13.09.2015 - Intervention de Bernard Cazeneuve sur Europe 1

13 septembre 2015

Le 13 septembre 2015, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, était invité de l'émission "Le Grand Rendez-Vous Europe 1".


Jean-Pierre Elkabbach
Et Bernard Cazeneuve, Monsieur le ministre de l’Intérieur, bienvenu, bonjour.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Jean-Pierre Elkabbach
Merci d’être avec nous, Bernard Cazeneuve. Le flux de migrants et de réfugiés paraît inarrêtable, irrépressible. L’Allemagne commence elle-même à être débordée. Pour la simple journée d’hier, on vient de l’apprendre, 12.200 arrivées à Munich, plus que les prévisions de la France pour une année. Certes, la France n’est pas l’Allemagne. Et les Français veulent comprendre, ils réclament la vérité sur l’avenir de leur pays. Vous êtes en première ligne, sur à peu près tous les grands problèmes, toutes les menaces, tous les dangers, en première ligne pour leur dire aussi la vérité, et sans doute pour agir. Hier vous étiez avec 700 maires que vous receviez ; demain, avec vos collègues d’une Europe qui est divisée. Avec Arnaud Leparmentier, du journal Le Monde, et Michaël Darmon, d’I-Télé, aucune question ne sera taboue – j’ai envie de dire, comme d’habitude, mais encore plus que d’habitude ! Michaël Darmon.

Michaël Darmon
Bonjour.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Michaël Darmon
Est-ce que les migrants et les réfugiés vont changer le visage de la France ?

Bernard Cazeneuve
Mais la France, surtout, doit afficher le visage qu’elle a toujours affiché dans l’Histoire, lorsqu’il s’agit de faire face à des drames humanitaires comme celui auquel nous sommes confrontés. Moi je ne souhaite pas que le visage de la France change ; je souhaite que le visage de la France s’affirme, face à ces hommes et à ces femmes qui sont confrontés à des tragédies humanitaires. Nous étions hier avec le président de la République à Cergy, nous avons rencontré les réfugiés syriens notamment qui viennent d’être accueillis, ils nous ont raconté l’intensité du drame auquel ils ont été confrontés. Donc la France est un pays qui, de manière multiséculaire, a toujours accueilli ceux qui dans leur pays étaient persécutés, torturés, emprisonnés. Et le message du gouvernement de la France, c’est qu’il faut le faire, mais qu’il faut le faire dans le cadre d’une politique migratoire globale, où l’ensemble des sujets sont traités. Parce que si nous voulons le faire conformément à notre tradition, il faut le faire en maîtrise.

Arnaud Leparmentier
Et jusqu’à présent, les effectifs accueillis par la France sont assez faibles. Est-ce qu’on n’exagère pas un petit peu la vague qui arrive, qui est très faible par rapport à l’Allemagne ?

Bernard Cazeneuve
Vous avez raison de poser cette question, parce qu’on entend tout et n’importe quoi, et parfois même surtout n’importe quoi, sur ce sujet. Notamment, il y a toute une série de discours qui laissent à penser qu’il y aurait une déferlante, que nous serions face à une situation en France qu’on ne pourrait maîtriser…

Jean-Pierre Elkabbach
La déferlante elle est chez les autres, chez certains des autres.

Bernard Cazeneuve
Mais regardons ce sujet concrètement, et essayons de l’analyser, puisque vous m’offrez une occasion de pédagogie. D’abord, la demande d’asile en France a diminué l’an dernier. Elle avait beaucoup augmenté dans une période récente, elle a diminué, de 34 %. Depuis le début de l’année, elle est étale. Mais il y a effectivement près de 500.000 réfugiés qui sont arrivés depuis le début de l’année en franchissant les frontières extérieures de l’Union européenne. Et ils arrivent en Allemagne. Pourquoi ? Tout simplement parce que, arrivant par la Grèce, pour des raisons qui tiennent à la géographie, et la volonté politique peut tout changer sauf la géographie, ils arrivent en Allemagne, et effectivement dans des proportions qui sont très significatives. Nous avons décidé…

Jean-Pierre Elkabbach
Inquiétantes ? Inquiétantes ?

Bernard Cazeneuve
…Qui sont préoccupantes, bien entendu, pourquoi ? Parce que cela traduit la sauvagerie dont des populations sont victimes dans leurs pays d’origine…

Jean-Pierre Elkabbach
D’accord. Mais ensuite, une fois qu’ils seront en Allemagne, ils pourront circuler dans toute l’Europe ?

Bernard Cazeneuve
…Jean-Pierre Elkabbach, si ça ne vous ennuie pas, je termine juste, pour l’efficacité de…

Jean-Pierre Elkabbach
Parce qu’on fait de la politique et pas seulement de la pédagogie.

Bernard Cazeneuve
Oui, mais enfin, la politique sans la pédagogie, c’est du « boulgui-boulga ». Donc moi je préfère faire de la politique et de la pédagogie, parce que je vois beaucoup de « boulgui-boulga », beaucoup de politique, et peu de pédagogie qui rende les choses intelligibles. Donc nous sommes dans un pays qui accueille moins…

Michaël Darmon
…Il y a beaucoup de sujets…

Bernard Cazeneuve
…Nous sommes dans un pays qui accueille moins de demandeurs d’asile que d’autres, pour des raisons qui tiennent à la géographie, pour des raisons qui tiennent aux flux. La volonté qui a été celle du gouvernement, c’est que la France soit à la hauteur de sa réputation. Donc nous avons pris des dispositions sur l’asile, nous avons pris des dispositions sur l’accueil, nous mobilisons les collectivités locales pour faire en sorte que tout cela se fasse dans le partenariat. Et la France a été avec l’Allemagne dans une démarche simple : un, il faut un dispositif européen de solidarité qui conduira la France à prendre la part de réfugiés qu’elle doit prendre, conformément aux propositions de la Commission…

Michaël Darmon
On va en parler justement…

Bernard Cazeneuve
…Et on doit le faire dans le cadre d’une politique globale européenne qui permette la maîtrise des flux. Et j’espère qu’on aura l’occasion de parler de…

Jean-Pierre Elkabbach
…D’abord votre modèle, Pierre Mendes-France, disait qu’il y avait deux vertus pour un gouvernement, prévoir et ne pas cacher la vérité. On va le voir en détails. Michaël Darmon ?

Michaël Darmon
Vous avez reçu justement hier les maires, 700 maires sont venus donc au ministère de l’Intérieur. 1.000 euros, vous dites, jusqu’en 2017, par place d’hébergement créée. D’abord, jusqu’en 2017, cela veut dire que vous savez qu’en 2017 ça va se terminer ?

Bernard Cazeneuve
Non, c’est que les programmations budgétaires sont généralement pluriannuelles, on prend des engagements pour la durée des mandats qui nous ont été assignés – ce qui ne signifie pas qu’après la réélection du président Hollande on n’en prendra pas d’autres.

