09.06.2006 - Obsèques des trois secouristes de montagne

9 juin 2006

Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire, lors des obsèques des trois secouristes de montagne, à Pau (Pyrénées Atlantiques)


C'est avec une profonde émotion que je me présente devant vous aujourd'hui pour saluer la mémoire de Manuel MANDARD, de Didier FAVRE-ROCHEX et de Jean-Luc DUCOUT, morts pour la France, lors d'un exercice de secours en montagne dans le massif de Gavarnie.

La disparition d'un serviteur de l'Etat est toujours une épreuve douloureuse et les mots semblent dérisoires pour soulager la peine qui est la nôtre.

Avec le décès tragique de ces trois sauveteurs, dans des circonstances dramatiques, c'est toute la police nationale et toute la sécurité civile qui sont aujourd'hui endeuillées.

Mais ce sont aussi tous les acteurs du secours en montagne, et au-delà tous les professionnels de la montagne, quel que soit leur statut ou leur corps d'appartenance qui ressentent douloureusement la perte d'un des leurs.

Mes pensées vont également à Julien PASSERON aujourd'hui grièvement blessé et toujours hospitalisé. Elles vont aussi à sa famille. Vous pouvez compter sur notre solidarité pour vous aider et vous soutenir.

Tant de vies ont été sauvées grâce à ces hommes ! Tant de familles ont retrouvé les leurs sains et saufs grâce à leur courage ! Soutenir et entourer, leurs familles et leurs proches est une obligation morale pour chacun d'entre nous.

Nous ne devons jamais oublier que protéger et préserver la sécurité de nos concitoyens peut aller jusqu'au sacrifice le plus ultime.

Ces mots, vous en connaissez chacun la signification et le poids.

Malheureusement, le destin a une nouvelle fois décidé de frapper violemment et sans pitié trois des nôtres.

Nous sommes tous ici rassemblés pour rendre à Manuel MANDARD, Didier FAVRE-ROCHEX et Jean-Luc DUCOUT l'hommage qui leur est dû par la Nation.

Celui que le gouvernement rend solennellement à ces serviteurs exemplaires de l'Etat dont la carrière a été injustement interrompue.

Mais nous sommes aussi réunis pour nous associer à la douleur de leurs familles et leur transmettre toute notre peine et notre compassion.

Vous, madame Véronique ADOLFF, compagne de Didier FAVRE-ROCHEX.

Vous, madame DUCOUT et vos deux enfants, Clément et Olivier.

Vous, Guy et Ghislaine MANDARD, parents de Manuel, mais aussi, Lucile et Arnaud, sa soeur et son frère.

Enfin, nous sommes ici pour partager toute l'émotion, si intense, si perceptible, de tous les personnels de la police nationale et de la sécurité civile.

Une fois de plus, la mort a frappé avec cruauté.

Nous voulons, pour donner tout son sens à leur action, leur dire notre reconnaissance devant le choix si noble et hautement respectable qui a été le leur, celui de se consacrer au secours en montagne.

C'est cela, le vrai courage, celui des fonctionnaires de la police nationale, de ceux de la sécurité civile, des gendarmes et des sapeurs-pompiers, que je salue si souvent, et devant lequel je m'incline aujourd'hui, au nom de tous les Français.

C'est le courage du danger, jamais ignoré, mais pleinement assumé, mais également du risque réfléchi et de la bravoure maîtrisée même lorsqu'il s'agit d'un exercice.

Nous savons tous qu'en matière de secours, et plus particulièrement de secours en montagne, l'entraînement est tout aussi périlleux et important que l'acte de sauvetage en lui-même. Il est déterminant pour le bon accomplissement de vos missions qui sont d'une grande difficulté.

Sauver des vies implique, notamment en milieu extrême, un entraînement répété et proportionné aux risques.

L'enquête, actuellement en cours, permettra d'appréhender les causes du drame et d'en tirer les conséquences pour améliorer les normes de sécurité même si, hélas, le risque zéro n'existe pas.

Je connais votre grand professionnalisme et votre efficacité. Plusieurs milliers de personnes sont secourues chaque année. Elles vous doivent tant.

Je veux vous dire combien l'admiration que vous suscitez est amplement justifiée.

Je sais que la solidarité de nos concitoyens est acquise à tous ceux qui les protègent, leur portent secours et assistance et luttent contre la délinquance.

La reconnaissance de la Nation va vers ceux qui paient de leur vie leur engagement, leur dévouement et leur loyauté envers la République.

C'est le cas en ces pénibles instants pour Manuel MANDARD, Didier FAVRE-ROCHEX et Jean-Luc DUCOUT.

