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Gilles Furigo : « Malgré le Covid-19, nous sommes dans les temps »

Gilles Furigo : « Malgré le Covid-19, nous sommes dans les temps »
27 juillet 2020

Le commissaire général Gilles Furigo, coordinateur national adjoint pour la sécurité des Jeux olympiques 2024 et des grands événements sportifs internationaux au ministère de l’Intérieur, analyse la situation générée par la crise du Covid-19.


La pandémie de Covid-19 a entraîné le report ou l’annulation d’un nombre important de grands événements sportifs internationaux. Quel regard portez-vous sur cette situation ?

Gilles Furigo : Annuler un grand événement sportif international est une chose, le reporter en est une autre. Il faut alors trouver de nouveaux créneaux pour son organisation, l’insérer au milieu d’autres événements qu’ils soient sportifs ou non. Par exemple pour le Tour de France, il devra être inséré dans un calendrier du mois de septembre déjà bien rempli, notamment avec le tournoi de Roland-Garros.

Un autre élément complexe, engendré directement par la pandémie du Covid-19, est la prise en compte de la foule, des spectateurs. Pour reprendre l’exemple du Tour, nous sommes dans une fourchette de 10 à 15 millions de spectateurs amassés sur les bords des routes en cumulé. L’événement est immense mais il va falloir s’assurer que cette population soit sécurisée. De quelle façon ? Les restrictions en termes de rassemblement vont-elles être prolongées jusqu’au départ du Tour ? Y aura-t-il des zones de nouveau confinées ? La pandémie du Covid-19 a créé de nouvelles problématiques, avec un grand nombre d’incertitudes.

Les conséquences sont aussi d’ordre financier...

Gilles Furigo : Un grand événement sportif c’est un modèle économique, qui fait vivre des grandes entreprises, des entreprises événementielles, des entreprises privées de sécurité, de sécurité-incendie... Une annulation peut donc avoir des conséquences tragiques pour ces sociétés. Un report peut être moins délicat à gérer mais à condition que l’on ne soit pas à huis-clos, donc sans public, sans revenu. Par ailleurs, qui dit modèle économique, dit assurance en cas de non tenue de l’événement.

Est-ce que les organisateurs ont tous pris une assurance couvrant tous les cas de figure, y compris celui lié à une pandémie ? Le tournoi de Wimbledon, par exemple, paie depuis 10 ans une assurance annulation de 2,5 millions de livres sterling annuelle pour couvrir un panel le plus large possible de risques, dont le risque pandémique. C’est le cas également des organisateurs de la Coupe du monde 2023 de rugby en France qui avaient prévu ce scénario.

Comment anticiper ce type de risque dans la perspective des Jeux de Paris 2024 ?

Gilles Furigo : Pour les Jeux olympiques de Paris 2024, cela entre dans le travail mené par la CNSJ, avec ses différents partenaires dont l’organisateur, sur l’analyse des risques. Nous avons mis en place une analyse de risques au plan national fine et précise, qui doit prévoir tous types de risques et de menaces, anticiper tous les scenarii possibles, même les plus imprévisibles, comme une pandémie mondiale. On l’a vu avec le Covid-19, si l’analyse des risques est incomplète, il y a des « trous dans la raquette » et on se confronte alors à des menaces qui peuvent engendrer des conséquences dramatiques tant pour l’organisateur que pour l’État qui doit accueillir la compétition. On sent bien en observant les Japonais que l’épidémie n’a pas forcément fait partie de leurs prévisions dans tout le travail réalisé en amont. Tout le monde a semblé surpris.

Justement, quel impact peut générer ce report d’un an de Tokyo 2020 sur le travail de la CNSJ et de Paris 2024 ?

Gilles Furigo : Un impact direct mais modéré. Nous avons notre plan d’actions d’ici les Jeux de 2024, et gardons en ligne de mire nos différents chantiers, notamment ceux à mener cette année que nous ferons tous aboutir. Nous finalisons le protocole ministère de l’Intérieur-organisateur, qui prévoit la répartition des tâches et des missions entre notre ministère et Paris 2024. Nous avançons également sur le concept des opérations de sécurité, qui sera livré comme prévu en 2020. Malgré le Covid, nous sommes dans les temps.

En revanche, si le COJO Paris 2024 continue à avancer de son côté sur son projet, le CIO, lui ne sera pas forcément à l’écoute comme nous pouvions l’espérer à partir du deuxième semestre 2020, soit après les Jeux de Tokyo comme cela était prévu. Le CIO aura toujours les deux yeux fixés sur Tokyo jusqu’à l’été 2021 alors que nous pouvons avoir des questions de fond à lui soumettre et pour lesquelles Paris 2024 ne peut pas avoir de solutions. Nous souhaitons, par exemple, soumettre au CIO des questions sur les visas olympiques, mais nous n’aurons pas forcément de réponses dans l’immédiat.

Autre conséquence : Le contrat ville-hôte nous impose de mettre en place le centre de renseignement olympique (CRO) trois ans avant le début des Jeux. Nous avions prévu de l’activer début 2021 et allons devoir le reporter de quelques mois, sans que cela ne prête à conséquence car il sera opérationnel courant 2021.
Ce report des Jeux et le Covid-19 n’arrêtent pas la marche en avant de notre structure, même si nous avons connu une phase de ralentissement avec les deux mois de confinement.

Le sport a été mis entre parenthèses pour le bien-être de chacun, notamment pour éviter des regroupements importants de spectateurs dans les enceintes sportives. Comment dans ces conditions rendre de nouveau ces événements « acceptables » par le public ?

Gilles Furigo : Les Jeux en tant que tels, peuvent représenter un moment important pour la Nation après une période mortifère. Après des moments difficiles, ils peuvent représenter un exutoire pour les Français, un événement agréable.

Se pose ensuite la question de l’acceptabilité par la population. Les Français ont connu la pandémie, on leur a demandé de gros efforts, et on leur en demandera encore. Il ne faut pas que le modèle économique des JO viennent demander encore des efforts supplémentaires aux Français, on toucherait alors au socle même de l’acceptabilité de l’événement par la population.
Le modèle organisationnel des Jeux devra être plus modeste. Les Jeux devront être moins chers, plus écologiques, plus respectueux du bilan carbone. Il serait dommage que l’événement ne soit plus soutenu, pire ne soit plus accepté par la population, car Paris 2024 fait vibrer les Français depuis le dossier de candidature et a créé de fortes attentes.

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