Jean-Pierre Elkabbach
La réélection du président Hollande !

Bernard Cazeneuve
C’est ce que je souhaite, ça vous étonne ?

Jean-Pierre Elkabbach
Non, non, mais enfin c’est intéressant ! C’est-à-dire, deux informations : un…

Michaël Darmon
…de la politique, en fait ! Voilà, ça y est !

Jean-Pierre Elkabbach
…Oui, oui ! Un, il sera candidat. Ça, vous le dites à tous les frondeurs, à tous les socialistes, etc., qui en doutent. Et deux, qu’il sera réélu – avis à ses concurrents.

Bernard Cazeneuve
Je vous dis ma préférence, et elle n’étonnera personne, elle est assez logique…

Jean-Pierre Elkabbach
Évidemment.

Bernard Cazeneuve
…Et je vous dis l’adéquation qu’il y a entre le calendrier politique qui nous est donné et les décisions que nous prenons.

Arnaud Leparmentier
1.000 euros par réfugié ou par famille ?

Bernard Cazeneuve
Alors quel est le dispositif que nous avons arrêté ? Ce n’est pas un dispositif simplement à 1.000 par hébergement, par personne hébergée. C’est 1.000 euros par personne hébergée, c’est une aide forfaitaire qui couvre très exactement ce que sera la part de dépenses occasionnées par les communes. J’ai entendu dire que cette proposition était une provocation ; mais enfin je constate que tous ceux qui ont diminué les places en CADA, qui n’ont pas donné à l’OFPRA les moyens de fonctionner, qui ont laissé les mairies seules face aux difficultés…

Jean-Pierre Elkabbach
Monsieur le ministre, c’est 1.000 euros…

Bernard Cazeneuve
…considèrent que lorsque nous faisons des efforts c’est une provocation. Donc c’est 1.000 euros par personne hébergée…

Jean-Pierre Elkabbach
C’est-à-dire, une famille de cinq personnes c’est 5.000 euros ?

Bernard Cazeneuve
Voilà. Par ailleurs, nous avons décidé également de mettre d’autres dispositifs en place. Nous mobilisons, pour ceux qui ont des logements privés et qui souhaitent les offrir aux migrants de manière à ce qu’ils puissent être accueillis, des dispositifs qui existent, de soutien au réaménagement des logements privés en cœur de bourg, à travers la mobilisation de l’ANAH. Et puis par ailleurs, nous mettons en place un fonds d’investissement, de manière à ce que les collectivités qui décident d’investir pour accueillir les migrants puissent être accompagnées. C’est donc un dispositif global, qui ne s’arrête pas d’ailleurs à ces aides, puisque nous mobilisons aussi des moyens d’ingénierie, nous mobilisons aussi de l’accompagnement social pour les migrants qui seront accueillis dans les territoires, parce que l’État entend assumer la totalité de la prérogative régalienne qui est la sienne.

Jean-Pierre Elkabbach
Est-ce que vous pouvez nous dire quelle différence vous faites entre héberger et loger ?

Bernard Cazeneuve
Pas de différence. Je vois mal comment vous pouvez héberger sans loger…

Jean-Pierre Elkabbach
Héberger ça veut dire un bout de temps, loger c’est une stabilité, une fixation…

Michaël Darmon
Ça peut être des hébergements collectifs ?

Bernard Cazeneuve
Non mais, vous avez des personnes qui relèvent du dispositif de l’asile. Comment les choses se passent-elles concrètement ? Une personne arrive, qui n’a pas encore le statut dé réfugié. Elle est accueillie en centre d’accueil pour demandeurs d’asile. C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, nous avons d’ores et déjà programmé la création de près de 13.500 places en CADA, et que le Premier ministre va procéder à des annonces nouvelles à l’occasion du débat qui se tiendra à l’Assemblée nationale sur l’immigration. Une fois que ces personnes ont obtenu le statut de réfugiés, notre objectif c’est de faire en sorte qu’elles puissent aller le plus rapidement possible dans les logements de droit commun.

Jean-Pierre Elkabbach
Alors attendez… Michaël Darmon ?

Michaël Darmon
Justement, par rapport… quand vous dites : une fois qu’ils ont obtenu le statut. En attendant de le recevoir, quels sont les droits dont peuvent bénéficier des demandeurs d’asile, demandeurs… ?

Jean-Pierre Elkabbach
Est-ce qu’ils bénéficient de tous les droits sociaux ?

Bernard Cazeneuve
Alors…

Jean-Pierre Elkabbach
Un. Deuxièmement, est-ce qu’ils travaillent ? Est-ce qu’ils peuvent travailler en attendant d’avoir, ou pas, l’asile ?

Bernard Cazeneuve
…Bon. Vous posez des questions précises, c’est une bonne occasion d’apporter des réponses qui le soient. Un, nous avons modifié, à travers la loi sur l’asile, le dispositif existant. C’est-à-dire que nous avons réduit considérablement la durée de traitement des dossiers des demandeurs d’asile…

Arnaud Leparmentier
Neuf mois, c’est encore très long.

Jean-Pierre Elkabbach
De vingt-quatre mois, neuf mois. Est-ce que vous allez accélérer ces neuf mois ?

Bernard Cazeneuve
…Stop. J’apporte la réponse à la question que vous posez, si vous voulez bien. Parce que quel est le standard européen ? C’est neuf mois. Donc nous nous mettons au meilleur standard européen. Nous faisons un effort considérable, puisque c’était vingt-quatre mois et qu’il y avait une embolie totale des services de l’OFPRA. Et donc nous allons très vite, en mettant des moyens significatifs au sein de l’OFPRA, en créant des places en centres d’accueil pour demandeurs d’asiles. Et je dois d’ailleurs dire que la politique de l’asile que nous mettons en place à travers la loi asile donne déjà des résultats, puisque cette année, en 2014, c’est 20 % de dossiers de plus qui ont été traités, qui ont permis un raccourcissement des délais. Donc nous raccourcissons les délais. Deuxième point, les demandeurs d’asile qui arrivent et qui n’ont pas encore le statut de réfugié bénéficient d’une allocation…

Arnaud Leparmentier
Combien ?

Bernard Cazeneuve
…L’allocation pour les demandeurs d’asile. L’allocation est une allocation quotidienne de 11,45 euros, pour ceux qui ne sont pas hébergés en CADA…

Arnaud Leparmentier
Par personne ?

Bernard Cazeneuve
…Par personne. Et pour ceux qui sont hébergés en CADA, ça varie en fonction de la prestation offerte par le CADA, et ça varie aussi en fonction de la composition familiale et de la nature des prestations à offrir.

Jean-Pierre Elkabbach
Ça c’est en attendant de savoir s’ils sont acceptés ou pas ?

Bernard Cazeneuve
Ça c’est en attendant d’avoir le statut de réfugié…

Jean-Pierre Elkabbach
Mais est-ce qu’ils peuvent travailler pendant cette phase ?

