27.09.2005 - 2ème rencontre Police - Gendarmerie

27 septembre 2005

Intervention de M. Nicolas Sarkozy, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du territoire - "Amplifier notre action pour une meilleure sécurité des Français" - Paris


Mesdames, Messieurs, Chers amis,

J'ai souhaité vous réunir en cette rentrée, car pour parler de la sécurité des Français, c'est à vous, Préfets, directeurs départementaux, commandants de groupements ou de compagnies, chefs de circonscriptions, commandant de communautés de brigades et de brigades, policiers et gendarmes qui en êtes les acteurs, que je voulais m'adresser. Nous nous connaissons suffisamment pour savoir que, pour que les choses soient claires, rien ne vaut un échange direct.

Il y a trois ans, je vous ai d'abord rencontrés au Carrousel du Louvres. Je vous demandais alors de vous investir dans une stratégie ambitieuse : Il fallait rompre avec un fatalisme sclérosant condamnant à l'impuissance.

Au cours de l'automne 2002, je venais à votre rencontre dans des regroupements régionaux. Je vous demandais de vous engager dans un mode de management moderne fondé sur la responsabilité et la culture de la performance.

Aujourd'hui, je suis très heureux de vous retrouver.

Je le suis parce que, quand je mesure le chemin parcouru, je suis fier de vous.

La motivation retrouvée, le sens de l'effort reconnu, des réformes de fond menées à bien, des résultats évalués en permanence en vue d'une plus grande réactivité, et puis votre engagement de tous les jours : ce sont les facteurs d'un net recul de la délinquance.

Je sais votre degré d'investissement. Alors rappelons à ceux qui seraient tentés de l'oublier :
• qu'en trois ans, la délinquance qui avait dépassé 4,1 millions de faits, a reculé à ce jour de plus de 330 000 faits, soit près de 8,5%
• que, dans le même temps, la délinquance de voie publique a baissé de plus de 450 000 faits, soit presque 20%

Vous êtes plongés dans la réalité, le concret. Vous savez ce que cela représente de victimes épargnées, et de traumatismes évités.

Je veux saluer les efforts réalisés pour mieux élucider les affaires. Beaucoup d'entre vous ont su se mobiliser et mobiliser leur service. Le nombre d'affaires résolues est passé en trois ans de 26 à 32%. Je considère qu'il s'agit là d'un des meilleurs critères de votre efficacité. Et c'est un devoir que nous avons à l'égard des victimes, de progresser toujours dans ce domaine, car c'est une façon de leur rendre justice.

Je sais aussi la part prise par le travail d'initiative. Les infractions relevées à ce titre ont augmenté de 60 000 faits (+23,5%). Ce travail d'initiative contribue certes à augmenter mécaniquement le chiffre de la délinquance mais ce dynamisme, nous devons l'entretenir. Cela veut dire que l'on est passé d'une démarche réactive à une approche plus offensive.

Je sais que nos concitoyens reconnaissent la valeur de votre travail. Le service public de la sécurité intérieure a indéniablement progressé, au service des libertés, du respect de la loi, des valeurs républicaines et de la cohésion sociale.

Vous me direz que certains sont parfois tentés d'ergoter sur les chiffres.

Il y a eu dans ce domaine pendant trop longtemps une frilosité ou une fausse pudeur.

J'ai souhaité dès 2002 une communication mensuelle des données disponibles. Il ne s'agit ni de déifier les statistiques, ni d'entretenir des polémiques stériles. Il faut simplement dire la vérité à nos concitoyens. Il faut être transparent pour les simples raisons que nous sommes à leur service, et que la réalité se voit dans la rue.

Depuis trois ans, le thermomètre est resté accessible à tous. L'activité criminelle et délictuelle est publiée mensuellement.

L'observatoire national de la délinquance a été mis en place. Organisme indépendant, ses travaux complètent le fameux état 4001 par des statistiques portant sur les phénomènes non pris en compte jusqu'alors.

Tout ceci nous permet d'évaluer nos actions, de nous imposer à nous-mêmes un guide de notre stratégie. Il faut que nous puissions établir un diagnostic précis et éclairé sur l'évolution des grandes catégories de faits, que nous puissions en rechercher les causes, que nous puissions tout mettre en œuvre pour améliorer les résultats par une action ciblée, résolue et coordonnée.

Afin de gagner encore dans la transparence du reste, j'ai demandé au Président de l'Observatoire d'assurer complètement dès janvier prochain la publication des statistiques mensuelles et leur commentaire. De votre côté, n'hésitez pas non plus à communiquer sur votre action quotidienne. Ne laissez pas se développer les rumeurs et les fantasmes. La lutte contre l'insécurité routière, la résolution d'affaires judiciaires sont autant de sujets sur lesquels vous devez dire ce que vous faites ;

Pour quiconque veut bien se pencher sérieusement sur les faits – et toutes les enquêtes le confirment - la délinquance et le sentiment d'insécurité ont reculé.

Mais je sais aussi que rien n'est définitivement gagné, que rien n'est définitivement acquis. On peut affirmer que les résultats engrangés sont autant d'investissements réalisés pour l'avenir. Mais ne nous méprenons pas : le combat est toujours à mener. Nous devons à nos concitoyens beaucoup plus encore que nous avons fait.

J'entends les habitants de certains quartiers qui vivent encore dans la peur des petits voyous.

Je sais que les réseaux sont toujours à l'œuvre.

Je rencontre encore des victimes de violences, de vols, de dégradations. Comme vous, je sais aussi que ce sont trop souvent les plus démunis, les plus faibles, les plus vulnérables qui subissent les actes crapuleux d'une minorité agissante.

Alors soyons très clairs : à ceux qui disent que nous avons atteint un seuil, et que tout a été fait, je réponds que nous devons refuser tout fatalisme, tout idée d'impuissance, que nous ne nous cacherons pas derrière les discours stéréotypés et les immobilismes structurels, et que nous continuerons à aller de l'avant.

Ensemble, nous devons franchir un nouveau cap et donner un nouvel élan à la sécurité des Français.

Je sais que la plupart d'entre vous se sont déjà pleinement lancés dans cette démarche. De tous - je ne vous le cache pas - j'attends encore plus de professionnalisme, plus de rigueur et plus d'investissement.

Poursuivre nos efforts, c'est ancrer durablement une culture de dissuasion et de rupture avec le sentiment d'impunité.

Notre action doit nécessairement s'inscrire dans une démarche globale. C'est bien sûr l'ensemble de notre dispositif social qui doit être organisé en ce sens. Vous n'êtes pas les seuls acteurs et chacun doit tenir son rôle.

