12.07.2004 - Université Complutense de Madrid

12 juillet 2004

Allocution de Dominique de Villepin, Ministre de l'Interieur, de la Sécurité Intérieure et des Libertés Locales


Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

C'est pour moi un grand honneur de m'exprimer devant vous aujourd'hui. Votre université représente le meilleur de la tradition intellectuelle espagnole : sa capacité à s'ouvrir sur le monde, à rester à l'écoute des autres cultures et des autres peuples, sa volonté permanente de savoir et d'imagination.

Je remercie M. Baltasar GARZON de m'avoir proposé d'ouvrir votre séminaire et de m'exprimer sur la lutte contre le terrorisme. Aux yeux des Français, Monsieur le Juge, vous êtes un symbole de courage, de détermination, de lucidité dans le combat contre le terrorisme.

L'Espagne sait le prix de ce combat. Il y a quelques semaines seulement, Madrid a été touchée au cœur par l'attentat le plus meurtrier qu'ait jamais connu le continent européen. De Lisbonne à Paris, de Berlin à Rome, de Stockholm à Varsovie, nous avons tous été bouleversés par les images terribles de la gare d'Atocha. Ce matin du 11 mars est pour l'Espagne un matin de révolte. C'est pour l'Europe tout entière un matin de douleur.

Mais c'est aussi un appel à combattre sans relâche tous ceux qui ont décidé de porter le fer de la violence aveugle dans nos sociétés. L'Espagne a été aux avant-postes de cette lutte. Elle a forcé l'admiration de tous les autres pays européens par le calme et la sérénité avec lesquels elle a affronté année après année les attentats criminels sur son propre territoire, contre ses propres enfants.

J'en suis convaincu : le projet absurde des terroristes est voué à l'échec. Pourvu qu'elles trouvent la force de se protéger et de résister, les démocraties l'emporteront. Leur cause est juste : c'est celle du dialogue contre la haine, de la liberté contre l'endoctrinement, de la paix contre le chaos. Notre tâche est immense. Non seulement parce que le combat contre le terrorisme prendra des années. Mais aussi parce que nous devons lutter avec les armes que nous donnent nos valeurs, et aucune autre. Le jour où nous renierons les principes fondamentaux de l'Etat de droit pour combattre le terrorisme, nous aurons commencé à perdre la bataille que nous avons engagée, parce que nous aurons commencé à nous perdre nous-mêmes. Notre mobilisation doit être permanente. Elle doit aussi être fidèle à ce que nous sommes.

Pour répondre avec efficacité au défi terroriste, nous avons une exigence de lucidité. Il ne s'agit pas d'excuser ou de comprendre pour le plaisir de comprendre, mais de savoir comment le terrorisme se développe, sur quel terreau il prospère, à quels mécanismes il obéit. La lucidité aiguisera notre réponse.

Chacun doit en prendre conscience : nous faisons face à une menace radicalement nouvelle, qui ne cesse de s'adapter afin de garder un temps d'avance sur ses adversaires. La première caractéristique des groupes terroristes, c'est en effet leur mobilité et leur capacité d'adaptation permanente. Comme des virus mutants, ils sont capables de se transformer pour mieux résister aux attaques dont ils sont l'objet.

L'autonomie croissante des groupes islamistes en est le meilleur exemple : alors que la plupart des Etats ont progressé dans la maîtrise des interceptions téléphoniques et dans la compréhension des réseaux internationaux, ces groupes ne respectent aucune structure hiérarchique trop rigide, et par conséquent plus facile à appréhender. En Europe, il s'agit souvent de noyaux autonomes et intégrés dans la société, comme le montre l'enquête faite à la suite des attentats de Madrid. De l'affaiblissement que constituaient les coups portés contre les dirigeants d'Al Qaida, les terroristes ont donc fait une force : ils peuvent s'affranchir de ces dirigeants, qui de responsables opérationnels deviennent des inspirateurs.

Un autre exemple est l'émergence de filières de combattants terroristes en Iraq. Après la Bosnie, l'Afghanistan et la Tchétchénie, l'Iraq pourrait en effet devenir le lieu privilégié de formation des candidats au terrorisme. Pour des raisons pratiques d'abord : les contrôles aux frontières sont encore très limités et l'instabilité chronique facilite le regroupement d'individus déterminés, prêts à propager leur message de haine et de rejet. Pour des raisons politiques aussi : les images de l'occupation du pays par les troupes américaines alimentent un sentiment d'humiliation que les extrémistes exploitent sans relâche. Le résultat est là : des filières ont été mises au jour en Allemagne, en Italie et plus récemment au Royaume-Uni. Nous suivons avec la plus grande vigilance toutes les évolutions dans ce domaine.