Bernard Cazeneuve
Alors nous avons souhaité que dans le cadre de la loi – et je salue d’ailleurs la présence de Sandrine Mazetier qui a fait un travail absolument remarquable au moment de l’élaboration de cette loi, et qui a contribué à l’amender positivement –, nous avons décidé dans le cadre de la loi de permettre, au bout de neuf mois, à ceux qui sont demandeurs d’asile de pouvoir accéder à l’emploi. C’est-à-dire que nous avons fait converger le délai à partir duquel on peut accéder à l’emploi avec le délai à partir duquel nous donnons le statut de réfugié.

Arnaud Leparmentier
Est-ce qu’il y a un droit au regroupement familial pour les réfugiés ?

Bernard Cazeneuve
Oui.

Jean-Pierre Elkabbach
Est-ce que vous allez le réviser ?

Bernard Cazeneuve
Non. Parce que…

Jean-Pierre Elkabbach
Comme l’opposition vous le demande.

Bernard Cazeneuve
…Non mais, l’opposition dit des choses extrêmement intéressantes sur ce sujet-là, du point de vue entomologique, pas du point de vue de l’efficacité opérationnelle. Et je veux de ce point de vue-là dire des choses très concrètes. La politique de l’accès aux titres de séjour pour ce qui concerne les titres de séjour au titre de la politique familiale, le regroupement familial c’est 10 % des 200.000 titres de séjours distribués chaque année. C’est-à-dire, c’est extrêmement résiduel. Ça concerne quoi, le regroupement familial ? Ça concerne des étrangers qui sont en France et qui souhaite faire venir leur famille, et qui pour cela doivent remplir un certain nombre de conditions extrêmement précises : disposer d’un revenu, disposer d’un logement, et par conséquent être en situation d’assurer pour leur propre famille les conditions de vie qui permettent…

Arnaud Leparmentier
Donc un Syrien doit être installé, avoir un travail, s’il veut faire venir sa famille ? S’il est simple réfugié dans un camp ou dans un hébergement, il ne peut pas le faire ?

Bernard Cazeneuve
…Non, pour ce qui concerne les demandeurs d’asile, c’est une tout autre situation, pourquoi ? Parce que les familles des demandeurs d’asile qui sont dans la situation dans laquelle étaient les demandeurs d’asile dans leur pays, c’est-à-dire persécution, exécutions, etc., bénéficient comme les demandeurs d’asile eux-mêmes de la protection du pays à laquelle ils ont droit. C’est très différent, le statut des demandeurs d’asile au regard du regroupement familial, que ne l’est le statut de ceux qui ne relèvent pas de l’asile en France.

Michaël Darmon
…Monsieur le ministre, l’idée avancée par l’opposition, et en particulier par Nicolas Sarkozy, sur la création d’un statut de réfugié de guerre ? Qu’en pensez-vous ? Est-ce que c’est…

Arnaud Leparmentier
Temporaire.

Michaël Darmon
…Est-ce que c’est conforme à la situation ?

Bernard Cazeneuve
Bon, moi j’ai tendance à considérer que toutes les idées qui sont mises sur le métier doivent être analysées précisément. Donc Nicolas Sarkozy a dit : je vais mettre en place un statut de réfugié de guerre, il y aura les réfugiés de guerre d’un côté et les demandeurs d’asile de l’autre, et les deux dispositifs seront étanches, et d’ailleurs je peux le faire puisqu’il y a une directive de 2001 qui le prévoit, et ceux qui contestent cela n’ont pas lu la directive. Donc j’ai la directive, je vais l’offrir à Arnaud Leparmentier, puisqu’il est un journaliste de presse écrite, il pourra en faire une lecture et même la publier dans son journal s’il le veut…

Bernard Cazeneuve
…Et dans la directive de 2001, le statut de réfugié de guerre n’existe pas. Que dit… Donc contrairement à ce que dit Nicolas Sarkozy, et il a invité le Premier ministre à lire la circulaire, je pense qu’il a invité le Premier ministre à lire la circulaire parce qu’il ne l’avait lui-même pas lue. Ou il avait été mal conseillé. Le statut de réfugié de guerre n’existe pas dans la directive. Deuxièmement, la directive prévoit ce qu’on appelle la protection transitoire, c’est-à-dire l’équivalent de ce qu’est en France la protection subsidiaire, qu’on accorde à ceux qui ne sont pas persécutés dans leur pays mais qui, en raison de la situation de guerre qui existe dans leur pays, bénéficient de la protection. Donc ça existe déjà, ça s’appelle la protection subsidiaire. Troisièmement…

Arnaud Leparmentier
Mais la protection subsidiaire…

Bernard Cazeneuve
…Troisièmement – je vais au bout du sujet parce qu’il faut être précis. Troisièmement, Nicolas Sarkozy dit : bon, ceux qui bénéficieront de la protection transitoire ou du statut de réfugié de guerre ne pourront pas accéder à l’asile. C’est faux, parce que ceux qui bénéficient de la protection transitoire ont vocation à accéder à l’asile, il y a une porosité entre les deux dispositifs. Et enfin, comme toute l’argumentation consiste à dire : il faut moins d’attractivité et moins de protection sociale, et c’est pour ça que je propose ça – ceux qui bénéficieront de la protection transitoire bénéficieront immédiatement de l’accès à toutes les dispositions de minima sociaux. Ça va donc totalement à l’encontre de ce qu’il préconise, ce qui, moi, ne me gêne pas. Mais dans le propos de Nicolas Sarkozy hier, il y avait beaucoup d’approximations. Je viens de dire la réalité sur la circulaire de 2001, mais j’ai entendu d’autres propos saugrenus. Par exemple, j’ai entendu dire que vraiment les socialistes et Mitterrand avaient été indignes de ne pas protéger les musulmans à Srebrenica lorsqu’il y a eu le massacre. Mais le massacre il a eu lieu en juillet 1995, François Mitterrand n’était plus président de la République depuis trois mois. Alors sans doute croit-il aux forces de l’esprit, et pensait-il que François Mitterrand pouvait, de là où il était, intervenir sur ce sujet ; je crois surtout qu’il croit à la force des approximations. A moins que ce propos était destiné à Alain Juppé et Jacques CHIRAC qui, eux, étaient en situation de gouverner le pays, ce qui pourrait expliquer…

Jean-Pierre Elkabbach
…Une pierre deux coups.

Bernard Cazeneuve
…Ce qui pourrait expliquer d’ailleurs qu’Alain Juppé soit parti avant d’avoir à entendre ce discours.

Jean-Pierre Elkabbach
Bon ! On se retrouve dans un instant avec vous.

(…) Publicité

Jean-Pierre Elkabbach
Le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, vous n’aimez pas le gloubi-boulga, nous, non plus ! Question de Michaël Darmon.

Michaël Darmon
A Munich, on a compris, on entend, on voit que le responsable de l’OFPRA doit convaincre, en fait, les Syriens de venir en France, ils ne veulent pas venir en France. Comment vous expliquez cela ?

