Séance de questions d'actualité au gouvernement du 24 octobre 2012

25 octobre 2012

Mercredi 24 octobre 2012, Manuel Valls, ministre de l'intérieur, a répondu à une question de Véronique Massonneau sur la lutte contre l'intolérance religieuse ; lors de la séance de questions d'actualité au gouvernement à l'Assemblée nationale.


Véronique Massonneau, députée de Vienne

Merci, Monsieur le Président. Ma question s'adresse au ministre de l'Intérieur. Monsieur le Ministre, ces dernières semaines ont été marquées par une multiplication inquiétante de manifestations d'intolérance religieuse. C'est l'occupation de lieux de culte ou futurs lieux de culte par des groupuscules qui ont fait du rejet de l'autre leur identité. C'est l'intention affichée par certains élus locaux de ne pas appliquer une future loi de la République, au motif de leurs convictions religieuses personnelles. Ce sont des propos aux relents nauséabonds, qui, sous-couvert d'anecdotes boulangères prétendument vécues, véhiculent des préjugés et des fantasmes. C'est aussi l'expression dans certains quartiers d'un radicalisme religieux intolérant. Il va à contre-courant d'une construction pourtant réelle et précieuse d'une société qui dépasse les frontières religieuses et culturelles. Notre pays est le pays d'Europe qui connaît la plus forte proportion de mariages mixtes et c'est une richesse. C'est aussi cette richesse-là que les extrémistes combattent. Face à ces intolérances, à ces fanatismes de tous ordres, la France oppose un principe, la laïcité. La laïcité n'est pas la négation des croyances et des convictions individuelles, bien au contraire, elle leur garantit un droit égal à l'épanouissement et à la pratique. Elle permet à tous les représentants de toutes les religions d'exprimer leur point de vue, il est légitime sur les grandes questions de société. Mais elle assure la neutralité de l'Etat, de ses agents et de ses représentants élus dans la prise des décisions comme dans leurs applications. Monsieur le Ministre, la Constitution fait de vous le garant du respect des cultes. Pouvez-vous nous dire ici comment vous entendez organiser les échanges entre notre Etat laïc et les représentants des institutions religieuses en France ? Merci.

Manuel Valls, ministre de l'intérieur

Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés. Madame la députée.
Les faits que vous rappelez sont inacceptables et le Premier ministre et le gouvernement les ont condamnés avec la plus grande fermeté. Soixante-treize personnes venues de plusieurs régions en France ont occupé, le 20 octobre dernier, le chantier de la mosquée de Poitiers, actuellement en construction. Les motivations des membres de ce groupuscule d'extrême-droite sont évidentes : provocation, diffusion d'un message de haine et d'intolérance et surtout volonté manifeste de faire parler d'eux, la recherche de la médiatisation était au cœur de leur stratégie. A nous de ne pas être dupes.
La dissolution de ce groupe est étudiée et elle devra être fondée sur des fondements juridiques solides. C'est la fragilité d'une démocratie, mais c'est aussi sa grandeur. Madame la députée, la République garantit à tous le libre exercice du culte dans le respect des règles de laïcité. Tout acte en direction d'un lieu de culte est une atteinte à notre pacte social, est une agression à l'égard de notre pays. Ces personnes doivent s'attendre à une grande fermeté, à la plus grande fermeté de la part de la République. Quatre leaders ont été mis en examen lundi et ont été placés sous le contrôle judiciaire. La France est une grande démocratie, une grande démocratie où la liberté d'expression et la liberté d'association doivent être préservées. C'est le sens du dialogue que j'ai, sous l'autorité du Premier ministre, avec l'ensemble des cultes. Il y a la place pour croire comme pour ne pas croire, à condition que l'on respecte la laïcité, nos valeurs et évidemment des droits et des devoirs. Mais je veux vous dire aussi que parce que nous sommes une grande démocratie, la violence n'a pas sa place, la violence politique n'a pas sa place, quand on manifeste sa haine à l'égard de la France et de nos valeurs. Il n'y a pas de place pour l'action de l'ultragauche quand elle s'attaque à des permanences de parlementaires, il n'y a pas de place vis-à-vis de l'extrême-droite et de ses identitaires quand ils s'attaquent à des lieux de culte.