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Brice Hortefeux : "Nous ne laisserons pas bloquer le pays et nous ne laisserons pas les voyous impunis"

Brice Hortefeux : "Nous ne laisserons pas bloquer le pays"
20 octobre 2010

En début de matinée du mercredi 20 octobre 2010, Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales s'est exprimé devant la presse, Place Beauvau, en tant que président de la cellule interministérielle de crise, pour faire un point sur le déblocage des dépôts de carburants et condamner les violences et exactions commises en marge des dernières manifestations.


I.  Comme président de la cellule interministérielle de crise qui est activée 24h/24 depuis lundi, je souhaite faire le point sur les dépôts qui ont été débloqués cette nuit afin d'empêcher la paralysie de notre pays.

(1) Depuis 1864, il existe, dans notre pays, le droit de grève.

Le droit de grève est un droit constitutionnel. Nous le respectons car chaque salarié doit pouvoir exprimer ses préoccupations, ses inquiétudes et ses revendications dans le respect de la loi.

(2) Mais le droit de grève ne donne pas le droit d'empêcher de travailler ni le droit de bloquer, ni le droit d'empêcher de circuler.

Nous avons assisté, ces derniers jours, à des situations inacceptables.

Des tensions d'approvisionnement sont, ainsi, constatées dans plusieurs départements : elles sont la conséquence directe des difficultés d'acheminement liées aux mouvements sociaux, d'une augmentation considérable des achats de précaution - qui ont augmenté pour le seul week-end dernier de 500% - mais surtout des blocages d'une vingtaine de dépôts parmi les plus importants de notre territoire.

Ce blocage a gravement désorganisé la distribution des carburants dans notre pays et peut menacer désormais le fonctionnement des services publics et des services de secours et d'urgence.

Non seulement ces actes sont inacceptables, mais ils sont aussi irresponsables.

Irresponsables, car ils ont pour première conséquence d'empêcher nos concitoyens de circuler librement.

Irresponsables, car ils empêchent des salariés d'aller travailler et de gagner leur vie.

Irresponsables aussi, je vous le dis, car ces travailleurs, ce sont notamment des médecins chargés d'aller soigner en urgence, des infirmières à domicile qui doivent dispenser des soins quotidiens aux malades, des parents qui doivent aller chercher leurs enfants, des conducteurs de bus qui, dans l'impossibilité d'aller eux-mêmes au travail, pénalisent par ricochet les usagers du service public. La liste est longue et dans ces cas-là, la spirale, infernale.

(3) Puisque ces actes sont inacceptables, nous ne les acceptons pas.

21 dépôts ont été débloqués entre les journées de vendredi et d'hier : ceux de Caen, de Frontignan, d'Ouistreham, de Lespinasse, de Cournon, mais aussi de Vatry ou encore de Brest.

Cette nuit, nous avons débloqué trois autres importants dépôts de carburants : celui de La Rochelle, celui de Donges et celui du Mans.
Nous l'avons fait parce que l'ouest de la France est menacé d'une très grave pénurie. Le déblocage de ces trois dépôts était donc indispensable et va permettre de reprendre progressivement une activité normale.
La libération de ces dépôts s'est faite sans incident et a permis, dès à présent, à des dizaines de camions de procéder à la distribution de plusieurs millions de litres de carburant dans l'ouest de la France particulièrement touché par la pénurie de carburant.

Je vous le dis, la situation actuelle ne saurait durer sans de très graves conséquences pour notre vie en société, notre économie, mais aussi la santé et la sécurité de nos concitoyens.

Concrètement, si la situation perdurait, ce sont des entreprises qui seraient sacrifiées et des emplois qui seraient supprimés. Chacun doit en être bien conscient, dans ce contexte de sortie de crise.
Nous continuerons donc à débloquer autant que nécessaire ces dépôts, car quelles que soient les préoccupations et les revendications, l'immense majorité n'a pas à subir la loi d'une minorité.

II. Comme ministre de l'intérieur, je tiens aussi, ce matin, à évoquer la situation en termes d'ordre public.

(1) Il existe aussi, dans notre pays, le droit de manifester.

Tout comme le droit de grève, il s'agit d'un droit constitutionnel. Non seulement nous le respectons, mais nous y sommes profondément attachés car chaque Français doit pouvoir exprimer librement ses opinions, ses positions et ses propositions. Et les pouvoirs publics ont tout mis en œuvre, ces dernières semaines, pour que les manifestations normalement déclarées par les grandes organisations syndicales puissent se dérouler dans les meilleures conditions.

