts. Je vous annonce que nous allons activer un dispositif national de soutien et de solidarité à destination des entreprises en difficulté dans le bassin d’emplois de Calais et du Calaisis, de manière à soutenir plus directement les entreprises qui souffrent.

Sur le plan de la sécurité, nous menons une lutte de chaque instant contre les filières criminelles de passeurs, tandis que nous mettons les moyens nécessaires pour assurer l’ordre public et la sécurité des Calaisiens. A cet égard, je veux à nouveau rendre hommage aux femmes et aux hommes de la Police et de la Gendarmerie nationales qui, à Calais comme dans l’ensemble du département, accomplissent un travail admirable, dans des conditions particulièrement difficiles. Depuis de longs mois, ils sont totalement mobilisés pour assurer leurs missions d’ordre public et lutter contre toutes les formes de criminalité, au service de la sécurité et de la tranquillité des Calaisiens, comme de la sécurité des migrants eux-mêmes. Leur détermination, leur solidité et leur sang-froid ne seront jamais assez soulignés et je veux leur renouveler aujourd’hui mes sentiments d’admiration et de confiance.

Je veux leur dire que les Calaisiens savent ce qu’ils leur doivent. La République le sait, elle aussi. Hier encore, cinq de vos collègues policiers ont été blessés, à Calais, alors que des migrants tentaient de prendre d’assaut la rocade et jetaient des projectiles sur les forces de l’ordre. Et c’est précisément parce que je n’ignore rien des conditions de travail très difficiles qui sont les vôtres que j’ai décidé de mieux les prendre en compte. Une réforme de la prime de fidélisation est actuellement en cours. Dans ce cadre, je vous annonce que les fonctionnaires actifs de Calais et de Dunkerque bénéficieront de cette prime de fidélisation dans les meilleures conditions, et ce dès 2017. Cette mesure, qui s’adresse aux forces territoriales, complètent le dispositif de revalorisation de l’IJAT décidé au 1er juillet dernier pour les forces mobiles.

Depuis 2014, nous n’avons cessé de renforcer les effectifs de Police et de Gendarmerie, multipliés par deux à Calais et dans le Calaisis. En 2014, près de 950 policiers et gendarmes étaient mobilisés pour la sécurisation du port et du centre-ville de Calais. Actuellement, ils sont près de 1 900. 221 policiers assurent des missions de sécurité publique ; 630 CRS et 410 gendarmes mobiles, des missions de sécurisation et de maintien de l’ordre public. A cela, s’ajoutent 38 gendarmes départementaux. Enfin, 597 agents de la Police aux Frontières sont mobilisés contre l’immigration irrégulière et ses filières. A ceux qui prétendent que l’État n’est pas présent à Calais, je tenais tout simplement à rappeler ces chiffres, par respect aussi pour les forces de l’ordre dont le travail difficile mérite d’être soutenu.

Pour tenir compte des dernières évolutions, j’ai pris la décision de renforcer davantage encore notre dispositif. Dans le cadre de la lutte contre l’immigration irrégulière, la direction interdépartementale de la PAF de Calais et Dunkerque a reçu hier le renfort de 62 effectifs, dont 54 sont spécifiquement affectés à la PAF de Calais. C’est là un effort considérable. Par ailleurs, deux unités de forces mobiles supplémentaires ont été dépêchées en zone police – soit 140 CRS – pour permettre de redéployer les effectifs des BAC et mieux sécuriser le centre-ville de Calais, notamment la nuit. En outre, un équipage supplémentaire de BAC de la zone Nord viendra compléter ce dispositif. En zone gendarmerie, 44 gendarmes sont arrivés pour renforcer les différentes unités de gendarmerie implantées dans l’ensemble du département. Parmi eux, pas moins de 28 gendarmes seront affectés dans le seul Calaisis.

Ainsi, l’escadron de gendarmerie mobile de Calais sera renforcé par l’arrivée de 22 militaires, ce qui permettra de créer un 5e peloton chargé des missions de sécurité publique. Par ailleurs, six gendarmes renforcent les effectifs de la brigade de Frethun, notamment pour consolider l’antenne de renseignement territorial créée en juillet dernier. Au total, ce sont donc plus de 2 000 policiers et gendarmes qui vont être mobilisés dans le Calaisis.

