20.09.06 - Déplacement de M. Nicolas SARKOZY en Seine-saint-Denis

20 septembre 2006

Intervention de M. NIcolas SARKOZY, Ministre d'Etat, MInistre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire à la Préfecture de Seine-saint-Denis.


Mesdames, Messieurs,

Hier, un grand quotidien du soir a publié un rapport du préfet de la Seine Saint Denis relatif à la situation de la délinquance dans son département.

L'exploitation médiatique de ce document appelle des mises au point.

Je veux d'abord que l'on compare bilan contre bilan. En France de mai 2002 à avril 2006, la délinquance a reculé de 8.8%. Elle avait augmenté de 14.5% entre 1998 et 2002. C'était le temps que certains présentent comme idéal de la police de proximité. La délinquance de voie publique a reculé de 23.7% entre 2002 et 2006. De 1998 à 2002, elle avait augmenté de 10.5%.

En Seine Saint Denis, depuis 2002, nous avons réussi à contenir la délinquance. Entre mai 1998 et avril 2002, les services de police avaient constaté 530 254 crimes et délits. A période comparable, entre 2002 et 2006, leur nombre est de 548 903.

Soyons encore plus clair : entre 1998 et 2002, la délinquance avait progressé de 20.73%. Elle  a  diminué en 2002, en 2003, en 2004. Elle a été stable en 2005. Depuis le début de 2006 en revanche il y a à nouveau une progression à la suite des évènements de novembre dernier.

La délinquance de voie publique est elle en baisse de 3.89% pour les mêmes périodes. Les faits élucidés sont en augmentation de 15.6%, ce qui permet au taux d'élucidation de progresser de 24.11% à 26.92%.

Il y a, c'est vrai, un domaine que les services de police peinent à réduire seuls, c'est celui des violences aux personnes. Chacun sait pour la plupart appartenant à la sphère privée.

Il y a aussi quelques départements dans lesquels les niveaux de délinquance demeurent préoccupants. C'est vrai que la Seine Saint Denis en fait partie. C'est le seul département du reste en Ile-de-France. Dans tous les départements d'Ile-de-France la délinquance ne cesse de baisser depuis 2002.

Je demande régulièrement aux préfets de rendre compte de leur analyse de la criminalité. C'est leur rôle et tous les préfets de France me tiennent régulièrement informés de la même manière.

Je m'étonne en revanche que la publication de ce document interne n'ait pas été complétée d'une analyse d'ensemble ni d'un rapport de ce qui est fait pour redresser la situation en Seine-Saint-Denis.

Pour ma part, je me félicite du rapport du préfet de la Seine Saint Denis. Ce rapport m'a conforté dans mon idée de prendre des mesures énergiques pour ce département et je demande ici comme ailleurs qu'elles soient examinées avec objectivité.

J'ai toujours demandé à mes collaborateurs la vérité. Je n'ai pas besoin de rapport édulcoré ou d'entendre des choses qui font plaisir. J'ai besoin de savoir pour agir.

De quoi s'agit-il exactement?

La délinquance et la violence sont particulièrement importants sur ce département. Dès mon retour place Beauvau, j'ai d'ailleurs tenu à me rendre à La Courneuve. J'ai immédiatement décidé d'un renforcement de la présence policière tant en ce qui concerne l'occupation de la voie publique que l'action judiciaire.

A l'issue des violences urbaines de la fin de l'année 2005, j'ai décidé de renforcer nos moyens de lutte contre les violences urbaines.

Le 26 juin 2006, j'ai nommé un nouveau directeur départemental de la sécurité publique qui a des objectifs très clairs.

J'ai validé les orientations stratégiques prises sur proposition du préfet de la Seine Saint Denis.

Il s'agit de mesures concrètes.

Depuis le 24 juillet, un nouveau dispositif est mis en place avec les trois compagnies de CRS affectées sur ce département. L'action des CRS est désormais clairement orientée non seulement vers la lutte contre les violences urbaines mais aussi contre toutes les formes de délinquance. Je veux être très précis. Leurs horaires et leurs secteurs d'emploi doivent être adaptés et évolutifs en temps réel.

