04.11.2005 - 1er forum des pôles de compétitivité Sophia Antipolis

4 novembre 2005

Intervention de M. Nicolas Sarkozy, ministre d'etat, ministre de l'interieur et de l'aménagement du territoire lors du 1er forum des pôles de compétitivité Sophia Antipolis


Monsieur le Sénateur, Messieurs les parlementaires,
Messieurs les élus, Mesdames, Messieurs,

Je suis très heureux d'être parmi vous aujourd'hui à l'occasion de ce premier forum des pôles de compétitivité, dans ce lieu si emblématique de notre effort de recherche et d'innovation. Je te remercie et je te félicite aussi, Christian, et tout le conseil général des Alpes-Maritimes, d’avoir pris l’initiative de ce forum et te remercie de ton travail constant et passionné pour les pôles depuis cinq mois. Je vous remercie chaleureusement M. le Sénateur Laffitte, de m'avoir invité à y prendre la parole, dans cette technopole qui vous doit tant.

Qui aurait dit, il y a un an et demi, que les entreprises, l’enseignement supérieur, les laboratoires publics se seraient mobilisés ensemble dans tous nos territoires pour fonder une stratégie, imaginer des projets, et aller de l’avant ? Qui aurait dit que 105 dossiers de candidature auraient émergé en réponse à l'appel à projets lancé par la gouvernement, et qu'un si grand nombre d'entre eux présenteraient les qualités requises?

Les pôles de compétitivité, je ne vais pas vous les expliquer. Vous tous ici avez participé à cette aventure, et vous apprêtez à concrétiser les nombreux projets qui leur ont valu la reconnaissance du gouvernement. Vous savez la part que j'ai prise dans le lancement de la démarche. Certains d'entre vous se trouvaient peut-être déjà à Crolles quand j'ai annoncé le dispositif de sélection et de soutien qui devait être finalement retenu par le gouvernement. Aussi, vous voudrez bien ne pas tenir rigueur à l’ancien ministre de l'économie et des finances de rappeler en quelques mots pourquoi il fallait créer les pôles. Et c'est en tant que ministre de l’aménagement du territoire que je vous exposerai ensuite comment je vois leur avenir et les conditions de leur montée en puissance.

La France a toujours été un grand pays d’innovation. Notre pays ne serait pas devenu une puissance industrielle doublée d'une puissance exportatrice sans sa capacité à innover. Mais la France a organisé depuis la fin de la Seconde guerre mondiale son effort d'innovation à sa manière, avec deux particularités fortes : d'une part la centralisation planificatrice, d'autre part le cloisonnement entre l’innovation industrielle, la recherche fondamentale et l’enseignement supérieur.

Nous avons donc construit notre renouveau scientifique et industriel depuis 1945 autour de grands organismes nationaux. La planification et la centralisation permettaient de concevoir et de produire des systèmes complexes, tels que des avions de ligne, des centrales nucléaires ou des automobiles. Non sans succès : nous exportons aujourd’hui encore 67 Md€ chaque année dans ces trois seuls secteurs;  et grâce au capital technologique et humain accumulé depuis plusieurs décennies dans ces domaines, nous restons parmi les meilleurs au monde.

Mais arrivant aux finances, j’ai constaté avec inquiétude que les signaux préoccupants se multipliaient et laissaient entrevoir les symptômes d’un essoufflement de notre capacité d’innovation. Notre productivité par actif au travail avait crû très vite depuis 1945, jusqu’à rejoindre celle des Etats-Unis au début des années 1990. Son rythme de croissance a baissé de moitié depuis cette date et nous prenons de nouveau du retard sur l’Amérique. Dans le domaine scientifique, l'évolution de nos performances, notamment dans les secteurs clefs des NTIC et des biotechnologies, n'était guère plus rassurante aussi bien pour la recherche fondamentale qu’appliquée. Entre 1995 et 2001, la part de la France dans les publications scientifiques européennes a baissé de 8,5 %, sa part dans les brevets de 15%. Tant et si bien que notre pays a reculé au douzième rang mondial du point de vue de l'impact global des travaux scientifiques. Comme vous tous, je savais que la France ne pouvait rester compétitive face à la Chine, à l’Inde et au Brésil avec des salaires dix ou vingt fois supérieurs si elle perdait son avance technologique.

