25.03.2015 - Intervention de Bernard Cazeneuve sur RTL

25 mars 2015

Mercredi 25 mars 2015, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, était l'invité de Jean-Michel Aphatie sur RTL.


Yves Calvi
Jean-Michel Aphatie, vous recevez le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve.

Jean-Michel Aphatie
Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Jean-Michel Aphatie
Nous allons évoquer ensemble les suites du crash de l’AIRBUS A320 de la compagnie allemande GERMANWINGS, survenu hier matin dans les montagnes des Alpes-de-Haute-Provence. 144 passagers, 6 hommes d’équipage se trouvaient à bord. La zone du drame est évidemment très difficile d’accès. Les secours et les enquêteurs sont déjà à l’œuvre ce matin ?

Bernard Cazeneuve
Ils étaient à l’œuvre dès hier, puisque nous avons une brigade de gendarmerie de haute montagne, qui a une compétence pour intervenir dans des milieux difficiles et hostiles, elle s’est mobilisée hier, de même que les sapeurs pompiers des Alpes-de-Haute-Provence, auxquels nous avons adjoint des forces, des SDIS de la zone de défense. Donc, il y avait dès hier soir, dès hier après midi, près de 600 militaires et sapeurs pompiers, qui étaient à l’œuvre pour tenter d’apporter des secours, l’espoir qu’il y ait des survivants est très faible, très ténu, compte tenu de la violence du choc, et pour sécuriser la zone, pour que l’enquête puisse se déployer aujourd'hui.

Jean-Michel Aphatie
Le premier élément découvert, c'est une boite noire, vous le confirmez, l’une des deux boites noires présentes dans l’avion ?

Bernard Cazeneuve
Oui, cette boite noire a été découverte hier après midi par les enquêteurs, elle a été envoyée immédiatement au Bureau enquête après accident dès hier soir.

Jean-Michel Aphatie
Et il s’agit de la boite noire qui contient les conversations qui se déroulent dans le cockpit.

Bernard Cazeneuve
Ce sont les informations que j’ai. Cette boite noire, d’ailleurs, serait endommagée, et il va falloir la reconstituer pour pouvoir l’exploiter, dans les heures qui viennent, et élucider les conditions de cette tragédie aériennes.

Jean-Michel Aphatie
Selon vos informations, boite noire endommagée, mais exploitable.

Bernard Cazeneuve
Ce sont les informations qui me sont communiquées, elle est endommagée mais il est possible de reconstituer les éléments de cette boite noire, de manière à pouvoir l’exploiter dans les heures qui viennent,  et déterminer à partir de l’exploitation de cette boite noire, un certain nombre d’éléments concernant les conditions de ce drame.

Jean-Michel Aphatie
L’autre boite noire, celle qui enregistre les données techniques du vol, elle n’a pas encore été retrouvée.

Bernard Cazeneuve
Pas encore.

Jean-Michel Aphatie
François Hollande, la chancelière Angela Merkel, Mariano Rajoy, seront sur place cet après midi.

Bernard Cazeneuve
Nous étions, oui, bien sûr…

Jean-Michel Aphatie
Ça sert à quelque chose, ça ne va pas entraver l’enquête, pourquoi ce déplacement assez spectaculaire, est-ce que c'est utile ?

Bernard Cazeneuve
Mais, il y a, lorsqu’un évènement aussi tragique se produit, le besoin pour les plus hautes autorités de l’Etat, c'est une nécessité aussi pour les familles, pour les peuples des pays touchés par une telle tragédie, d’être à la fois dans le recueillement, dans l’expression de la compassion et dans la solidarité. Il y a plusieurs pays européens, et non des moindres, touchés. Hier après midi, nous étions avec Ségolène ROYAL et les ministres allemand, espagnol, des transports, le ministre des Affaires étrangères allemand, STEINMEIER, sur place, et il y a une solidarité qui s’exprime, elle est légitime face à un drame, une tragédie d’une telle ampleur. Il y a 150 morts.

Jean-Michel Aphatie
Il faudra, pour les personnes qui vont se rendre sur le site, les enquêteurs, les sauveteurs, recueillir les corps, les identifier, et puis ensuite tenter de les restituer aux familles quand on aura identifié ces personnes. Ça va prendre beaucoup de temps, on l’imagine.

Bernard Cazeneuve
Oui, c'est la raison pour laquelle j’ai tenu à me rendre sur place hier, de manière à veiller à ce que les fonctionnaires qui sont sous ma responsabilité, et dans le cadre stricte de leurs compétences, sous l’autorité du Parquet de Marseille, qui conduit l’enquête en France, prennent toutes leurs responsabilités pour assurer la bonne coordination de cette enquête. Il y avait des mesures apprendre et dès hier. Quelles sont ces mesures ? D’abord, sécuriser la zone du crash, c’était indispensable pour éviter qu’il y ait d’autres personnes que les enquêteurs qui aient accès au lieu du drame, et que l’enquête ne s’en trouve pas compliquée. Donc, sécurisation, ça a été fait très hier soir, et nous avons coordonné ça sur place. Deuxième point, il faut que l’enquête commence dès aujourd'hui, donc il faut des compétences de médecine légale, c'est dix médecins de médecine légale qui vont arriver dans la journée, qui ont une spécialité pour l’identification des corps et qui travailleront avec les enquêteurs spécialisés, de la gendarmerie nationale. Troisièmement, il y a l’accueil des familles, il y a des familles qui ont pris la route dès hier après midi pour se rendre sur place, et j’estime qu’il est de notre rôle de faire en sorte que l’accueil de ces familles soit assuré dans les meilleures conditions. Nous avons donc pris des dispositions dès hier après midi, pour assurer l’hébergement, on a fait le bilan de tous les hébergements possibles, pour assurer l’accueil psychologique, nous avons mobilisé un très grand nombre de psychologues pour assurer l’accueil de ces familles, on imagine le choc, la douleur, la peine, et il faudra être très présent à ce moment-là. Et puis il y a cette chapelle ardente, qui a été installée dès hier après midi, par les services de la collectivité, du Conseil général, de l’Etat, pour assurer aussi l’accueil des familles, dans un lieu où le recueillement sera possible.