Rien cependant ne se fera sans une police et une gendarmerie encore plus efficaces, une police et une gendarmerie respectées car exemplaires.

L'enjeu, le véritable enjeu d'aujourd'hui, est de construire la police et la gendarmerie du XXIème siècle : des forces de sécurité modernes, adaptées aux formes contemporaines de la délinquance, répondant aux attentes de nos concitoyens, perçues comme le grand service public protecteur de leurs libertés.

Pour y parvenir, la méthode que je propose n'a pas changé. Il faut approfondir ce qui marche, changer ce qui ne donne aucun résultat, nous adapter et évoluer.

Vous avez su inverser la tendance, créer une dynamique. Il nous faut maintenant poursuivre le travail que nous avons engagé ensemble il y a trois ans, et que vous avez continué avec Dominique de Villepin.

Avant de vous présenter mes nouvelles orientations en matière de lutte contre le crime et la délinquance, je tiens à vous rappeler – car on a tendance à l'oublier – ce que nous avons fait ensemble depuis notre rencontre au Carrousel du Louvre.

Un important travail législatif a été accompli. Trois textes fondamentaux ont été adoptés : la loi d'orientation et de programmation pour la sécurité intérieure du 29 août 2002, la loi pour la sécurité intérieure du 18 mars 2003 et la loi portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité du 9 mars 2004.

Je vous ai donné, avec la LOPSI, les crédits nécessaires – 5,6 milliards d'euros entre 2003 et 2007 - pour couvrir le coût des 13 500 créations d'emplois pour financer des mesures relatives à la situation des personnels (c'est la réforme des corps et carrières de la police nationale et c'est le plan d'adaptation des grades aux responsabilités exercées dans la gendarmerie), pour adopter des mesures urgentes destinées à renforcer la capacité opérationnelle et la protection des forces (nouvelles tenues, nouvelles armes, gilets pare-balles, amélioration du parc de véhicules, effort immobilier…). et pour mener les programmes d'équipements majeurs.

A mi-parcours, pour la police nationale, il y a plus de 4 100 fonctionnaires actifs et 2 690 personnels administratifs, techniques et scientifiques supplémentaires. La réforme des corps et carrières a été menée à bien ; elle offre pour chacun un statut, des possibilités et des responsabilités nouvelles.

Pour la gendarmerie nationale, 3 100 emplois ont été créés. Des retards avaient été pris, mais j'ai obtenu l'assurance que 2 000 postes seraient créés l'année prochaine. Son plan d'adaptation (PAGRE) sur cinq ans, adopté en 2004, a permis de créer 1 000 emplois nouveaux d'officiers en 2005, et 700 le seront en 2006.
 
La Loi de Sécurité Intérieure du 18 mars 2003 a permis de donner des moyens opérationnels et juridiques nouveaux qui vous faisaient défaut dans l'exécution de vos mission quotidiennes. Les pouvoirs des préfets des départements et de zones ont été précisés en matière de sécurité intérieure. Une réserve civile a été créée dans la police nationale pour effectuer des missions de soutien et des missions de solidarité. En 2006, les crédits qui lui sont affectés seront doublés.

- Des dispositions nouvelles ont été adoptées pour renforcer vos capacités d'investigations judiciaires. La compétence territoriale des officiers de police judiciaire a été étendue.

- Des dispositions du code de procédure pénale ont été rétablies en ce qui concerne les contrôles d'identité et la visite des véhicules.

- Sans revenir sur le détail des dispositions, je rappellerai que nous avons rendu opérationnel le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG) en élargissant ses conditions d'alimentation. 60 000 individus sont aujourd'hui enregistrés sur ce fichier ; l'objectif est de 100 000 à la fin de l'année. A ce jour, plus de 1 300 rapprochements positifs ont ainsi pu être obtenus, et la montée en puissance de cet outil, vous l'avez compris, est loin d'être achevée.

- Cette loi a aussi permis de vous donner les moyens d'agir face à des situations qui n'étaient pas acceptables, que ce soit en matière de lutte contre la traite des êtres humains et de proxénétisme ou pour faire assurer la tranquillité ou la sécurité publiques. Le fait de s'installer en réunion, sans autorisation, sur un terrain, l'exploitation de la mendicité, la mendicité agressive peuvent désormais être combattus. Je sais que certaines dispositions, comme l'occupation des halls d'immeubles, ont donné lieu à des débats controversés. Je ne regrette pas de vous avoir donné un cadre légal pour intervenir là où, auparavant, les forces de sécurité étaient dans l'incapacité d'agir. Et je vous demande de faire usage de ces textes.

- Une sérieuse remise en ordre de la réglementation sur les armes a été effectuée. C'est bien le moins que nous devions à nos concitoyens ; rappelez-vous du drame de Nanterre.

C'est une stratégie globale qui a été mise en œuvre : les pouvoirs des polices municipales ont été précisés, des compétences leur ont été reconnues en matière de sécurité routière, les activités des sociétés de sécurité privée ont été mieux encadrées.

La loi du 9 mars 2004 portant adaptation de la justice aux évolutions de la criminalité a complété ce dispositif en élargissant les possibilités de lutte contre la délinquance et la criminalité organisées. Elle offre de nouvelles facilités d'investigations pour les enquêteurs (perquisitions et saisies de nuit, infiltrations, sonorisation et fixation d'images …).

J'ai fait en sorte également que soit utilisé de manière plus cohérente et efficace l'ensemble des forces de sécurité intérieure pour faire face aux nouvelles exigences de la sécurité. Afin de faire disparaître les zones de non-droit et faire reculer la délinquance, une nouvelle doctrine d'emploi des forces mobiles a été mise en place dès l'automne 2002.

Sans rien perdre de leur identité, ni de leur spécialisation dans le maintien de l'ordre, les forces mobiles ont été davantage employées en appui des services de la sécurité publique et de la gendarmerie départementale dans leur région d'implantation. Concrètement, aujourd'hui, ce sont en moyenne 16 compagnies républicaines de sécurité et 19 escadrons qui sont employés en mission de sécurisation. Cet apport au quotidien permet d'avoir des effets visibles dans la lutte contre la délinquance. C'est aussi pour des unités territoriales très sollicitées un renfort extrêmement utile. Je reviendrai  sur ce sujet essentiel tout à l'heure pour expliquer comment nous allons encore progresser.

