23.08.2005 - Commémoration du 61ème anniversaire des combats pour la libération de Paris

23 août 2005

Intervention de M. Nicolas SARKOZY Ministre d'Etat Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire - Préfecture de Police de Paris


Monsieur le Préfet de Police,
Monsieur le Maire de Paris,
Mesdames, Messieurs,

C’est avec un grand plaisir que je préside à nouveau la cérémonie commémorant le soulèvement des policiers parisiens contre l’occupant nazi, le 19 août 1944.

L’an dernier, à l’occasion du soixantième anniversaire de la Libération de Paris, vous avez donné un relief particulier à cet événement. J’occupais alors d’autres fonctions mais je me souviens bien du courant d’émotion qui le traversait.

Il est vrai que ces journées d’août 1944 ont marqué notre Histoire et imprègnent nos mémoires.

En pénétrant dans cette enceinte au matin du samedi 19 août 1944, les Gardiens de la Paix de la Préfecture de Police ont lancé l’insurrection du peuple de Paris. Ils ont résisté durant plusieurs jours bravant les représailles allemandes, le manque de munitions et les problèmes d’alimentation. Ils se sont livrés sans compter pour défendre cette Caserne de la Cité où nous nous trouvons. Ils ont montré l’exemple et ont tenu bon jusqu’à l’entrée des troupes de la 2ème DB du Général LECLERC le 24 août.

167 de ces héros sont morts au combat. Nous rendons aujourd’hui un vibrant hommage à leur courage. Leur sacrifice montre que le prix de la liberté peut être lourd à payer.

Je veux également saluer chaleureusement les anciens combattants et résistants de la Préfecture de Police qui sont aujourd’hui parmi nous. Mesdames, Messieurs, votre comportement héroïque fait notre admiration et nous inspire un profond respect.

Policiers parisiens, la Légion d’Honneur que le Général DE GAULLE a remis à la Préfecture de Police en octobre 1944 témoigne de la reconnaissance de la République pour l’action de vos aînés. Vous pouvez être fiers de ce passé.

Sachez que vous perpétuez l’idéal de vos glorieux anciens au travers de votre engagement quotidien au service des libertés, de la sécurité et de la justice.

A l'image des résultats nationaux qui témoignent de l'implication de tous les services, le nombre de crimes et délits constatés a reculé, à Paris, de 3,1% au cours des sept premiers mois de l'année 2005, ce qui représente un total de 5000 infractions en moins.

C’est le meilleur résultat atteint depuis plus de 10 ans.

La délinquance de voie publique, qui rend la vie de nos concitoyens insupportable, a baissé, elle, de 9,3 % sur la même période.

Parallèlement, le taux d'élucidation progresse de 2,2 % pour atteindre 27,8 % taux conforme à la moyenne nationale.

J'ai fixé comme priorité la lutte contre l’immigration irrégulière. Dans ce domaine, la Préfecture de Police  a mis en place un dispositif qui lui permet  d’obtenir des résultats encourageants : 1200 éloignements en 2003, 2085 en 2004.

En 2005 je veux que soit atteint l’objectif d’une augmentation de 50 % du nombre d’éloignements effectifs d’étrangers en situation irrégulière.

Plus de 3 000 éloignements doivent donc être effectués cette année et cela doit mobiliser toute l’énergie des différents services qui ont en charge la lutte contre l’immigration irrégulière. J’y veillerai personnellement.

Pareil bilan serait impossible sans une mobilisation de toutes et de tous au service de la sécurité des Parisiens. Je vous félicite pour ce travail.

Mais il ne faut jamais se satisfaire des résultats atteints, il faut continuer à travailler pour ancrer cette évolution dans la durée et changer les mentalités.

La lutte contre la délinquance doit permettre l’application de la loi sur chaque mètre carré de la République. J’attends de vous une totale fermeté et une complète détermination contre le crime.

Il n’y a pas d’indulgence à avoir avec les délinquants, avec les fauteurs de troubles, avec tous ceux qui violent nos lois et portent atteinte à la sécurité de nos concitoyens.

Votre effort quotidien doit donc être poursuivi mais aussi intensifié, pour  faire face à de multiples menaces, au premier rang desquelles le terrorisme.

En ce jour de commémoration, j’ai une pensée particulière pour les victimes innocentes de ces actes lâches et barbares.  Leurs auteurs, ces meurtriers, s’en prennent à l’évidence à nos valeurs de justice et de liberté. Ils veulent nous diviser et nous affaiblir.

Ils n’y arriveront pas. 

Mais pour répondre à l’intimidation, les déclarations ne suffisent pas. Les actes doivent suivre. Le Gouvernement a ainsi proposé une série de mesures concrètes.

Je vais présenter en Conseil des Ministres dans les prochains jours un projet de loi antiterroriste qui vise à favoriser le développement de la vidéosurveillance, à faciliter et étendre la conservation des données téléphoniques et informatiques pour le besoin des enquêtes.

Nous étudions également de nouvelles formes de sécurisation des papiers d’identité en nous engageant dans la biométrie.

Sur ces sujets et sur d’autres, comme le contrôle aux frontières extérieures ou la maîtrise des flux migratoires, la coopération avec nos partenaires européens est réelle. Car nous sommes tous exposés.