Bernard Cazeneuve
J’explique cela par plusieurs raisons, d’abord parce qu’une grande partie de ces réfugiés qui sont arrivés en Allemagne ou ailleurs sont arrivés entre les mains d’organisations criminelles qu’il faut combattre et qui leur ont vendu des destinations, c’est le cas à Calais, avec la Grande-Bretagne, et c’est le cas en Allemagne avec …

Michaël Darmon
Non parce qu’ils disent « on ne va pas en France » parce qu’il y a trop de chômage, il n’y a pas d’équivalence de diplôme et on a trop de temps pour avoir les statuts, c’est ce qu’ils disent selon le patron de l’OFPRA sur place.

Bernard Cazeneuve
Non, non le patron de l’OFPRA n’a jamais dit cela.

Michaël Darmon
Si !

Bernard Cazeneuve
Non, non pas du tout, vous pourrez vérifier d’ailleurs auprès de lui directement et je suis en contact avec lui quasiment heure par heure depuis le début de cette opération.

Arnaud Leparmentier
Pascal Brice, il dit « les gens qui viennent ici ont l’Allemagne en tête, les passeurs leur ont vendu un eldorado, ils n’ont pas pensé à la France. »

Bernard Cazeneuve
Oui, voilà, c’est exactement ce que je viens de dire. Donc je vous remercie par votre intervention, Monsieur Leparmentier, d’authentifier la parole que je viens de prononcer qui est exactement conforme à la réalité. Pourquoi ? Parce que nous avons ces passeurs qui font un travail absolument abject et qui ajoutent des traumatismes aux traumatismes et dont il faut combattre en permanence la parole à Calais comme en Allemagne. Deuxièmement, il y a aussi et ça, ça nous a été expliqué par les migrants que nous avons rencontrés avec le président de la République hier beaucoup de réfugiés qui ont dans leur chemin d’exode vécu des atrocités. Ils se posent en Allemagne, ils n’ont pas envie de repartir ailleurs ni en France ni ailleurs pour des raisons humaines que l’on comprend bien et en même temps, à l’occasion de la rencontre que nous avons eue hier avec les réfugiés syriens que nous avons vus à Cergy dont je salue d’ailleurs le maire et le député qui se sont engagés dans cette opération d’accueil qu’est-ce qu’ils nous disent ? Ils nous disent « nous sommes heureux d’être là ». Ils nous disent « nous avons des diplômes et nous avons une volonté d’apprendre le français » …

Jean-Pierre Elkabbach
Donc c’est une chance de les accueillir ?

Bernard Cazeneuve
Et c’est une chance de les accueillir parce que c’est toujours une chance d’accueillir des hommes, des femmes, des enfants qui sont persécutés en étant conforme aux valeurs de son propre pays.

Michaël Darmon
Et pourquoi les passeurs que vous dénoncez les orientent plutôt vers l’Allemagne ?

Bernard Cazeneuve
Mais tout simplement parce qu’ils arrivent en Grèce et donc les passeurs les orientent vers le pays d’ultime négociation.

Jean-Pierre Elkabbach
Mais qui mène le jeu ? Est-ce que ce sont les passeurs et les trafiquants parce qu’on voit bien qu’aujourd’hui il n’y a plus de contrôle aux frontières ? On est en train de rentrer comme on veut !

Bernard Cazeneuve
Non, non, Jean-Pierre Elkabbach …

Jean-Pierre Elkabbach
Schengen est mort, Schengen est mort !

Bernard Cazeneuve
Non, non, stop ! Là aussi, essayons d’être précis. Pour ce qui concerne les passeurs …

Jean-Pierre Elkabbach
Le ministre veut faire, c’est normal, ministre de la police, stop, passer, pas passer …

Bernard Cazeneuve
Non mais je ne veux pas faire comme l’ont fait d’autres politiques que vous interviewiez dans les années 80 si vous faites les questions et les réponses, « je m’en vais » !

Bernard Cazeneuve
Mais je voudrais aller au bout du raisonnement. Pour ce qui concerne les passeurs, effectivement, vous avez raison, ce sont des organisations criminelles dont le démantèlement doit être accéléré. Que faisons-nous ? J’ai renforcé les moyens des services qui sont sous ma responsabilité en augmentant les effectifs là où les passeurs agissent de manière à pouvoir les démanteler. Quel est le résultat parce que le résultat compte ? Nous avons depuis le début de l’année démantelé 177 filières qui représentent près de 3 300 personnes qui ont été interpelées, mises hors d’état de nuire, judiciariser, emprisonner. En Allemagne alors qu’il y a 800 000 migrants qui sont annoncés, c’est 1 800 passeurs qui ont été mis hors d’état de nuire. Donc ça montre bien l’intensité de l’activité des services français alors que le flux migratoire est moindre. C’est un premier élément. Deuxième élément, est-ce que la situation est maîtrisée ? Elle doit l’être et pour qu’elle le soit …

Jean-Pierre Elkabbach
Elle doit l’être !

Bernard Cazeneuve
Mais elle doit l’être bien entendu parce qu’on voit bien la complexité du sujet. Pour qu’elle le soit il faut régler le problème dans les pays de provenance d’où ces hommes, ces femmes, ces enfants sont martyrisés, donc continuer à travailler à une solution politique en Syrie, en Irak, continuer à mener le combat résolu à la fois contre le régime de Bachar El Assad et contre Daesh et puis, il faut faire un vrai travail avec les pays de la bande sahélo-saharienne pour faire en sorte que les migrants économiques soient maintenus dans ces pays dans le cadre de la politique au développement.

Jean-Pierre Elkabbach
Est-ce que vous ne pensez pas que Daesh a déjà réussi à déstabiliser les sociétés européennes et que l’État islamique a obtenu déjà une première victoire ?

Bernard Cazeneuve
Mais nous menons une action résolue contre Daesh à l’intérieur …

Jean-Pierre Elkabbach
Vous ne dites pas « une guerre » ?

Bernard Cazeneuve
Une guerre, oui, nous l’avons dit, nous la menons, le président de la République s’est exprimé à l’occasion de sa conférence de presse et la guerre contre Daesh, nous la menons à l’intérieur, à l’extérieur de façon absolument résolue et nous le faisons en dotant nos services des moyens qui leur permettent d’être efficaces contre ce groupe barbare et nous le faisons aussi en dotant nos services de moyens de droit dont ils ne bénéficiaient pas jusqu’à présent et sur lesquels on peut revenir.

Arnaud Leparmentier
Il y a un trafic de passeports syriens, il parait que c’est ce qui se vend le plus cher, est-ce que vous craignez un afflux de Syriens oud e faux Syriens avec des faux passeports syriens qui pourraient s’infiltrer en Europe et en France ?