A ces effectifs, s’ajoutent les 730 militaires de l’opération « Sentinelle » mis à la disposition du Préfet de la zone Nord, après l’attentat de Nice, pour renforcer le contrôle à la frontière. 660 d’entre eux sont employés sur des missions de sécurité publique, en appui des unités de forces mobiles, et 70 interviennent en soutien de la PAF sur les problématiques spécifiques de contrôle frontalier et de lutte contre l’immigration irrégulière. C’est là un engagement particulièrement important. Le dévouement et le professionnalisme de l’ensemble de ces hommes et de ces femmes portent leurs fruits. Je veux ainsi rappeler que, l’année dernière, nous avons démantelé à Calais 28 filières de trafics d’êtres humains, soit deux fois plus qu’en 2014. De nombreuses interpellations ont eu lieu, qui ont débouché, en comparution immédiate, sur des condamnations à de la prison ferme. Depuis le début de l’année, nous avons démantelé 29 autres filières à destination du Royaume-Uni, en coopération avec les autorités britanniques. Je vous rappelle que, depuis novembre dernier, nous avons rétabli les contrôles aux frontières. Nous conduisons en la matière une action puissante qui nous permet d’obtenir des résultats importants. Sur l’ensemble du territoire national, plus de 60 millions de personnes ont été contrôlées, depuis le 13 novembre, à l’entrée ou à la sortie du territoire. Plus de 54 000 individus considérés comme suspects ont été interpellés, et plus de 35 000 ont été refoulés. Ce sont là des chiffres très significatifs, qui traduisent notre engagement déterminé, notamment dans la lutte contre l’immigration irrégulière, et ce en tout point du territoire. Nous sommes bien sûr particulièrement vigilants sur la frontière franco-belge, où deux points de contrôle permanents ont été mis en place, ainsi que 13 points de contrôle aléatoires dans l’ensemble de la zone Nord. Nous menons également des opérations tout aussi puissantes de contrôle des flux sur les axes routiers et ferroviaires, dans les gares et dans la profondeur des territoires. Depuis le 13 novembre, près de 489 000 personnes ont été contrôlées et près de 3 200 ont été interpellées sur les axes routiers de la zone Nord, tandis que 37 600 ont été contrôlées et près de 3 000 ont été interpellées sur les axes ferroviaires. Pour la seule période comprise entre janvier et août 2016, et sur le seul réseau ferroviaire de la zone Nord, 1 210 migrants en situation irrégulière ont été interpellés.

En outre, nous nous montrons particulièrement vigilants dans les gares parisiennes, aussi bien la gare du Nord, par où transitent des migrants cherchant à rejoindre Calais, que les gares de l’Est ou de Lyon, par où passent ceux qui viennent d’Allemagne ou d’Italie, avant de tenter la remontée vers le Pas-de-Calais. La Préfecture de Police conduit ainsi tous les jours des opérations de contrôle dans les gares de la capitale. Les effectifs policiers affectés à la gare du Nord – principal point de transit – ont été multipliés par deux, soit une compagnie entière de CRS désormais vouée à la sécurisation et au contrôle des flux, en renfort des effectifs de la Brigade centrale des chemins de fer (BCCF). La totalité des trains à destination du Nord sont ainsi filtrés, ce qui représente une moyenne de 60 TGV et d’une centaine de TER-Intercités par jour. Depuis janvier 2016, 244 étrangers en situation irrégulière ont été contrôlés, et 173 ont fait l’objet de procédures. Nous n’agissons donc pas seulement à Calais même ; nous agissons aussi en amont pour entraver l’arrivée de migrants dans le Calaisis et dans l’ensemble de la zone Nord.

Avec la même résolution, nous avons également sécurisé, à Calais, les infrastructures de transport, le port et le tunnel sous la Manche, afin que la frontière soit complètement étanche. Car, sans un tel effort, nous savons bien que d’autres filières tenteraient de s’implanter, et des migrants, toujours plus nombreux, trompés par les mensonges des passeurs, seraient tentés de demeurer dans les campements du Calaisis, dans l’attente d’un hypothétique passage outre-Manche. Là aussi, notre action porte ses fruits. Depuis plusieurs mois, aucune intrusion n’a été détectée à l’intérieur du tunnel, et les autorités britanniques nous indiquent qu’elles ne constatent plus aucun passage irrégulier. Je veux donc saluer tout particulièrement l’action des gendarmes affectés à la sécurisation du tunnel. Pour vous donner un ordre de grandeur, depuis janvier 2016, nous n’avons constaté que 315 intrusions sur le site du tunnel, alors qu’en octobre 2015, nous en avions décompté plus de 10 000. Parallèlement, 10 394 migrants en situation irrégulière ont été interpellés entre janvier et juillet 2016. Le message que nous envoyons aux migrants et aux passeurs est donc très clair : on ne passe plus et on ne passera plus à Calais ni, d’ailleurs, à Dunkerque. Concernant les éloignements de migrants irréguliers, nous faisons preuve de la même détermination. L’année dernière, 1 755 migrants ont ainsi été éloignés du territoire français depuis le Pas-de-Calais. Depuis le début de cette année, nous en avons d’ores et déjà réalisé 1 145. Nous allons bien sûr maintenir cet effort dans les semaines et les mois à venir.