Un redéploiement rationnel et équilibré, d'une part entre les compétences de la police nationale et de la gendarmerie nationale, d'autre part au sein même de celle-ci, a été réalisé. Il s'agissait de corriger, par le biais d'échanges compensés, des situations qui présentaient au plan local un manque de logique opérationnelle. Chaque force s'est organisée pour prendre effectivement en charge les missions de sécurité publique dans l'ensemble de la zone de responsabilité qui lui a été confiée.

A ce jour, cet important travail est achevé en métropole et le sera outre-mer en 2007.Le bilan est d'ores et déjà très positif. 217 communes ont été confiées à la police nationale et 115 à la gendarmerie. 2 200 policiers sont venus renforcer les circonscriptions de sécurité publique élargies. 2 400 gendarmes ont été affectés sur leurs nouvelles zones de compétence. Ce redéploiement que d'aucuns tenaient pour impossible compte tenu de l'échec de la tentative menée en 1998 a été conduit avec succès. C'est un exemple réussi de la nécessaire réforme de l'Etat.

Au sein même des zones attribuées à chaque force, une nouvelle répartition des effectifs a été faite pour tenir compte des besoins de sécurité. Dans la zone de la gendarmerie, le maillage territorial a été confirmé dans son principe, mais partout où l'intérêt opérationnel l'exigeait, les moyens ont été mutualisés et l'organisation du service s'est développée autour du concept de communauté de brigades. Sur les 3 460 brigades existantes, 830 continuent à fonctionner de manière autonome, les autres fonctionnent désormais en communautés de brigades. Cet effort de rationalisation n'a pas d'autre objectif que d'assurer une meilleure qualité des services offerts à la population et d'améliorer les performances des deux forces, notamment s'agissant du taux d'élucidation des crimes et délits. Chacun comprend en effet qu'il vaut mieux pour lutter contre la délinquance que policiers et gendarmes soient sur le terrain, plutôt que dans des bureaux.

Les capacités d'action de la police et de la gendarmerie dans le domaine judiciaire ont été développées :

- Le nombre d'officiers de police judiciaire s'est accru significativement entre 2002 et 2005. Dans la police nationale notamment, grâce à la reconnaissance de la qualification d'officier de police judiciaire pour les gradés et gardiens, le nombre d'OPJ a pu être augmenté de près de 6 000.

- Les moyens de la police technique et scientifique ont connu un fort développement. J'ai déjà parlé du FNAEG. Des projets essentiels sont en bonne voie, comme la réalisation d'un système commun de recherches criminelles issu du jumelage entre le STIC et le JUDEX ou la consolidation du logiciel d'analyse criminelle SALVAC au terme d'une expérimentation réussie.

- Sur le plan opérationnel, l'accent a été mis sur les formes d'actions permettant d'associer tous les services de l'Etat concernés. Au niveau national, les offices centraux de police judiciaire ont été renforcés ; d'autres ont été créés. Au niveau local, les 28 groupes d'intervention régionaux que j'ai constitués ont permis de mieux lutter contre la délinquance violente, les trafics illicites et l'économie souterraine. Ils permettent, ce qui est nouveau dans notre paysage français, de mieux conjuguer l'action des services de police et de gendarmerie avec l'ensemble des services de l'Etat.

L'insécurité routière, quant à elle, reste avec plus de 5 000 morts par an, un véritable fléau national. Mais nous pouvons être fiers des résultats que vous avez obtenus, puisque depuis trois ans, ce sont 6 000 vies qui ont été épargnées ainsi que 100 000 blessés.

Je souhaite que l'on aille encore plus loin. 14 morts tous les jours sur les routes de France, c'est encore beaucoup trop. C'est pourquoi je pense que nous devons nous fixer comme objectif d'ici 2007 de descendre à 4 000 morts. D'autres pays, et je pense au Royaume-Uni y sont parvenus, pourquoi pas nous ? Et pour cela - et j'insiste tout particulièrement - il est indispensable que nos concitoyens, qui ont dans leur grande majorité compris le bien fondé de notre action, n'aient pas le sentiment qu'ils sont victimes de contrôles tatillons ou excessifs. C'est de sécurité routière qu'il doit s'agir et pas d'autre chose.

Je demande donc à tous les gendarmes et à tous les policiers non seulement d'être eux-mêmes exemplaires sur la route, mais aussi de faire preuve dans leur relation avec l'usager d'un juste discernement sans lequel il ne peut pas y avoir adhésion durable. Nous ne devons en aucune manière donner le sentiment de piéger les automobilistes. Ce qui compte c'est de sauver des vies.

Ce bilan des trois années qui viennent de s'écouler, un peu long  je vous le concède, n'est cependant pas exhaustif.

 Il nous permet  de mesurer le chemin parcouru dans la refondation de la sécurité intérieure. Je tiens à nouveau à vous remercier pour avoir, en si peu de temps, mené de front tous ces chantiers. Certains pourraient y trouver prétexte pour marquer une pause et considérer que nous n'avons plus qu'à engranger les dividendes.

Je le dis tout net : ce n'est pas mon approche, il faut aller  plus loin. Nous sommes comme des cyclistes engagés dans une course, nous avons déjà surmonté plusieurs difficultés, il nous reste encore à fournir des efforts pour arriver au bout de l'étape.

Ce que je vous demande aujourd'hui, c'est d'être encore plus imaginatifs et inventifs, de bousculer des schémas de pensée peut-être confortables mais qui finissent par être  usés.  Nous devons essayer de penser autrement.
 
Nous avons face à nous trois défis majeurs :

• Nous devons trouver le meilleur emploi possible de nos ressources humaines.
• Nous devons nous engager dans une véritable politique de prévention, de grande envergure, qu n'a jamais été déployée dans notre pays.
• Nous devons continuer à nous adapter aux enjeux toujours renouvelés de la lutte contre la délinquance.

Je souhaite que l'on prospecte, avec un regard nouveau, ces  trois domaines.

1. Il faut mieux utiliser les ressources dont nous disposons :

• Examinons d'abord à tous les niveaux, sans complexe et sans préjugé, les modes de management, d'organisation et de travail.

Je demande à tous les chefs de service et commandants d'unités d'être pragmatiques et concrets. Les spécificités propres à chaque zone doivent être très précisément identifiées et prises en compte. Il faut absolument répondre aux réalités de la délinquance telles qu'elles sont vécues en chaque endroit du territoire par nos concitoyens, et elles sont partout différentes.