Vous savez tout ce qui a été fait pour que les unités travaillent là où les délits sont commis et aux heures où les délinquants agissent. Il faut aller plus loin encore dans la finesse de la réponse aux caractéristiques de la délinquance. Je le répète, c'est en temps réel qu'il faut s'adapter.

Les CRS doivent assurer des patrouilles pédestres sur des lieux stratégiques pour mieux lutter contre la délinquance de voie publique. Ils doivent faire un véritable travail de sécurité publique.

Je ne veux pas que l'on se perde dans la routine. Ce dispositif doit être évalué chaque semaine et adapter en conséquence. Il sera étendu très rapidement à l'ensemble du département.

J'ai également demandé que l'on crée le plus rapidement possible un véritable service départemental de nuit pour mieux prendre en compte la délinquance nocturne. Il doit être mis en place en octobre 2006.

Le maître mot doit être la réactivité. Pour lutter contre la délinquance violente, nous avons créé un groupe spécialement dédié à ce type de délit. La Brigade de répression des agressions violentes obtient des résultats probants.

Je ne veux pas m'en tenir à une approche technocratique. Je veux ici aussi dire que j'ai une totale confiance dans l'ensemble des policiers qui travaillent sur ce département. Je veux leur dire et vous dire que je sais qu'ils font un travail remarquable.

Je veux aussi répondre sur la question des effectifs. Ils ont été maintenus et tous les départs ont été compensés.

J'ai par ailleurs décidé un plan de renforcement de 300 fonctionnaires dans l'année qui vient. Le premier renfort –je dis bien renfort- arrivera dès le mois de décembre. Mais la sécurité ce n'est pas seulement une question de nombre.

C'est aussi une question d'emploi et sur ce point les mesures que je vous ai présentées sont autant de réponses.

C'est aussi un problème qui doit intéresser tous les acteurs de la lutte contre la délinquance. Je souhaite là aussi dire les choses simplement. Depuis le début de l'année, le nombre d'écroués sur le département est en baisse de 15.50%.

Cela veut dire qu'un individu majeur arrêté en mai 2006 pour 14 vols avec violences, connus pour des faits similaires, condamné en février 2006 pour ce type de délit à 6 mois avec sursis, a été remis en liberté.

Cela veut dire qu'un mineur interpellé pour 14 vols à la portière peut être remis en liberté et commettre à la sortie du tribunal ses quinzième et seizième vols à la portière.

Cela veut dire qu'un individu, contre lequel un mandat de dépôt était requis pour avoir commis deux vols à l'arraché, qui a reconnu sa participation à deux cars-jacking, qui était mis en cause dans quatre autres cars-jacking, qui reconnaissait avoir commis 50 vols à la portière, a été remis en liberté.

J'ai déjà dit, et je redis, que de telles décisions sont anormales. Je sais que chaque fois que l'on aborde ces questions, elles suscitent de vives réactions. Je pense que nous devons dire toute la vérité aux Français. Je veux que l'on s'interroge sur tous les sujets. J'aimerai que l'on m'explique comment on empêche un délinquant de récidiver, si on le laisse libre ou que ses peines ne sont jamais exécutées? J'aimerai que l'on m'explique comment on peut dénoncer mes propositions que l'on juge trop répressives alors que l'on que méprise ainsi la douleur des victimes.

Je souhaite que l'on réforme rapidement l'ordonnance de 1945 pour mettre fin au sentiment d'impunité qu'éprouve trop de mineurs. Je demande que l'on fixe des peines planchers pour certaines catégories d'infraction pour lutter contre la récidive.

Le projet de loi de prévention de la délinquance actuellement en discussion au Sénat contient des mesures complémentaires à l'égard des mineurs délinquants.

Voilà un vrai projet, voilà des vraies actions. Je pense qu'il est temps de juger chacun sur ses résultats, objectivement, sans éluder les questions difficiles. C'est en tous les cas, la démarche que j'ai entreprise.