Cette abnégation, qui va bien au-delà des mots, s'exprime aujourd'hui avec une force toute particulière.

Accepter le risque d'être blessé, voire de mourir, pour secourir celles et ceux qui se trouvent en difficulté, aujourd'hui, tous ensemble, ici, nous réalisons ce que cela signifie.

Je sais les efforts réalisés et l'engagement quotidien des spécialistes du secours en montagne. Ils méritent un soutien à la hauteur des objectifs qui leur sont fixés.

Ceux qui viennent de nous quitter étaient connus, appréciés et l'énorme émotion qui a saisi tous ceux qui connaissaient Manuel, Didier et Jean-Luc en porte témoignage.

Chacun connaissait la qualité de ces hommes.

Didier FAVRE-ROCHEX, recruté en janvier 2004 en qualité de pilote d'hélicoptère de la sécurité civile, totalisait plus de 4.000 heures comme pilote de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre dont près de 1.000 en vol de nuit.

Comme pilote militaire, il avait été décoré de la Croix de Guerre des Théâtres des opérations extérieures et de la Croix de la valeur militaire qui comptent parmi les hautes distinctions des armées. Pilote qualifié montagne, il avait effectué plusieurs centaines d'heures de vol depuis son recrutement au groupement hélicoptère de la sécurité civile, tant sur EC 145 que sur Alouette 3.

Ses qualités professionnelles l'avaient désigné comme pilote de renfort en montagne auprès de la Base de Pau.

Jean-Luc DUCOUT était lieutenant de police. Il était également un ancien de l'Aviation Légère de l'Armée de Terre. Recruté à la sécurité civile en 1995 en qualité de mécanicien opérateur de bord, il a servi à la satisfaction de tous aux Bases du Havre, de Lorient puis de Pau où il était affecté depuis juillet 2004. Il totalisait plus de 2 000 heures de vol. Ses qualités professionnelles de premier ordre lui avaient permis d'être nommé en 2004 responsable mécanicien. Sa compétence et son inlassable activité au service des autres lui avaient valu de nombreuses citations et témoignages de satisfaction.

Votre promotion dans le corps de conception et de direction de la police nationale est un témoignage de notre respect.

Je veux redire toute notre estime et notre reconnaissance aux personnels navigants et aux techniciens au sol du groupement d'hélicoptères de la sécurité civile pour leur abnégation digne de l'admiration de chacun. Je connais la sombre et trop longue litanie des victimes du groupement d'hélicoptères ou de la base aérienne de la sécurité civile. Leurs noms sont gravés dans nos mémoires.

La police et la gendarmerie nationales, qui comptent 9 décès en service depuis le début de l'année, savent la valeur du mot sacrifice.

Une nouvelle fois la compagnie républicaine de sécurité de Lannemezan est en deuil. Déjà en juillet 2003, nous avions rendu un dernier hommage à ce policier courageux qu'était Philippe RIBATET.

Lundi dernier, le peloton de secours en montagne de la CRS 29 a perdu un homme de grande valeur en la personne de Manuel MANDARD.

1er de cordée, sauveteur skieur et sauveteur spéléo, il était âgé de seulement 29 ans. Entré dans la police nationale en 1998, il avait intégré la CRS de Lannemezan en 2001 et avait rejoint le peloton montagne en septembre 2005. Il avait déjà été gravement blessé lors d'un entraînement dans le massif de BALAITOUS en 2003.

Il était connu et très estimé de ses collègues et de sa hiérarchie. D'une nature généreuse, il était toujours très disponible et volontaire. Il avait le souci constant de se perfectionner.

Fidèle à la devise des CRS qui est de "SERVIR" et à l'image de nombre de ses collègues, il a fait don de sa vie en accomplissant son devoir. Il s'est voué jusqu'au bout à ce qui semble avoir été son unique passion, la montagne.

Votre promotion dans le corps des officiers, au grade de lieutenant, est un témoignage de notre respect.

Manuel MANDARD, Didier FAVRE-ROCHET, Jean-Luc DUCOUT, la France vous témoigne aujourd'hui sa profonde reconnaissance. Elle le fait par la citation de votre nom à l'ordre de la Nation, par la remise de la Légion d'Honneur, de la médaille d'honneur de la police nationale et de la médaille d'or pour acte de courage et de dévouement.

Je m'incline respectueusement devant la douleur de vos familles et de vos proches, en les assurant des sentiments d'estime et d'affection que nous leur portons, et de la peine que je ressens personnellement.

Nous ne vous oublierons pas, tout simplement, parce que nous n'en avons pas le droit.