L'échelon central fixe des objectifs et des orientations. Ces objectifs, je le souligne, doivent être respectés. Mais les moyens de les atteindre relèvent de vous, responsables locaux de la police et de la gendarmerie. Vous avez une obligation de résultats, vous avez des moyens, c'est à vous d'optimiser en permanence leur emploi.

Partout, je le dis très fermement, il y a matière à économiser sur les charges de structure, de logistique, d'administration générale, pour renforcer la présence sur la voie publique. Partout il y a des raisons d'adapter les présences au service aux horaires de la délinquance.

Vous devez en tirer toutes les conséquences.

Pour vous aider dans cette démarche, vous disposez désormais de véritables outils de management avec la main courante informatisée dans la police nationale et l'application "commandement du service" pour la gendarmerie.

Utilisez la cartographie, analysez vos statistiques, organisez vos unités. Vous êtes en mesure d'examiner quasiment en temps réel la situation bassin de délinquance par bassin de délinquance.

Ce travail doit être fait partout.

S'il faut pour être plus efficace, créer une cellule ou une équipe spécifique, faites-le.

S'il faut, en zone urbaine, pour renforcer la présence sur la voie publique, fermer des structures, faites-le. Expliquez, commentez, rencontrez les élus.

En zone gendarmerie, la réforme des communautés de brigades  vous a permis d'améliorer vos modes de fonctionnement. Il faut cependant s'assurer que ses modalités d'application, qui peuvent être très diverses en fonction des secteurs, sont partout adaptées au contexte local.

D'une manière générale, vous devez évaluer en permanence vos dispositifs, savoir vous adapter rapidement et ne jamais penser qu'une mesure est intangible et définitive. Ce qui a bien marché hier ne sera pas nécessairement judicieux demain.

Je vous demande donc de prendre toute la part d'initiative qui vous revient. A contrario, je  veillerai à ce qu'on ne multiplie pas à partir de l'échelon central des priorités qui s'empilent, dispersent votre action et vous enlèvent toute marge de manœuvre opérationnelle. En toute hypothèse il vous revient, au plan local, de faire des priorités parmi les très nombreuses sollicitations qui pèsent sur vous. Ces priorités se résument en fait à une seule : l'impératif du recul de la délinquance. Pour y parvenir, vous devez utiliser de façon souple les moyens dont vous disposez. A titre d'exemple, les PSIG ont beau être rattachés à une compagnie. Ils doivent si besoin être employés dans une conception départementale.

Je sais qu'une majorité d'entre vous est déjà engagée dans cette démarche. Je sais aussi que nous avons encore des marges de progrès. Aussi ai-je demandé à vos deux directeurs généraux de vous soutenir et de vous accompagner. Concrètement, ils doivent dans la nécessaire évaluation de votre activité et de vos résultats veiller à une prise en compte fine de vos situations locales respectives.

J'entends donner tout son sens à l'évaluation et la responsabilisation. Je veux que soit pleinement reconnu l'engagement personnel et l'investissement.

Je veux aussi et vous l'avez compris que l'on examine sans faux-fuyant les raisons des échecs et que le cas échéant on en tire rapidement les conséquences.

Chaque direction, chaque service doit être organisé autour d'une logique simple : répondre aux enjeux actuels de la lutte contre la criminalité.

Je veux évoquer un  point concernant plus spécifiquement la police nationale.

Il faut maintenant évoluer vers une transparence des effectifs départementaux. Il n'est pas normal que les affectations et mouvements ne soient pas toujours définis en fonction des besoins réels, mais correspondent parfois plutôt aux habitudes. Il y a là un gros travail à faire. D'abord pour évaluer et calculer ces besoins. Ensuite pour expliquer les choix, communiquer sur les décisions.

Des effectifs départementaux de référence ont été définis. Les affectations nouvelles vont progressivement en tenir compte.

Je souhaite aussi développer encore la réserve civile de la police nationale. Cette réserve est constituée des anciens fonctionnaires de police. Je souhaite qu'elle soit étendue à l'instar de la gendarmerie qui forme des jeunes volontaires non gendarmes, à des citoyens qui ont envie de témoigner de leur civisme et de leur engagement au service de la collectivité. Leur concours peut s'avérer très utile pour faire face momentanément à d'importants pics d'activité ou à des problèmes locaux aigus et momentanés. Il s'agit aussi de permettre à la préoccupation de la sécurité de s'exprimer dans la citoyenneté.

• Nous allons également continuer à mutualiser les forces et les moyens à chaque fois que cela est nécessaire.

La coordination inter-services doit être partout une réalité opérationnelle. Elle suppose notamment que l'articulation du travail des services de renseignement et des services judiciaires soit valorisée. Les modes d'actions et moyens des renseignements généraux doivent leur permettre de fournir des informations judiciairement utilisables.

Il faut s'attaquer à la délinquance avec l'ensemble des moyens dont on dispose. Les GIR ont ainsi obtenu des résultats probants dans la lutte contre l'économie souterraine et les bandes organisées. Ils ont montré la voie à suivre.

A tous les niveaux en effet, les services sont souvent confrontés aux mêmes délinquants et aux mêmes phénomènes criminels.

Je demande aux services locaux de police et de gendarmerie de s'inspirer de l'exemple des GIR pour créer à leur niveau des groupes ad hoc à vocation opérationnelle, sur la base de diagnostics partagés. De façon régulière, les responsables locaux de la police, de la gendarmerie, mais aussi des douanes, des impôts, de la répression des fraudes, doivent partager leurs analyses, échanger leurs informations, mettre en commun leurs renseignements sur des délinquants ciblés, créer des équipes mixtes si besoin.

Vous voyez, il s'agit d'aller beaucoup plus loin dans la coopération opérationnelle que ce qui a été fait jusqu'à présent.

La mobilité croissante de la délinquance pose également des problèmes aux directions départementales de la sécurité publique de petite taille dont les effectifs ne permettent pas toujours d'entretenir des moyens spécialisés à un coût acceptable.

Je demande au directeur général de la police nationale de me faire des propositions pour confier aux responsables départementaux du chef-lieu de région des compétences de coordination technique. Cela sera particulièrement nécessaire dans le domaine judiciaire, tant il est vrai que les sûretés départementales ont besoin d'harmoniser leurs actions entre elles, et avec la police judiciaire.

• Nous allons aussi optimiser davantage l'emploi de nos forces mobiles.

La réforme de la zonalisation a produit les effets escomptés. Le potentiel opérationnel a augmenté. Il a été surtout mieux réparti, en fonction d'une connaissance fine de l'acuité des problèmes.

C'est bien, mais il faut aller plus loin.