Bernard Cazeneuve
Mais on peut toujours redouter la lutte contre la fraude documentaire. C’est la raison pour laquelle là aussi, nous avons sur ce sujet renforcé considérablement nos moyens. Dans les chiffres que je vous donnais tout à l’heure concernant les démantèlements de réseaux de passeurs, beaucoup de ce que nous avons fait résulte de l’efficacité de l’action que nous menons contre la fraude documentaire et nous travaillons avec les pays de provenance et notamment les pays de la bande sahélo-saharienne pour les aider à lutter contre la fraude documentaire. J’ai noué des accords de coopération avec ces pays parce que la lutte contre la fraude documentaire, elle implique une action en amont, en aval mais en France.

Michaël Darmon
Bien sûr mais est-ce que ça existe ? Vous les redoutez, vous le combattez, ça, on le voit …

Bernard Cazeneuve
Non mais ça existe, nous le combattons nous obtenons des résultats.

Jean-Pierre Elkabbach
Est-ce que vous êtes sûr de tous ceux qui entrent en Europe et en France ? Est-ce qu’il n’y a pas des infiltrations de jihadistes ou le risque d’infiltration jihadiste ?

Bernard Cazeneuve
Je ne peux pas exclure qu’à un moment donné, des groupes terroristes profitent de ces flux pour essayer de les utiliser, de les instrumentaliser pour commette leurs crimes mais ce n’est pas le cas pour l’instant et par ailleurs, nous faisons un gros travail entre les services de renseignement pour éviter que cela ne se produise et je constate que ceux qui arrivent en Allemagne, en Europe, en France et partout ailleurs sur le territoire de l’Union européenne ne sont pas des terroristes de Daesh, ce sont des persécutés, des victimes des terroristes de Daesh et ce sont ces femmes, ces enfants, ces familles vulnérables, persécutés par ce califat de la haine que nous accueillons.

Jean-Pierre Elkabbach
Et qui méritent toute l’attention qu’ils reçoivent.

Bernard Cazeneuve
Mais bien entendu !

Jean-Pierre Elkabbach
Est-ce que vous pouvez nous dire quelle est la capacité totale d’accueil de la France ? Parce qu’on a dit 24 000 d’ici à 2017, il y en aura probablement beaucoup plus mais quelle est la capacité totale ? Il s’agit de prévoir …

Bernard Cazeneuve
Non mais cette question, pardonnez-moi, est une question qui n’a pas de sens parce que …

Jean-Pierre Elkabbach
On s’adaptera quoi !

Bernard Cazeneuve
Non mais à partir du moment où on considère qu’il n’y a pas de quota pour les demandeurs d’asile, ce qui est la position de la France, c'est-à-dire que dès lors que l’on est persécuté dans son pays, que l’on est torturé, que l’on subit les exactions que l’on sait, on doit pouvoir être protégé. Si je vous disais au-delà d’un certain seuil que nous n’accueillerons plus de réfugiés, ce serait une curieuse manière …mais en revanche, en revanche, ce que je dis de façon très claire et très ferme parce que cela aussi doit être dit, c’est qu’il n’y a pas de soutenabilité de l’accueil des réfugiés en France et en Europe s’il n’y a pas une lutte résolue contre les acteurs de la traite des êtres humains, s’il n’y a pas aussi une reconduite à la frontière des déboutés du droit d’asile et si nous ne luttons pas …

Jean-Pierre Elkabbach
Vous en avez expulsé, des déboutés ?

Bernard Cazeneuve
Bien sûr, on en expulse beaucoup plus qu’on ne le faisait parce que c’est la source de la soutenabilité de ce que nous faisons sur l’asile. Je vais vous donner des chiffres extrêmement précis, nous avons démantelé 25% de plus de filière d’immigration irrégulière au cours de l’année 2015 par rapport à l’année 2014. En 2014, nous avions fait de même par rapport à 2013 et les reconduites de ressortissants en situation irrégulière hors l’Union européenne a augmenté pour l’année 2014 de 13% et j’intensifie cette politique parce que sinon …

Arnaud Leparmentier
Vous dites « + 13% », ça fait quelle masse ?

Bernard Cazeneuve
Le chiffre de reconduite à la frontière si on prend 13%, c’est à peu près de 3 à 4 000.

Jean-Pierre Elkabbach
Monsieur le ministre, vous appréciez les questions précises et on essaye de le faire pour comprendre. Ceux qui auront droit à l’asile en France, d’abord, est-ce qu’ils ont une carte d’une certaine durée ou ils sont là pour tout le temps. Est-ce qu’ils ont vocation à rentrer un jour s’il y a la paix dans leur pays ou est-ce qu’ils deviennent quand ils ont le droit d’asile, est-ce qu’ils ont la nationalité française ?

Bernard Cazeneuve
Non mais non, les choses là aussi doivent être extrêmement précises. D’abord, est-ce qu’ils ont vocation à rentrer dans leur pays ? C’est leur choix. Lorsque nous avons accordé l’asile …

Jean-Pierre Elkabbach
Quand ils auront passé huit ans, dix ans …

Bernard Cazeneuve
Oui mais ça, c’est leur choix personnel. La France accorde l’asile à partir du moment où l’asile a été accordé au bout d’une période de cinq ans, ceux qui bénéficient de l’asile peuvent demander leur accession à la nationalité française dans les conditions de droit commun de la naturalisation et s’ils ne veulent pas le faire, veulent retourner dans leur pays, il leur est toujours possible de le faire.

Arnaud Leparmentier
Si on change un petit peu de sujet, est-ce que l’annonce de l’accueil des Syriens, tous ces flux, ont fait un appel d’air en provenance d’Afrique de l’Ouest notamment ? Est-ce que vous constatez une arrivée d’Africains supplémentaire ou est-ce qu’on n’a que des Syriens, Erythréens ?

Bernard Cazeneuve
Nous avons plusieurs origines de flux, d’abord, nous avons les Syriens, les Irakiens et les Erythréens qui constituent à peu près 50% de ceux qui arrivent en Allemagne. Les 50 autres pourcents ne relèvent pas du statut de réfugié en Allemagne mais proviennent des Balkans, d’Europe de l’Est et c’est la raison pour laquelle nous voulons avec l’Allemagne mettre en place une liste très solide de pays d’origine sûrs qui nous permette d’être extrêmement claire quant à la possibilité d’accéder à l’asile. Donc ça, c’est la première source. Il y a une deuxième source qui est l’immigration économique qui vient de l’Afrique du Nord qui a représenté à peu près entre 40 et 50% de ceux qui arrivaient en Italie et si nous demandons un véritable contrôle des frontières extérieures de l’Union européenne qui soit solide, qui soit ferme parce que c’est la condition aussi de la soutenabilité de ce que nous faisons, c’est parce qu’au moment du franchissement des frontières extérieures de l’Union européenne, il faut pouvoir distinguer ceux qui relèvent du statut de réfugié en Europe de ceux qui n’en relèvent pas et qui ont vocation à être reconduits immédiatement vers les pays d’origine, c’est la raison pour laquelle il faut discuter avec ces pays et signer avec eux des conventions et si nous ne faisons pas cela, il n’y a aucune soutenabilité dans ce que nous faisons pour les réfugiés.

