Feux de forêt : les sapeurs- pompiers face aux flammes

Feux de forêt : les sapeurs- pompiers face aux flammes

Prévention accrue, attaque du feu naissant et maillage territorial sont les trois points de la doctrine française de la lutte contre les feux de forêt. La campagne 2018 a déployé 650 militaires des formations militaires de la sécurité civile (ForMISC) en Provence, dans le Languedoc et en Corse, 700 sapeurs-pompiers en colonnes de renforts et 45 hommes mis à disposition par le ministère des Armées.


Des sapeurs-pompiers de trois départements particulièrement exposés aux feux de forêt : le Var, le Gard et les Landes témoignent des difficultés de leur mission.

« La mission est dangereuse, éprouvante !  »

Lieutenant Éric H., adjoint au chef du centre de secours de Fournes (Gard)

« En vingt-six ans de carrière, j’en ai vu des feux de forêt !  Mais le feu le plus marquant de ma carrière a eu lieu l’année dernière en Corse. 2017 a été une saison très active, avec des départs de feu quotidiens dans le Gard, à tel point que nous  faisions plus de sorties avec les engins feux de forêt qu’avec les ambulances. Mais la situation était telle en Corse que le CEZOC a organisé des renforts pour aider les collègues sur place. J’ai donc été chef d’un groupe de trente sapeurs-pompiers  à Sisco, au nord de l’île. Notre mission première était la défense de points sensibles pour protéger la population et les habitations. Nous avons par exemple évacué plus de 1 000 personnes d’un village. Lutter contre les flammes est    toujours impressionnant. La mission est dangereuse, éprouvante. Nous sommes restés près de 72 heures consécutives en forêt, où il fallait profiter du moindre temps de calme pour soigner les bobos, la fatigue, faire les relèves, se réhydrater, remotiver les troupes... L’essentiel est de s’appuyer sur un état d’esprit solidaire, sur une motivation permanente. Lutter contre un feu de forêt, c’est le marathon du sapeur-pompier. »

« Préparer le futur sapeur-pompier à des situations dégradées »

Capitaine Nicolas V., adjoint au chef de l’école départementale des sapeurs-pompiers du Gard

« La lutte contre les feux de forêt fait partie du socle commun de l’ensemble des sapeurs-pompiers du Gard. L’école délivre les formations aux deux premiers niveaux : équipier (niveau 1) et chef d’agrès (responsable d’un engin feu de forêt – niveau 2). Le niveau 1 comporte trois étapes : formation à distance pour la partie théorique, formation délivrée dans les casernes par de l’accompagnement et du tutorat, et stage présentiel. À mesure que les stagiaires acquièrent les modules, ils participent aux interventions - secours à personne, incendies hors feu de forêt -, pour finir le cursus de formation avec les feux de forêt. Nous avons développé l’approche par les compétences, avec par exemple la mise en place depuis trois ans      d’une journée de brûlage dirigé, permettant aux stagiaires de se confronter aux flammes, d’observer leur évolution, de réaliser la lecture du feu, de se confronter à la fumée, aux différentes contraintes. Notre objectif est de préparer le futur pompier à intervenir dans des situations dégradées, sans se mettre en danger, tout en protégeant la population. Nous avons formé en 2018 plus d’une centaine de sapeurs-pompiers du département (83 équipiers et 41 chefs d’agrès). »

« Nous pénétrons dans le feu naissant »

Lieutenant Francis A., responsable des achats matériels et membre de l’équipe de brûlage dirigé du SDIS 40 (Landes)

