Tour de France 2013 : Une première en Corse

Le parcours du Tour en Corse © Préfecture Corse-du-Sud
21 juin 2013

Pour la première fois, la Corse accueillera le Tour de France, lors de trois étapes du 29 juin au 1er juillet prochain. Un véritable défi pour les services de l’Etat locaux.


Cent-dix ans après le premier Tour de France, les deux derniers départements jamais traversés jusque-là par la course, la Haute-Corse et la Corse du Sud, le seront dès le coup d’envoi de cette 100ème édition.

La préfecture de Corse s’est donc attelée depuis de nombreux mois à un dossier pour lequel elle ne comptait ni expérience ni repères. « Plusieurs facteurs rendent complexes l’organisation d’étapes en Corse, explique Rémi Bastille, directeur de cabinet de la préfecture de la Corse du Sud. Cette première en Corse l’est aussi pour les acteurs locaux, il n’y a pas de retour d’expérience sur lequel se baser. A cela s’ajoute la problématique de l’insularité, qui implique un réel défi logistique. Enfin, la nature et la particularité du réseau routier en Corse conduisent à ce qu’il n’existe pas d’itinéraire bis lorsqu’une route est fermée. Des populations se retrouveront donc isolées pendant un certain temps. Des problématiques que ne connaissent pas les autres départements lors du passage du tour. »

La préfecture a en charge, non pas la course elle-même, mais tout ce qui l’entoure. Il s’agit en priorité d’assurer la sécurité de la course, des spectateurs et de garantir à la population une continuité des services publics pendant la tenue de l’épreuve, un véritable défi du fait des contraintes routières. Le centre opérationnel départemental sera par ailleurs armé en préfecture pendant les trois jours de course, dans les deux départements.

La Corse © SG/Dicom/S.Quintin

Pour la partie réglementaire, un arrêté préfectoral organise la fermeture des routes de l’île à la circulation, autorise le déroulement de la course et encadre le stationnement.

Du côté de la Sécurité civile, des moyens conséquents seront en alerte. Aux deux hélicoptères présents habituellement à Ajaccio et Bastia, s’y ajoutera un autre appareil du continent spécialement mobilisé pour ces trois étapes. Les sapeurs-pompiers seront pré-positionnés tout au long du parcours. 30 démineurs, dont 16 en renfort du continent, seront également présents, tout comme 20 techniciens des établissements de soutien opérationnel et logistique qui activeront une cellule de traitement d'eau potable capable de répondre au besoin d'une population de 10 000 personnes/jour. De plus, le risque de feux de forêts, omniprésent sur l’île de Beauté en période estivale, a amené la préfecture à anticiper le pré-positionnement de 180 sapeurs-sauveteurs spécialisés dans la lutte contre les feux et à avancer la date d’interdiction des feux et écobuages (débroussaillement par le feu).

Pour parfaire cette préparation et faire face à ces différentes contraintes, la préfecture a mis en place une dizaine de groupes de travail thématiques. Parmi ceux-ci, le groupe de travail spécifique « transmissions », qui a coordonné le déploiement d’antennes fixes et relais un peu partout sur la Corse,  la totalité de l’île n’étant pas couverte par les réseaux radio, ainsi que la rénovation de 15 liaisons. Une nécessité absolue pour que les acteurs du Tour, et notamment les forces de l’ordre, puissent communiquer efficacement.

Organisation du Tour de France © Préfecture Corse-du-Sud

Rompu à l’organisation d’étapes du Tour de France lors de son poste précédent en Savoie, Rémi Bastille explique : « La Savoie reçoit le Tour quasiment chaque année, les services de l’Etat étaient donc habitués à cette organisation. Pour la Corse, les contraintes, notamment logistiques, sont incomparables. Concrètement, nous faisons venir des centaines d’hommes depuis le continent pour assurer le jalonnement le long du parcours dans l’épreuve. Dans un département « classique », ces forces viendraient par bus. En Corse, il faut affréter des avions, penser à leur hébergement, les équiper en partie... Tout est donc beaucoup plus complexe et difficile en termes d’organisation. »

A quelques jours du lancement de l’évènement, les services de l’Etat finalisent l’organisation générale. Ainsi, un COD sera armé au sein de chaque préfecture (Ajaccio et Bastia) sous l’autorité du préfet de département du 29 juin au 1er juillet, avec une permanence dans la nuit du 30 juin. Un poste de commandement opérationnel (PCO) sera installé à Porto-Vecchio sous l’autorité du sous-préfet de Sartène et un poste de commandement avancé (PCA) sera organisé à l’aéroport de Figari. Plus de 1000 policiers et gendarmes seront mobilisés sur les trois jours, avec le renfort total de huit compagnies républicaines de sécurité (3,5 unités pour la Corse-du-Sud et 4,5 unités pour la Haute-Corse) et deux escadrons de gendarmerie. Près de 600 personnes issues des SDIS seront également mobilisées par les deux départements sur l’ensemble de la course. Du côté des moyens, ASO, l’organisateur, mobilisera  9 hélicoptères et 2 avions-relais, la Sécurité civile, 2 trackers, 2 canadairs, 3 hélicoptères EC 145 (dont 1 en renfort). 2 hélicoptères, 2 vedettes (dont 1 en renfort) et 4 semi-rigides des brigades nautiques côtières de la Gendarmerie nationale seront également présents.

Du côté des vecteurs aériens, plusieurs réunions de coordination ont permis de prendre en compte la flotte aérienne présente pendant la course, les enjeux pour les vols réguliers et les risques en matière de sécurité aérienne. Les programmes de vols des compagnies ont été adaptés, les aérodromes de Propriano et Ghisonaccia (le 29) et Corte (le 30) seront temporairement fermés. Les accès seront partiellement interdits, vers les aéroports de Figari, d’Ajaccio et de Calvi. Sans compter la sécurité et la police des plans d’eau, la gestion des ports de l’île ou encore la protection de l’environnement et les incidences éventuelles du passage du Tour sur les sites Natura 2000.

Patrick Strzoda implique la population © Préfecture Corse-du-Sud

Pour impliquer la population corse à cette première sur l’Ile de Beauté, de nombreuses actions sont organisées « autour » du Tour, pour lesquels les services préfectoraux sont partie prenantes. Par exemple, le 15 juin dernier, plus de 250 personnes, auxquelles s’étaient joints de nombreux élus et chefs de services de l’Etat,  dont le préfet de Corse Patrick Strzoda, ont parcouru à vélo les 2 derniers kilomètres de l’étape Bastia – Ajaccio pour une arrivée à La Parata.

Gilles Quénéhervé parcourt les 2 derniers km de l'étape Bastia - Ajaccio © Préfecture Corse-du-Sud

Le départ du Tour du centenaire sera donné le samedi 29 juin avec l’étape Porto-Vecchio – Bastia, suivie le 30 juin de l’étape Bastia – Ajaccio, pour finir le 1er juillet, avec Bastia-Calvi. Les coureurs et la caravane arpenteront ainsi l’île dans sa quasi-totalité sur une distance de plus de 500kms au total. Il ne leur restera ensuite qu’à parcourir 3000kms sur le continent pour boucler la Grande Boucle.

Richard WAWRZYNIAK


Le préfet de Corse et Gilles Quénéhervé (à droite) © Préfecture Corse-du-Sud

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