La solution, vous l’avez deviné, ce ne pouvait être d’aligner nos salaires et notre niveau de vie sur la Chine ou l’Inde. C’était de garder une technologie d’avance et de rester une puissance industrielle. Je n’ai jamais accepté les discours fatalistes sur la désindustrialisation de notre pays. Pour financer notre facture énergétique, notre niveau de vie, pour conserver les emplois à haute valeur ajoutée qui tirent toute l’économie de services, il fallait de toute urgence consolider notre socle industriel. Quand je dis industriel, il faut en réalité comprendre toute la part de notre économie qui est exposée à la concurrence internationale, tous les secteurs où nous importons et exportons. Dans ces secteurs exposés, ce qui est en jeu, c'est en fait la place de notre économie et de l'économie européenne dans la mondialisation. Si nous ne parvenons pas à y conserver notre rang, ce sont nos richesses et nos emplois que nous risquons de voir peu à peu disparaître. Et au final, ce sont les idéaux de notre modèle social que nous n'aurons plus la capacité de financer.

L'architecture de notre système d’innovation était formidable pour un pays en reconstruction puis en phase de rattrapage, elle était adaptée à une mobilisation des énergies nationales en économie fermée, mais n’était plus vraiment la meilleure possible. Parce qu’à l’heure de la mondialisation notre système est illisible à l’étranger et très national dans l’évaluation des projets à financer. Parce que la planification c’est bien quand on sait où on va et ce qu’on veut trouver. Mais l’innovation radicale, la rupture technologique, par définition, ne se planifie pas : Fleming n’avait pas planifié la découverte de la pénicilline ; l’inventeur du celluloïd, John Hyatt, voulait fabriquer des boules de billard : son invention n’a pas servi à grand chose pour le billard, mais a révolutionné la photographie et permis l’émergence du cinéma.

C’est pour répondre à ce défi que j’ai voulu accélérer résolument la création en France de milieux et de territoires propices à l'innovation, où chercheurs et industriels sont à la fois partenaires et concurrents, où s'intensifie et s'accélère la circulation des compétences et des idées, où se rencontrent en permanence les ressources intellectuelles et financières qui donnent vie aux projets prometteurs. Il fallait créer des écosystèmes de la croissance, comme les a baptisés le remarquable rapport de Christian Blanc qui m’a convaincu d’agir. Ils s’appellent en anglais des clusters et aujourd’hui, en France, des pôles de compétitivité.

Pour impulser cette nouvelle approche, il a fallu beaucoup d’énergie et de pugnacité. Pour vaincre le scepticisme du « on a tout essayé » et du « mais voyons, vous n'y pensez pas, c'est tout simplement impossible ». Pour convaincre la Commission européenne que le volontarisme industriel et scientifique n’est pas l’ennemi de la politique de la concurrence. Pour lever le conservatisme caché derrière l'exagération des contraintes  juridiques. Mais finalement le comité interministériel d’aménagement du territoire de septembre 2004 et la loi de finances pour 2005 ont consacré le lancement de la démarche pour laquelle nous sommes aujourd’hui réunis.

Former un pôle de compétitivité, c’est exploiter la proximité géographique pour faire communiquer, travailler ensemble toute la chaîne de l’innovation :
- la recherche fondamentale, qui ne travaille que pour la science mais initie les véritables ruptures,
- la recherche plus appliquée, qui a une finalité concrète sans être encore rentable,
- le développement des produits, qui se doit d’être financièrement viable,
- et le lien avec les consommateurs, le marché, qui adopte ou sanctionne les produits innovants et permet chaque jour de les améliorer.

Cette chaîne ne doit pas s’interrompre, chaque maillon doit travailler avec l’autre. D'où l'importance de transcender des clivages institutionnels, statutaires et psychologiques qui n'ont plus lieu d'être car ils sont complètement dépassés. Il n'y a pas d'un côté la recherche fondamentale et de l'autre la recherche industrielle. Pas plus qu'il n'y a d'un côté la recherche et de l'autre l'enseignement supérieur. Tous ces maillons sont complémentaires et participent à la création comme à la diffusion des connaissances et des richesses. Ce sont naturellement des institutions différentes qui financent chaque étape : la puissance publique ou les fondations privées pour la recherche fondamentale, les entreprises et le marché pour le développement de nouveaux produits. Toute la difficulté est de les faire travailler ensemble et c’est pour cela que la proximité est un ingrédient indispensable.