Pourquoi ? Vous le savez certaines agglomérations sont confrontées à la persistance de violences urbaines, ou ont du mal malgré la baisse nationale de la délinquance à juguler sa progression sur leur territoire. C'est inacceptable. Je veux que l'on prenne ce problème à bras le corps, car devant le droit à la sécurité, tous les Français doivent être égaux.

Pour remédier à cette situation, j'ai décidé de tirer plus largement encore les conséquences du constat que tous nous pouvons faire, que les exigences du maintien de l'ordre se sont modifiées. J'ai décidé d'affecter de façon permanente, un minimum de 17 Compagnies Républicaines de Sécurité, en renfort de la sécurité publique dans 17 agglomérations qui connaissent des violences urbaines. Elles travailleront par rotation mais sur des périodes longues, en renfort de la sécurité publique, en apportant toute la souplesse qui est la leur, en particulier en termes d'horaires. C'est une nouvelle forme de fidélisation qui va ainsi voir le jour.

Simultanément, et pour éviter un effet de report de la délinquance dans les secteurs périurbains les plus concernés en zone de gendarmerie, un dispositif voisin  sera mis en place avec 7 escadrons de gendarmerie mobile.

Il ne s'agit pas de revenir sur la zonalisation. Les préfets de zone continueront notamment à assurer la sécurisation des départements qui ne sont pas les plus prioritaires avec le volume restant. Il s'agit d'adapter notre dispositif le temps qu'il faut et à chaque fois que cela est nécessaire aux réalités de la délinquance. L'idée est simple : l'effort doit être plus important là où les problèmes sont plus aigus.

• Ne croyez pas non plus que j'aie renoncé à l'idée de voir aboutir la réflexion engagée en 2002 sur la réduction de certaines charges pesant sur les services.

Les gardes statiques sont encore trop nombreuses. Là encore, il faut rompre avec un certain confort, intégrer les nouvelles possibilités technologiques, favoriser les dispositifs dynamiques.

Le nombre de transfèrements qui s'est d'ailleurs accru au cours des trois dernières années en raison de l'augmentation du nombre de personnes interpellées, déférées et détenues, mais aussi en raison de l'ouverture d'Unités hospitalières sécurisées interrégionales ne pourra sérieusement diminuer que dans le cadre du nécessaire développement de la visioconférence. Il s'agit là d'un projet ambitieux que nous devons conduire en liaison avec la chancellerie et auquel je souhaite que nous donnions une réelle impulsion.

J'ajoute que la réforme tout attendue des procurations de vote qui surchargent les OPJ en période électorale va enfin déboucher. C'est la disponibilité de plusieurs centaines d'OPJ que nous allons gagner.

• J'entends aussi poursuivre la modernisation des équipements de la police et de la gendarmerie.

Beaucoup a été fait, mais j'attache toujours la même importance à ce que vous ayez des moyens adaptés et efficaces de faire respecter l'ordre en limitant les risques liés à l'intervention.

Des pistolets à décharge électrique sont en cours d'expérimentation. Les premières commandes seront livrées dès octobre prochain. En 2006, plusieurs centaines de ces armes non létales seront mises en dotation. Les polices étrangères qui les utilisent déjà ont constaté non seulement une diminution significative du nombre de blessures infligées aux personnes interpellées, mais aussi une baisse très nette des blessures en service.

Dans le même temps, une centaine de caméras vont être installées sur des véhicules de police et de gendarmerie. Elles permettront d'identifier les auteurs d'infraction mais aussi de protéger les policiers et les gendarmes contre les accusations mensongères. Vous savez que le corollaire est une plus grande professionnalisation dans les interventions.

Vous vous êtes résolument engagés dans la bataille technologique. Le développement de la police technique et scientifique est à cet égard un atout maître. Qu'il permette de confondre les auteurs ou d'innocenter les mis en cause, le régime de la preuve scientifique est un incontestable progrès de notre système judiciaire.

Nous devons continuer dans ce sens, unifier et moderniser les bases de données, rénover les centres d'information et de commandement, installer des systèmes de géolocalisation, tous les dispositifs qui permettent d'optimiser l'utilisation des moyens présents sur le territoire.

Dans votre environnement de travail, les équipements de vidéosurveillance vont être développés dans de nombreux secteurs. Je demande en particulier qu'ils soient développés comme éléments décisifs de la lutte contre un problème que nous maîtrisons mal, je veux dire les incendies de voitures ou de poubelles, les dégradations de toutes sortes qui empoisonnent la vie de nos concitoyens. La vidéosurveillance doit faciliter l'intervention rapide et aussi l'identification. Je vous adresserai prochainement des instructions afin que vous fassiez, partout où c'est nécessaire, de véritables plans opérationnels de vidéosurveillance de la voie publique.

Enfin, et j'en parle en dernier parce que c'est le plus important, je vous demande de mettre en place une politique ambitieuse de gestion des ressources humaines. Policiers et gendarmes constituent une population de serviteurs de l'Etat compétents, dévoués, ardents à servir. Pour qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes, il faut les commander de façon moderne. Il faut les associer à l'analyse des situations, à la définition des objectifs et des moyens de les atteindre. Il faut qu'ils aillent à la rencontre de la population. C'est tout le sens, dans la Police Nationale, de la réforme des corps et carrières. Cette réforme n'est pas une fin en soi. Maintenant que les statuts sont faits, l'essentiel commence. Et l'essentiel c'est la valorisation des hommes et des femmes qui composent la police pour qu'ils donnent le meilleur d'eux-mêmes. Et il en est de même dans la gendarmerie où la requalification des militaires a été faite avec le même dessein.

2 - J'en viens maintenant à mes intentions en matière de prévention.

Il y a trois ans quand je suis arrivé ma priorité à été de vous redonner les moyens et les outils pour agir efficacement contre la délinquance. Mais j'ai toujours pensé que la seule façon de faire chuter durablement la délinquance passait par une véritable politique de prévention pilotée, coordonnée et évaluée.

En revenant parmi vous, j'ai constaté que les choses n'avaient pas beaucoup avancé dans ce domaine, pour des raisons du reste connues, auxquelles je m'étais moi-même heurté. J'ai même observé que certains contrats locaux de sécurité et de prévention de la délinquance que j'avais crées en 2002 et qui sont d'excellents outils de prévention, ronronnaient.

Eh bien, il faut que cela change !

J'ai la ferme intention de poser le socle d'une véritable politique de la prévention dans notre pays. C'est indispensable pour faire reculer de façon profonde et irréversible la délinquance et l'insécurité.

