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Il était une fois les cachets de cire

Il était une fois les cachets de cire © MI/Dicom/F.Boillot

Le cachet de cire est l’empreinte digitale du service de police qui a constitué le scellé.


La modernisation de l’institution tend à le faire disparaître au profit d’étiquettes autocollantes, mais les traces de cire resteront dans les classeurs d’un collectionneur.

Alors que les bandes autocollantes sont amenées a remplacer la cire pour fermer les scellés, Dominique C., capitaine de police et expert balistique au laboratoire de police scientifique de l’institut national de police scientifique de Paris, recense les cachets de cire des services de la police et gendarmerie nationales et des douanes. Il pratique la sigillographie (étude des cachets de cire anciens), qu’il adapte à l’époque moderne et à son métier.

Lorsqu’un policier récupère un objet ou indice, sur une perquisition ou une scène de crime par exemple, il le met dans un sachet et constitue une fiche comprenant le nom du service, la date, le numéro et l’objet du scellé. Cette fiche est solidarisée avec l’objet grâce à une ficelle fixée par un cachet de cire et le tout est emmené, si besoin est, au laboratoire de police scientifique : « la première chose que l’on fait est de vérifier l’intégrité du cachet de cire, ce qui atteste qu’il n’y a pas eu de manipulation de l’objet entre le service enquêteur et nous », explique Dominique C.. Une fois l’expertise de l’objet effectuée, le scellé est reconstitué avec un nouveau cachet au timbre du laboratoire.

Derrière chaque cachet de cire, il y a une procédure et des heures de travail. « Le cachet de cire est la touche finale à la constitution d’un scellé, explique le collectionneur. C’est une des premières techniques que l’on apprend à faire en école de police. Il fait partie de l’histoire de l’institution ». Tous les services de police, douane et gendarmerie possèdent leurs propres cachets, mais également les tribunaux, les laboratoires médicaux ou de biologie moléculaire, jusqu'à l’institut médico-légal. Les experts judiciaires privés apposent aussi grâce au cachet leurs noms ou initiales.

La seule règle concernant les cachets est d’utiliser de la cire, un sachet plastique ou une enveloppe et éventuellement de la ficelle, mais les inscriptions et le motif restent libres. On retrouve cependant toujours une référence à l’État français et une inscription relative au service ou à la commune. « J’ai dans ma collection des cachets de services qui n’existent plus, comme celui de la section de police de Paris, section de la Butte des Moulins de 1792, le commissaire de police de l’exposition universelle internationale de 1878, la sûreté publique du Second Empire, ainsi que ceux des commissariats de quartier, des services vétérinaires... raconte Dominique C.. Certains sont d’une finesse de travail sensationnelle ».

Depuis mars 2013, une note de service de la DGPN relative à la modernisation de la confection des scellés judiciaires, incite les services de police à utiliser les dernières recharges de cire et à passer à l’ère moderne des étiquettes autocollantes. Terminés les pistolets de cire, les bâtons de recharges, les godets chauffants que l’on branche sur le courant. Finies les méthodes alternatives de terrain avec bougies, briquets, et brûlures au bout des doigts… Les nouvelles bandes autocollantes sont sécurisées : une fois ouvertes, « ouvert » apparaît en filigrane, ou bien elles se délitent en petits morceaux. Il est impossible de les recoller. Ce système est plus rapide et moins fragile que la cire.

Dominique C. possède déjà 870 empreintes de cachets, incluant les Dom-Tom et quelques pays étrangers. Sa collection est un témoignage d’objets policiers qui vont disparaître, à transmettre aux générations futures.

Floriane Boillot