Jean-Pierre Elkabbach
Alors, Monsieur le ministre, vous avez dit tout à l’heure, la France est en guerre à l’intérieur, à l’extérieur, la France parmi la coalition américano-anglo-arabe va frapper Daesh en Syrie et on le sait. Pour le moment, elle en est au survol aérien. Jusqu’à quand, on pourrait se poser la question, est-ce qu’elle va se contenter de faire des images et des photos ? Là, elle va frapper. Est-ce qu’il faut vraiment aller au sol comme certains le disent, certains le veulent, dans la majorité ou surtout à droite ? Et d’autre part, d’après Le Journal du Dimanche, un sondage dit que 56% des Français sont prêts à accepter l’idée qu’il y ait des soldats français dans des opérations terrestres en Syrie dans une coalition ?

Bernard Cazeneuve
D’abord, j’ai vu le titre du Journal du Dimanche, je n’ai pas encore lu l’article, je le ferai au sortir de votre émission, 56% des Français sont favorables à la guerre contre le terrorisme. Ça tombe bien, c’est ce que nous faisons, nous menons une guerre résolue contre le terrorisme. Vous posez deux questions. Les frappes. Le président de la République comme le ministre de la Défense et le ministre des Affaires étrangères se sont exprimés : pour qu’il y ait des frappes, il faut qu’il y ait suffisamment de renseignements collectés pour être assuré que les frappes frappent là où elles doivent.

Jean-Pierre Elkabbach
Ça veut dire que les Américains ne donnent pas les renseignements, ne les partagent pas pour le moment ?

Bernard Cazeneuve
Ça veut dire que nous sommes une Nation, qui a son autonomie, que nous ferons ce que nous faisons en liaison avec la coalition mais que nous le faisons aussi de façon autonome parce que nous sommes une grande Nation qui a des services de renseignement et qui a des capacités …

Arnaud Leparmentier
Est-ce que nous avons des espions au sol en Syrie ?

Bernard Cazeneuve
Nous agissons avec des survols comme l’a dit le président de la République et c’est par ces survols que nous obtenons les renseignements dont nous avons besoin pour procéder aux frappes qui interviendront au moment …

Jean-Pierre Elkabbach
Donc il y aura des frappes bientôt, bientôt ?

Bernard Cazeneuve
Mais là aussi, le président de la République, les ministres se sont exprimés, lorsque les frappes interviendront, c’est que les renseignements seront suffisants pour qu’elles interviennent là où elles doivent intervenir ? Ensuite, il y a une deuxième question, c’est la question des troupes au sol. Nous n’y sommes pas favorables, nous n’y sommes pas favorables parce que ce serait une opération hautement dangereuse qui poserait des problèmes aussi politiques et qui n’auraient pas d’efficacité attendue au regard du résultat que nous souhaitons atteindre.

Michaël Darmon
Juste avant la pause, est-ce que ça veut dire que les relations avec les services secrets syriens ont été rétablies ?

Bernard Cazeneuve
Non.

Jean-Pierre Elkabbach
Non sûrement ou ils vont l’être !

Bernard Cazeneuve
Bah «non », ça veut dire quelque chose.

Jean-Pierre Elkabbach
Oui mais parce qu’il y a des « non » qui sont actuels et pas en mouvement ! Il y a un « non » aujourd’hui qui ne sera pas « non » demain !

Bernard Cazeneuve
Non mais « non » ça veut dire « non ». Nous avons une position à l’égard du régime de Bachar Al Assad, elle a été exprimée fermement, clairement par le gouvernement français, elle n’a pas vocation à changer.

Jean-Pierre Elkabbach
On se retrouve dans un instant avec vous, Bernard Cazeneuve.

Jean-Pierre Elkabbach
L’actualité en direct et à chaud avec vous, Bernard Cazeneuve. Pendant que nous parlions, la chancelière Merkel vient de dénoncer l’échec complet des contrôles aux frontières. Et donc c’est toute l’interrogation autour de Schengen : est-ce que Schengen 1, ou Schengen, n’est pas mort ?

Bernard Cazeneuve
Ce qu’il faut, c’est transformer Schengen, pour en faire en sorte que…

Jean-Pierre Elkabbach
Comment ? Comment ?

Bernard Cazeneuve
…ces contrôles soient possibles. De façon très simple. Un, il faut contrôler davantage les frontières extérieures de l’Union Européenne ; on a augmenté les moyens de FRONTEX, mais il faut surtout qu’aux frontières extérieures de l’Union Européenne il y ait la mise en place de centres d’accueil des réfugiés et de contrôle des frontières, ce qu’on appelle les « hotspots ». S’il n’y a pas un contrôle par FRONTEX des frontières extérieures de l’Union Européenne, tout ce que nous faisons pour l’accueil des réfugiés ne tiendra pas. Donc ça c’est très important de le dire et de le redire. Et il ne peut pas y avoir…

Jean-Pierre Elkabbach
…L’arrivée massive de gens qui ne sont pas contrôlés ou identifiés !

Bernard Cazeneuve
…Mais bien entendu, et c’est la raison pour laquelle, avec le gouvernement allemand, et avec mon collègue allemand Thomas de Maizière, nous avons fait des propositions très concrètes qui conditionnent la mise en place du processus de solidarité, c’est-à-dire de partage de l’accueil des réfugiés : c’est la mise en place de ce qu’on appelle…

Arnaud Leparmentier
Alors la Hongrie n’a pas complètement tort, donc, de contrôler sa frontière ? Au début on l’a critiquée d’avoir mis un mur, et puis maintenant on dit : elle laisse passer tout le monde.

Jean-Pierre Elkabbach
Même s’il y a des actes scandaleux dans ce pays, la Hongrie. Scandaleux.

Bernard Cazeneuve
…Il y a des actes scandaleux, il y a des propos scandaleux…

Jean-Pierre Elkabbach
Honteux.

Bernard Cazeneuve
…La Hongrie a une frontière extérieure avec l’Union Européenne, mais la méthode qu’elle a utilisée n’est pas celle qui doit prévaloir en Europe : c’est la mise en place de centres d’accueil de réfugiés et de contrôle des frontières. Que la Hongrie accepte qu’on mette un « hotspot » sur son territoire, comme on propose d’en mettre en Italie et en Grèce, et nous parviendrons à maîtriser la situation…

Jean-Pierre Elkabbach
Si demain et après-demain…

Bernard Cazeneuve
…Par conséquent, lorsque Angela Merkel a dit cela, elle a raison de le dire, et c’est la raison pour laquelle d’ailleurs la France et l’Allemagne…

Jean-Pierre Elkabbach
Donc il y a une inquiétude de l’Allemagne ? On sent une inquiétude monter en Allemagne ?

