COVID

Réponse de Brice Hortefeux à une question de la députée Guigou lors de la séance de questions d'actualité au gouvernement du mardi 14 septembre 2010

14 septembre 2010

Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales, a répondu à une question de la députée Elisabeth Guigou lors de la séance de questions d'actualité au gouvernement à l'Assemblée nationale, mardi 14 septembre 2010.


Elisabeth Guigou, SRC (Seine-Saint-Denis)

Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, dans l'affaire Bettencourt/Woerth, dont le journal Le Monde est maintenant victime, ce sont plusieurs valeurs et principes fondamentaux de la République qui sont bafoués.

Premier principe violé, la liberté de la presse, qui est l'un des piliers de toutes les démocraties, et la protection des sources des journalistes, qu'une loi de janvier 2010 a renforcée et qui est aujourd'hui violée. Deuxième principe bafoué, l'égalité de tous les citoyens qui est garantie par l'indépendance de la justice et le contrôle de la justice sur les affaires de police. Troisième principe piétiné, l'impartialité de l'Etat et la protection des citoyens contre les abus du pouvoir qui sont normalement garantis par des lois et des règles très strictes sur des moyens exceptionnels comme les écoutes téléphoniques ou les listes d'appels téléphoniques, appelées "Fadet".

Je rappelle que les services secrets ne peuvent mener leurs enquêtes que dans le cadre de la loi. Ils ne peuvent procéder à ces écoutes téléphoniques ou avoir accès aux listes d'appels que sur ordre du Premier ministre, qui décide sur demande écrite de seulement 3 ministres de l'Intérieur, de la Défense ou des Finances et après avis de la Commission Nationale Indépendante.

Or, celle-ci ne donne un avis favorable que pour les atteintes les plus graves à la sécurité nationale. Monsieur le Premier ministre, je vous demande de répondre à plusieurs questions : les services secrets ont-ils enquêté dans le cadre légal que je viens de rappeler ou ont-ils été utilisés par le pouvoir pour protéger des intérêts particuliers ?

Qui a autorisé cette enquête menée en dehors de tout contrôle judiciaire ?

Qui a déclenché les écoutes, les avez-vous vous-même ordonnées, monsieur le Premier ministre, dans le cadre de la loi de 1991 ?

Enfin, allez-vous accepter...Allez-vous accepter qu'un juge d'instruction indépendant soit désigné pour faire toute la lumière sur cette affaire, garantir que les moyens de l'Etat ne sont pas confisqués au profit du pouvoir et vérifier que la...

Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, de l'outre-mer et des collectivités territoriales

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les Députés, Madame la Ministre Elisabeth Guigou.

Permettez-moi d'abord de rappeler une règle de droit essentielle, essentielle pour le fonctionnement de l'Etat. En vertu de l'Article 26 de la loi de 1983, tout fonctionnaire est soumis à une obligation de respect du secret professionnel.

Or que s'est-il passé ? Une information est parvenue aux services de police, selon laquelle un fonctionnaire, Magistrat, travaillant à la Chancellerie aurait diffusé et divulgué des éléments des procès verbaux d'enquêtes en cours d'instruction.

Donc je vous le dis, mesdames et messieurs les députés, il était du devoir de la direction du Renseignement Intérieur de vérifier cette affirmation, dans le cadre de la mission de protection de la sécurité. Des vérifications techniques ont effectivement eu lieu, semblant corroborer cette information qui avait été communiquée à la police.

Dès lors, en vertu de l'article 40 qui s'impose à chacun, le directeur central du renseignement intérieur a transmis cette information au Procureur de Paris.

Et je vous précise que le Parquet a ouvert parallèlement une information judiciaire pour violation du secret de l'enquête. Cela signifie des choses simples, mesdames et messieurs les députés, il n'y a eu aucune consigne, aucune demande de l'Elysée à quelques niveaux que soient. Il n'y a eu aucune demande d'écoute téléphonique, et il n'y a eu aucune écoute, ne serait-ce que parce qu'elles sont effectivement autorisées par une Commission dans laquelle siège un parlementaire membre de votre gouvernement, qui est monsieur Daniel Vaillant.

Mais puisque vous posez cette question de cette manière là, cela me permet aussi de souligner que nous sommes bien loin d'une époque où il y avait un cabinet noir, à l'Elysée, qui en toute illégalité procédait à de très nombreuses écoutes.