28.07.2006 - Sortie de la 207ème promotion de gardiens de la paix et de la promotion 2005/2006 de cadets de la république

28 juillet 2006

Intervention de M. Nicolas SARKOZY, Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur et de l'Aménagement du Territoire, lors de la cérémonie de fin de scolarité de la 207ème promotion de gardiens de la paix et de la promotion 2005/2006 de cadets, à l'Ecole Nationale Supérieure d'Application de la Police Nationale de Toulouse.

Ce discours a également été lu lors de la cérémonie de sortie des écoles nationales de police (ENP) de Draveil, Fos-sur-Mer, Marseille, Oissel, Paris, Périgueux, Roubaix, Saint-Malo et des centres de formation de la police de Carcassonne, Chassieu, Sancerre, Toulouse, Troyes, le 28 juillet 2006.


Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Aujourd'hui, vous devenez gardiens de la paix et je partage avec vous et vos familles votre joie et votre fierté.
Cette cérémonie solennelle marque la fin de votre scolarité et le début de votre nouvelle vie professionnelle, qui sera désormais faite d'engagements et de responsabilités.

Vous avez décidé de vous placer au service de nos concitoyens, et demain, vous exercerez sur le terrain ce beau métier que vous avez choisi, à la fois exaltant et difficile, qui vous place au cœur de notre société.
J'ai aujourd'hui souhaité solenniser cette démarche, votre démarche, par la lecture d'un engagement.

       Vous, gardiens de la paix de la 207ème promotion, étiez les premiers à déclamer cet engagement. Vous l'avez fait avec l'assurance de ceux qui retirent une fierté légitime d'un serment qui les oblige.
Demain, ce seront tous les nouveaux policiers de France, de tous les corps, qui comme vous aujourd'hui s'engageront sur l'honneur.
J'attache beaucoup d'importance à cette démarche symbolique, car elle est la preuve de votre volonté de servir votre pays, de votre engagement de protéger les Français, dans les règles de droit et dans le respect des valeurs de notre République.

        Vous connaîtrez dans vos nouvelles fonctions de grandes satisfactions. Mais parfois vous devrez aussi endurer les critiques et l'hostilité, la violence de certains crimes et la souffrance des victimes que vous devrez accompagner. Cela vous demandera non seulement du courage et de la détermination, mais aussi beaucoup de cœur et d'humanité.

Vous êtes, aux yeux de tous, les garants de la paix et de la tranquillité publiques. L'uniforme et l'arme que vous portez sont les symboles de la confiance que l'Etat et vos concitoyens vous accordent pour assurer leur sécurité. Je sais que par votre engagement et votre implication au service de tous, vous saurez répondre à leurs préoccupations et à leurs attentes.

       La baisse de la délinquance et la hausse du taux d'élucidation traduisent la forte mobilisation de vos collègues, policiers et gendarmes.
Depuis 2002, nous avons obtenu des résultats incontestables. La délinquance générale a baissé de près de 9 %. Dans le même temps, l'activité judiciaire des services et le nombre d'affaires résolues ont progressé, avec un taux d'élucidation passé de 26 à 33 % en quatre ans.

Ces résultats témoignent de l'efficacité des services.

Avec vous, je veux donner une nouvelle impulsion à la lutte contre la délinquance, offrir encore plus de sécurité aux Français et particulièrement aux personnes les plus faibles et les plus démunies, parce qu'elles sont les plus exposées aux actes délictueux et au déchaînement d'une violence aveugle.

Je vous demande donc dans la continuité de ce qui a été engagé, de mener à la fois une action répressive contre les auteurs de violences mais également une action de prévention et de dissuasion. La sanction ne fait pas tout, il est de notre devoir, de votre devoir, de prévenir la délinquance, et cela d'abord pour épargner les victimes, car elles doivent être notre priorité absolue.

                   Pour atteindre cet objectif, je tiens à vous rappeler quatre principes. La prévention doit être considérée comme une politique à part entière qui, par la dissuasion et l'anticipation, doit faire baisser la délinquance. Les victimes, ensuite, doivent être au cœur de vos préoccupations. Je vous demande pour cela d'être attentifs à leur accueil dans les services et de leur apporter votre soutien tout particulièrement pour les affaires de violence. La baisse de la délinquance et de la violence passe également par une plus grande présence policière sur la voie publique.
Enfin, outre le respect de la déontologie qui doit s'imposer en toutes circonstances, il est un point sur lequel je tiens à insister tout spécialement car il influe sur l'image qu'ont les citoyens de leur police. Je veux parler de la notion de discernement.

           Avant de recourir aux prérogatives de la puissance publique et d'user de la contrainte légitime, vous devez, à chaque instant, en évaluer l'opportunité, et agir de façon adaptée et proportionnée.

Rappelez–vous que chaque policier, chacun d'entre vous, dans tous les instants de sa vie professionnelle comme privée, est dépositaire de l'image de l'ensemble de notre institution.
Je vous l'ai déjà dit, je serai à vos côtés chaque fois que les circonstances l'exigeront, mais je ne tolérerai aucun écart.

Vous devez, en toutes circonstances, garder une attitude exemplaire, noble, car vous représentez l'Etat.

Afin de vous permettre d'assumer vos missions dans les meilleures conditions, l'Etat a consenti des efforts financiers importants. Vous pouvez compter sur moi pour veiller à la scrupuleuse application jusqu'à leur terme des dispositions de la loi d'orientation de 2002 et de la loi pour la sécurité intérieure de 2003.

