Groupe des spéléologues de la Gendarmerie nationale

Groupe des spéléologues de la Gendarmerie nationale © GEMS 38

À la fois spéléologues et enquêteurs, les gendarmes du Groupe des spéléologues de la gendarmerie nationale (GSGN) sont des adeptes du travail en milieu confiné. Leur grande maîtrise des techniques de cordes leur permet de progresser dans les endroits difficiles d’accès, pour répondre à des demandes judiciaires, administratives ou de secours.


L’ivresse des abîmes

La Massif du Vercors est l’un des berceaux de la spéléo, avec plus de 3000 cavités dont 80 de plus de 100 mètres de profondeur. Devant l’activité grandissante de la discipline, le PGHM de l’Isère, depuis 1961, se trouvait régulièrement engagé sur des opérations de secours spéléo. Depuis 1997, face à l’activité grandissante de la discipline, le groupe des spéléologues de la gendarmerie nationale (GSGN) est activé pour répondre à un besoin de constatations judiciaires suite à de nombreux accidents mortels, «  afin que le milieu souterrain ne reste pas un milieu occulte  » affirme Stéphane Laôut, chef du GSGN de l’Isère. Un deuxième groupe spéléo est basé dans les Pyrénées-Atlantiques pour la partie ouest de la France.

© MI/SG/Dicom/F.Pellier

Le GSGN intervient en assistance technique des unités de gendarmerie pour l'exécution d'enquêtes judiciaires, la recherche de personnes disparues, ou dans le cadre de sauvetage, dans des milieux souterrains naturels (grottes), ou artificiels (égouts, catacombes, puits…) qui nécessitent des techniques spéléos. Découverte de cadavre, d’instruments ayant servi à commettre un crime ou d’objets volés…  « Il n’y a pas de zone de non-droit, ni en montagne, ni sous terre ! Nous sommes le prolongement du gendarme en milieu confiné », soutient Pierre-Yves. «  Quand nous cherchons de l’armement, c’est souvent dans des puits, des champignonnières, ou encore des bouches d’égout, continue William. On n’arrête pas l’imagination humaine pour dissimuler des choses… Nous sommes formés pour aller explorer ces cachettes exigües. Récemment, nous recherchions une personne disparue depuis deux mois, et nous l’avons retrouvée malheureusement sans vie à la sortie d’une bouche d’évacuation d’eau. Il a fallu découvrir comment elle était arrivée ici, expliquer, et déterminer les causes de son décès.  »

En matière d’assistance ou de sauvetage, le préfet dirige le "plan de secours spécialisé spéléo", assisté par un conseiller technique de la Fédération Française de Spéléo (FFS). Le GSGN est sollicité en renfort pour sa technicité et sa double casquette enquêteurs-secouristes. En 2014, les spéléologues du GSGN de l’Isère sont intervenus sur quatre secours de spéléologues blessés, égarés, ou pris par la crue.

La force du groupe, ce sont les spécialités des 14 officiers de police judiciaire qui le composent : gendarmes du PGHM ou de brigades, technicien en identification criminelle, opérateur radio, guides de haute-montagne, diplômés d’état ou fédéraux en spéléologie ou canyon… et tous sont volontaires. «  Certains n’avaient pas de connaissances spéléo avant d’intégrer le groupe, explique Stéphane. Nous faisons alors passer des tests pour contrôler l’aisance du militaire dans le noir, les étroitures, les verticales, et dans le maniement des cordes. Ensuite, nous les formons dans un environnement plus engagé, plus aérien et technique.  »

Gendarme spéléologue © GEMS 38

Entraînement à la grotte du Bœuf

Direction la Combe Laval, reculée (1) du Massif du Vercors, dans la Drôme. Il y a 35 ans, des membres du groupe spéléo Valentinois accrochait à une Jeep, garée au sommet du plateau, une succession d’échelles spéléos reliées entre elles, le long de la falaise. C’est ainsi qu’ils découvrirent la grotte du Bœuf, nichée au beau milieu d’une abrupte paroi de 330 mètres. Aujourd’hui c’est un terrain de jeu idéal pour un exercice commun entre le GSGN et le PGHM de Grenoble.

Le scénario est le suivant : une personne tombée dans la grotte présente les symptômes d’un traumatisme du rachis cervical avec suspicion de fracture vertébrale. Après avoir effectué les constatations judiciaires d’usage, GSGN et PGHM vont devoir fusionner leurs connaissances techniques pour évacuer la victime afin de la faire rejoindre une structure hospitalière.

