18.02.2015 - Intervention de Bernard Cazeneuve sur France 2

18 février 2015

Mercredi 18 février, M. Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, était l'invité de Roland Sicard dans Les 4 Vérités sur France 2.


Roland Sicard
Bonjour à tous.
Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve
Bonjour.

Roland Sicard
On va commencer par ces dégradations qui ont eu lieu hier soir dans un cimetière de Normandie, deux jours après la découverte de la profanation du cimetière juif de Sarre-Union, en Alsace. Comment vous réagissez à ces actes très graves ?

Bernard Cazeneuve
Avec la même fermeté que celle qui a présidé à notre réaction concernant les actes abjects de Sarre-Union. Hier, nous y étions avec le président de la République, les présidents du Sénat et de l’Assemblée nationale, et nous avons vu en Alsace l’abjection, une stèle évoquant la mémoire des déportés, mise à terre, des tombes saccagées, il se produit la même chose dans un cimetière normand. Tout cela traduit une forme d’irrespect. Il n’y a pas de vivre ensemble, là où il n’y a pas de respect. Le respect que l’on doit aux institutions, le respect que l’on doit aux morts, le respect que l’on doit à l’autorité de l’État, qui implique d’ailleurs le respect des forces de l’ordre à l’égard des citoyens, et il faut sur tous ces sujets, le respect, une grande fermeté.
Et donc, moi j’ai demandé aux préfets, au titre de l’article 40 du code de procédure pénale, de bien vouloir saisir systématiquement les procureurs, de toute parole raciste, xénophobe, antisémite, de tout acte qui témoigne d’un abandon de la notion de respect.

Roland Sicard
Est-ce qu’il y a une violence particulière, en ce moment, vis-à-vis des religions ?

Bernard Cazeneuve
Mais il y a une violence dans la société. Nous sommes dans une société qui, parce qu’il y a une perte de repères, parce qu’il y a la perte de la notion de respect, voit la violence prendre une ampleur considérable. Il s’agit d’aller sur Internet pour se rendre compte que l’on n’hésite pas à user de phrases qui blessent, qui cherchent à atteindre l’autre, sans se préoccuper de savoir quel est l’impact que peut avoir ces phrases, sur ceux auxquels elles s’adressent. Eh bien la République, ça n'est pas cela, et il n’y a pas de vivre ensemble, là où il n’y a pas une attention à l’autre, là où il n’y a pas le respect des principes républicains, des règles de la République, et tout cela doit être rappelé avec énormément de force par ceux qui sont investis de la responsabilité politique. Et l’état de droit doit être systématiquement érigé au dessus de toute autre considération, c'est d’ailleurs pour cela que les Français ont témoigné d’un tel attachement aux forces de l’ordre, au lendemain des attentats, parce que précisément les policiers et les gendarmes ont matérialisé dans la République, leur capacité à défendre le droit, lorsqu’il est atteint, par des violences et une forme terrible d’irrespect.

Roland Sicard
L’enquête en Normandie, il est trop tôt pour avoir des éléments ?

Bernard Cazeneuve
Non, il est trop tôt. Nous avons condamné cet acte dans la nuit, l’action publique va être déclenchée, une enquête aura lieu et nous saurons.

Roland Sicard
En ce qui concerne l’Alsace, en revanche, l’enquête est bouclée ?

Bernard Cazeneuve
L’enquête est en cours, des éléments commencent à émerger, qui permettront de comprendre ce qu’ont été les motivations de ceux qui ont commis cet acte abjecte.

Roland Sicard
Autre sujet, Manuel Valls hier a été obligé d’utiliser le 49.3 pour faire passer la loi Macron. Ce matin, Nicolas Sarkozy dit qu’il n’y a plus ni gouvernement, ni majorité. Qu’est-ce que vous lui répondez ?

Bernard Cazeneuve
Je réponds à Nicolas Sarkozy, que la pertinence, la mesure, l’absence d’outrance, n'est pas la marque de fabrique de son retour, et ses propos en témoignent une fois encore. Il a d’ailleurs lui même été, lorsqu’il était président de la République, confronté à des difficultés de cette nature. Je me souviens de votes qu’il a fallu refaire.
Et là nous n’aurons pas à refaire un vote, parce que le gouvernement, lorsqu’il s’agit de faire les grandes réformes dont le pays a besoin, n’a pas la main qui tremble, il est déterminé à les faire, le Premier ministre l’a rappelé hier, il est déterminé à les faire, parce que le pays a besoin de ces réformes, et il y a dans les institutions, des instruments qui permettent de faire en sorte de rassembler la majorité lorsque c'est nécessaire, le gouvernement prend ses responsabilités pour que cela soit le cadre.

Roland Sicard
Ça montre presque une faiblesse de la majorité, une faiblesse du Parti socialiste. Est-ce que vous diriez que les frondeurs du PS sont irresponsables ?

