23.08.2006 Commémoration du 62ème anniversaire des combats pour la Libération de Paris

23 août 2006

Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire lors de la commémoration du 62ème anniversaire des combats pour la Libération de Paris


Monsieur le Préfet de Police,

Monsieur le Maire de Paris,

Mesdames, Messieurs,

C'est la quatrième fois, et avec une émotion toujours renouvelée, qu'en tant que ministre de l'Intérieur, je m'adresse à vous, dans cette cour de la préfecture de police, au cœur de Paris, où s'est tournée, le 19 août 1944, une page de notre histoire.

Ici, des policiers ont su dire non, pour la France, pour la République, et en définitive pour l'Homme.

Ici, des policiers ont donné le signal de la révolte et de l'action pour refuser l'occupation, la dictature et la barbarie.
Aujourd'hui, nous célébrons la mémoire de ces policiers du 19 août, et des 167 d'entre eux qui ont consenti le sacrifice suprême pour une seule exigence : le retour de la liberté dans un cadre républicain restauré.

Sachons ensemble, au-delà de nos différences, nous souvenir d'un de ces moments où la France s'est reconciliée avec elle-même, d'un de ces moments dont le souvenir reste à jamais gravé dans le cœur des Parisiens et de tous les Français.

Chaque année, cette cérémonie permet à chacun de se remémorer ce que nous devons à celles et à ceux qui – après des années d'épreuve et de souffrance – se sont levés.

Rappelons-nous ce 19 août 1944 quand, ici même, les policiers parisiens ont amplifié le mouvement lancé cinq jours plus tôt par les cheminots. Répondant à l'intuition du général CHABAN, qui indiquait, dans un rapport au général KOENIG, que « le peuple parisien, répandu dans les rues, croit entendre les canons et attend d'heure en heure l'arrivée des Alliés », 2.000 policiers parisiens se rassemblent dès 7 heures devant la préfecture et pénètrent les lieux, dirigés par le brigadier FOURNET, sans attendre les instructions du Conseil National de la Résistance, alors qu'Alexandre PARODI, délégué général du Comité Français de Libération Nationale, tente de libérer le Ministère de l'Intérieur des autorités du régime de Vichy.

Hissant le drapeau tricolore sur les toits de la préfecture, puis sur Notre-Dame et sur l'Hôtel-Dieu, ces policiers répondent à l'appel du général de Gaulle qui voulait, je le cite, « qu'il fût établi que l'Etat, après des épreuves qui n'avaient pu ni le détruire, ni l'asservir, rentrait d'abord, tout simplement, chez lui ». La PP devint le centre de la Résistance, rassemblant ses chefs : BAYET, ROL-TANGUY et KRIEGEL-VALRIMONT jusqu'au 25 août, date à laquelle la 2ème division blindée du général Leclerc entrait dans Paris.

En évoquant ces pages glorieuses, il faut saluer la mémoire d'un grand Résistant, d'un des acteurs principaux de ces événements, M. KRIEGEL-VALRIMONT, qui s'est éteint le 2 août dernier.

C'est ce sens du devoir, similaire au sien, qui anime aujourd'hui tous les policiers de France.

Vous êtes les héritiers de l'engagement républicain de vos aînés et des anciens combattants ici présents, que je tiens à saluer. Vous pouvez porter fièrement la fourragère rouge, symbole de la Légion d'Honneur remise à la Préfecture de Police le 12 octobre 1944 par le Général de GAULLE.

Elle est le signe de votre volonté de lutter chaque jour pour offrir à nos concitoyens une société où la sécurité, principe fondateur de la démocratie, constitue un impératif.

A l'image des résultats nationaux, qui témoignent de l'implication de tous les services, la criminalité à Paris est en baisse. Le nombre de faits constatés a reculé de 1,6 % au cours des 12 derniers mois. Il est à son plus bas niveau depuis 1985. La délinquance a baissé de près de 16 % entre les six premiers mois de 2002 et les six premiers mois de 2006.

Après une régression de 8,8 % en 2005, la délinquance de voie publique diminue de 4,3% au cours des 7 premiers mois de cette année.

La diminution de 11% en 2005 de la délinquance dans les transports en commun parisiens constitue également un résultat remarquable, obtenu grâce à une organisation qui, vous le savez, a servi de modèle à la mise en place d'un Service National de la Police Ferroviaire.

Mais, il est un phénomène contre lequel nous devons lutter avec plus d'acharnement, celui des violences faites aux personnes.

Depuis le début de l'année, elles augmentent de plus de 7 % au niveau national. Paris est loin d'être épargné avec une hausse de plus de 8 %. Nous avons là à faire face à un problème de société, celui de la violence gratuite, celle qui intervient dans le cercle privé et notamment familial.

