Mise en place du « Plan BAC-PSIG 2016 » dans l’agglomération parisienne

29 février 2016

Discours de M. Bernard Cazeneuve, Ministre de l’Intérieur, lors de la mise en place du « Plan BAC-PSIG 2016 » dans l’agglomération parisienne, au commissariat du 20e arrondissement, le 29 février 2016


- Seul le prononcé fait foi -

Monsieur le Préfet de Police,
Madame la Maire de Paris,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Madame la Maire du 20e arrondissement,
Mesdames et Messieurs les élus,
Messieurs les Directeurs,
Monsieur le Chef du Service de l’Achat, des Equipements et de la Logistique de la Sécurité intérieure (SAELSI),
Mesdames et Messieurs,

Depuis maintenant plus d’un an, vous êtes mobilisés les uns et les autres sur de nombreux fronts. Aux exigences habituelles de votre cœur de métier – la lutte contre le crime organisé et contre la délinquance – s’ajoute désormais, avec une intensité inédite, la réponse exceptionnelle que nous opposons à la menace terroriste, qui est, je le rappelle, plus élevée qu’elle ne l’a jamais été. C’est un combat de longue haleine – chacun le sait – que nous devons mener contre le terrorisme.

Avant toute chose, je veux dire à nouveau à chacun et chacune d’entre vous combien je vous suis reconnaissant pour le travail que vous réalisez chaque jour au service de la République et de l’Etat de droit. Sachez que les Français sont fiers de vous, fiers des policiers et fiers de l’ensemble des forces de sécurité. A plusieurs reprises au cours de l’année passée, ils ont été les témoins de ce que vous étiez prêts à accomplir pour les protéger, et ce en toutes circonstances. Ce matin, je veux tout particulièrement rendre hommage à l’ensemble des policiers des BAC, et notamment des BAC de l’agglomération parisienne, qui, tout au long de l’année 2015 et bien souvent dans des conditions d’intervention particulièrement difficiles, ont fait montre d’une solidité et d’un sang-froid à toute épreuve.

Je l’ai dit, la semaine dernière, à vos collègues de la BAC 75N, lorsque je me suis rendu au Centre de Police Bessières pour rendre hommage à Cyril GENEST et Boris VOELCKEL, tragiquement disparus le 21 février 2013, et je veux aujourd’hui vous le redire à tous : le ministère de l’Intérieur peut s’enorgueillir de compter dans ses rangs des professionnels tels que vous, en qui l’on peut avoir confiance pour faire respecter à chaque instant les lois de la République.

Plus que jamais, l’État de droit que vous représentez et qui est au fondement de notre cohésion nationale a besoin de chacune et de chacun d’entre vous. C’est lui, en effet, qui garantit que la force du droit l’emporte toujours sur la loi du plus fort.  Mais, dans la dure mission que vous accomplissez, vous devez faire face à de nouveaux dangers, puisque le seul fait d’incarner l’autorité publique, par l’uniforme que vous portez, suffit à faire de vous des cibles. Certains des criminels auxquels vous êtes confrontés n’hésitent plus désormais à faire usage contre vous d’armes lourdes, de véritables armes de guerre contre lesquelles vous devez disposer de moyens de riposte et de protection adaptés. Face à la délinquance et à la criminalité, il n’y a pas, vous le savez mieux que quiconque, de petites interventions. Chaque jour nous portons en effet des coups très durs à ceux qui menacent notre sécurité. Et cette détermination à faire respecter les lois de la République porte ses fruits.

Malgré les inévitables tensions opérationnelles, les forces de l’ordre ont redoublé d’efforts, au cours de ces derniers mois, pour lutter contre le crime, contre les trafics, contre la délinquance sous toutes ses formes, dans les zones de sécurité prioritaires comme sur l’ensemble du territoire.

Cette action, nous devons la poursuivre et nous devons l’amplifier. C’est la raison pour laquelle il est de ma responsabilité, en tant que ministre de l’Intérieur, de vous donner les moyens de faire votre travail dans les meilleures conditions de sécurité et d’efficacité possibles.

Aussi, je veux aujourd’hui revenir devant vous sur les décisions que j’ai prises, sous l’autorité du Président de la République et du Premier Ministre, pour renforcer les moyens humains et matériels dont vous disposez, notamment dans l’agglomération parisienne. A cet égard, je veux vous communiquer des chiffres et un calendrier précis.