Bernard Cazeneuve
…Mais nous avons une position extrêmement claire sur ce sujet : déclarer l’accueil des réfugiés sans être capable d’assurer la soutenabilité de cet accueil est irresponsable. Donc il faut assurer le contrôle des frontières à l’extérieur de l’Union Européenne, sinon il n’y a pas de mécanisme européen de solidarité qui fonctionne. Et il faut que les pays qui demandent la solidarité de l’Union Européenne – la Grèce, l’Italie – le comprennent.

Michaël Darmon
Ce qui veut dire que l’opposition également, notamment par la voix de Nicolas Sarkozy, quand il dit, il faut revoir Schengen, a aussi raison ?

Bernard Cazeneuve
Mais Nicolas Sarkozy, d’abord, devrait souvenir le gouvernement de vouloir le faire dans des conditions qui sont rationnelles. Et contrairement à ce que préconise Nicolas Sarkozy, ni l’Allemagne ni la France, dans les propositions qu’elles ont faites, ne préconisent le rétablissement des frontières à l’intérieur de l’Union Européenne. Parce que…

Jean-Pierre Elkabbach
Non mais, il n’a pas tort. Est-ce qu’il a tort de dire : il faut remettre à plat, revoir Schengen, dans la situation actuelle ?

Bernard Cazeneuve
…Pardonnez-moi, non mais, il n’a pas tort, et d’ailleurs nous le faisons. Et nous le faisons de façon rationnelle, et nous le faisons de façon équilibrée, et nous le faisons de façon méthodique. J’ai fait des propositions très concrètes concernant la réforme de Schengen, qui sont compatibles d’ailleurs avec ce que les pays de l’Union Européenne sont prêts à faire avec nous : les « hotspots ». Et deuxièmement, je souhaite qu’il y ait des contrôles aux frontières intérieures qui soient simultanés et coordonnés dans les aéroports, notamment, et également dans les gares si on peut les mettre en place, de manière à ce que nous puissions lutter efficacement contre le terrorisme. Donc…

Jean-Pierre Elkabbach
Donc on va serrer un peu plus la vis. Mais Monsieur le ministre…

Bernard Cazeneuve
…Non, pardonnez-moi, je veux terminer sur ce point. Moi je ne sais pas ce qu’est Schengen 2, mais je sais ce que nous faisons pour que Schengen fonctionne. Et je souhaiterais que l’opposition, plutôt que de s’engager dans des choses aventureuses sur Schengen, constate ce que nous faisons, la rationalité de ce que nous faisons, avec les Allemands, puisque je comprends aussi que ce que souhaite le parti de Nicolas Sarkozy, c’est que nous fassions tout avec les Allemands – mais ce qu’il propose est le contraire de ce que les Allemands sont prêts à accepter.

Jean-Pierre Elkabbach
Il est le responsable de l’opposition. Il y a deux questions : est-ce que vous êtes prêt à le recevoir, peut-être pour lui expliquer ce que vous êtes en train de faire ? Et d’autre part, il s’oppose, c’est son rôle. Est-ce qu’il vous fait tellement peur que chaque fois qu’il ouvre la bouche, tous, vous lui tapez dessus ?

Bernard Cazeneuve
Moi, il ne me fait pas peur du tout, il suscite chez moi un abîme d’interrogation, plutôt qu’une crainte, quant à la pertinence de ce qu’il propose. Mais ce n’est pas de la peur, ou c’est une peur dictée par parfois l’incohérence ou une relation curieuse aux faits et à la réalité, oui.

Jean-Pierre Elkabbach
Un mot, un mot : il y a la réunion demain et après-demain à Bruxelles avec les ministres européens, et vous y allez, c’était à votre initiative, si je me rappelle bien…

Bernard Cazeneuve
Oui.

Jean-Pierre Elkabbach
…Si elle échoue, c’est un sommet européen qui est prévu ?

Bernard Cazeneuve
Il faut que cette réunion de demain réussisse. Bien entendu, si cette réunion devait échouer, d’abord ça enverrait un très mauvais signal aux opinions publiques européennes et mondiales, et ensuite, effectivement, ça pourrait conduire les chefs d’États et de gouvernements à statuer.

Jean-Pierre Elkabbach
Michaël Darmon.

Michaël Darmon
Lorsque vous avez reçu hier donc les maires, est-ce que vous avez encore entendu des demandes de la part de certains qui ne souhaitent recevoir que des réfugiés chrétiens ?

Bernard Cazeneuve
Non. Je n’ai pas entendu cela. L’esprit de la réunion d’hier était absolument républicain. Chacun sait ce que signifie le statut de réfugié dans la tradition politique française, et personne ne s’est aventuré…

Michaël Darmon
…On peut les comprendre, ceux qui ont émis cette idée ? Qu’est-ce que vous en pensez ?

Bernard Cazeneuve
Non, je pense que l’on doit faire beaucoup de pédagogie sur cette question. Vous parliez tout à l’heure de la vérité, de l’exigence de rigueur intellectuelle. J’ai eu l’occasion de m’exprimer pendant votre émission pour regretter à quel point elle était peu convoquée, sur les sujets importants dont nous parlons. Et moi je crois qu’il ne faut pas négocier avec les concepts quand il y a de tels drames humanitaires, réaffirmés dans leur vérité, dans leur force. Et on peut bien entendu faire de la pédagogie, on peut expliquer, mais on ne peut pas comprendre que l’on fasse des concessions aux principes au moment où nous sommes en situation d’accomplir notre devoir.

Arnaud Leparmentier
Alors il y a des concessions qui se font en période de campagne électorale : hier les Verts décident de ne pas s’allier avec les socialistes au Nord. Donc est-ce que vos alliés, vos anciens alliés sont en train d’ouvrir la voie au Front National, dans le Nord, notamment ?

Bernard Cazeneuve
Je pense qu’il serait préférable de favoriser l’union, l’unité, plutôt que la division. Parce que la division, à la fin, c’est la déréliction, c’est l’effacement.

Jean-Pierre Elkabbach
Le Front National aurait pu participer à la réunion d’hier, des maires ?

Bernard Cazeneuve
Il a envoyé un représentant, oui.

Jean-Pierre Elkabbach
Oui ?

Bernard Cazeneuve
Qui s’est inscrit à 23 heures. Il a dû avoir… je me suis dit, à un moment, il a dû avoir un remords. C’est une espèce d’éveil de la conscience tardive, nuitamment mais quand j’ai entendu le discours, je me suis rendu compte que finalement il était venu alors que nous étions dans une réunion où nous cherchions des solutions, il est le seul à être venu avec un problème, pour poser un problème, le seul !

Jean-Pierre Elkabbach
Et en même temps, c’est le rejet total, définitif des réfugiés. C’est la politique du Front national. Est-ce que par là, ils se mettent en dehors des devoirs de la République et peut-être même des valeurs de la République selon le ministre de l’Intérieur ?