Bernard Cazeneuve
Je pense que lorsque nous sommes dans une situation comme celle que nous connaissons, avec un pays qui est confronté par les divisions que l’on évoquait à l’instant, les épreuves qu’il a récemment subies, le principe de responsabilité doit l’emporter absolument. J’entends qu’il faut qu’il y ai des débats, mais il y a eu des heures de débats, il y a eu des centaines d’amendements, il y a eu un ministre remarquable de détermination et de courage, qui a accepté et affronté le dialogue avec un grand respect des parlementaires et est allé au bout de la discussion de chacun de ses amendements, en donnant des explications. Mais moi, je suis peut être un peu démodé, je suis peut-être trop attaché aux institutions de la Vème République, mais quand on est dans une majorité, on débat, on débat le temps qu’il faut pour convaincre, mais lorsque le terme du débat est arrivé, on apporte son soutien au gouvernement.
C'est ça une démocratie, qui fonctionne selon le principe de la responsabilité. Il y a le temps du débat et il y a le temps du rassemblement autour des textes du gouvernement qu’on soutient.

Roland Sicard
Autre sujet, vous partez tout à l'heure pour Washington, pour un sommet contre le terrorisme. Qu’est-ce que vous attendez de cette réunion internationale ?

Bernard Cazeneuve
Bon, d'abord, nous avons besoin d’échanger davantage pour lutter contre le terrorisme, nos services de renseignements, nos services de police, nos gouvernements, et si nous ne le faisons pas, nous ne pourrons pas nous doter des outils dont nous avons besoin pour aboutir. J’étais hier avec le vice président de la Commission européenne sur la question de ce système d’enregistrement des passagers, qui permettra de savoir très exactement le parcours emprunté par les terroristes lorsqu’ils reviennent...

Roland Sicard
Le fameux PNR.

Bernard Cazeneuve
Le fameux PNR, lorsqu’ils reviennent du théâtre des opérations terroristes, si nous n’en parlons pas entre nous, nous n’y arriverons pas. Sur Schengen c'est pareil, moi je souhaite qu’il y ait des contrôles plus systématiques, davantage coordonnés et demain obligatoires, si on ne discute pas entre nous, pour modifier le code Schengen, nous n’y arriverons pas.

Roland Sicard
Mais à Washington, qu’est-ce qui va être décidé ?

Bernard Cazeneuve
A Washington, nous avons d’autres sujets à traiter, bien entendu la question de la traçabilité du retour des combattants étrangers, parce que les PNR peuvent se connecter les uns aux autres et les Américains sont désireux que nous puissions travailler ensemble sur ce sujet. Il y a la question d’Internet qui est centrale, 90 % de ceux qui basculent dans le terrorisme, basculent par Internet. Et aux États-Unis, un grand nombre des majors d’Internet sont localisées, j’irais d’ailleurs les rencontrer en Californie.

Roland Sicard
Alors, justement, vous allez aller aussi...

Bernard Cazeneuve
Et donc l’objectif aussi c'est de faire en sorte qu’il y ait des règles, qui ne remettent pas en cause la liberté d’expression sur Internet, qui ne remettent pas en cause la confiance que l’on doit avoir dans l’économie numérique, mais qui permettent d’interrompre le contenu d’un certain nombre de blogs, de sites, qui appellent, provoquent au terrorisme, appellent à la haine raciale et appellent au crime.

Roland Sicard
Alors, justement, vous le disiez, vous allez aller aussi en Californie, pour rencontrer les grands de l’Internet, qu’est-ce que vous allez leur demander ?

Bernard Cazeneuve
Je vais leur dire deux choses assez simples. Un, la France a confiance dans l’économie numérique et elle la développe grandement. Deux, nous considérons que dans un contexte extrêmement grave, où il y a des risques de violences criminelles, et les évènements de Paris, les évènements du Danemark, les évènements du Canada, les évènements d’Australie en témoignent, il faut qu’il y ait, en plus de la confiance, la responsabilité. Et il faut que les grands opérateurs Internet comprennent qu’à partir du moment où près de 90 % de ceux qui basculent dans le terrorisme, basculent par Internet, il faut qu’il y ait des régulations, il faut qu’il y ait des règles qui ne remettent pas en cause la liberté d’expression, mais qui permettent simplement d’enlever les contenus, d’interrompre les sites, lorsque ces sites, manifestement, sont des sites qui appellent et provoquent au terrorisme.

Roland Sicard
Est-ce que vous sentez ces grands sites prêts à le faire ?

Bernard Cazeneuve
Je sens que les choses bougent beaucoup. Nous avons rencontré au début du mois d’octobre à Luxembourg, tous les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne, pour leur dire : il faut maintenant que nous agissions ensemble, en confiance et en responsabilités. Bon, il y a eu un intérêt, beaucoup de pays ont pris des législations, ça a été le cas de la France, pour dire : si vous ne le faites pas vous-même le retrait, nous procèderons au blocage des sites, ce qui est une manière de sensibiliser ces grands opérateurs

Roland Sicard
La France est en pointe dans la lutte, contre le terrorisme ?

Bernard Cazeneuve
Eh bien la France, en tous les cas, a pris des dispositions législatives que d’autres pays n’ont pas prises encore, et dont d’autres pays s’inspirent. Quand je regarde le contenu des textes qui sont pris dans les différents pays de l’Union européenne notamment, je me rends compte que ce que nous avons fait et que ce que d’autres s’apprêtent à faire, désormais. Donc oui, je pense que nous sommes à l’avant-garde de la lutte contre le terrorisme, et moi je me dépense beaucoup, à la fois en Europe et sur le plan international, pour faire en sorte que les coopérations entre les ministères de l’Intérieur se renforcent, et entre les polices, entre les services de renseignements, pour que nous soyons plus efficaces dans la lutte contre le terrorisme.

Roland Sicard
Merci.

Bernard Cazeneuve
Merci à vous.