Tout d’abord, comme vous le savez, depuis 2012 le Gouvernement a consenti un effort national sans précédent sur le plan des recrutements au sein de la Police et de la Gendarmerie nationales. Nous avons ainsi mis un terme aux coupes claires qui avaient considérablement réduit les effectifs des forces de sécurité entre 2007 et 2012. Nous avons recommencé à remplacer tous les départs à la retraite, et nous avons créé près de 500 emplois nouveaux par an dans les deux forces.  A cette politique de fond, nous avons également ajouté trois plans pluriannuels, d’une ampleur sans précédent :

  • plus de 1 400 créations nettes d’emplois au titre du Plan anti-terroriste (PLAT) décidé par le Premier Ministre en  janvier 2015 ;
  • 900 créations nettes d’emplois au titre du Plan de lutte contre l’immigration clandestine (PLIC) lancé en septembre dernier pour faire face, sur notre sol, aux conséquences de la crise migratoire inédite qui touche aujourd’hui l’ensemble des Etats de l’Union européenne ;
  • enfin, 5 000 emplois au titre du Pacte de sécurité annoncé par le Président de la République devant le Congrès réuni à Versailles le 16 novembre dernier, au lendemain des attentats tragiques de Paris et de Saint-Denis.

Par conséquent, d’ici la fin du quinquennat, 9 000 emplois auront été créés dans la Police et la Gendarmerie.

Au-delà de la lutte antiterroriste, j’ai veillé à répondre aux besoins structurels que vous et vos collègues rencontrez dans l’accomplissement des missions qui constituent votre cœur de métier : la lutte contre la délinquance et la criminalité, le maintien de l’ordre public, la lutte contre l’immigration irrégulière et contre les filières criminelles de passeurs, ces acteurs de la traite des êtres humains, qui en tirent profit. En 2016, nous ne relâcherons pas nos efforts : au contraire, nous continuons de monter en puissance. Cet engagement, nous vous le devons, nous le devons aux Français, nous le devons à la République.

Il y a les renforts en effectifs, mais il y a aussi les renforts en matériels. Là aussi, le Gouvernement a consenti un effort très important. D’une manière générale, grâce à la mobilisation des crédits déjà prévus dans le cadre du budget triennal, ainsi que des abondements obtenus au titre du Plan de lutte anti-terroriste et du Pacte de Sécurité, des progrès décisifs ont d’ores et déjà été réalisés. L’accent a été mis sur la protection et sur les nouveaux équipements (véhicules et armements). En 2015, les engagements que j’avais pris devant les organisations syndicales ont été tenus, et, en 2016, cet effort massif sera poursuivi. D'ores et déjà, le Service de l’Achat, des Equipements et de la Logistique de la Sécurité Intérieure (SAELSI) a commandé des matériels pour un montant total de 55 millions d'euros. C’est dans le même esprit que j’ai annoncé, le 29 octobre dernier, la mise en œuvre, dès l’année 2016, d’un plan très ambitieux et inédit de renforcement, sur l’ensemble du territoire national, des équipements des BAC de la Police nationale et des Pelotons de Surveillance et d’Intervention (PSIG) de la Gendarmerie. Avant de vous présenter un premier bilan de l’application de ce plan, je veux vous en rappeler les principaux objectifs. Les BAC et les PSIG constituent un échelon d’intervention décisif, déployé en soutien de l’action conduite par  les patrouilles des commissariats de police ou des brigades territoriales de gendarmerie. A ce titre, ils jouent un rôle majeur pour stabiliser les situations dégradées comme pour amplifier les résultats que nous obtenons dans la lutte contre la délinquance. J’ai donc décidé d’engager un effort massif afin que ces unités, qui sont fortement exposées et qui jouent un rôle indispensable pour protéger les Français, puissent disposer des moyens qui leur sont aujourd’hui nécessaires.

Comme vous le savez, le plan « BAC-PSIG 2016 » repose sur trois axes fondamentaux qu’il s’agit de décliner selon les caractéristiques propres à chaque territoire :

  1. tout d’abord, renforcer la formation initiale et continue des effectifs des BAC et des PSIG ;
  2. ensuite, renforcer leurs moyens matériels pour qu’ils puissent accomplir leurs missions dans des conditions optimales de sécurité ;
  3. enfin, mettre en œuvre une nouvelle doctrine d’action et d’intervention pour que les BAC et les PSIG puissent gagner en efficacité face aux nouvelles formes de délinquance, notamment les plus violentes, y compris cette forme spécifique de criminalité organisée qu’est le terrorisme.