Parallèlement, nous maintenons en alerte nos dispositifs opérationnels. Le plan Vigipirate reste au niveau rouge et nous poursuivons nos enquêtes pour traquer les réseaux et dissuader toute menace.

Policiers parisiens, pour lutter contre le terrorisme, votre participation est essentielle. Quelle que soit votre mission, à la police urbaine de proximité, à la direction de l’ordre public et de la circulation, aux directions régionales des renseignements généraux et de la police judiciaire, à la direction de la logistique, je compte sur votre professionnalisme et votre vigilance.

Sachez que, de votre côté, vous pouvez compter sur moi.  En tant que Ministre de l’Intérieur, j’ai à cœur de vous donner les moyens pour que vous réalisiez vos missions dans les meilleures conditions. Parmi les réalisations, je citerai les armes et les tenues.

D’abord, les armes. Le déploiement du nouveau SIG-SAUER a bien démarré. 30 000 d’entre vous en seront équipés sur le périmètre du SGAP de Paris. Vous serez également dotés d’un ceinturon, d’un étui sécurisé et d’un porte chargeurs. Des sessions de formation sont organisées pour se familiariser avec cette nouvelle arme qui est plus petite, plus autonome et qui offre une cadence de tir plus rapide.

Nous testons également un pistolet qui permet de neutraliser un individu par décharge électrique. Il sera bientôt expérimenté dans certains services de police.

S’agissant des nouvelles tenues, leur distribution doit débuter à la rentrée. Elles sont, de l’aveu de tous, plus fonctionnelles.  Il fallait les changer, non  pour céder aux impératifs de la mode, mais pour améliorer vos conditions de travail.

Dès la rentrée également des véhicules de police, et en premier lieu ceux de la BAC de nuit, seront équipés de vidéos embarquées. J'ai souhaité cette modernisation car notre action doit être transparente.

 De façon plus générale, j’attends de la Préfecture de Police qu’elle poursuive son effort de modernisation de ses moyens, mais aussi de ses méthodes et de son organisation. Sa démarche de performance et d’évaluation des services doit être étendue.

Je l’invite également à utiliser la réforme des corps et des carrières comme un instrument de motivation et de mobilisation de ses fonctionnaires.

Dans la grande diversité de ses métiers, la Préfecture de Police mobilise un nombre important d’agents pour l’exercice de fonctions réglementaires et administratives. A toutes celles et à tous ceux qui les remplissent, je voudrais rappeler que leur contribution à l’amélioration du service public est essentielle. Je leur demande de veiller tout particulièrement à l’accueil du public et à la qualité de la délivrance des titres.

A toutes et tous, je demande aussi de porter une attention particulière au soutien des victimes.

Il est primordial qu’elles soient mieux reçues, mieux écoutées et mieux entendues.

 Les évaluations qui m’ont été transmises soulignent nos insuffisances actuelles. J’ai institué en 2002 des correspondants départementaux d’aide aux victimes et, plus récemment, une délégation nationale aux victimes.

J’ai également lancé en 2004 la Charte d’accueil du public et d’assistance aux victimes. Chaque jour tout doit être fait dans le sens d’un meilleur accueil.

Enfin, quelle que soit votre mission, je veux vous dire que vous êtes pour tous, les garants de la défense de nos valeurs républicaines.

L’exercice des missions de police ne peut donc s’inscrire que dans le respect des lois et règlements, du code de déontologie, des règles professionnelles et techniques. Vos paroles, vos attitudes et vos gestes doivent être exemplaires. La déontologie et le respect de chacun sont une exigence de tous les instants de votre vie.

Détenteurs d’une parcelle de puissance publique, vous devez en exercer les pouvoirs coercitifs avec discernement et vous devez en assumer les obligations, tant dans votre activité professionnelle que dans votre comportement privé.

Je vous l’ai dit, je serai à vos côtés chaque fois que les circonstances l’exigeront, mais je ne tolérerai aucun écart.

Le métier de policier évolue. Légitimement nos concitoyens nous demandent des résultats. Et vous le savez comme moi, il ne s'agit pas uniquement d'une exigence quantitative, de chiffres et de tableaux. Nous devons engager une véritable réflexion sur la qualité même de notre service au public. J'en reparlerai très prochainement.

Mesdames et Messieurs, je voudrais en conclusion redire la confiance et l’estime que je porte à la Préfecture de Police, à son chef, le Préfet de Police, Pierre MUTZ, et à tous les agents et fonctionnaires, hommes et femmes qui ont le privilège d’y servir.

Votre métier est difficile et exigeant, comme en témoignent les policiers blessés en service depuis le début de l’année à Paris. Je leur adresse, ainsi qu’à leurs proches, mes sentiments de sympathie et de soutien. A ceux qui sont aujourd’hui encore dans la douleur ou en convalescence, j’exprime mes vœux les plus chaleureux de prompt et complet rétablissement.

A vous tous enfin, je dis ma gratitude et ma considération pour votre sens du service public et votre implication quotidienne au sein de cette « grande maison ».

Vous êtes les héritiers des héros de 1944.Continuez à vous inscrire dans leur sillage.

Vive la République ! Vive la France !