Je présenterai avant la fin de l'année un plan national de prévention de la délinquance. Je le ferai car ma conviction, comme la vôtre, est que la sécurité ne peut reposer toute entière sur les épaules des policiers et des gendarmes. Elle exige que tout le corps  social s'engage dans la réduction des causes de la violence.

Cependant, la politique de prévention de la délinquance ne se confond pas avec la politique sociale. Elle doit être une politique à part entière qui bien qu'articulée autour de la politique sociale, poursuit des objectifs propres.

L'objectif de la politique de prévention est de favoriser le respect de la loi, des institutions, des individus et de la société en général. A cette fin, elle vise à mettre en place des parcours qui favorisent l'appropriation des règles de vie en collectivité et l'intégration sociale.

La prévention ne se confond pas avec l'acte éducatif. Elle s'adresse à des publics ciblés qui présentent des difficultés à s'inscrire dans un parcours ordinaire.

La prévention doit être une politique d'intégration civique renforcée.

Mais d'abord, la prévention doit être animée, coordonnée. Par définition, elle nécessite la coopération de nombreux acteurs, dont les légitimités, les savoir-faire, les préoccupations sont diverses, et mêmes parfois contradictoires. Force est de reconnaître que la politique de prévention est actuellement constituée d'une multitude de dispositifs qui se juxtaposent plus qu'ils ne se complètent. Ils doivent donc être coordonnés pour plus d'efficacité et s'adapter aux besoins. Le maire est à mes yeux l'autorité de pilotage qui s'impose. Et je proposerai que la loi lui en donne les moyens. C'est lui que ses concitoyens sollicitent, c'est lui qui a la responsabilité politique. Il doit avoir les moyens qui correspondent aux besoins.

Pour l'immédiat, je note que depuis le mois de juillet 2002, les textes que j'ai pris en la matière ont permis d'associer au niveau local la prévention et la sécurité à travers la mise en place des comités locaux de sécurité et de prévention de la délinquance. Ceux-ci reconnaissent sans ambiguïté le rôle premier du maire et sont les lieux principaux de suivi et d'élaboration concrètes des dispositifs de prévention.

Les premières expériences de CLSPD ont fait apparaître la nécessité de renforcer le partenariat sous l'égide des maires pour renforcer les synergies. Je crois donc indispensable que le maire dispose de toute l'information nécessaire pour assurer la prévention dans sa commune. Il est essentiel que la police et de la gendarmerie l'informe en temps réel. Il est indispensable d'assurer la fluidité de l'information entre les professionnels de la prévention dans le respect des règles déontologiques de chacun. Mais si rôle des maires se trouve ainsi renforcé, il convient aussi d'améliorer l'articulation avec le conseil général et de mieux associer la région.

S'agissant des CLSPD, je vous demande de vous  impliquer encore davantage et d'initier l'élaboration de contrats locaux extrêmement ouverts, éventuellement thématiques, comportant un nombre plus restreint mais réaliste d'objectifs.

Je vous demande aussi, partout où vous estimez que le besoin se fait sentir de ne pas hésiter à vous engager personnellement pour inviter les maires à entrer dans cette démarche.

Vos compétences en matière d'analyse de sécurité doivent également vous permettre pour ce qui concerne la prévention situationnelle d'examiner les projets d'urbanisme et de faire des propositions concrètes au maître d'ouvrage pour obtenir les modifications nécessaires. L'espace public doit être conçu dans une perspective de prévention de la délinquance.

En ce qui concerne le contenu du plan national de la prévention de la délinquance, je ne mentionnerai à ce stade que 3 priorités.

La première est celle de la prévention de la délinquance des mineurs. Il faudra encourager et vous engager dans toutes les pratiques relatives à la détection précoce des jeunes en difficultés en amont du passage à l'acte. Les exemples anglo-saxons, les études les plus récentes, l'expérience acquise grâce au plan 25 quartiers que j'ai lancé en 2004, me confortent dans cette démarche.

Il faut faire de l'éducation la première des préventions. Parmi les mesures intéressantes qui émergent, il pourrait être mis en place en partenariat avec les conseils généraux et régionaux qui ont en charge les infrastructures scolaires, en complément des classes relais et des ateliers relais développés par l'éducation nationale, une politique volontariste de construction d'internats dans les établissements scolaires.

L'internat scolaire peut en effet faire utilement partie de la palette des solutions proposées aux jeunes en difficulté pour leur permettre de mettre de la distance avec un milieu déstructuré et d'avoir de meilleures chances de réussite.

Il faut aussi lutter plus efficacement contre l'absentéisme scolaire, qui est un fléau sur lequel nous fermons trop facilement les yeux, en même temps qu'il est un indicateur déterminant des difficultés qu'un enfant rencontre.

La deuxième est celle du nécessaire renforcement de la présence et de l'intervention des professions de la psychologie dans la résolution des problèmes que notre société doit affronter.

Nous le savons bien, si globalement la délinquance recule, le nombre des violences aux personnes augmente. Et même, de façon plus précise, les violences les plus graves sont d'année en année moins nombreuses alors que les violences entre voisins, au sein du couple, celles qui résultent d'altercations banales sont en hausse. Et honnêtement, on ne peut pas soutenir que la police peut faire beaucoup mieux pour prévenir les violences conjugales, même si elle essaie. La vérité, c'est que notre société est plus agressive, plus stressée. Il faut apaiser les tendances à l'agressivité. J'ai décidé de multiplier la présence des travailleurs sociaux dans les commissariats afin qu'ils puissent conseillers les plaignants, orienter vers les services sociaux et les médecins qui peuvent leur être utiles. Mais cela ne suffira pas. Il est indispensable que nous nous dotions des moyens de réduire les tensions entre les personnes, et d'en faire une politique.

La troisième est celle de l'organisation d'une meilleure coordination entre les travailleurs sociaux. Je sais bien que ceux-ci sont liés par le secret professionnel. Mais il n'est pas supportable que des enfants souffrent ou même meurent parce que des travailleurs sociaux ne se sont pas parlés. Il nous faut trouver des modes de fonctionnement des services sociaux qui tiennent compte de cette exigence absolue.

Cela étant pour indispensable qu'elle soit, une politique ambitieuse de prévention de la délinquance ne nous exonère pas d'un effort constant d'adaptation. On ne peut pas parler de prévention, sans que l'ordre républicain soit rétabli, sans que les victimes soient écoutées et protégées, sans que les auteurs de crimes et de délits aient la certitude d'être interpellés et jugés pour leurs actes.

