14.03.2007 - Remise de décorations à la Préfecture de Police

1 mars 2007

Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire à la Préfecture de Police de Paris


Mesdames et messieurs,

C'est avec émotion que je prends la parole devant vous qui êtes plus de 1300 à avoir fait preuve de dévouement et de courage.

Depuis quatre années, je vous dirige.

J'ai croisé suffisamment de policiers, de gendarmes ou de pompiers pour connaître l'enthousiasme et le courage de celles et ceux qui, au quotidien, assurent la sécurité des Français.

Derrière l'uniforme que vous portez, il y a beaucoup d'abnégation et d'humanité.

Je me souviens de ces semaines d'émeutes qui agitèrent les banlieues et ces nuits blanches où chaque décision comptait. Où tous les policiers et gendarmes qui étaient sur le terrain démontraient leur maîtrise, révélant par-là même la force et le calme d'une République qui ne peut accepter des zones de non droit.

Beaucoup de pays ont essuyé des émeutes urbaines, mais tous n'ont pas su répondre comme nous avec autant de professionnalisme.

Je me souviens, en juillet 2003, de ces soldats du feu, épuisés devant la répétition des incendies d'été. Et je me souviens de ces mois de tensions qui entourèrent les attentats terroristes de Londres et de Madrid. Ils exigeaient et exigent encore une vigilance de tous les instants.

Tout comme moi, vous connaissez ces situations si délicates sur le plan humain où il faut savoir être ferme et juste. Ferme parce que le respect de la Loi l'exige. Juste parce que la raison comme le cœur l'imposent.

Tout comme moi, vous gardez toujours le souvenir de ceux qui sont tombés dans l'exercice de leur mission et dont il me revient souvent de célébrer la mémoire devant leurs familles si cruellement éprouvées.

Tout comme moi, vous connaissez les paroles et les larmes contenues des nombreuses victimes. J'en ai personnellement beaucoup rencontrées. Ces parents dont l'enfant avait été assassiné. Ces enseignantes qui avaient été molestées.

Cette jeune fille brûlée dans un bus par un cocktail molotov. Ces habitants des cités exaspérés devant la déliquescence de leur quartier et l'abaissement de l'autorité de l'Etat.

Face à tous ces Français qui sont dans la peine et parfois la colère, je m'efforce à chaque fois de me mettre à votre place. Je cherche à trouver les mots du réconfort, les gestes qui rassurent, mais surtout les actes qui convainquent.

Agir fut et reste notre devise et notre devoir.

Agir pour servir et obtenir des résultats ; agir pour ne pas subir et pour être digne de votre confiance. Agir pour ne jamais me trouver dans la situation de dire à ceux que la violence brise: "je n'y peux rien !". Telle est la ligne de conduite que je me suis imposée et que j'ai exigée de vous.

Je récuse la fatalité, c'est pourquoi je refuse l'immobilisme politique et l'indifférence technocratique. Pour moi, il revient aux responsables politiques de marcher devant car l'exemple de la responsabilité et de la détermination vient du sommet. Avec vous et pour les Français, j'assume mes choix et mon autorité, dans les bons jours comme dans les moins bons.

Depuis 2002, je crois que vous pouvez être fiers du chemin parcouru. Rappelez-vous la situation de l'époque…  Il n'est pas excessif de dire qu'elle était calamiteuse.

La délinquance avait explosé de 17% en l'espace de 5 ans. Les Français étaient désabusés, exaspérés même. Le thème de l'insécurité était partout présent, lancinant, obsédant, rongeant les fondements même de l'unité républicaine. L'élection du 21 avril 2002 en fut la démonstration la plus cruelle.

La peur de la violence était dans la rue et le doute était dans vos rangs. Il régnait parmi vous un climat de désillusion, de démotivation et de solitude face au combat contre la délinquance.

Vous parliez d'insécurité, certaines élites vous rétorquaient "sentiment d'insécurité". Vous parliez des voyous, on vous rétorquait "victimes de la société". Vous demandiez des moyens nouveaux, on vous disait "plus tard".

Je ne noircis pas le tableau. C'était cela la situation que vous viviez ! Et c'était cela la situation que j'ai trouvée.

Ensemble, nous avons redressé la barre et nous allons continuer à le faire. Nous avons stoppé cette spirale de la résignation et de l'échec. Nous avons fait de la sécurité, une priorité absolue !

Et nous l'avons fait par deux voies.

D'abord, en changeant l'attitude qui prévalait face à l'insécurité. J'ai rompu avec les discours complaisants et ambigus. J'ai mis un terme aux politiques laxistes dont les premières victimes étaient les plus vulnérables. J'ai rétabli la hiérarchie des valeurs qui distinguent la victime et l'agresseur, l'innocent et le coupable qui ne doit pas se sentir excusable ou impuni. Il fallait rétablir des repères clairs afin que chacun soit face à ses responsabilités.