C’est pour cela que même à l’époque d’Internet, les territoires gardent toute leur importance et que la politique des pôles est aussi celle de l’aménagement des territoires. C’est la proximité qui permet de nouer des liens de confiance entre un financeur qui risque son capital et un porteur de projet. C’est la proximité qui permet de bien connaître ses partenaires pour travailler dans la durée. Créer un pôle de compétitivité, c’est faire de votre territoire et de son maillage relationnel une valeur, cette valeur que les entreprises achètent si cher pour s’implanter dans la City de Londres ou dans la Silicon Valley, cette valeur qui les dissuadera  de délocaliser leurs activités et les convaincra d'en implanter de nouvelles.

Christian ESTROSI vous rappelé ce matin ce que vous apporte le label « pôles » et notre position sur la gouvernance et le zonage. Je voudrais juste rappeler pourquoi les pôles ont été assortis d’une zone de R&D. Ces zones seront des catalyseurs de proximité qui inciteront à concentrer les capacités de recherche sur un territoire délimité. Elles donnent au pôle son identité territoriale. Véritables points d'incandescence de l'effort d'innovation, elles permettront de maximiser les retombées attendues de la dynamique des pôles, non seulement à l'intérieur, mais aussi à l'extérieur. Au demeurant, ces zones ne concernent que les exonérations fiscales et sociales. Le reste des aides, soit 80% du total, pourra être attribué sans critère géographique.

Au sujet des catégories de pôles qui ont été établies par le CIADT du 12 juillet 2005, je voudrais simplement vous indiquer qu’elles ne recouvrent aucune différence de traitement et ont été établies sur un simple critère de taille. Tous les pôles doivent tous être les meilleurs au monde dans leur secteur. Tous devront en outre avoir des liens avec des entreprises et des chercheurs sur l’ensemble de la planète. Il n’y aura donc pas d’autres frontières à vos ambitions que celles de votre talent et de vos initiatives.

Pour bénéficier des financements prévus pour les pôles, un projet devra donc recevoir le soutien de son pôle, puis être soumis au comité des financeurs. Ce comité rassemble dans chaque région l’État, les collectivités, Oséo, la Caisse des dépôts et les agences de recherche. Et ce sera tout pour les formalités. Je serai extrêmement vigilant, comme toi Christian, à ne pas laisser une usine à gaz administrative se construire autour des pôles et leur compliquer la vie.

J’insiste aussi sur la participation des financeurs privés. Les pôles de compétitivité ont pour vocation d’aider les acteurs du capital-risque à connaître les projets et identifier des sociétés en croissance. Il faut donc penser à les associer dès maintenant au fonctionnement et aux projets des pôles. Cela sera d’ailleurs d'autant plus aisé que nous serons en mesure de créer un cadre fiscal adapté à ce type d'investissement, ce qui implique en particulier de mieux récompenser la prise de risque quand elle rencontre le succès.

Les pôles, c’est-à-dire les ingénieurs, les chercheurs et les enseignants-chercheurs doivent surtout pouvoir évoluer dans un environnement institutionnel propice, un environnement régi par les meilleurs standards internationaux. Je sais qu'ils sont en France passionnés et de très haut niveau. Mais je sais aussi que notre organisation de la recherche et de l’enseignement supérieur ne leur permet plus, aujourd’hui, de rendre à la science et à notre économie tous les services qu’ils pourraient leur rendre. Or, sur le long terme, je crois profondément que le moteur des pôles de compétitivité sera la structuration, en leur sein, de campus de recherche autour d’universités puissantes, autonomes et mieux gouvernées. Pour cela, j’identifie trois domaines où notre pays doit évoluer : l’université, le financement de la recherche, et l’attractivité de notre territoire.

Dans le monde, l’université est une entité reconnue où convergent les différentes aspirations que vous incarnez. L’entreprise y recrute ses cadres, la recherche ses doctorants, l'enseignement supérieur ses enseignants. En France, on a les grandes écoles, qui forment, le plus souvent au niveau bac+5, les ingénieurs et cadres d’entreprise, les organismes de recherche qui emploient presque les deux tiers des chercheurs publics, et entre les deux, des universités qui tentent d’exister. Le résultat, c’est une coupure unique au monde entre la recherche et l’enseignement d'abord, entre la recherche et le monde de l’entreprise ensuite : dans notre pays, un an après sa thèse, moins d’un docteur en sciences sur quatre travaille en entreprise.