3. Nous devons, par conséquent, continuer à nous adapter aux  nouveaux enjeux, aux évolutions de la société et de la délinquance.

- Le premier de nos défis, c'est bien sûr celui du terrorisme.

Nous savons tous que la France n'est pas à l'abri. Ce qui s'est passé à Madrid ou à Londres peut arriver chez nous. Nos concitoyens attendent de nous une vigilance et un investissement de tous les instants. Notre action doit viser à détecter, interpeller et mettre hors d'état de nuire de façon précoce, c'est-à-dire bien avant le passage à l'acte, les terroristes et leurs réseaux de soutien.

Je présenterai en conseil des ministres, le 19 octobre, un texte de loi. Il comporte de vraies avancées juridiques et opérationnelles. Nous devons aussi nous adapter aux progrès de la technique.

Le texte porte notamment sur la vidéosurveillance, l'accès à certains fichiers, le contrôle des déplacements des activistes, la surveillance des échanges téléphoniques ou électroniques, la lutte contre le fin,ancement du terrorisme.

Il recherche également une meilleure répression et un suivi homogène des personnes condamnées.

Vous savez également que le gouvernement travaille à la rédaction d'un Livre Blanc sur la sécurité intérieure contre le terrorisme. Cette réflexion dont j'assure le pilotage ouvre des perspectives qui dépassent le cadre du projet de loi en cours d'élaboration. Les conclusions sont attendues pour la fin de l'année. Il apparaît dès à présent qu'un changement de posture global est nécessaire de la part de tous les acteurs concernés. A titre d'illustration, les expériences étrangères nous montrent ainsi que la gestion de la communication est un élément décisif dans la réponse de nos sociétés démocratiques.

Chacun d'entre nous connaît l'importance du rôle qui est le sien, quel que soit son service, son unité d'appartenance ou son grade dans le combat qu'il faut livrer contre le terrorisme, combat qui s'inscrit dans la durée. Je sais pouvoir compter sur vous. Et soyez convaincus que tous vous avez une responsabilité. La lutte contre le terrorisme n'est pas que l'affaire des services spécialisés !

- Deuxième défi : celui de l'accueil et de l'aide aux victimes.

Je l'ai annoncé en juin : je vais installer dans les jours qui viennent une délégation aux victimes. Celle-ci regroupera des policiers et des gendarmes.

Elle  pilotera la politique d'aide aux victimes au sein du ministère de l'intérieur et entretiendra des relations étroites et permanentes avec l'ensemble des associations de victimes ou d'aide aux victimes.

Je vous le dis simplement : j'entends que les victimes soient placées à leur juste place dans notre dispositif. Les victimes sont des personnes qui souffrent. Il faut les traiter en conséquence. Le faire, c'est refuser la banalisation de la violence.

La qualité de l'écoute et de l'accueil doivent être de réelles priorités d'action. Ils doivent faire partie de vos critères d'évaluation. Vous devez engager dans vos services, chaque fois que cela s'avère nécessaire, une véritable réflexion sur cette mission. Des progrès ont été réalisés. Une charte de l'accueil du public a été élaborée. Des correspondants départementaux ont été institués.

Les efforts doivent être poursuivis et je serai très attentif à leur concrétisation.

- Troisième défi : la récidive.

Est-il normal qu'une femme, un enfant, un  homme soit victime d'une agression  particulièrement traumatisante, alors même que l'auteur a déjà été condamné, souvent plusieurs fois, que le risque de récidive ne pouvait être ignoré,  tout simplement parce que notre droit n'est pas adapté et que  nous n'avons rien pu faire pour empêcher un nouveau passage à l'acte?

Nous disposons désormais des outils techniques qui nous permettraient d'y remédier mais pour des raisons de protection des libertés individuelles et de confidentialité on en a  limité la portée.

- La loi du  17 juin 98 a mis en place un suivi socio-judiciaire des condamnés, allant jusqu'à l'injonction de soins, notamment avec la prise de médicaments entraînant une diminution de la libido. Mais ce suivi ne  repose cependant que sur le volontariat du condamné.
 
- Le FIJAIS (fichier national judiciaire automatisé des auteurs d'infractions sexuelles, mis en œuvre par la justice avec le concours de l'intérieur) est opérationnel depuis début juillet  2005. C'est un nouvel outil intéressant mais il ne permet pas aujourd'hui aux services de police et de gendarmerie d'opérer une surveillance active des délinquants multirécidivistes. Il implique en effet un pointage une fois par an ou tous les six mois seulement, de façon confidentielle et pour les cas les plus graves, et dans un autre commissariat ou brigade que ceux du domicile. Je n'avais pas été suivi, lorsque j'avais proposé d'en faire un véritable outil de contrôle.

Aujourd'hui, avec l'affaire de la jeune AUDREY dans l'Essonne et des trois jeunes femmes violées  à Paris, dont il apparaît que les auteurs présumés dans les deux cas sont des multirécidivistes extrêmement dangereux qui comprendrait que l'on n'aille pas plus loin? Que voulez-vous  que je dise aux parents des victimes? Qui ira leur expliquer qu'on n'a pas pris toutes les précautions utiles parce qu'on  voulait préserver l'anonymat des violeurs? Bien sûr il faut aider à la réinsertion des condamnés mais je demande que cela se fasse dans le cadre d'un suivi médical et psychologique très strict.

- La proposition de loi de lutte contre la récidive qui sera discutée dès le  12 octobre devant l'Assemblée nationale prévoit à ma demande des avancées importantes, notamment :
. Les conditions de l'accès à la libération conditionnelle  seront durcies pour les criminels les plus dangereux ;
. Les réductions de peine ne seront plus automatiques et seront réduites. Nous aurons donc un nouveau plancher de peines ;
. L'extension du bracelet électronique contribuera à améliorer le suivi socio-judiciaire plus opérationnel mais on voit bien que dans l'affaire du gardien d'immeuble de L'Essonne le bracelet  électronique n'aurait pas permis à lui tout seul d'éviter le crime.

 Je souhaite que :

- le contrôle des délinquants sexuels récidivistes s'exerce non pas une fois par an mais une fois par mois et soit un contrôle de proximité au lieu de résidence;

- l'on sorte des tabous concernant le suivi médicamenteux de ces individus qui ne contrôlent pas leurs pulsions. Il faut pouvoir l'imposer. Il existe des traitements. Est-ce que nos voisins du Nord qui les mettent en œuvre sont pour autant moins respectueux que nous des libertés individuelles ? 