J'ai ensuite dégagé les moyens financiers, techniques et juridiques pour vous permettre d'assumer votre mission avec efficacité. Tous les engagements pris en 2002 ont été respectés. A la fin de l'année, l'ensemble des objectifs de la loi d'orientation et de programmation de la sécurité intérieure seront totalement atteints. Quant à la loi de modernisation de la sécurité civile de 2004, elle est en place.

Pour vous, j'ai voulu les meilleurs équipements. J'ai voulu et obtenu des effectifs supplémentaires. J'ai voulu rénover les doctrines d'emploi afin de passer d'une vision sectorisée de la sécurité au concept plus large de sécurité intérieure. J'ai voulu que le travail de la police et de la gendarmerie soit coordonné et réuni sous la même autorité d'emploi. J'ai voulu une réorganisation des services pour que vous soyez davantage sur le terrain et moins dans les bureaux.

J'ai voulu enfin que les instruments du droit répondent aux défis que vous avez à relever. Contre la délinquance organisée, contre le terrorisme, contre l'insécurité routière, contre la violence dans les transports publics et les stades, contre l'immigration clandestine, mais aussi pour la prévention de la délinquance, nous avons adapté le droit aux réalités.

Ensemble, nous avons créé les conditions d'une politique de sécurité moderne, servie par des personnels dont chacun constate qu'ils sont plus motivés qu'autrefois. Je veux que vous soyez fiers de votre métier, fiers de servir les valeurs qui sont les nôtres, fiers de votre uniforme.

Fiers et respectés.

Respectés par nos concitoyens. Respectés pour votre efficacité. Respectés aussi pour votre diversité qui doit incarner le visage de la France d'aujourd'hui, dans toutes ses origines et ses cultures. Respectés enfin pour votre éthique que je veux irréprochable et inattaquable car il n'y a pas d'autorité sans exemplarité.

Tous ces efforts ont abouti à des résultats que vous connaissez.

Depuis 2002, ce sont plus d'un million de victimes d'infractions qui ont été épargnées et le taux d'élucidation des affaires n'a cessé d'augmenter. Sur les routes, ce sont plus de 10.000 vies sauvées et 100.000 blessés en moins en cinq ans. Le mérite vous en revient d'abord et avant tout ! En mon nom comme au nom de tous les Français, je vous adresse mes félicitations.

Ces remerciements ne constituent pas un point final, mais seulement un nouveau point de départ. Car le combat pour la sécurité de tous n'est pas achevé.

Il va falloir aller encore plus loin et cela nécessitera une nouvelle loi d'orientation et de programmation pour la sécurité. Les menaces et les risques qui pèsent sur nous seront à l'avenir de plus en plus larges et variés.

Si nous voulons répondre aux besoins de sécurité des Français, nous devrons par une capacité permanente d'adaptation et d'innovation, un professionnalisme affirmé et l'adoption de nouvelles technologies, approfondir la voie que nous avons commencée à tracer.

Il nous faudra continuer à être très performants.

Très performants et plus réactifs dans le maillage du territoire et des quartiers. Très performants dans la prévention de la délinquance afin qu'aucun de nos enfants ne bascule dans l'engrenage de la violence sans avoir été repéré et épaulé.

Demain, il va aussi nous falloir être plus performants et plus sévères vis à vis des multirécidivistes et des délinquants mineurs. Plus performants et plus cohérents dans l'organisation de la chaîne pénale. Plus performants et plus rigoureux dans la gestion des flux migratoires car la France a le devoir de maîtriser l'immigration selon ses intérêts nationaux.

Face à la culture de la violence qui traverse nos sociétés contemporaines, notre enjeu est d'opposer une culture du respect et du civisme. Une culture du respect qui s'oppose directement et fermement aux voyous.

Une culture du respect qui ne laisse aucune place à ceux qui misent sur la peur et la haine. Une culture où les gestes de confiance sont plus forts que ceux de la défiance. Où les actes de dévouement sont plus nombreux que ceux de l'indifférence. Où le mérite est récompensé à sa juste valeur. Où les sursauts de courage révèlent la dignité de notre pays.

Mesdames et messieurs,

Si nous sommes rassemblés dans cette cour, c'est précisément parce que vous incarnez ces vertus. Chacune et chacun d'entre-vous s'est illustré durant ces dernières années par une action de générosité, d'éclat ou de bravoure.