Plusieurs contraintes devront être prises en compte par les gendarmes, notamment celle d’équiper la victime d’un collier cervical et de la transporter dans une civière (appelée perche), pour garantir le maintien de l’axe tête-cou-tronc. Ils devront œuvrer à la rapidité du transfert tout en gérant les éventuels frottements de cordes, chutes de pierre, et autres dangers liés à l’accès à la grotte. «  Cette falaise est particulière car l’accès à la cavité est vertigineux. Ce n’est pas une sortie d’amateur !  » annonce Stéphane.

La veille, les spéléologues sont allés repérer les lieux et fixer sur la falaise les amarrages, qui serviront à accrocher les lignes. «  Après 130 mètres de descente dans le vide, on s’est retrouvé sur un surplomb à une quinzaine de mètres de la cavité, raconte Laurent. À ce moment-là, un souci technique se pose : comment atteindre l’entrée de la grotte ? Dans un mouvement pendulaire, Stéphane a jeté un marteau fixé à une corde, pour qu’il s’accroche entre deux pierres et qu’il puisse se hisser jusqu’à l’entrée. Après plusieurs essais on y est arrivés.  » Une technique d’approche pour le moins originale, et selon Stéphane : « un peu de jeu, d’amusement, que l’on peut retrouver dans certaines traversées d’arêtes comme celles du Clocher-Clocheton sur les Aiguilles Rouges de Chamonix… » Pas de doute, ce sont des passionnés.

Les gendarmes préparent leur baudrier, casque, cordes diverses, mousquetons, descendeurs, répartiteurs, et s’équipent de chaussons néoprènes, sous-combinaison en polaire, combinaison étanche et bottes. Dans des sacs étanches, ils emportent le « strict minimum » : outils, matériel de secours, bougies, un réchaud pour les boissons chaudes et de la nourriture. «  Dans les cavités, la température est équivalente à la moyenne de la température extérieure sur l’année. Ici il fait environ 10 degrés, explique William. Parfois en hiver, quand on entre dans la cavité il fait nuit, et quand on en sort aussi, alors, on perd rapidement la notion du temps.  » Et Sébastien de conclure : «  et comme à l’intérieur on se dépense énormément, on a toujours faim. »

Les uns après les autres, les spéléologues se laissent glisser à l’aide d’un descendeur le long de la corde, aspirés par la falaise qui leur promet un point de vue et des sensations mémorables… « Clé », « demi-clé », et autres nœuds… à cette hauteur les gestes précis sont leur seul garde-fou.

«  Ça fait toujours un petit pincement au cœur de voir le vide, témoigne Sébastien. Mais il y a tellement de choses à faire pour la sécurité, qu’on ne peut pas se concentrer sur la hauteur.  » Le surplomb passé avec succès, les spéléologues parcourent à la lueur de leur lampe frontale les 200 mètres horizontaux de la grotte. Ils installeront la victime dans la perche, et pour éviter l’hypothermie, lui créeront un point chaud avec une couverture de survie et des bougies.  « Dans une caverne, il y a beaucoup de cheminement, il faut faire passer le brancard d’une position à l’autre, avec des conditions de froid, de boue et d’humidité, explique Pierre-Yves. Pour savoir progresser sur corde dans une cavité, il faut l’appréhender dans toutes ses dimensions.  »

Afin de mettre rapidement en place un moyen de communication avec l’extérieur, les spéléologues utilisent le "Nicola", un système radio fonctionnant par impulsion électrique et résonnance dans la roche.

Au passage, ils ébranleront un bloc de 500 kilos en suspension qui pouvait s’avérer dangereux, à l’aide d’un pied de biche et d’une masse.

Comment se sont formées les grottes de la région ?
La plupart des grottes du Massif du Vercors ont été creusées pendant l’ère quaternaire (il y a environ 1,8 millions d'années) par l’eau qui s’est écoulée des glaciers. Cette eau a traversé la couverture végétale où les micro-organismes produisent du dioxyde de carbone. Mêlé à l’eau, le dioxyde de carbone créera de l’acide carbonique. L’eau devient donc acide, cette acidité ronge le calcaire et creuse les grottes. Le processus de creusement et de comblement n’est pas terminé : les cavités continuent de se creuser !
La grotte du Bœuf correspond à une ancienne résurgence, c'est-à-dire un ancien étage d’évacuation de l’eau. La rivière souterraine s’écoule aujourd’hui plus bas, mais en cas de grande crue, il arrive que l’eau stagne dans la grotte puis sorte par l’entrée que les spéléologues ont emprunté pour l’exercice. Cette impressionnante cascade a eu lieu pour la dernière fois en juillet 2011.

Floriane Boillot

(1) Une reculée est une vallée échancrant le rebord d'un plateau calcaire et se terminant brutalement vers l'amont en « bout du monde » (Larousse)


Ascension à haut risque © MI/SG/Dicom/F.Pellier

Ascension à haut risque

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