C'est une des raisons majeures qui m'a conduit à préparer un projet de loi de prévention de la délinquance. Car les comportements de violence gratuite dans les relations entre les personnes, chacun en est bien conscient, ne relèvent pas que de l'intervention policière. Ceci dit nous aussi, nous devons intensifier notre travail dans ce domaine.

Il nous faut adapter nos techniques d'intervention dans la gestion des violences familiales, répondre présent lorsqu'un chef d'établissement scolaire nous sollicite et collaborer avec le nouveau service national de la police ferroviaire que j'ai créée récemment.

Autre priorité que je vous ai fixée, la lutte contre l'immigration irrégulière constitue un champ d'action majeur. Je sais les efforts réalisés ces dernières années par la Préfecture de Police dans ce domaine, avec 1.200 éloignements en 2003, plus de 2.000 en 2004, près de 3.000 en 2005, soit plus qu'un doublement des reconduites en trois ans.

Vous connaissez mes exigences et ma détermination en la matière. Aucun effort ne doit être relâché.

Je veux, ici, remercier tous les agents qui concourent au respect de ces objectifs. Ma circulaire du 13 juin dernier a eu pour but de permettre le réexamen exceptionnel, à titre humanitaire, de la situation de certaines familles, dans l'intérêt des enfants, afin de leur permettre de sortir d'une situation de précarité et de pouvoir bénéficier des conditions d'une intégration satisfaisante en France. Je sais que sa mise en œuvre a nécessité un surcroît de travail considérable en période estivale, dont il faut remercier tous les agents concernés.
Face à ces sujets, nous devons être particulièrement clairs et les Français doivent connaître la vérité.

J'entends actuellement beaucoup parler du squat de Cachan. Mais si on regarde ce dossier de manière objective, que s'est-il réellement passé?

Des personnes occupaient au péril de leur vie un lieu vétuste et insalubre et ce sans droit ni titre.

Une décision de justice avait été rendue, et en tant que ministre de l'intérieur, je me devais d'agir.

Il était de mon devoir d'éviter un nouveau drame comme celui du boulevard Vincent Auriol ou de la rue de Provence.

Il est également de mon devoir de tout mettre en œuvre pour que des solutions de logement soient proposées aux personnes en situation régulière, mais il est aussi de ma responsabilité de faire appliquer la loi : les personnes qui ont pénétré illégalement sur le territoire français ont vocation à regagner leur pays d'origine.

Au cours de l'année qui vient de s'écouler, plusieurs affaires judiciaires ont marqué l'opinion publique. Je pense d'abord au terrible assassinat d'Ilan Halimi. Mais je pense aussi à des affaires résolues de belle manière, comme celle qui s'est traduite récemment par l'interpellation d'une personne sans domicile fixe identifiée grâce à son ADN comme l'auteur d'une série de 17 viols commis depuis 1994.

Cette affaire illustre une nouvelle fois la nécessité d'une signalisation systématique.

Je vous demande de remplir, là encore, vos objectifs en matière d'amélioration de la signalisation et de qualité des procédures judiciaires. Il en va de l'efficacité même de notre action afin que l'autorité judiciaire puisse, ensuite, prendre les mesures qui lui appartiennent.

La même démarche de qualité et de professionnalisme s'impose en matière de maintien de l'ordre public.

Depuis la cérémonie de l'an dernier, ce sont près de 3.500 évènements qui ont eu lieu à Paris sur la voie publique. Je salue le professionnalisme de l'ensemble des fonctionnaires de la préfecture de police mais également celui des personnels des unités mobiles qui vous ont apporté leur précieux soutien et su faire face à des situations difficiles souvent dangereuses.

Je veux parler également du soutien technique et logistique sans lequel une police efficace et réactive ne saurait exister. Vous le savez, depuis mon arrivée au ministère de l'Intérieur, j'ai obtenu plus de moyens pour la police nationale. La loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure, a permis de fournir aux services de police ceux dont elle avait considérablement besoin.

Vous avez perçu de nouvelles armes et de nouvelles tenues. La couverture du réseau « Acropol » a été consolidée et le dispositif de vidéosurveillance à Paris a été renforcé avec la mise en œuvre d'un système d'enregistrement permanent. Prochainement, la préfecture de police sera dotée de 1.000 pistolets TASER.

Ces efforts doivent se poursuivre, en particulier, en matière de vidéo, d'abord à des fins de surveillance sur la voie publique, grâce au plan « 1.000 caméras » pour Paris, mais aussi à des fins d'utilisation opérationnelle, avec la vidéo-surveillance embarquée. La vidéo a prouvé son efficacité, en France comme à l'étranger. Elle est un instrument au service de la sécurité de chacun, qui sur l'ensemble du territoire, doit être développé en étroite concertation avec les collectivités locales. Je sais pouvoir compter sur chacun d'entre vous pour mener à bien ces chantiers.

