COVID

« Être vigilants, tenir dans le temps »

« Être vigilants, tenir dans le temps »
1 avril 2020

Pascal Boucher est le chef du groupement hélicoptères au sein de la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion de crise (DGSCGC) du ministère de l’Intérieur. Il explique le rôle prépondérant des équipages d’hélicoptères de la sécurité civile dans le transfert de malades du COVID-19 pour soulager les hôpitaux surchargés, notamment dans l’Est de la France.


Premières missions sur le COVID-19

« Notre toute première intervention sur le COVID-19 remonte au 20 février dernier, avec un patient amené de Creil à Paris. Nous sommes ensuite intervenus en Guyane où plusieurs cas ont été identifiés de personnes de retour du rassemblement religieux de Mulhouse. Depuis le début du confinement, nos missions se sont accélérées, notamment dans le grand Est. Les deux hélicoptères basés à Strasbourg et Besançon ont tourné jusqu’à huit heures par jour. Partout ailleurs, les interventions se sont succédées : en région parisienne, dans l’Ouest avec l’apparition de cas sur les îles atlantiques où nous avons transféré des patients vers les continents, et aussi en Corse, où nous sommes intervenus à de nombreuses reprises sur le cluster d’Ajaccio. Nous avons dépassé à ce jour la centaine d’interventions sur des patients porteurs du COVID-19. »

La zone Est en tension

Transfert pour désengorger les hôpitaux

« Toutes les bases hélicoptère de la Sécurité civile sont aujourd’hui concernées, mais le gros de l’effort est porté sur l’Est de la France pour soulager les hôpitaux surchargés de patients porteurs du Covid-19. Nous avons donc déplacé l’hélicoptère basé à Chamonix vers le Grand Est. Les trois hélicoptères sur cette zone effectuent des transferts vers l’Allemagne, la Suisse, mais aussi vers d’autres centres hospitaliers du Grand Est. Actuellement, le dispositif de transferts de malades se déplace petit à petit vers la Bourgogne-Franche-Comté.
Certaines bases étant pour l’heure moins sollicitées, nous comptons sur une capacité de réserve qui nous permettra, le cas échéant, de répondre très vite aux besoins des nouveaux territoires en tension. »


Préserver les hommes

« Nos équipages de la Sécurité civile sont dans l’action, c’est leur métier. Ils se sont engagés dans la sécurité civile pour venir en aide aux autres. Ils ont un réel sens du service public. Ils ne se posent pas de question pour accomplir cette mission, qui s’avère fondamentale. Nous intervenons habituellement sur des crises de façon plus ponctuelle, sur des problématiques climatiques, pour une durée n’excédant pas 72 heures. Mais avec le COVID-19 nous nous inscrivons dans la durée. Nous devons donc être vigilants, il faut tenir dans le temps, qu’on ne fasse pas prendre de risques à nos personnels. Les missions sont longues. Nos hommes ont tendance à vouloir faire le maximum contre vents et marées, nous devons donc être d’une extrême vigilance sur leur temps de repos car nous ne devons pas être surpris par un excès de fatigue. Il faut parfaitement organiser les relèves. Les équipages travaillent habituellement sur des cycles de trois-quatre jours, là nous sommes contraints de les faire travailler sur des cycles courts: 12 heures de travail, 48 heures de repos, et ainsi de suite. Sur l’Est, trois équipages ont été affectés par machine, de façon à limiter les coups de fatigue. »

Préparer l’hélicoptère et l’équipage face au COVID-19

Désinfection de l'hélicoptère DRAGON

« Transporter des patients en difficulté fait partie de nos missions régulières d’aide médicale d’urgence en appui de la Santé. Nos machines sont conçues pour ça, elles ont été choisies pour leurs caractéristiques avec un cargo qui permet d’accueillir une équipe médicale complète, un patient et tout l’équipement médical. Nous mettons en œuvre des mesures de précaution pour préserver les personnels. Pilote et mécanicien opérateur de bord portent chacun un masque FFP2. Les personnels des SDIS nous fournissent également des blouses de protection si nous devons aider les équipes du SAMU pour faire entrer la victime dans l’appareil. Une fois la mission accomplie, nous procédons au nettoyage de la cabine avec des produits spéciaux, des virucides. On laisse ensuite sécher et aérer l’appareil pendant trois heures. On doit être d’une très grande rigueur dans ce nettoyage car si un de nos équipages est contaminé, cela créerait un effet boule de neige et on perdrait ainsi une capacité opérationnelle. »

Solidarité entre corps

Solidarité entre corps

« Nous accomplissons cette mission en équipe avec les médecins, les infirmiers et les sapeurs-pompiers. Une solidarité évidente se dégage entre corps. Plus de 50 % de nos bases hélicoptères sont, toute l’année, équipées d’équipes médicales avec des membres du SAMU ou des SDIS. Nous avons donc l’habitude de travailler ensemble. Une osmose se crée immédiatement entre équipes. Nous parlons le même langage et servons une même cause. »

Le groupement hélicoptère de la Sécurité civile

« Le groupement hélicoptère gère toute la partie hélicoptères des moyens nationaux de la Sécurité civile. Nous comptons aujourd’hui 34 machines de type EC-145, sur 23 bases réparties sur le littoral, en montagne et en Outre-mer (Guadeloupe, Martinique et Guyane), mais aussi dans les principales agglomérations (Paris, Lyon, Marseille et Strasbourg). Le groupement compte au total près de 300 personnels, dont 100 pilotes, des mécaniciens opérateurs de bord, ou encore des techniciens de diverses spécialités. Il est doté d’un état-major, d’un centre technique et d’un centre de formation. Notre mission est de fournir à tous les donneurs d’ordre le moyen aérien pour accomplir différentes missions, dont la principale est la mission de secours à personne. Le groupement accomplit cette mission depuis sa création en 1957 par la brigade des sapeurs-pompiers de Paris, à l’époque de l’avènement de l’hélicoptère. Nous intervenons en particulier dans ce que l’on appelle le milieu périlleux , la façade maritime et la montagne et assurons des missions complémentaires pour le ministère de l’Intérieur de transport d’équipes spécialisées et de groupes d’intervention. »