A cet égard, je veux répondre avec précision à une affirmation publiée dans la presse ce matin, selon laquelle les expulsions de migrants irréguliers seraient en nette diminution depuis six mois. C’est là un sujet important, qui mérite que l’on s’y attarde en ayant à l’esprit l’ensemble de notre dispositif. Parce qu’il y a une cohérence globale de notre politique. Le tassement du nombre d'éloignements constatés au début de l'année 2016 traduit le fait que, depuis la décision du Gouvernement de rétablir les contrôles aux frontières intérieures Schengen au soir du 13 novembre dernier, une part plus importante de l'action menée contre l'immigration irrégulière s'effectue désormais à nos frontières. Cette action permet donc de refuser l'entrée sur notre territoire à des personnes qui ne disposent pas du droit d'y séjourner et qui, si elles avaient pu parvenir à le rejoindre, auraient fait l'objet de mesures d'éloignement. Je viens précisément d’en parler, de donner des chiffres particulièrement significatifs. Je peux en donner d’autres : ainsi, 23 990 personnes se sont vues refuser l'entrée sur notre territoire au cours du premier semestre 2016 contre 6 189 au cours du premier semestre l'an dernier, soit près de quatre fois plus. La hausse du nombre de non-admissions est donc beaucoup plus significative que le tassement du nombre d'éloignements.

Je l’affirme donc, et je pèse mes mots : la lutte contre l'immigration clandestine, bien loin d'être en recul, ne cesse de monter en puissance. 

J’ajoute, à ce sujet, que, dans ce cadre, nous allons renforcer encore davantage notre action visant les migrants qui n’ont pas le droit de déposer une demande d’asile en France, parce qu’ils ont été enregistrés dans un autre pays que le nôtre. Nous devons les reconduire vers ces pays, comme le prévoit la réglementation européenne Dublin III. C’est la raison pour laquelle une deuxième borne Eurodac sera installée à Calais, qui servira à l’identification biométrique des personnes relevant de la procédure Dublin. C’est là une démonstration supplémentaire de notre détermination, et une nouvelle preuve que nous mettons les moyens nécessaires à la réalisation de nos objectifs.

Calais n’est ni une étape, ni un aboutissement. C’est une impasse pour les migrants qui cherchent à passer au Royaume-Uni. Ce campement où vivent des femmes, des hommes et des enfants, dans des conditions particulièrement précaires, qui provoquent en outre des tensions entre les communautés, ne peut donc perdurer.

Le campement de la Lande a vocation à être entièrement démantelé. Mais, pour atteindre cet objectif, il faut de la méthode, de la détermination, du dialogue et de la responsabilité.

C’est en faisant preuve de persévérance, de méthode que nous dégagerons une solution efficace, et ce jusqu’à la fermeture définitive du campement, que je souhaite la plus rapide possible.

Comme vous le savez, nous avons d’abord commencé par démanteler entièrement la Zone Sud du campement. Ne demeurent que quelques « zones de vie », conformément à la décision du tribunal administratif du 25 février dernier. Ce n’est là qu’une première étape. La seconde concernera évidemment la Zone Nord. Pour engager cette nouvelle étape, j’ai souhaité que nous mettions un terme à la multiplication rapide des commerces illicites, constatée ces derniers mois. Nous avons donc mené, dans la zone Nord, une très importante opération conjointe de contrôles judiciaires et administratifs, à la fin du mois de juillet. Ces contrôles ont permis la fermeture de 70 commerces, l’interpellation de 19 personnes et la saisie de plus de 30 mètres cubes de marchandises vendues illégalement ou présentant des risques sanitaires élevés.

Je précise que, par son ordonnance du 12 août 2016, le juge des référés du tribunal administratif de Lille a rejeté notre demande de destruction des commerces illicites de la zone Nord. Nous nous sommes donc pourvus en cassation devant le Conseil d’État, dont nous attendons désormais la décision. Cela n’empêche pas les services de police de maintenir sur place un haut niveau de vigilance et de s’opposer immédiatement, à chaque fois que cela est nécessaire, à toute velléité de réouverture.

Nous avançons avec méthode, en gardant notre cap : le démantèlement progressif et maîtrisé du campement de la Lande.