Deuxième caractéristique du terrorisme contemporain : sa maîtrise des outils de la modernité. On ne retient souvent du terrorisme que ses procédés rudimentaires, qui lui permettent d'échapper à la plupart des outils de contrôle les plus perfectionnés : la collecte des fonds par la hawala, fondé sur la confiance et la parole donnée, en est une illustration. Elle ne laisse aucune trace. Aucun signe écrit. Elle permet pourtant d'opérer dans la plus totale clandestinité des transferts de fonds importants. Le recours à l'arme blanche pour assassiner des otages étrangers en est une autre : la barbarie de l'acte fait son efficacité. Les effectifs terroristes peuvent être réduits, le nombre de victimes limité : la cruauté de l'égorgement n'en frappe pas moins les esprits et parvient à alimenter la peur.

Ce dernier exemple le montre : les organisations terroristes savent combiner l'archaïsme avec les outils technologiques les plus modernes. Regardons les moyens de communication, câblés ou informatiques : ils sont employés pour diffuser le plus largement possible des discours de haine et d'intolérance. Regardons encore les relais médiatiques : les actes terroristes sont prévus pour avoir l'impact le plus fort possible sur les opinions publiques. Regardons enfin l'organisation du terrorisme lui-même : une division des tâches tend à s'y opérer, qui accroît son efficacité globale. Les uns appellent à la violence au nom de préceptes religieux dévoyés. D'autres apportent leur savoir-faire technique et préparent les opérations. Les derniers apportent un appui logistique, posent des bombes ou vont jusqu'à se sacrifier eux-mêmes.

Troisième caractéristique : la volonté des groupes terroristes de causer les pertes les plus importantes possibles, afin de décupler les effets des attentats sur l'opinion publique. Nous sommes là au cœur du terrorisme contemporain : la recherche du spectaculaire amplifié par les médias.

C'est pourquoi nous devons prendre très au sérieux les tentatives d'acquisition de capacités chimiques, biologiques ou radioactives par certains groupes déterminés. Il ne s'agit pas de tentatives isolées, mais d'une volonté ancrée dans la stratégie des terroristes contemporains. Des projets d'attentat déjoués à Paris et à Londres prévoyaient d'avoir recours à des produits de ce type. Même si la maîtrise de la dispersion des agents était loin d'être acquise, ces tentatives témoignent de la réalité de la menace.

Quatrième caractéristique : le terrorisme se nourrit de l'intolérance comme de la peur, de notre peur. Il se nourrit également de la fragilité, de notre fragilité et de nos propres erreurs. C'est pourquoi nous devons apporter des réponses adaptées.

Nous devons comprendre que notre combat n'est pas celui d'un gouvernement contre un autre gouvernement, celui d'un peuple contre un autre peuple, celui d'une culture contre une autre culture, celui d'une religion contre une autre religion. C'est le combat pour une certaine idée de l'homme, de sa dignité et de ses droits; c'est le combat contre tous les racismes, contre la xénophobie, contre l'antisémitisme.

Nous devons comprendre également que, face au terrorisme, nous avons besoin d'un consensus national, un consensus entre tous les citoyens, entre tous les partis politiques, un consensus de toute la société. Notre combat doit être partagé par tous.

Nous devons comprendre enfin que le pire serait de céder à la tentation de l'amalgame, à la confusion entre islam et islamisme. Le pire serait de négliger le rôle des identités dans notre monde.

Notre réponse au terrorisme doit éviter les pièges qui nous sont tendus et s'inscrire dans le respect des règles de l'Etat de droit.

Lutter contre le terrorisme, ce n'est pas faire la guerre contre lui. L'expression est maintenant entrée dans le langage courant : guerre au terrorisme. Il serait temps de l'en faire sortir. Car elle est à la fois inexacte et dangereuse.

Inexacte, parce qu'elle suppose que le terrorisme représente un ennemi clairement identifié, auquel un Etat ou un groupe d'Etats pourrait s'opposer dans un combat régi par des règles et des principes. Or le terrorisme échappe à cette définition : il ne représente pas une menace comme les autres. Il est éclaté, dispersé, il repose sur l'aveuglement et la haine de quelques individus, il se répand comme une épidémie auprès de populations diverses, dont certaines se trouvent au Moyen-Orient, d'autres dans l'Afrique sub-saharienne, d'autres encore en Asie. Le terrorisme n'a pas de visage particulier. Il porte tous les visages de ces individus qui ont décidé d'enfermer le monde dans la violence et dans la peur. Comment un Etat pourrait-il en faire un adversaire à sa mesure ?

