Attaque du Thalys : Retour sur l’attentat manqué du 21 août 2015

Attaque du Thalys : Retour sur l’attentat manqué du 21 août 2015

Le 21 août 2015, une tentative d’attaque terroriste avait lieu dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris avant d’être dérouté sur la gare d’Arras, où les forces de l’ordre locales ont pu intervenir. L’action héroïque de quatre passagers du train avait permis d’éviter le pire.


À l'occasion du tournage de « The 15:17 to Paris » réalisé par Client Eastwood, Civique est allé à la rencontre des témoins d'un événement qui a frappé l'opinion dans le monde entier.

La direction départementale de la sécurité publique (DDSP) arrageoise ne s’attendait pas, ce soir du 21 août 2015, à être confrontée à ce qui aurait pu être une tuerie de masse des plus sanglantes. Il est 17h45 lorsque le commandant fonctionnel Olivier G., chef de service par intérim, reçoit le premier appel du centre d’information et de commandement (CIC, qui reçoit les appels 17), annonçant qu’« un train Thalys va être dirigé vers la gare d’Arras avec des blessés par balles et un homme armé ». Sur ces vagues informations, il se dirige à la gare avec une dizaine de personnels issus de la BAC, du groupe de sécurité et de proximité (GSP), et de la sûreté.

« Dans les 20 secondes qui suivent, le train entre en gare », à peine le temps d’être informé par radio que l’individu se trouve en voiture 12 et qu’il est armé d’une kalachnikov. L’équipe du commandant G. s’introduit dans la rame : « La première vision que j’ai, c’est un homme torse-nu [Spencer Stone], en train de faire un point de compression à un passager [Chris Norman], qui semble avoir pris une balle. Un individu à droite, au niveau des quatre places, est maîtrisé par deux autres personnes. Le passager blessé me tend la kalach. Un agent du Thalys me donne un sac contenant des chargeurs. »

C’est plus tard dans la soirée que les jeunes interpellateurs raconteront au commandant G. ce qui est survenu en cette fin de journée dans le Thalys : ils sont trois amis américains en vacances, assoupis dans le train en direction de Paris. Alek Skarlatos, militaire, Spencer Stone, ambulancier de la Force aérienne, et Anthony Sadler, étudiant. Tout d’un coup, un individu ouvre le feu à la kalachnikov dans la voiture-bar, sur un homme qui a tenté de l’arrêter.

L’assaillant continue son cheminement et s’apprête à récidiver, quand les trois Américains entendent un bruit de culasse, se lèvent et lui sautent dessus pour le neutraliser. Une cartouche est engagée dans sa kalachnikov, mais ne percute pas. Chris Norman, un passager franco-britannique, parvient à saisir l’arme, mais l’agresseur lui tire dessus avec un pistolet automatique. La balle traverse Chris Norman en passant à deux centimètres de son cœur, et vient se loger à dix centimètres de la tête d’une passagère. Spencer, blessé au cutter par l’agresseur pendant l’opposition, utilise sa chemise pour faire un garrot et un point de compression à Chris. Un passager à l’arrière du wagon, se trouvant être l’acteur Jean-Luc Anglade, déclenche le signal d’alarme en brisant la vitre à l’aide du marteau et se blesse les mains. Des passagers sautent en marche du train circulant alors à vitesse réduite, à proximité de Lens. Le train est dérouté vers Arras, première gare où pourront intervenir les forces de l’ordre.

Les policiers de la DDSP 62 pénètrent dans la rame stationnée et découvrent l’assaillant neutralisé. Renforcés par leurs collègues de Lens, de Béthune et de la section d’intervention départementale, ils sécurisent le périmètre intérieur et extérieur de la gare. Les sapeurs-pompiers et le SAMU évacuent les passagers et les deux blessés aux hôpitaux de Lille et d’Arras. Le commissaire divisionnaire Jean Ollier, directeur départemental de la sécurité publique adjoint du Pas-de-Calais, arrive sur les lieux, rejoint par Fabienne Buccio, préfète du Pas-de-Calais et sa directrice de cabinet.

« Les passagers du train, environ 500 personnes, sont choqués, se souvient le commissaire Ollier. Nous les transférons dans une salle où ils sont pris en charge par des psychologues et la Croix-Rouge. Les collègues de la police judiciaire relèvent leurs identités et auditionnent les témoins. » Après le passage des démineurs dans le train, les officiers de police judiciaire présents avec le commandant G. entament les premières constatations. L’assaillant est placé en garde à vue au commissariat d’Arras. « Nous sommes très rapidement sur l’hypothèse d’un attentat qui a échoué grâce à l’intervention des passagers, souligne Jean Ollier. Le parquet antiterroriste de Paris est saisi et désigne des enquêteurs spécialisés. La direction interrégionale de la police judiciaire de Nord-Pas-de-Calais et de Picardie, avec la commissaire divisionnaire Magalie Caillat, directrice interrégionale adjointe, va prendre en main l’enquête. »

La sous-direction antiterroriste (SDAT) de Paris se présente sur les lieux, et procède, avec la PJ, à des constatations minutieuses toute la nuit, avant de confirmer qu’il s’agissait bien d’un projet terroriste : l’individu avait prévu de cheminer le long de la rame en abattant un maximum de personnes. « Le chef d’état-major de la DDSP m’informe que les interpellateurs américains et britanniques ont été entendus, et qu’ils viennent d’accomplir un acte totalement héroïque, témoigne le commissaire divisionnaire Jean Ollier. C’est là que l’on a mesuré l’énorme drame à côté duquel on était passé. » Le terroriste est transféré dans la nuit à la direction générale de la sécurité intérieure à Levallois-Perret.

Une reconnaissance outre-Atlantique

Le soir même, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve rend visite aux blessés, aux fonctionnaires de police et ux Américains.

Ces derniers partagent ensuite leur émotion avec le commandant Olivier G., lors d’un dîner. Les journalistes locaux et internationaux commencent à affluer lorsqu’ils comprennent que c’est l’action de ces hommes qui a évité un bain de sang : les premières images feront le tour du monde. Pendant la nuit, le président des États-Unis Barack Obama poste sur Twitter : « Ce sont des héros ».

« Ce tweet fera basculer toute l’affaire, qui prend une dimension planétaire, confie le commandant. Je suis inondé d’appel des médias américains, et Barack Obama appelle également le commissariat pour joindre ses ressortissants ! »

L’ambassade américaine, la CIA et le FBI viennent s’entretenir avec les Américains. Le lundi 24 août, le président de la République François Hollande convie la préfète, les policiers et les différents intervenants à l’Élysée, et remet l’insigne de la Légion d’honneur à Anthony Sadler, Alek Skarlatos, Spencer Stone, et Chris Norman.

Floriane Boillot
Photos : Aurore Lejeune


Clint Eastwood à Arras

Clint Eastwood à Arras

Deux ans après la tentative d’attentat dans le Thalys, la ville d’Arras est de nouveau sous le feu des projecteurs.