28.04.2006 - Déplacement de M. Nicolas SARKOZY en Corse à la préfecture d'Ajaccio

28 avril 2006

Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire, lors de la signature de la convention Etat entre la Collectivité de Corse et France Television, officialisant la création de la chaîne Via Stella


Mesdames, Messieurs,

C'est une vraie satisfaction que de donner aujourd'hui le coup d'envoi à la chaîne Via Stella. Il y a deux ans je me souviens parfaitement, ici même, avoir annoncé le lancement imminent de ce projet. D'autres circonstances m'ont éloigné de ce dossier, mais dès mon retour place Beauvau, j'ai tenu à le relancer.

Pourquoi ? Parce je crois que la Corse doit se faire connaître au lieu de laisser les autres parler d'elle.

Tout d'abord, je pense que nous ne pouvons plus laisser l'audiovisuel en dehors du débat de fond sur la culture corse, et sur la culture en Corse ; Cette culture passe par l'écrit, par la tradition orale, mais aussi par l'image. Et dans ce domaine tout reste à faire. Car aujourd'hui, en dehors du décrochage régional de FR3 sur le journal de 19 heures, du fameux "Corsica sera" aucune place n'est faite à la télévision pour la Corse. Or, ici comme ailleurs, on regarde beaucoup la télévision, y compris maintenant la télévision numérique terrestre. Le résultat c'est que l'on est de plus en plus le spectateur d'une culture unique. C'est bien parce que ça fait partie de la vie collective. Il est normal qu'on s'intéresse ici comme partout à la Star'ac, à Vivement dimanche, à Thalassa. La télévision, c'est vrai qu'elle doit cimenter la société, mais elle ne doit pas la niveler. Elle doit faire sa place à des cultures qui sont éloignées de cette culture unique mais qui pour autant ne doivent pas devenir inaccessibles.

Alors pour qu'une culture soit vivante, elle a évidemment besoin de se nourrir d'un passé, de récits, de traditions, ça c'est je dirai, son creuset. Je ne suis pas inquiet pour cet aspect des choses. Chaque corse est pétri de cette tradition.

Mais une culture, ce n'est pas seulement des contes et des légendes, même si c'est important. C'est aussi le présent, et c'est aussi le futur en projet. Pour cela, la culture, c'est l'image. Et, pour cela, il faut la télévision. Il faut une chaîne de télévision dédiée à la Corse. Ce sera Via Stella. J'en remercie France télévision et FR3, qui entrent dans cette démarche pas ordinaire, ce qui est une preuve d'ouverture qui ne m'étonne pas de leur part mais qui n'est pas si commune. C'est vrai qu'on est au cœur des missions de service public, si on a de cette mission une lecture ouverte et intelligente.

Je remercie aussi la collectivité de Corse, qui avait hésité parce que l'engagement qui lui était demandé était fort. Elle a sauté ce pas, c'est courageux de sa part, mais cela prouve qu'elle se fait une idée juste de ses responsabilités : construire, diffuser, une image de la Corse d'aujourd'hui.

Cette image sera ce qu'ensemble vous allez décider. Vous allez pouvoir combattre la caricature, les préjugés, et présenter la culture corse dans toute sa puissance et sa profondeur. Présenter aussi tous les sujets qui vous sont chers, traités ici, par vous et non pas pour vous. Il y aura une part d'émissions en corse, et c'est fondamental pour une langue qui doit être vivante : il ne suffit pas d'enseigner le corse ni de l'apprendre, il faut l'écouter et le parler. Il y aura une part de production faite en Corse et ça aussi c'est fondamental, car c'est toute une filière d'emplois qui peut se développer. Il y aura un message lancé aux corses mais aussi à ceux qui ne le sont pas, pour dire : voici ce que nous sommes et nous en sommes fiers.

Il y aura enfin, délivrées à tout le monde, les images d'une Corse en mouvement, tout aussi fière de son passé que confiante dans son avenir. Les 600 000 corses de la diaspora vont être heureux de vous regarder au quotidien. Mais dans toute l'Europe, autour de la Méditerranée, on va apprendre à vous connaître, et on aura envie d'en savoir plus. Vous pourrez vous rapprocher, à travers les images, à travers les productions, de toutes les cultures de Méditerranée dont les racines ont croisé les vôtres dans l'histoire. Vous leur enverrez vos images, vos messages, et vous accueillerez les leurs. Il ne sera question ni d'annexion, ni d'intrusion, mais bel et bien de dialogue.

C'est donc une aventure, au bon sens du terme, parce que tout reste à faire. C'est aussi un rendez vous, un rendez vous de la Corse avec le monde qui peut être décisif. Merci encore à vous de vous être engagés ensemble sur ce chemin.