De plus les groupes terroristes ne respectent aucun des principes qui gouvernent le droit de la guerre. Prenez le principe le plus simple : la paix. C'est la fin de toute guerre. Or il n'y a aucune paix possible avec le terrorisme. Aucun accord, aucun armistice, aucune trêve qui soit envisageable. N'oublions pas que c'est Ben Laden lui-même qui a proposé ce type de compromis avec les Européens. Qui a suggéré qu'un accord était possible entre Al Qaida et les Européens, afin de les prémunir contre de nouveaux attentats. Ce type de propositions a reçu la réponse qu'elle méritait de la part de l'ensemble des Etats membres : on ne traite pas avec le terrorisme. Il doit simplement être combattu sans relâche pour être éradiqué.

*

Guerre au terrorisme, l'expression est aussi dangereuse. Elle donne en effet aux différents groupes terroristes une légitimité et une audience auxquelles ils aspirent. Elle valorise le combat qu'ils conduisent, avec les armes de l'aveuglement et du fanatisme. Elle leur fournit le piédestal dont ils ont besoin pour répandre le plus largement possible leurs thèses extrémistes.

Al Qaida a d'ailleurs été la première organisation à évoquer l'idée d'une guerre contre l'Occident. Le djihad est au cœur de la rhétorique terroriste. Il est à la fois un moyen de mobiliser les individus et d'apporter une caution religieuse aux actes les plus barbares, les plus contraires à l'esprit même de l'islam. La Bosnie, l'Afghanistan et aujourd'hui l'Iraq sont présentés comme des terres de djihad, c'est-à-dire des lieux où les combattants peuvent trouver refuge, livrer bataille et s'entraîner à des actions violentes qui seront commises sur d'autres territoires.

En définitive, ce qui se profile derrière la guerre au terrorisme et le lancement d'un djihad contre les occidentaux et leurs alliés, c'est la confirmation d'un choc des civilisations dans lesquelles certains veulent voir le nouvel aboutissement de l'histoire. Car c'est bien dans ce piège que les terroristes veulent nous faire tomber : celui d'une opposition frontale des religions et des cultures, dont nous sortirions tous meurtris et brisés. C'est à nous de lutter contre cette vision caricaturale et pessimiste, qui ne tient compte ni de la diversité de l'islam, ni de l'aspiration de l'immense majorité des musulmans à la paix, ni de la volonté des Européens de renforcer leurs liens avec les pays de l'autre rive de la Méditerranée.

Plutôt que de guerre, parlons donc de lutte. Et dans cette lutte, n'oublions pas que le respect des règles de l'Etat de droit doit rester pour chacun d'entre nous une priorité.

Je vois bien la tentation du raccourci : aller plus vite, frapper plus fort, s'en tenir à des moyens militaires, pour en finir rapidement avec le terrorisme. Je vois bien aussi la tentation de l'exception : sortir des lois démocratiques, instituer des juridictions spéciales, afin de juger suivant des lois particulières les membres d'organisations terroristes.

J'en suis convaincu : cette voie est sans issue. Elle conduit les démocraties à renier les valeurs de liberté, de droit de la défense, de respect de l'individu, qui font sa force. Que vaudrait une démocratie qui ne respecterait plus elle-même les valeurs qu'elle souhaite étendre à travers le monde ? Que vaudrait une démocratie qui en viendrait à priver ses citoyens des droits les plus fondamentaux sous le prétexte de garantir leur sécurité ? Est-ce que cela ne signifierait pas précisément que les organisations terroristes l'ont emporté sinon sur le terrain, du moins dans nos esprits ?

Face au terrorisme la démocratie a un devoir d'exemplarité. Et c'est bien parce que nous avons conscience de ce devoir que nous devons en toute circonstance faire preuve d'exigence et de vigilance. Je me félicite pour ma part que la Cour suprême des Etats-Unis rappelle dans son arrêt du 28 juin cette évidence : dans un Etat de droit, rien ne saurait justifier que le gouvernement prive un justiciable du droit à une défense équitable, quels que soient les crimes dont il s'est rendu coupable. Cela signifie que des prévenus convaincus de liens avec le terrorisme doivent avoir accès à un avocat et bénéficier de conditions de détention acceptables.

Alors oui, l'Etat a la responsabilité de protéger ses concitoyens. Mais il lui appartient de trouver le juste équilibre entre les instruments à renforcer et la nécessaire protection des libertés publiques.

