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5 questions au coordinateur national pour la sécurité des Jeux olympiques et paralympiques 2024 et des grands événements sportifs internationaux

5 questions au coordinateur national pour la sécurité des Jeux olympiques et paralympiques 2024 et des grands événements sportifs internationaux
25 juin 2019

« La sécurité permet aux événements de se dérouler dans des conditions optimales. »


Depuis le 7 juin dernier, le monde du ballon rond a les yeux rivés sur la France qui reçoit la Coupe du monde féminine de la FIFA. Le coordinateur national pour la sécurité des Jeux olympiques et paralympiques 2024 et des grands événements sportifs internationaux, le préfet Pierre Lieutaud, aborde la sécurité de cet événement, le rôle de son service mais aussi l’objectif majeur que représente les JO 2024.

Quel regard portez-vous sur la coupe du monde féminine qui se déroule actuellement ?

Pierre Lieutaud : La compétition se passe bien, même très bien d’un point de vue sécuritaire. La physionomie des spectateurs est beaucoup plus familiale que pour les compétitions masculines : nous ne sommes pas confrontés aux incidents constatés lors de l’Euro 2016. Nous avons construit un protocole rigoureux entre l’État et l’organisateur. Nous nous sommes bien évidemment appuyés sur notre expérience de l’Euro 2016, mais il a fallu l’adapter au regard des particularités de cette coupe du monde. Pour l’heure, aucun incident majeur ne nous a été remonté. Après plus de 40 matchs disputés, nous enregistrons des retours extrêmement positifs. La compétition se déroule dans le cadre festif et sportif attendu.

Malgré le contexte terroriste qui perdure et le climat social actuel, on ressent un réel engouement dans le pays autour de cette compétition…

P.L. : Cet engouement de la population qui commence à prendre corps est encourageant. Cela ira crescendo si les Françaises poursuivent leur parcours dans la compétition. Indépendamment des zones de matches, il existe aussi des fan-zones, mais contrairement au dispositif mis en place en 2016 avec l’UEFA, qui imposaient ces zones sans les gérer, la FIFA n’impose aucune fan-zone pour la coupe du monde féminine.  
En 2019, les collectivités locales font le choix ou non d’en mettre en place. Certaines métropoles ont conçu des sites pouvant accueillir plus de 10.000 personnes : des dispositions réglementant ces périmètres ont été définies dans une instruction ministérielle de mars 2015.
Cet engouement populaire est souvent apparu lors de grandes compétitions sportives. Ce sont des événements très fédérateurs, tant pour les spectateurs présents dans les stades, que pour la population qui s’associe à cette fête. C’est important pour notre sélection nationale, qui se sent ainsi  soutenue par le pays. On lui souhaite d’aller à Lyon pour la finale le 7 juillet prochain.

La sécurité sur de tels matchs est le fruit d’une coproduction de plusieurs acteurs…

P.L. :  La France possède une solide expérience dans l’organisation d’événements de grande ampleur, comme cette coupe du monde. Il est évident que l’État seul ne peut pas assurer pleinement la sécurité sans une coproduction indispensable avec l’organisateur et la sécurité privée. Nous essayons de bénéficier de l’expérience de chaque événement pour améliorer notre concept et nos dispositifs, qui aujourd’hui donnent satisfaction. Je ne vous cache pas que pour les Jeux Olympiques, nous serons dans un autre monde. Il va nous falloir innover, concevoir une doctrine performante pour faire face à l’ampleur de cet événement, qui représente un défi considérable pour le ministère.

C’est surprenant, car les JO sont essentiellement centrés sur Paris, alors que la Coupe du monde féminine se déroule sur une multiplicité de sites…

P.L. : Sur un plan strictement arithmétique, les JO d’été représentent plus d’une quarantaine de coupes du monde à organiser simultanément. Pour une coupe du monde, il y a 500 athlètes, pour les JO d’été, ce sont 17.000 athlètes (11.500 pour les JO et 5.500 pour les paralympiques). Bien que la majorité des compétitions se déroulera en région Île-de-France, il y a un certain nombre de villes qui vont être concernées par des sports collectifs ou d’autres disciplines. Marseille accueillera notamment l’ensemble des épreuves de voile, avec une nouvelle discipline qui sera une course au grand large au départ de Marseille. Celle-ci fera le tour de la Corse pour revenir à Marseille. Le surf sera peut-être introduit comme discipline additionnelle. Les JO ne seront pas un événement purement parisien, mais réellement national. D’autant que l’idée du COJO est de développer un certain nombre de sites festifs sur l’ensemble du territoire, pour que la population s’approprie ces JO. Les derniers JO en France ont eu lieu en 1924, les recevoir cent ans après n’est pas anodin.

Que va-t-il alors se passer durant les cinq années qui nous séparent du coup d’envoi des JO ?

P.L. : Les JO se tiennent sur une période longue (quasiment 2 mois). Dans un premier temps, nous allons établir la matrice des responsabilités avec le COJO. En un mot, qui fait quoi et à quel moment ? La stratégique de sûreté et de sécurité reposera sur trois piliers : les forces de sécurité publique dans toutes leurs composantes - unités de la SP et de la GN, forces mobiles, unités d’intervention, renseignement, sécurité civile…. -, la sécurité privée - la filière devra s’organiser et se révéler plus performante tant qualitativement que quantitativement -, et les moyens technologiques – il est indispensable de trouver un équilibre dans cette matrice de responsabilités pour à la fois économiser des effectifs et maîtriser les coûts. Si nous introduisons de la technologie, il faudra qu’elle apporte une réelle valeur-ajoutée sur le plan opérationnel et qu’elle nous permette de dégager des effectifs. Les JO ne seront pas un laboratoire ! Il va falloir dans les mois à venir définir ce concept et cette matrice. Ce sera fondamental, car cela permettra d’élaborer les bases du plan stratégique, qui sera décliné par les préfets sur le plan territorial.