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« Nous scrutons le moindre départ de feu »

« Nous scrutons le moindre départ de feu »
14 août 2020

Dans les forêts de pinède de la Charente-Maritime, le moindre départ de feu est scruté. À l’aide de caméras et d’un dispositif pare-feu, les sapeurs-pompiers sont prêts à attaquer tout foyer naissant.


103 000 hectares de forêts, décomposés en plusieurs massifs forestiers, couvrent le département de la Charente-Maritime. Cinq de ces massifs sont classés « à risque », pour leur surface et une forte concentration de la végétation : l’île de Ré, l’île d'Oléron, la presqu'Ile d'Arvert, la forêt de la Lande et celle de la Double Saintongeaise. Le département s’est alors muni d'un plan de protection des forêts contre les incendies, de dispositifs pare-feu installés en forêts, et d’une surveillance quotidienne des sapeurs-pompiers.

Au plus près des flammes

Dans le massif de la Double Saintongeaise, les 34 000 hectares de pinède alimentent la filière bois et les scieries. En plus des pins, les fougères sèchent, et avec les fortes chaleurs, la forêt entière qui devient de plus en plus friable. Des pistes, aménagées et entretenues par les communes, sont un élément essentiel du dispositif pare-feu. « Ces pistes, que l’on appelle les rocades et les pénétrantes, nous permettent de cheminer à travers le massif, et d’accéder au plus vite et au plus prêt du feu, pour une attaque rapide et massive », explique le capitaine Hervé Robert, conseiller technique départemental feux de forêt. En effet, l’attaque des feux naissants est l’un des piliers de la doctrine française de lutte contre les feux de forêt, avec la prévention et le maillage territorial.

Dotés de 94 engins feux de forêt (CCF) du SDIS, les sapeurs-pompiers sont parés aux attaques. Pour celle « en tourelle », par exemple, les sapeurs-pompiers, sur le toit de l’engin, arrosent directement la base des flammes à l’aide de leur lance canon. « Le CCF avance le long du feu, ou peut entrer dans le massif,  jusqu’à moins de 10 mètres des flammes », indique le lieutenant Didier Teurlais, chef du centre de secours de Montlieu-la-Garde. Autre cas de figure, les sapeurs-pompiers forment une ligne d’appui : « on dispose des engins tous les 20 mètres, on attend le feu, et quand il est à 40 mètres, on envoie l’eau tous en même temps. Une fois que le feu est fixé, on s’attaque aux flancs.» Les camions se réapprovisionnent ensuite dans les plans d’eau installés par les communes,  pour effectuer des norias jusqu’à noyer tous les foyers résiduels. Quand les plans d’eau sont trop éloignés, les sapeurs-pompiers déploient leur « piscine » : d’une capacité de 13000 litres, elle est remplie par un des engins, le CCF 13000, en 45 secondes ! Puis une motopompe flottante permet de remplir les camions, et de poursuivre l’extinction.

Surveillance des feux de fôret en charente maritime

Fumée en vue !

Sur la presqu'Ile d'Arvert, dans la forêt domaniale de la Coubre, 18 citernes contenant chacune 60 m3 d’eau sont enterrées dans la forêt. « La Coubre est un massif artificiel, composé de pins maritimes et de chênes verts, qui sont des essences très inflammables », explique Philippe Lequeux, technicien de l’Office Nationale des Forêts. Pour surveiller les 5000 hectares de la forêt, les tours de guet qui servaient auparavant aux vigies, sont équipées de stations météo et de caméras de vidéosurveillance. 12 caméras sont ainsi réparties sur les zones à risques, avec une retransmission des images au CODIS de La Rochelle et au centre de secours de Jonzac, où se trouve le centre de supervision de la vidéosurveillance. « Si elles détectent une fumée, les opérateurs déterminent le lieu exact par triangulation, puis on envoie les moyens adaptés », explique le capitaine Samuel Daguet, conseiller technique départemental adjoint feux de forêt. « Grâce au système de caméras, nous gagnons 15 à 20 minutes sur les secours et nous pouvons estimer la gravité du sinistre », ajoute le contrôleur général Pascal Leprince, directeur départemental du SDIS.

En cas d’intervention, un technicien de l’ONF, prévenu par radio, peut guider les sapeurs-pompiers dans les multiples tranchées et lignes traversières de la forêt, et les informer sur la végétation. Ces stratégies de préventions sont primordiales dans la protection des points sensibles, comme les campings et résidences de vacances de La Palmyre.

« Risque sévère »

« Aujourd’hui, la journée est classée « niveau très sévère », prévient le capitaine Daguet. Des détachements préventifs se tiennent prêts, et deux canadairs et un beech sont pré-positionnés à la base aérienne de Mérignac. Ils peuvent donc intervenir en moins de 30 minutes sur l’attaque de feux naissants ». Chaque jour, les sapeurs-pompiers étudient avec Météo France les paramètres météo, de terrain, et de « pression incendiaire », qui leur permet d’établir un niveau de risque. Ce niveau remonte au centre opérationnel zonal, puis au centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC) qui décide depuis Paris l’envoi sur zone des moyens nationaux aériens.

Reserve d'eau en Charente Maritime pour la surveillance des feux de foret