Bien sûr, avant que nous soyons en mesure d’initier les opérations de démantèlement, il était indispensable que nous puissions accueillir les migrants dans des conditions humaines et dignes. C’est ce que nous avons fait, et c’est ce que nous continuons de faire. La solution que nous avons choisi de mettre en œuvre – et dont je suis convaincu qu’elle est la plus efficace qui soit – consiste ainsi à encourager et à accompagner les migrants dans leurs démarches pour demander l’asile en France.

Je rappelle qu’en 2015 et 2016, nous avons investi plus de 46 millions d’euros à Calais afin d’aménager et d’améliorer les conditions d’’accueil des migrants et des demandeurs d’asile. Un centre d’accueil de jour, le « Centre Jules Ferry », a ainsi été ouvert, distribuant 3 600 repas chaque jour et offrant l’accès à environ 600 douches aux migrants installés sur la Lande. Nous avons mis en place des mesures d’assainissement, tandis qu’un dispositif d’hébergement et de mise à l’abri a été déployé.

400 places réservées aux personnes vulnérables ont été ouvertes au sein du « Centre Jules Ferry ». Une attention toute particulière est bien sûr apportée aux mineurs, et notamment aux mineurs isolés, vivant sur la Lande. Ils font l’objet d’une attention et d’un suivi spécifiques. L’État a notamment confié à l’association « France Terre d’Asile » la mission de réaliser le recensement et la mise à l’abri des mineurs isolés. Deux centres leur sont dédiés : le « Centre de Saint-Omer » pour les plus de 15 ans et le « Centre Georges Brassens » pour les moins de 15 ans. Pour les plus de 15 ans, leur orientation au « Centre Saint-Omer » dépend évidemment de leur consentement. Nous étudions actuellement, en lien avec le Conseil départemental, un projet pour structurer davantage cet accueil. Par ailleurs, deux enseignants détachés par l’Éducation nationale interviennent désormais pour assurer la scolarisation des enfants dans le campement. J’ajoute que, lors du sommet franco-britannique d’Amiens, en mars dernier, la France a obtenu du Royaume-Uni qu’il s’engage à accueillir sur son territoire les mineurs isolés présents à Calais et ayant de la famille outre-Manche, dans le cadre de l’application du règlement Dublin. Le gouvernement britannique s’est engagé à prendre ses responsabilités et je constate qu’il a commencé à le faire.

Les demandes de rapprochement familial sont ainsi traitées par la sous-préfecture de Calais le jour même de leur dépôt et transmises directement aux autorités de Londres. Cette coopération étroite a d’ores et déjà permis à 63 mineurs de rejoindre légalement les membres de leur famille au Royaume-Uni. Cela n’est cependant pas suffisant, et doit s’accélérer. Par ailleurs, depuis le 11 janvier dernier, 1 500 places ont été aménagées dans 125 conteneurs de 12 places chacun, pourvus de l’eau, du chauffage et de l’électricité. Ce centre d’accueil provisoire (CAP), animé par l’association « La Vie active », à laquelle je veux rendre un hommage appuyé, réalise un travail important. Enfin, pour accroître les possibilités offertes aux migrants de Calais de rejoindre un hébergement et trouver un moment de répit permettant de reconsidérer leur parcours migratoire, 161 Centres d’accueil et d’orientation (CAO), à taille humaine, ont été progressivement ouverts sur l’ensemble du territoire. Car l’accueil des migrants doit relever de la solidarité nationale, et ne saurait peser sur un seul et unique territoire, une ville ou un département.

Les CAO permettent aux migrants de Calais qui relèvent du statut de réfugié d'être accueillis dans des logements en dur, où ils sont pris en charge par des associations qualifiées qui peuvent les accompagner dans les démarches de demande d’asile. Depuis le 27 octobre dernier, 5 528 personnes ont été ainsi prises en charge. 80 % d’entre elles ont déposé une demande d'asile en France.  Nous allons encore amplifier cet effort, avec la création d’ici la fin de l’année de 2 000 nouvelles places d’hébergement en CAO et de 6 000 places en centres d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA). En outre, nous visons la création de 5 000 nouvelles places d’hébergement d’urgence pour demandeurs d’asile en 2017. Voilà ce que nous faisons. Je rappelle que 18 500 places en CADA auront été créées au cours du quinquennat, alors que si peu avait été fait par le passé…L’ensemble de cette politique ambitieuse a un coût, que nous assumons pleinement. Si l’on additionne les dépenses que nous avons réalisées à la fois pour l’ouverture et le bon fonctionnement des CAO, les CADA, l’aménagement du campement, la mise en œuvre des éloignements et des placements en rétention, ainsi que les coûts supplémentaires liés aux déplacements des forces mobiles, nous avons consacré 100 millions d’euros par an, en 2015 et en 2016 – donc un total de 200 millions – pour trouver ici une solution durable à la crise migratoire. Qui peut encore dire que nous ne faisons rien à Calais et dans le Calaisis ?