« Pour éviter la propagation d’un sinistre, nous privilégions dans les Landes la rapidité d’intervention et la pénétration dans le massif. Pour tout feu de forêt naissant et concernant une faible surface (de un à trois hectares par exemple), nous   pénétrons dans le feu au moyen de véhicules feu de forêt spécialement prévus pour cette mission. L’objectif est de créer un chemin là où il n’y en pas pour jalonner l’incendie. Le premier véhicule court derrière le feu et essaie d’abattre la pointe   des flammes, tandis que le deuxième véhicule joue le rôle de seconde lame et éteint l’incendie en profondeur. On peut ainsi se retrouver proches des flammes, mais en sécurité, car le véhicule est équipé d’une cabine munie d’un trou d’homme   permettant au sapeur-pompier d’intervenir depuis le véhicule tout en étant protégé. Dès que les conditions d’accès sont insuffisantes, la technique d’entrée dans le feu est abandonnée pour passer à une intervention d’une autre ampleur, plus «      traditionnelle ». Il est hors de question de mettre en danger les collègues. Avec l’expérience, j’ai appris que pour lutter le plus efficacement possible contre un feu de forêt, il faut « l’attraper » au plus vite. »

« La sécurité des personnels avant tout »

Colonel Olivier L., directeur adjoint du SDIS 40 (Landes)

« Le massif des Landes de Gascogne représente 567 000 hectares dans le département, dont 92 % est de la forêt privée. Les gens d’ici aiment la forêt, qui fait vivre directement ou indirectement près de 30 000 personnes dans l’ensemble du   massif. Il n’est donc pas neutre que nos sapeurs-pompiers se battent ardemment pour la défendre. Notre technique opérationnelle, différente des autres départements en privilégiant la pénétration des unités motorisées dans le massif sur un feu   naissant, nécessite une vigilance de tous les instants, pour avant tout assurer la sécurité des personnels. Le SDIS 40 a donc investi dans des équipements de sécurité intrinsèques onéreux, dont les véhicules feu de forêt qui représentent un coût de 325 000 euros à l’unité. Par ailleurs, nous avons développé un système moderne de détection des feux de forêts avec près de vingt caméras placées stratégiquement dans le massif. Cette technologie permet d’identifier une fumée d’usine, un     labour ou un réel départ de feu. On obtient un gain de temps important et décisif puisqu’en moins de deux minutes on peut lever le doute, localiser très précisément le départ d’un feu et envoyer des équipes en conséquence. »

« 750 feux de forêt en 2017 »

Colonel Hors Classe Éric G., directeur du SDIS 83 (Var)

« Le Var est particulièrement exposé à ce risque. Sur un total de 900 sapeurs-pompiers mobilisés quotidiennement, 125 travaillent exclusivement pour la lutte contre les feux de forêt. 2017 avait été la plus forte année depuis 2003. 750 feux ont été  recensés dans le Var, pour plus de 4 250 hectares brûlés. À partir du moment où on observe des températures élevées, une hygrométrie (humidité dans l’air) qui baisse et un vent présent, le cocktail est réuni pour avoir des feux importants. J’ai  l’impression que les Français sont de plus en plus conscients du sujet, qu’ils sont de plus en plus vigilants. Il y a depuis plusieurs années une politique de débroussaillement en France, et on constate que les Varois y font bien plus attention. Nos   campagnes de prévention ont permis à la population de s’acculturer à ce risque. En termes de prévention, il existe aussi des partenariats pour sensibiliser le plus grand nombre. C’est le cas notamment avec un grand nombre de campings du Var. À l’arrivée des vacanciers, l’exploitant du camping explique qu’ils se situent sur une terre à risque, leur prodigue des conseils de comportements réflexes, leur indique le point de rassemblement... La culture du risque évolue au sein de la   population et c’est très positif pour nous sapeurs-pompiers. Être sapeur-pompier c’est être viscéralement au service de la population, vouloir porter secours aux autres. Notre métier c’est l’urgence et le secours. Les sapeurs-pompiers sont des hommes et des femmes courageux qui connaissent pertinemment les dangers encourus. »

Richard Wawrzyniak


Le dispositif tactique Corse des ForMISC

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En Corse, durant toute la campagne feux de forêt, des sapeurs-sauveteurs de la sécurité civile (UIISC 1, 5 et 7) sont à la disposition des services d’incendie et de secours de Haute-Corse et de Corse-du-Sud, pour un maillage territorial rigoureux et une force de frappe supplémentaire.



Des largages de précision

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3 questions à Jacques Witkowski, préfet, directeur général de la sécurité civile et de la gestion de crise

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