Renforcer les outils à notre disposition, c'est un impératif. A menace nouvelle réponse adaptée. C'est vrai en matière de renseignement, où une coordination toujours plus étroite au niveau national comme au niveau européen doit être établie. C'est dans cet esprit que j'ai créé le Conseil du Renseignement Intérieur et que nous avons décidé lors du dernier sommet du G5 de développer nos échanges de renseignement. C'est vrai aussi dans le domaine technologique, où je souhaite que la France soit à la tête d'une véritable révolution de nos procédés, afin d'améliorer nos capacités d'interception et de réduire les délais entre l'information et son interprétation. C'est vrai enfin dans le domaine juridique, où des adaptations de nos législations peuvent être rendues nécessaires par l'évolution de la menace.

Aujourd'hui, il y a en particulier une continuité dans la chaîne des responsabilités terroristes : entre le prédicateur extrémiste, qui appelle à la violence et dénonce les valeurs du pays où il se trouve, les commanditaires des attentats et les poseurs de bombes, c'est un même esprit de destruction qui est à l'oeuvre. Il est donc indispensable que nous ayons les moyens d'intervenir d'un bout à l'autre de la chaîne. Or s'agissant des prédicateurs étrangers, l'expulsion n'était prévue en France qu'à raison de propos précis et limitatifs, qui étaient loin de couvrir tous les cas de figure. La question s'est posée par exemple de l'expulsion d'un individu qui aurait tenu des propos attentatoires à la dignité de la femme, pourtant radicalement contraires aux valeurs de notre République et dangereux pour l'ordre public. J'ai donc soutenu une proposition de loi visant à élargir le champ des propos susceptibles de motiver une expulsion.

Cette réforme a été conduite avec le souci de préserver les droits de recours des personnes incriminées. Un ressortissant étranger expulsé pour avoir tenu des propos appelant à la haine ou à la violence conserve donc naturellement le droit de présenter un recours contre cette décision devant un juge administratif. Le tribunal compétent sera le même pour tous les cas d'expulsion. Cela garantira à la fois le respect des droits de la défense et l'élaboration d'une jurisprudence cohérente sur un sujet difficile

Sur la base de ces principes, l'Europe doit apporter une réponse collective à la menace terroriste.

Nos deux pays offrent le meilleur exemple de l'efficacité d'une coopération soutenue dans la lutte anti-terroriste. Depuis des années, nous travaillons ensemble au démantèlement des réseaux d'ETA. En France comme en Espagne, nous avons enregistré des succès majeurs, grâce à l'échange d'officiers de liaison, à des travaux communs sur le renseignement et à des enquêtes conjointes. Nous ne sommes pas encore au bout du chemin. Mais nous avons bien progressé ensemble.

C'est aujourd'hui la même chose en matière de lutte contre le terrorisme islamiste. A la suite des attentats du 11 mars, en quelques semaines, un réseau a pu être mis au jour par la police espagnole. Ses ramifications européennes ont été identifiées grâce à la coopération entre les services européens concernés, qui a permis des arrestations. Le travail minutieux qui a été lancé dans des délais très brefs a permis de mieux cerner l'origine de la menace et les risques à venir.

Ce travail de fourmi, c'est le plus efficace à mener dans la lutte contre le terrorisme. C'est un labeur de tous les jours, qui demande de la patience, un savant dosage de moyens humains et d'outils technologiques, une grande rapidité d'exécution afin que les informations recensées puissent être analysées dans les meilleurs délais et transmises de façon opérationnelle aux responsables politiques. C'est une méthode discrète, qui ne se voit pas; dont les résultats restent la plupart du temps dans l'ombre, mais qui permet de remonter les filières et de frapper avec précision les groupes terroristes.

Cette méthode est d'autant plus efficace qu'elle repose sur une coordination étroite entre tous les services.

Coordination au niveau national : c'est la raison pour laquelle le Président de la République a créé le Conseil de Sécurité Intérieure, qui rassemble tous les ministres responsables pour fixer les grandes orientations en matière de lutte anti-terroriste. C'est aussi pourquoi dès mon arrivée au ministère de l'Intérieur, j'ai tenu à réunir le Comité Interministériel de Lutte Anti-Terroriste, qui regroupe sous mon autorité l'ensemble des départements ministériels compétents. Ce Comité procède à une évaluation précise de la menace, en confrontant les informations et les analyses de chacun. Il propose des actions spécifiques au Conseil de Sécurité Intérieure.

Coordination au niveau européen : nous le savons tous, les filières terroristes se jouent des frontières. Les individus circulent d'un pays à l'autre, se fournissent entre eux des appuis matériels ou financiers. Le renforcement de l'échange d'informations entre les différents pays membres de l'Union européenne est donc une priorité. Des progrès ont été enregistrés au niveau bilatéral, en particulier avec l'Espagne, l'Allemagne et le Royaume-Uni. Mais chacun doit se sentir concerné. Le coordinateur anti-terroriste, Gijs de VRIES, doit de ce point de vue jouer tout son rôle.