Pour l’avenir des pôles de compétitivité et surtout pour tous les Français qui voient en l’université le premier vecteur de promotion sociale pour leurs enfants, on ne peut se satisfaire que la première université française arrive 46ème dans les classements internationaux. Pour sortir de cette situation, il faut des universités mieux financées, réellement autonomes et efficacement gouvernées.

Mieux financées, parce que la France dépense par étudiant un quart de moins que la moyenne des pays de l’OCDE. Plus autonomes, parce qu’une université doit pouvoir choisir les professeurs qu’elle recrute et avoir la liberté de faire venir ou de retenir des talents au prix nécessaire. Parce qu'elle doit avoir une politique scientifique digne de ce nom et nouer les partenariats à la fois locaux et internationaux nécessaires à son développement et à son rayonnement. Des universités mieux gouvernées, parce que personne ne donnera aux universités les financements et l’autonomie si elles n’ont pas des conseils d’administration et des présidents responsables devant leurs financeurs, et entourés des compétences managériales nécessaires.

Il apparaît aussi indispensable, aujourd’hui, de moderniser le financement de la recherche française. Comme l’essentiel des fonds passent actuellement par de grands organismes disposant de leur propre appareil de recherche, on finance des structures. Comme les travaux et les équipes sont évalués à l’intérieur de ces structures par leurs propres collègues, on ne veut fâcher personne et les financements sont reconduits à l’identique. Je pense aujourd’hui qu’il est temps de passer d’une logique de structures à une logique de projets, d'une logique de reconduction des moyens à une logique d'évaluation de la qualité des recherches menées, y compris en faisant appel aux meilleurs experts internationaux. Cela passe par la constitution d’agences de moyens puissantes, dont les missions soient clairement dissociées des fonctions d'opérateurs de recherche. La création de l’agence nationale pour la recherche a été un premier pas important dans cette direction, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Enfin, il m’apparaît nécessaire de mener une politique d’attractivité très volontariste dans le domaine scientifique. L’attractivité, c’est finalement l’objectif ultime des pôles de compétitivité : ancrer les compétences et les activités existantes, faire venir sur notre territoire les investissements et les chercheurs qui pourraient s'y établir. Un pôle, c’est l’endroit où il faut être pour avoir accès aux personnels les plus qualifiés, aux technologies de pointe de son secteur, à un tissu de financeurs pour ses projets. Les pôles sont donc un élément clé de la stratégie d’attractivité de la France.

Pour cela, la France doit être ouverte et accueillante pour les étudiants et pour les chercheurs. Je compte donc, dans le cadre du prochain projet de loi sur l’immigration que je présenterai au début 2006, proposer au Parlement d'adopter une nouvelle approche : celle de la "circulation des cerveaux". Il est essentiel d’attirer en France les étudiants étrangers dont nos grandes écoles et nos universités ont besoin. Nombre d’entre eux viendront des pays développés, d’autres de pays plus pauvres. Il ne s'agit pas de piller ceux-ci des "cerveaux" qui font leur richesse. Mais il faut cesser d'être naïf. Si nous ne nous montrons pas plus accueillants aux étudiants étrangers de talent, c'est bien sûr vers d'autres pays qu'ils continueront à aller étudier. C'est une priorité légitime, dont nous n'avons pas à rougir. C'est ce que j'appelle "l'immigration choisie".

Je souhaite d'abord que nous accordions des visas de long séjour pour études à des étudiants que nous choisissons, selon des critères simples et clairs : le projet d'études de l'étudiant, son parcours académique, les intérêts de la France et du pays d'origine de l'étudiant étranger. Nous devons nous appuyer, à cette fin, sur le réseau des "centres d'études en France" qui permettent, dans les pays d'origine, de choisir les étudiants auxquels un visa sera délivré. Ce système, qui a fait ses preuves dans six pays (Chine, Algérie, Maroc, Tunisie, Sénégal, Vietnam), doit être généralisé d'ici la rentrée universitaire 2007. Je le demande au ministre de l'éducation nationale et au ministre des affaires étrangères.