Je veux que les prochains mois soient des mois d'action toujours renouvelée. La Préfecture de Police devra continuer à œuvrer pour la résorption de l'habitat dangereux, notamment celui de certains hôtels. Je n'oublie pas les dramatiques incendies de l'an passé.

La qualité de service dans la délivrance des titres aux Parisiennes et aux Parisiens doit également être préservée.

Vous devez veiller sans cesse à l'amélioration de la qualité de l'accueil et du contact avec le public.

Il s'agit d'une priorité. Je vous demande de vous engager personnellement, quel que soit votre niveau hiérarchique. C'est ainsi que nous répondrons au mieux aux attentes de nos concitoyens et tout particulièrement des victimes.
Je veux saluer les initiatives de la préfecture de police, qui a amélioré toutes ses performances en ce domaine, qu'il s'agisse des temps d'attente, des délais d'intervention, du respect des règles de courtoisie ou du traitement personnalisé des dossiers.

J'attache du prix à ce que le comportement de chaque agent vis-à-vis des usagers, tant sur la voie publique que dans les services, soit exemplaire. Vous savez que je n'ai aucun scrupule à sanctionner tout manquement avéré dans ce domaine.

Vous représentez l'Etat et, à ce titre, vous vous devez d'être irréprochables même si on le sait, face à vous, les méthodes sont différentes. Vous ne devez pas céder à la facilité lorsque les esprits s'échauffent, vous devez garder en vous les valeurs de notre République.

J'attends de vous que vous donniez l'exemple du respect des lois et règlements et des règles de déontologie. C'est cette politique ambitieuse qui est symbolisée par le nouvel écusson de la direction de la police urbaine de proximité qui porte la devise : « Assister – Servir – Protéger ».

Le métier de policier, n'est pas un métier comme un autre. Il engage votre comportement à tous les instants. Vous le savez, j'ai demandé que la direction de la formation de la police nationale inscrive en fin de scolarité, dans chaque école nationale de police, une prestation de serment, gage – comme cette cérémonie – de la passation d'une mémoire partagée et d'une volonté commune de servir sur des fondements connus de tous.

Votre métier est difficile. Je souhaite que vous puissiez l'exercer dans les meilleures conditions possibles et notamment que vous puissiez vous loger. Entre 2002 et 2006, l'effort budgétaire consacré à la politique de logement a pratiquement doublé passant de 11 millions à 20 millions de crédits de paiement. Un dispositif d'aide pour l'accession à la propriété, par la mise en place de prêts bonifiés à taux zéro, a été lancé en 2005. Concrètement en région parisienne, 13.000 réservations de logements sociaux sont mises à disposition. 1.000 logements privés complètent cette offre. Nous devons poursuivre avec le soutien des collectivités locales notre action pour accroître ce parc.

Au cours des mois qui viennent, nous aurons à poursuivre nos efforts contre l'immigration clandestine, contre la délinquance violente, mais nous devrons aussi ne pas relâcher notre vigilance face au terrorisme.

Ce combat de la démocratie contre tout ce qui peut menacer sa stabilité et la sécurité de ses citoyens doit toujours s'exercer avec abnégation mais dans le respect des principes fondamentaux de la République. C'est un équilibre, parfois difficile à trouver, mais essentiel. Je sais que vous êtes parmi ceux qui sauront l'appliquer par fidélité, comme vos aînés, il y a maintenant 62 ans, aux valeurs de la France et de la République, la Liberté, l'Egalité et la Fraternité.

Les Français savent qu'ils peuvent compter sur vous. Votre compétence et votre dévouement sont reconnus. Vous exercez un métier dangereux comme peuvent en témoigner tous ceux qui ont été blessés en service au cours de l'année écoulée.

Je veux leur adresser, ainsi qu'à leurs proches, mes sentiments de vive sympathie et de soutien. A ceux qui sont aujourd'hui encore souffrants ou en convalescence, j'exprime mes vœux les plus chaleureux de prompt et complet rétablissement.

A vous tous, enfin, fonctionnaires de police, sapeurs-pompiers et agents administratifs de la Préfecture de Police, je dis ma gratitude et celle de tous les Français pour le sens élevé du service public dont vous savez faire preuve chaque jour.

Aujourd'hui est un jour de mémoire et de souvenir pour nos 167 camarades morts au combat et pour l'ensemble des Françaises et de des Français qui se sont battus pour que la France recouvre sa liberté.

Sachons, ensemble, nous montrer dignes de leur héritage.