En cela, vous avez fait honneur à votre métier. Mais pas seulement ! Vous avez également fait honneur à l'idée que l'on se fait des hommes et des femmes de coeur. Honneur aussi à l'esprit civique.

Dois-je rappeler qu'être citoyen ce n'est pas seulement avoir des droits. C'est aussi avoir des devoirs. Chaque Français est membre d'une même chaîne humaine. Chacun est à la fois responsable de lui-même et comptable de l'autre. C'est cette solidarité naturelle qui fait la force d'une nation.

C'est dans la rue, c'est sur le lieu de travail, c'est dans la vie quotidienne qu'on juge l'âme d'un peuple. Si chacun se détourne de ses devoirs les plus intimes, si chacun attend que son voisin fasse les choses à sa place, si chacun part du principe que la vie ne mérite pas d'être vécue avec altruisme et courage, alors rien de grand ni de beau n'est véritablement possible.

Par vos actions courageuses et généreuses, vous avez montré que vous êtes de ceux qui se dévouent et qui tendent la main, qui se risquent pour les autres, qui donnent le meilleur de ce que l'être humain peut offrir.

Parmi vous, il y a :

- Martial, sapeur-pompier volontaire qui sauva, en Corse, 21 de ses collègues encerclés par les flammes ;

- il y a Didier, de la brigade des sapeurs pompiers de Paris, qui, à lui tout seul, sauva 5 personnes lors d'un grave incendie à Paris ;

- il y a Christophe, Richard et Jean Pierre, gendarmes affectés en Sarthe, qui, en juin 2005, intervinrent chez un forcené qui menaçait son ex-épouse et ses enfants. En dépit d'un tir de fusil à leur encontre, ils pénétrèrent dans l'habitation, mirent la famille en sûreté et interpellèrent le forcené ;

- il y a Vincent, commandant de compagnie. Il intervint de nuit au domicile d'un individu qui après avoir agressé sa voisine et sa concubine, menaçait de mettre fin à ses jours au moyen de substances explosives. Au péril de sa vie, cet officier entra dans l'habitation et neutralisa, sans effusion de sang, l'homme en arme ;

- il y a Lydie, gardienne de la paix qui participa, dans des conditions difficiles, au sauvetage d'un individu victime de blessures par arme blanche et à l'interpellation de son agresseur ;

- il y a Youssef, élève gardien de la paix, qui, dans l'attente de ses collègues, effectua la filature discrète d'un suspect recherché ;

- il y a Jacqueline qui pratiqua, en pleine nuit, l'accouchement d'une femme désespérée qui s'était présentée à l'Hôtel de Police de Dijon.
Voilà les actes de quelques-uns d'entre vous. J'aimerais les citer tous car chacun est porteur de sens. J'aimerais qu'on parle plus souvent d'eux, plutôt que de tous ceux qui méprisent nos lois et gâchent la vie de nos concitoyens. J'aimerais que l'exemplarité des hommes de bien soit mieux célébrée que celle des délinquants qui se targuent d'être à la une des journaux.

Je veux que chacun se souvienne que parmi ces actes de dévouement surviennent aussi des tragédies que les Français ne doivent jamais oublier.

Parmi ces actes, il y a Laurine, sapeur pompier volontaire, décédée à 20 ans lors d'une intervention dans les Vosges ; il y a Omar, sergent, qui après le sauvetage d'une victime remonte au feu et périt asphyxié ; il y a Jean, gardien de la paix, fauché par une balle alors qu'il était à la poursuite de deux individus cagoulés et armés ; il y a Fabien, gendarme décédé dans l'explosion d'un immeuble alors qu'il procédait à l'évacuation de ses occupants.

L'année dernière, 8 policiers, 13 gendarmes et 14 sapeurs pompiers et personnels navigants de la sécurité civile ont perdu la vie, et près de 18.000 d'entre eux ont été blessés. Aucun Français ne doit négliger les risques que vous assumez pour leur sécurité. C'est pourquoi ils doivent toujours vous respecter.

Voilà, mesdames et messieurs, les mots que je voulais vous dire. Je vous demande de vous en faire les interprètes auprès de vos camarades. A travers vous, ce sont les valeurs les plus hautes et les plus nobles qui sont récompensées.

Elles s'expriment, je le sais, de façon quotidienne chez un grand nombre de vos compagnons de travail. Elles se manifestent aussi tous les jours chez beaucoup de nos concitoyens. De façon anonyme, ils sont nombreux, ces Français qui agissent avec générosité et civisme.

C'est pour cette France qui a du cœur que nous agissons. C'est pour cette France qui a des principes que nous nous mobilisons. C'est pour cette France en quête d'espérance que sommes et nous serons, mesdames et messieurs, toujours ensemble.