(2) Mais je l'affirme de manière la plus directe, la plus ferme et la plus déterminée : le droit de manifester, ce n'est pas le droit de casser, le droit d'incendier, le droit d'agresser, le droit de piller.

Pourtant, des voyous ont fait, ces jours derniers, le choix délibéré de la violence la plus extrême.

Hier encore, à Lyon, 1 300 casseurs, dont la moitié de mineurs, ont semé la terreur dans le centre-ville, pillé 10 magasins, incendié 7 véhicules, en ont retourné 21, et détruit de nombreux abris-bus.

A Nanterre, deux jours de suite, une bande de délinquants n'a eu de cesse de terroriser les lycéens du lycée Joliot-Curie, de dévaster les équipements publics de la ville et d'agresser les passants.

A Corbeil-Essonnes, une soixantaine d'individus se sont greffés sur une manifestation de lycéens. Ils ont même renversé le véhicule du commissaire de police qui cherchait à protéger le défilé.

Au collège Paul Bert, à Maisons-Alfort, la directrice de l'établissement a été blessée par un jet de projectiles.

A Poissy, dans les Yvelines, un proviseur a été projeté au sol et frappé de plusieurs coups de pieds et de poings alors qu'il tentait de s'interposer pour protéger ses élèves.

D'autres faits, tout autant inqualifiables, pourraient malheureusement être cités.
J'avertis solennellement les individus qui voudraient attiser la haine, provoquer les forces de sécurité et empêcher la démocratie de s'exprimer : nous ne laissons pas et ne laisserons pas faire.

Nous ne tolérons et ne tolérerons aucun débordement et depuis le début de ces agissements, nous interpellons les fauteurs de troubles et les livrons systématiquement à la justice.

Sur la seule journée d'hier, les forces de sécurité ont procédé à l'interpellation de 428 casseurs. Ils étaient, par exemple, 79 à Lyon, 69 au Raincy, 30 dans les Hauts-de-Seine. En une semaine, ce sont, au total, 1 423 casseurs qui ont été interpellés.
Sur ces 1 423, 1 000 ont été placés en garde à vue et 149 ont, d'ores et déjà, été déférés.
Ces individus auront à répondre de leurs actes devant l'autorité judiciaire. Le Président de la République et le Gouvernement entendent que la justice soit à la fois rapide, effective et exemplaire.
J'ai donné des instructions très fermes à la police et à la gendarmerie pour exploiter toutes les informations disponibles en matière de preuve de violences et de pillages, notamment la vidéoprotection, afin de procéder à de nouvelles interpellations.
Nous mobiliserons tous les moyens nécessaires afin de mettre ces voyous hors d'état de nuire ; par exemple, à Lyon, un hélicoptère a été utilisé pour repérer les fauteurs de troubles. S'il faut envoyer des unités spécialisées, c'est-à-dire la FIPN et le GIGN, je vous le dis, je n'hésiterai pas à le faire.

Je tiens, enfin, dans ces circonstances, à rendre un hommage appuyé aux policiers et aux gendarmes qui, tout particulièrement mobilisés depuis plusieurs jours, sous l'autorité des préfets, ont fait preuve de beaucoup de retenue, de sang-froid et de professionnalisme face à des situations délicates, face à des comportements extrêmement violents et avec le souci de protéger les collégiens et les lycéens. Hier, 10 policiers ont été blessés sur l'ensemble du territoire. 62 l'ont été depuis une semaine.

Ces graves faits démontrent que face à l'irresponsabilité, certains n'ont pas hésité à instrumentaliser une partie de la jeunesse en l'exposant à de graves dangers.
J'en appelle d'abord à la responsabilité des parents afin de mettre en garde leurs enfants contre les risques physiques et pénaux qu'ils encourent en les laissant entraînés dans de tels mouvements.
J'en appelle à la responsabilité de tous. Il est temps de mettre fin aux blocages de dépôts de carburant. Il est temps de mettre un terme aux violences et à des débordements inacceptables.
Chacun doit bien en être convaincu :
nous ne laisserons pas bloquer le pays ;
nous ne laisserons pas les voyous impunis.