Pour résumer, notre ambition consiste donc à apporter des moyens supplémentaires à des personnels mieux formés, dans le cadre d’une doctrine d’intervention adaptée à la réalité des menaces auxquelles nous sommes aujourd’hui confrontés. A cet égard, le drame dont a été victime, en octobre dernier, votre collègue Yann SAILLOUR, de la BAC de Saint-Denis, a renforcé ma conviction qu’un tel plan était plus que jamais nécessaire. Yann est là et je tiens à lui dire mon admiration pour son courage, pour sa bravoure, et pour le combat qu’il a mené. Je salue aussi ses collègues qui l’ont entouré de leur solidarité et de leur affection. Je refuse en effet que, face aux agressions dont vous pouvez être l’objet et aux situations complexes sur lesquelles vous êtes amenés à intervenir, vous ne disposiez pas des équipements adéquats.

Aujourd’hui je veux vous dire où nous en sommes de la livraison, dans les commissariats de l’agglomération parisienne, des armements, des moyens de protection et des véhicules supplémentaires prévus dans le cadre du Plan BAC.

1. Tout d’abord, les armements :

Comme je l’ai dit, il était nécessaire que vous soyez en mesure de répliquer aux tirs d’armes de type Kalachnikov que certains criminels n’hésitent désormais plus à utiliser contre vous.  C’est la raison pour laquelle j’ai décidé qu’un nouveau pistolet mitrailleur de type « HK G 36 », spécifiquement adapté à vos missions, équiperait chaque équipage de BAC à Paris et sur l’ensemble du territoire. D’ici la fin du mois de février, et au plus tard au début du mois de mars, 204 de ces pistolets mitrailleurs auront été livrés dans les BAC de l’agglomération parisienne. Vous pourrez bien sûr en disposer une fois que les formations auront eu lieu, et ce dans les meilleurs délais. A cet égard, je sais qu’il n’est pas simple de trouver des stands de tir adaptés, notamment pour les effectifs travaillant la nuit. Mais le Préfet de police m’a garanti qu’il suivrait personnellement le dossier et je lui ai demandé de me rendre compte de toutes les difficultés que vous pourriez le cas échéant rencontrer afin que nous puissions leur apporter très rapidement une réponse satisfaisante. Par ailleurs, 134 lanceurs de balles de défense 40mm et 116 pistolets à impulsion électromagnétique vous ont d’ores et déjà été livrés, complétant ainsi l’équipement collectif de chaque équipage BAC.

2. Concernant les équipements de protection :

Chacun des 1 835 policiers des BAC sera équipé, d’ici la mi-mars, d’un casque balistique avec visière pare-balle. Une partie de ces casques a d’ores et déjà été distribuée aux effectifs de la BAC 75N. Le reste arrivera dans les jours qui viennent. Chacun d’entre vous sera également doté d’un gilet pare-balles porte-plaques afin de pouvoir faire face aux criminels qui utilisent des armes lourdes. D’ici la fin du mois de juin, la totalité de ces gilets pare-balles aura été progressivement livrée. Je précise que le modèle dont vous serez équipés a été développé par le SAELSI et a été retenu, je le souhaitais, après des tests réalisés par les effectifs de la BAC 75N et des BAC de Saint-Denis, de Mantes-la-Jolie, de Lyon et de Grenoble. Ce sont donc les policiers eux-mêmes, soit les futurs usagers de ces gilets pare-balles, qui ont pu choisir leurs propres équipements, ceux dont ils considéraient qu’ils étaient les mieux adaptés aux difficultés qu’ils rencontrent chaque jour au cours de leurs missions. En outre, d’ici la fin du mois de mars, 241 boucliers balistiques souples auront été livrés. Enfin, l’équipement de chaque policier des BAC comprendra également deux grenades de désencerclement, un bâton télescopique de défense, des protège-tibias et des protège-épaules d’ici la fin du mois de juin et une paire de gants de palpation d’ici la mi-avril.