Bernard Cazeneuve
La réponse est oui. La République, c’est tout le contraire de ce que le Front national préconise et la République quand elle est efficace également. Moi, je suis quand même très frappé de voir que le parti de Marine Le Pen s’est opposé à toutes les mesures antiterroristes que j’ai prises. Nous constatons …

Jean-Pierre Elkabbach
Et elle-même …

Bernard Cazeneuve
Attendez, je vais prendre des exemples très concrets parce qu’il faut que les Français le sachent, je n’ai jamais déconstruit ce discours de Marine Le Pen, donc je vais prendre trois minutes pour le faire. Par exemple, elle propose de fermer toutes les mosquées salafistes, moi, je procède à la fermeture des mosquées et je vais le faire dont les membres appellent à la haine, dont tous les membres appellent à la haine parce que le droit me permet de le faire et tout ce que je fais, je le fais dans le respect du droit.

Jean-Pierre Elkabbach
Vous en avez fermées, déjà ?

Bernard Cazeneuve
Mais je suis en train de mettre en place des dispositifs qui pour deux d’entre elles sur lesquelles nous travaillons pourraient aboutir à cette décision ?

Jean-Pierre Elkabbach
Lesquelles ?

Bernard Cazeneuve
Je ne vais pas vous le dire parce que je veux que la procédure aille à son terme.

Jean-Pierre Elkabbach
La surprise !

Bernard Cazeneuve
Non, ce n’est pas la surprise, c’est le respect du droit …

Jean-Pierre Elkabbach
Pour eux, pour les salafistes.

Bernard Cazeneuve
Non, ce n’est pas la surprise, c’est le respect du droit. Je vais vous dire que j’ai proposé depuis le début de l’année 2015 26 expulsions d’acteurs qui dans les mosquées appellent et provoquent à la haine et que jamais on n’a été dans une telle fermeté et que je n’ai pas du tout l’intention sur ce sujet là d’avoir la main qui tremble mais par exemple lorsque je constate dans les enquêtes, c’est important de le savoir que les terroristes utilisent les moyens d’Internet et notamment la cryptologie sur Internet pour préparer leurs actes que je propose dans une moi que l’on donne aux moyens des services de renseignements d’entrer dans cette conversation pour prévenir des actes terroristes, elle vote contre. Lorsque je propose le blocage des sites Internet qui appellent et provoquent à la haine, elle vote contre. Lorsque je propose un PNR européen – enfin, je ne l’ai pas proposé, je l’ai défendu devant la commission LIBE du Parlement européen …

Jean-Pierre Elkabbach
Qu’est-ce qu’elle fait ?

Bernard Cazeneuve
Elle vote contre, elle se fait même nommer rapporteur pour avis au titre du droit de tirage de son groupe pour pouvoir s’opposer à cela. Donc Marine Le Pen, c’est très simple, c’est contre tout ce qui marche pour pouvoir proposer une seule et unique solution, tout ce qui divise, tout ce qui suscite de la tension dans la société parce que le terreau sur lequel prospère Marine Le Pen, ce n’est pas le terreau des solutions, c’est le terreau des problèmes. Donc plus il y a de problèmes, plus elle prospère.

Jean-Pierre Elkabbach
Trouvez les solutions et il y aura moins de Front national !

Bernard Cazeneuve
Mais Monsieur Elkabbach, c’est ce que nous faisons et toutes les lois que j’ai fait voter contre le terrorisme permettent face à un phénomène inédit d’être efficace dans la lutte contre le terrorisme …

Bernard Cazeneuve
Et la lutte contre le terrorisme suppose la capacité de résilience de notre pays et suppose que face à notre pays, on fasse de la pédagogie et qu’on ne soit pas constamment dans l’outrance, dans les amalgames, dans les approximations et dans les mensonges.

Jean-Pierre Elkabbach
Dernière question pour cette émission du « Grand Rendez-vous », vous nous avez dit beaucoup de choses déjà !

Arnaud Leparmentier
Etes-vous pour la levée du secret défense dans l’affaire Kouachi / Coulibaly pour savoir comment la DCRI notamment a travaillé sur ces personnes, les a écoutées ?

Bernard Cazeneuve
Merci de poser cette question parce que j’ai lu dans votre journal un article qui n’était pas tout à fait exact. Les juges ont saisi le ministère de l’Intérieur de la volonté de déclassification de documents.

Jean-Pierre Elkabbach
Votre réponse ?

Bernard Cazeneuve
Et donc ces documents vont être soumis à la commission consultative du secret de la défense nationale et je me conformerai à l’avis de la commission consultative du secret de la défense nationale. Point.

Jean-Pierre Elkabbach
Est-ce que vous savez où est madame Boumedienne qui était l’épouse de Coulibaly ?

Bernard Cazeneuve
Comment ?

Jean-Pierre Elkabbach
Madame Boumedienne qui était l’épouse de Coulibaly ? Vous savez où elle est ?

Bernard Cazeneuve
Mais elle est en Syrie d’après les informations dont nous disposons.

Jean-Pierre Elkabbach
Où ça ?

Bernard Cazeneuve
Mais Monsieur Elkabbach, vous n’imaginez pas quand même que je vais déclassifier tous les documents dont je dispose en direct devant vous …

Jean-Pierre Elkabbach
C’est dommage …

Bernard Cazeneuve
…parce que vous êtes sympathique …

Michael Darmon
On aurait bien aimé !

Bernard Cazeneuve
…sur lesquelles vous avez envie de savoir !

Jean-Pierre Elkabbach
Pas de gloubi-boulga. Un mort et plusieurs blessés dans une fusillade dans le centre de Marseille, ça vous inspire quelle réaction ?

Bernard Cazeneuve
Il y a toujours trop de violence dans cette ville. Nous avons obtenu des résultats très significatifs dans cette ville en matière de lutte contre la délinquance, nous avons saisi énormément d’armes dans cette ville mais le désarmement de tous ces groupes criminels doit être intensifié et je proposerai d’ici cinq à six semaines sur la base de la saisine que j’ai adressée à la direction générale de la police nationale et de la gendarmerie nationale un plan global de lutte contre le trafic d’armes et contre la détention d’armes dans notre pays. Il faut savoir que chaque année depuis 2013, nous saisissons près de 6 000 armes sur des groupes criminels.

Jean-Pierre Elkabbach
Et il y en a combien ?

Bernard Cazeneuve
Ces 6 000 armes, il y a à peu près 1 200 armes de guerre et que je veux procéder au désarmement de tous ces criminels et par conséquent, je proposerai d’ici six semaines un plan extrêmement offensif qui aura vocation à être plus efficace et plus ambitieux encore parce qu’on voit bien que les trafiquants, les délinquants, les terroristes, tout ceux-là, ce sont des armes lourdes qui circulent.

Jean-Pierre Elkabbach
Merci Monsieur le ministre d’être venu, merci de vous êtes livré à ce jeu de questions réponses que les Français attendaient, merci à vous.