Jean-Michel Aphatie
Connaissez-vous, ce matin, Bernard Cazeneuve, avec précisions, la liste des passagers qui se trouvaient à bord de ce vol ?

Bernard Cazeneuve
Non, il y a un travail très important qui est fait par le Quai d’Orsay, sous l’autorité de Laurent Fabius, avec une cellule de crise qui s’est mise en place, qui fait un travail avec les différentes autorités consulaires, et c'est donc le Quai d’Orsay qui communiquera sur ce sujet, lorsque les choses seront définies.

Jean-Michel Aphatie
Comment se fait-il qu’on ne connaisse pas la liste, encore ?

Bernard Cazeneuve
Cela dit, on sait que la majorité des passagers sont Espagnols, Allemands, mais il y a aussi d’autres nationalités, on nous dit qu’il pourrait y avoir des Britanniques, des Turcs…

Jean-Michel Aphatie
Des Australiens.

Bernard Cazeneuve
Je ne veux pas donner d’informations qui ne seraient pas précises, et donc le Quai d’Orsay est en train de faire ce travail, avec les autres pays.

Jean-Michel Aphatie
Vous passerez, on l’imagine, au crible, cette liste, quand vous l’aurez. Est-ce qu’une hypothèse terroriste est exclue, ce matin, Bernard Cazeneuve ?

Bernard Cazeneuve
Toutes les hypothèses doivent être regardées de près, aussi longtemps que l’enquête n’a pas donné ses résultats, mais ce n'est pas l’hypothèse privilégiée, parce qu’il y a une concentration des débris de l’avion, dans un espace de près d’un hectare et demi, c'est certes un espace important, parce que le choc a été violent, mais cela montre que l’avion n’a vraisemblablement pas explosé…

Jean-Michel Aphatie
Pas explosé en vol.

Bernard Cazeneuve
Donc ce n'est pas l’hypothèse privilégiée, mais encore une fois, il faut être extrêmement prudent, il y a une enquête en cours, il y a des autorités judiciaires qui conduisent cette enquête, et aussi longtemps que cette enquête n’a pas abouti, on ne peut fermer aucune hypothèse et on ne peut pas définitivement lever les doutes qui existent sur telle ou telle hypothèse. Je ne parle pas, bien entendu, seulement de l’hypothèse terroriste, mais ce n'est pas l’hypothèse, ce matin, privilégiée.

Jean-Michel Aphatie
Ce type de drame, quand il survient, a évidemment une part importante de mystère qui se dissipe ou pas avec le temps, mais tout le monde est très étonné de cette descente lente de l’avion, qui dure 8 minutes, les pilotes ne répondent pas aux aiguilleurs du ciel, et un spécialiste explique qu’il n’a même pas cherché à dévier de sa route, puisque la montagne est juste en face, et donc pour l’instant personne ne comprend ce qui s’est passé, et vous non plus en l’état de vos informations, vous n’avez pas d’éléments de compréhension.

Bernard Cazeneuve
Pour l’instant, je ne peux m’en tenir qu’aux informations sûres dont on dispose. Cet avion perd sa trajectoire. Lorsqu’il perd sa trajectoire, le contrôle aérien essaie de prendre contact avec l’avion, constate que cette trajectoire est déviée et que l’avion chute, certes il met 8 minutes, mais il chute quand même rapidement, et à ce moment-là on déclenche immédiatement le dispositif SATER, c'est-à-dire les secours aéroterrestres, de manière à ce que l’on identifie le lieu du crash, s’il y a crash, et que l’on puisse, immédiatement après, enclencher tous les secours. Et je dois d’ailleurs saluer la rapidité avec laquelle les forces locales se sont mobilisées pour identifier le lieu du crash et immédiatement sécuriser les lieux et commencer à engager l’enquête. Et quand on survole cette montagne très escarpée, très inaccessible…

Jean-Michel Aphatie
C'est ce que vous avez fait hier.

Bernard Cazeneuve
… ce qui rend très difficile le déroulement des choses, bon, mesure la violence du choc qui a eu lieu.

Jean-Michel Aphatie
Voilà ce que l’on pouvait dire ce matin sur ce drame survenu hier dans les Alpes-de-Haute-Provence. Bernard Cazeneuve, merci.

Yves Calvi
Le ministre de l’Intérieur, qui confirme donc que la boite noire des conversations de l’équipage a bien été retrouvée, qu’elle est abimée, mais qu’elle sera exploitable. Toutes les hypothèses restent ouvertes, vient de nous dire Bernard Cazeneuve. Merci à tous les deux.