3. Enfin, vous disposerez d’un parc automobile modernisé :

Pour accomplir vos missions, vous avez en effet besoin de véhicules renouvelés et plus performants. 65 nouveaux véhicules, équipés d’un coffre sécurisé susceptible de contenir un pistolet mitrailleur G36, arriveront ainsi très bientôt – d’ici la fin du mois de mai – dans les services parisiens. En tout, nous aurons ainsi consacré 17 millions d’euros à l’optimisation des équipements des BAC et des PSIG. Chacun doit être conscient qu’il s’agit là d’un investissement important. Un tel effort était en effet indispensable pour que vous puissiez faire face aux évolutions de la délinquance et de la criminalité, et par là même à celles des risques que vous encourez dans l’accomplissement de vos missions. Je sais que vous êtes impatients de constater la réalité concrète de ces équipements dans vos commissariats et dans vos services. Et en effet, même si chacun peut comprendre que certaines procédures de commande publique obéissent à des règles parfois indépassables ou que  certains aménagements techniques exigent des interventions qui peuvent prendre du temps, je suis moi aussi convaincu qu’il faut aller vite. C’est même pour moi une absolue priorité. C’est la raison pour laquelle je me réjouis de constater que ces équipements sont d’ores et déjà en train d’arriver. Je peux vous annoncer qu’ils continueront d’être livrés jusqu’à la fin du mois de juin, de telle sorte que l’ensemble des effectifs des BAC et des PSIG seront équipés sur tout le territoire national. Sachez que les services de la préfecture de police et ceux du SAELSI sont pleinement mobilisés pour que les matériels vous soient livrés le plus rapidement possible. Je veux devant vous saluer l’action décisive conduite par Michel VILBOIS à la tête du SAELSI. Grâce à lui et à ses équipes, nous avons pu lancer rapidement la mise en œuvre du plan BAC-PSIG, avec réactivité et efficacité. Il y a eu, là aussi, un bel effort collectif, tout entier tourné vers la protection des effectifs qui composent les BAC et les PSIG.

*

Pour finir, je veux dire quelques mots de la montée en puissance globale de notre dispositif d’intervention pour résoudre les crises les plus complexes, et je pense notamment aux crises terroristes. Les BAC et les PSIG doivent en effet pouvoir intervenir le plus rapidement possible en renfort des premières patrouilles engagées, notamment lorsque nous sommes confrontés à des tueries de masse. Une telle exigence impose bien sûr un maillage resserré, ainsi qu’une articulation très fine entre police et gendarmerie, afin que l'ensemble du territoire soit couvert. C’est là mon objectif principal, et je dirai même que c’est mon obsession.

A cet égard, la mise en œuvre du plan BAC-PSIG s’intègre dans le cadre d’une réflexion plus large permettant d’anticiper les situations les plus graves. J’ai ainsi demandé, en décembre dernier, au Préfet de Police et aux Directeurs généraux de la Police et de la Gendarmerie de travailler à la mise en œuvre d’une  doctrine partagée qui définirait avec précision le rôle joué par les primo-intervenants, ainsi que la façon dont ces derniers se coordonnent avec les forces d’intervention spécialisées.

Par ailleurs, l’Unité de coordination des forces d’intervention (l’UCOFI) a travaillé, sur la base d’un mandat commun que j’ai confié au Préfet de Police, au DGPN et au DGGN, à l’élaboration d’un schéma national de coordination des forces d’intervention GIGN, RAID et BRI. Les conclusions de ces travaux me seront très bientôt remises. Je ne saurais trop insister sur l’importance de ces réflexions pour que chaque service puisse gagner en efficacité dans sa zone de compétence ou dans son domaine d’excellence, et que par là même nous puissions, pour assurer la protection des Français, renforcer notre couverture de l’ensemble du territoire. Il en va tout simplement de la sécurité de la France.

*

Mesdames et Messieurs, je connais votre engagement. Je sais votre amour du métier. Je me dois de faire en sorte que cette vocation si belle reste forte et qu’elle ne laisse jamais place au doute. Pour cela, vous avez besoin d’équipements modernes, certes, mais vous avez aussi besoin d’un soutien permanent, celui de vos chefs, celui des élus de la Nation, celui de vos concitoyens eux-mêmes. Et bien sûr, celui de votre Ministre. Je veux vous redire que ce soutien et cette confiance vous sont acquis.

A mes yeux, la police de terrain, la police du quotidien, celle des commissariats, constitue la pierre angulaire de notre sécurité collective. Je continuerai ainsi à consacrer toute mon énergie pour obtenir, dans un contexte budgétaire pourtant difficile, toutes les avancées nécessaires à l’amélioration de vos conditions de travail. Vous le méritez et la République vous le doit, pour que vous puissiez, en son nom, asseoir l’autorité de l’Etat, et pour que les délinquants et les criminels qui s’en prennent à nos valeurs et à notre pacte social soient tout simplement mis hors d’état de nuire.

Notre détermination à combattre partout en France, et notamment dans l’agglomération parisienne, le crime et la délinquance ne faiblira jamais : tel est aussi le message que je suis venu vous adresser, à vous qui êtes en première ligne, et à travers vous, à tous les Français. C’est un message de fermeté, mais c’est aussi un message d’efforts partagés. C’est un message de reconnaissance et de confiance. Enfin, c’est un message de foi inébranlable dans les valeurs de la République que vous incarnez si noblement.

Je vous remercie.


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