J'ai décidé, de plus, de simplifier vigoureusement les procédures. Les étudiants ne doivent pas subir le poids de telle ou telle bureaucratie. La solution est simple : l'étudiant qui aura été choisi dans son pays et qui aura donc obtenu, sur place, un visa de long séjour pour études sera dispensé, une fois arrivé en France, de se présenter en préfecture pour obtenir un titre de séjour. Ce titre lui sera délivré automatiquement, sans formalité inutile. Nous ne devons pas décourager les talents mais leur montrer, au contraire, que la Maison France les accueille à bras ouverts !

Par ailleurs, il serait utile, dans certaines spécialités de pointe où nous avons des besoins, d’ouvrir plus largement la possibilité à des étudiants formés sur notre territoire d’y rester travailler quelque temps. Je ne fais pas partie de ceux qui croient que le travail des uns détruit celui des autres. Ce genre d’erreurs a inspiré les 35 heures, les préretraites massives, avec les brillants résultats que l’on sait contre le chômage. Ajouter quelques années à notre population active des cadres étrangers de haut niveau dans des secteurs bien choisis ne peut qu’enrichir notre pays, et je compte donc aménager le droit au séjour en ce sens. Les étudiants étrangers qui auront obtenu le grade de master pourront donc obtenir, en fin d'études, un titre de séjour d'une durée de six mois pour recherche et occupation d'un emploi. Je souhaite également créer un "titre de moyen séjour", de trois ans, qui puisse être attribué à des actifs très qualifiés.

Ces mesures conforteront une tendance aujourd’hui positive en ce domaine. Il m’apparaît enfin légitime de s’interroger sur deux points : le coût des études en France pour les étudiants étrangers et les disciplines qu’ils choisissent.

Dans un système universitaire en manque de financements, je souhaite qu’on réfléchisse à la possibilité de demander une contribution supérieure aux étudiants étrangers. Une telle contribution, dans de nombreux pays où gratuité ne rime pas avec qualité, ne nuirait pas au prestige et à l’attractivité de nos formations. Des bourses pourraient au demeurant annuler ce surcoût pour les meilleurs étudiants. La plus grande partie des sommes ainsi levées devraient être consacrées spécifiquement à l’accueil des étudiants étrangers, car là aussi nous devons nous mettre au standard international.

D’autre part, on constate que les 2/3 des doctorants étrangers sont inscrits en sciences humaines et sociales, une proportion supérieure de 10 points à celle qu’on observe parmi les étudiants français. Ce n’est pas moi, qui suis avocat, qui vais vous dire du mal des études littéraires, commerciales ou juridiques. Mais dans la mondialisation la compétitivité d’un pays ou d’un territoire repose avant tous sur son potentiel scientifique et technologique. Notre politique d’attractivité universitaire doit désormais privilégier, dans l’attribution des visas, les projets d’études dans ces domaines.

Cette politique d’attractivité ne repose pas sur l’État seul. C’est aussi la vocation des pôles de développer une action de promotion internationale de leur image, de construire des parcours universitaires ou professionnels attractifs. Les pôles doivent être, au delà de la R&D, un lieu d’échange et d’expertise dans les domaines qui vous concernent. Je pense à la protection de la propriété intellectuelle, qui demande des compétences juridiques chaque jour plus fournies. Je pense aussi à l’intelligence économique : la nécessité absolue d’attirer des talents du monde entier doit aller de pair avec la vigilance sur les risques de pillage technologique. J’ai demandé aux préfets par circulaire en juillet de sensibiliser les acteurs économiques à la nécessité d’un certain professionnalisme en ce domaine. Dans chaque préfecture de région, un responsable de l’intelligence économique est à votre disposition pour vous sensibiliser aux bons réflexes à adopter.

La France a inventé avec les pôles de compétitivité un mode d’organisation qui lui est propre. La logique est celle des clusters, mais la mise en œuvre est une spécificité nationale. Grâce à vous, à votre enthousiasme, à votre volonté de vous affranchir des modèles traditionnels, les premières étapes ont été franchies avec succès. La suite, ce sera d’abord vous qui allez l’écrire. Mais je peux vous assurer que l’État répondra présent, présent par les moyens mis en oeuvre, présent aussi par les réformes. Ce n’est plus aux pôles de s’adapter à l’État, c’est à l’État de s’adapter aux pôles.