- l'on se pose la question de la rétroactivité du suivi socio-judiciaire pour les multirécidivistes condamnés avant juin 1998, comme c'est le cas dans l'affaire du violeur des parkings parisiens ;
 
- que l'on empêche systématiquement, à sa sortie de prison, le retour de l'agresseur sur les lieux de ses crimes ;
 
Je souhaite par ailleurs que l'on soit vigilant à l'entourage proche de ces personnes afin d'éviter par exemple que ne soit remis à un père violeur  multirécidiviste la garde ou le droit de visite sur son enfant comme cela s'est passé récemment. De même dans les cas d'incestes je veux être certain que le parent auteur soit déchu d'office de l'autorité.

- Quatrième défi : la lutte contre l'immigration irrégulière.

- Parmi les autres défis fondamentaux que doit relever la société française  figure celui de la maîtrise de nos flux migratoires. Nul n'est besoin de vous rappeler la réalité de la situation. Nous subissons depuis une trentaine d'années, une immigration non maîtrisée qui pose de nombreux problèmes.

J'ai fixé des objectifs chiffrés, en demandant de procéder, au minimum, à 23 000 éloignements d'étrangers en situation irrégulière cette année. A la fin du mois d'août, 12 849 étrangers ont fait l'objet d'une mesure effective de reconduite : sur huit mois, 56 % des objectifs ont été atteints. Il  reste donc cinq mois pour accentuer l'effort.
J'attends de tous une entière mobilisation. Là aussi, plus qu'une obligation de moyens, c'est une obligation de résultats qui vous est fixée. Je n'ignore pas les charges qui pèsent ainsi sur les services. Mais c'est une mission qui touche non seulement à l'exercice de notre souveraineté, mais aussi à la qualité de notre lien social, au respect de nos principes les plus fondamentaux. Il ne faut pas que nous perdions de vue nos idéaux de respect des droits de l'Homme, à force de subir une immigration que nous ne souhaitons pas.

J'ajoute que nombre d'entre vous m'ont signalé la part que représentent dans la délinquance de droit commun les personnes en situation irrégulière.
Pour faciliter les éloignements, j'ai décidé d'accélérer encore le programme de rétention administrative. Le nombre total de places, qui était de moins de 1000 en juin 2002, atteindra 1800 en juin 2006. Des crédits importants sont affectés à cet effort.
La mise en oeuvre des visas biométriques, en cours dans 5 consulats, sera étendue à une trentaine d'autres d'ici la fin de 2006, puis généralisée en 2007.
Parallèlement et à ma demande, le ministère des affaires étrangères a engagé la procédure permettant de sanctionner les pays non coopératifs en matière de délivrance de laissez-passer, en limitant le nombre de visas de court séjour que la France délivre à leurs ressortissants. Une dizaine de pays qui ont été identifiés sont concernés, parmi lesquels je citerai aujourd'hui la Serbie-Monténégro, la Guinée, le Soudan, le Cameroun, le Pakistan, la Géorgie, la Biélorussie et l'Egypte.
J'ai demandé, en outre, que soit menée dans chaque département, d'ici la fin de l'année, une opération exemplaire de lutte contre le travail illégal et les filières d'exploitation d'étrangers en situation irrégulière
L'action contre les "marchands de sommeil" relève de la même urgence, comme l'a démontré l'actualité tragique des dernières semaines. Il n'est pas question de rester inactif face à de tels enjeux. Lorsque la sécurité des personnes l'exige, il doit être procédé aux expulsions qui s'imposent, en les accompagnant, dans toute la mesure du possible, par des solutions de relogement  négociées avec les partenaires locaux
- Cinquième défi : la lutte contre le trafic et la consommation des stupéfiants. La loi de 1970, je l'ai déjà dit, je le pense toujours, est inadaptée. Elle a été conçue pour réprimer le trafic de drogues dures et rares. Elle n'est pas faite pour lutter efficacement contre un phénomène de consommation massive et contre les réseaux qui l'alimentent. Je propose de la réformer.

- Sixième défi, méthodologique, celui-là : pour lutter contre la délinquance, il faut lutter contre les délinquants. Je veux dire par là, qu'en lien avec la Justice, il faut que les objectifs soient ciblés, que les délinquants d'habitude soient méthodiquement surveillés et qu'il soient interpellés et déférés dès qu'ils se livrent à des infractions.

Voilà, Mesdames et Messieurs, nos priorités, ce qui va constituer notre nouvel élan. J'ajouterai, en terminant que faire reculer l'insécurité, conserver la confiance de la population, c'est aussi être exemplaires.

Vous exercez un métier difficile. Il requiert un professionnalisme et une maîtrise absolue des situations. Vous êtes détenteurs de la force publique. Vous devez être irréprochables. C'est le sens et la grandeur de votre engagement.

Je suis à vos côtés pour vous défendre chaque fois que vous êtes injustement mis en cause. Je sais aussi être intraitable avec ceux qui enfreignent ces règles, vous le savez aussi. Je ne laisserai pas accréditer l'idée d'une impunité dont bénéficieraient les agents de la force publique aux comportements inacceptables. C'est notre crédibilité qui en jeu.

Contrairement au mauvais procès qui nous est parfois fait, le contrôle hiérarchique a été renforcé. En trois ans les délais de procédure ont été raccourcis et la sévérité des sanctions a été accrue.

 Avoir la confiance de la population, c'est faire reculer l'insécurité. Vous devez en toutes circonstances adopter un comportement conforme à la déontologie. C'est aussi cela une police et une gendarmerie modernes et efficaces.

 Pour vous l'exigence est forte. Elle impose aussi que dans l'exercice quotidien de vos missions vous sachiez faire preuve de discernement.

On n'arrête pas un automobiliste sans ceinture comme un braqueur de banque. On ne contrôle pas une mère de famille téléphonant au volant comme un dealer de rue. C'est aussi à ça que l'on reconnaît le professionnalisme et la compétence. Ce doit être, tant dans les écoles que sur le terrain, une préoccupation constante de l'encadrement.

Vous êtes chargés de faire appliquer la loi, toute la loi. Vous devez le faire avec le sens de la situation, en déployant les moyens strictement nécessaires. En un mot, je le redis, avec discernement.

Je connais l'immense travail que vous effectuez. Je connais les difficultés auxquelles vous vous heurtez, mais notre devoir est immense, les attentes de nos concitoyens sont considérables. Ensemble, nous allons franchir une nouvelle étape, nous allons amplifier le recul de la délinquance. Nous allons donner aux Français une nouvelle qualité de vie.