Je tiens bien sûr à souligner que tous ces efforts bénéficient du soutien actif et de l’engagement normal du Royaume-Uni. Face à la crise que nous affrontons, Londres est un partenaire avec lequel nous devons trouver des solutions efficaces. Mardi, j’ai rencontré Place Beauvau la nouvelle ministre de l’Intérieur britannique, Madame Amber RUDD, et nous allons continuer d’approfondir et de renforcer la collaboration entre nos deux pays contre lutter contre l’immigration irrégulière et renforcer la sécurité de notre frontière commune. Le Royaume-Uni s’est engagé à poursuivre ses efforts en matière d’investissements sur les infrastructures de sécurité à Calais. Je rappelle que, depuis 2014, les autorités britanniques ont déjà contribué à hauteur de 100 millions d’euros aux travaux de sécurisation du port et du tunnel, comme aux infrastructures d’asile et à la prise en charge des migrants. Je rappelle également qu’au cours des derniers mois, nous avons considérablement renforcé notre coopération policière et judiciaire avec nos voisins d’outre-Manche, contre les filières d’immigration clandestine.

Nous allons donc continuer à travailler de concert, dans le sens d’une collaboration toujours plus étroite.

A cet égard, je veux dire un mot à propos des fameux accords du Touquet, signés par les gouvernements français et britannique en 2003. J’entends et je lis, notamment depuis le résultat du référendum sur le Brexit, bien des commentaires qui ne font qu’entretenir la confusion à ce sujet. Je me dois donc de rappeler certains faits. Tout d’abord, la sortie du Royaume-Uni de l'Union Européenne n'entraîne aucune modification de la frontière entre nos deux pays, qui était et qui demeure une frontière extérieure de Schengen. C’est tout simplement une question de géographie et de droit international. Comme je l’ai dit, la frontière à Calais est fermée et elle le restera. Il n’y a absolument aucune raison de la rouvrir, bien au contraire. J’ai bien perçu que ceux-là mêmes qui ont signé hier les accords du Touquet souhaitent désormais qu’on les dénonce, par pure démagogie, sans que les effets d’une telle décision ne soient jamais évoqués, alors que, sur cette question aussi, l’exigence de vérité devrait prévaloir à tout prix. En réalité, la remise en cause des accords du Touquet, si elle nous conduisait à cesser de contrôler les flux de migrants qui veulent passer en Grande-Bretagne, aurait des conséquences immédiates et particulièrement graves pour la région.

L’intensification de  la traite des êtres humains par les réseaux de passeurs provoquerait un afflux de migrants à Calais. Dès lors, le campement devrait accueillir sans doute 25 000 personnes, avec les conséquences humanitaires que l’on imagine. En outre, les tentatives de passage se multiplieraient, y compris par la voie maritime. Nous devrions alors affronter dans la Manche, en miniature, ce qui se passe déjà en Méditerranée : de nombreuses tentatives de traversée d’une rive à l’autre par la mer – ou bien par le Tunnel –, avec les conséquences que l’on connaît : des blessés et des morts. Est-ce vraiment cela que l’on souhaite pour Calais et le Calaisis ? De surcroît, chacun doit bien être conscient que le traité du Touquet prévoit un préavis de deux ans dans le cas de sa remise en cause par l’une des parties signataires. Autrement dit, si nous devions le dénoncer, s’ouvrirait alors une véritable période d’incertitude durant laquelle les accords continueraient certes de s’appliquer, la frontière demeurant fermée côté français, mais avec le risque considérable de susciter un « appel d’air » provoquant un afflux massif et supplémentaire de migrants à Calais. Nous nous exposerions donc sans le moindre doute à une situation extraordinairement difficile, susceptible d’entraîner la constitution d’un véritable « Lampedusa du Nord ». Encore une fois, je pose la question : est-ce vraiment cela que nous souhaitons pour la ville de Calais et le Calaisis ?

La crise migratoire et les conséquences qu’elle entraîne à Calais et dans le Calaisis constituent un sujet trop grave pour être instrumentalisé dans des polémiques politiciennes stériles et contre-productives. Au contraire, nous avons besoin d’unité et de dialogue, avec franchise mais sans outrance.

Le Gouvernement fait le choix de la lucidité et de la responsabilité, et continuera de faire tout ce qui est nécessaire pour que nous sortions collectivement et définitivement de cette crise, sans rien renier de nos valeurs, celles qui font la grandeur de la République.


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