Coordination au niveau international : les décisions prises au sein du G8 en matière de sécurité des transports sont un exemple de procédures concrètes, qui permettent de lutter avec efficacité contre le risque terroriste. La sécurisation des documents de voyage par l'introduction de données biométriques, la mise en commun de capacités de protection civile, la formation d'équipes communes d'enquête sont autant de pas dans la bonne direction.

Mais nous devons être lucides : au-delà des procédures de coordination et de coopération, nous devons pouvoir nous appuyer sur la mobilisation de chacun, une mobilisation constante, sereine, face à une menace durable.

La lutte contre le terrorisme est l'affaire de tous. Les gouvernements et les services spécialisés sont naturellement en première ligne. Mais ils doivent pouvoir s'appuyer sur la détermination et la vigilance de tous nos concitoyens. Ce sont nos valeurs communes qui sont visées. C'est notre pacte national et européen qui est mis à l'épreuve. Dans cet esprit, j'ai lancé il y a quelques jours la création d'une base de données sources ouvertes sur le terrorisme. Elle devra fournir à chaque Français des informations précises et fiables sur la réalité de la menace, le fonctionnement des filières, le niveau d'alerte national. Elle constituera une référence solide face à une nouvelle donne stratégique qui suscite l'inquiétude de nos populations.

Parce que le terrorisme exploite les faiblesses des Etats les moins développés, nous devons aussi accorder une attention soutenue à la coopération technique avec ces pays. Dans le cadre des Nations unies, un programme a été mis sur pied. Nous devons nous assurer que chacun a pris conscience de la gravité des risques et reste mobilisé.

En terminant, je voudrais insister sur ma profonde conviction : notre meilleur capital face au terrorisme, ce sont nos principes, nos valeurs démocratiques. Notre meilleur antidote face au terrorisme, c'est notre volonté de paix, notre volonté de répondre aux difficultés et aux crises du monde. Car nous le voyons bien, beaucoup sont exploitées par les terroristes pour élargir leur soutien et multiplier leurs actions.

La grande erreur commise en Iraq, c'est d'avoir cru au cercle vertueux de la guerre et à la primauté de la puissance, alors même qu'il faut croire au cercle vertueux de la paix et de l'exemple. Bien sûr, face au terrorisme, l'outil militaire peut être nécessaire, comme en Afghanistan. Mais au Moyen-Orient, sur cette terre blessée par trop de souffrance, de violence et de haine, la guerre n'était pas la bonne clé. L'intervention militaire ne pouvait être qu'un dernier recours. Avant d'envisager toute guerre en Iraq, il fallait aller jusqu'au bout des inspections de désarmement. Il fallait aussi qu'ensemble Européens, Américains, les pays arabes et Israël prennent le risque de la paix au Proche-Orient. Et ce d'autant plus que la Feuille de route et l'Initiative de Genève avaient ouvert la voie à une paix possible. Oui, nous devons nous convaincre que la meilleure porte d'entrée au Moyen-Orient, c'est la paix.

Et c'est là le vrai visage de l'Europe. C'est son message qui exige de notre part fidélité, audace, imagination. Et je suis heureux que Français et Espagnols nous partagions cette même conviction.

Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs,

Le terrorisme met à l'épreuve davantage que notre sécurité : notre détermination à défendre nos valeurs, notre confiance dans les principes qui gouvernent notre vie, notre foi dans un projet politique commun.

L'Europe, qui a connu les guerres et la barbarie, qui connaît le prix du sang et la douleur des divisions, doit être le fer de lance de la lutte contre le terrorisme. Elle a la force et la volonté d'un continent qui est sorti grandi de ses déchirements. Elle a l'intelligence et l'imagination de peuples attachés à leur diversité mais qui défendent la même conception de l'Etat de droit.

Dans cet ensemble, l'Espagne occupe une place à part. Elle porte la mémoire d'un islam éclairé, avec lequel nous voulons rester en constant dialogue. Elle représente la ténacité face à la violence, le sang-froid face aux attaques répétées du terrorisme, la solidarité face aux menaces. Il y a quelques mois, vous avez donné à tous les pays européens une nouvelle leçon de courage.

Chers Amis,

J'ai parlé devant vous. Mais ces paroles, c'est aussi l'exemple du peuple espagnol qui me les a inspirées. Nous devons continuer à unir nos expériences et nos projets. Ensemble, Espagnols, Français, Européens, nous gagnerons ce combat.

Je vous remercie.