La police nationale est engagée jusqu'en 2012 dans une ambitieuse réforme des corps et carrières, qui concerne bien évidemment au premier chef, le corps d'encadrement et d'application.
Elle a été conçue et elle est conduite, avec détermination, pour valoriser votre métier. Elle vous offrira la possibilité de progresser grâce à une juste reconnaissance des compétences acquises et des résultats enregistrés.

Un de ses axes majeur est la reconnaissance des missions d'encadrement de terrain et de proximité exercées au sein du corps qui est le vôtre: au sein de chaque équipage, à la tête de chaque unité locale de police.

En trois ans, le taux d'encadrement est ainsi passé de 20,8 à 33%. Et l'objectif est d'atteindre 46% de gradés d'ici à 2012.

Il était urgent d'agir en modifiant le statut du corps des gradés et gardiens, nommé aujourd'hui corps d'encadrement et d'application. Cette évolution qui donne plus de place au sein de notre institution, à l'encadrement intermédiaire, est le fruit de la réforme des corps et carrières entreprise depuis 2004.
Nous avons créé le nouveau grade de brigadier et nous avons repositionné les brigadiers majors vers des responsabilités accrues en créant pour eux un échelon exceptionnel.
Rien que pour 2005, se sont plus de 8 600 brigadiers, plus de 2 700 brigadiers chef et plus de 1 200 brigadiers majors qui ont été promus.
En 2006, si on cumul ces trois chiffres, on atteint plus de
9 000 promotions.
Cette évolution se stabilisera en 2012, lorsque notre objectif sera atteint.

C'est aussi pourquoi, je suis particulièrement heureux de vous annoncer que j'ai décidé de consacrer aujourd'hui l'école nationale supérieure d'application de la police nationale de Toulouse dans sa nouvelle vocation, qui sera désormais, d'assurer la formation continue des gradés de la police.

En confiant cette mission à une école des gradés, spécifiquement dédiée, je veux accélérer le renforcement et la professionnalisation de l'encadrement de proximité, au bénéfice de tous les policiers pour qu'ils puissent mieux encore assurer la sécurité de nos concitoyens.

      Car les gradés de la police nationale doivent tenir – et se voir reconnaître- la place qu'ils méritent dans notre institution.

Ce sont vos chefs directs, ils ont passé des sélections pour le devenir et leur expérience du métier ne fait que renforcer leur mérite. Vous leur devez le respect.

       Aux plus motivés d'entre vous, des possibilités d'évolutions seront offertes, y compris vers le corps des officiers. Il y a bien sûr la possibilité de passer des concours.

Mais à ceux qui, chargés de famille, n'ont pas toujours la possibilité d'investir sans limite dans une préparation théorique en plus de leur travail quotidien, j'ai voulu offrir aussi la possibilité d'une voie d'accès professionnelle entre les corps. 20% des postes leur sont ainsi réservés, car je crois à la reconnaissance des aptitudes réelles, à la reconnaissance du mérite.

Ainsi à plusieurs titres, cette journée est donc particulièrement importante :

 Elle consacre que les gradés de la police nationale, que vous deviendrez demain, pourront mieux que jamais se préparer à leurs responsabilités de terrain au sein d'une école supérieure qui leur est désormais spécialement dédiée.

 Elle marque pour vous, gardiens de la paix de la 207ème promotion qui allez rejoindre vos premières affectations, votre entrée dans la vie professionnelle.

 Elle souligne aussi notre volonté, de promouvoir au sein de notre ministère l'égalité des chances, avec la présence, après leur année de scolarité, de nos cadets de la République, qui n'aspirent qu'à rejoindre vos rangs et auxquels je souhaite une pleine et entière réussite.

J'attache beaucoup d'importance aux cadets de la République.
Ils sont le fer de lance de ma politique d'égalité des chances. Le ministère de l'intérieur est précurseur en la matière et j'en tire une légitime fierté.

Il est important pour moi de donner une nouvelle chance à des personnes méritantes, qui n'ont pas eu la possibilité de faire des études, mais qui sont motivées, dynamiques et ne restent pas les bras croisés à ne rien faire.
Il ne s'agit pas de leur donner des droits supérieurs à ceux des autres. Il s'agit de les mettre sur un pied de réelle égalité pour réussir leur vie.

Vous, Cadets, représentez à mes yeux un espoir.
Votre parcours ne vous a pas autorisé à intégrer directement cette institution, mais le chemin que vous avez décidé d'emprunter aujourd'hui vous permettra, je l'espère, grâce à votre travail, à votre mérite et à la valorisation de vos acquis professionnels, de devenir gardien de la paix, comme vos collègues aujourd'hui.

Et puisque nous sommes dans une école, je tenais à vous dire que nous avons, dans le même esprit, mis en place des préparations intégrées aux concours d'Officiers et de Commissaires de police, à l'ENSOP et à l'ENSP.
Ces classes préparatoires sont ouvertes à des jeunes qui remplissent les conditions de concours, mais dont l'environnement social ne leur a pas permis de les présenter dans de bonnes conditions.
Pour cette année, sur les 13 candidats sélectionnés pour la classe préparatoire au concours de commissaire de police, 7 ont été admis à passer les oraux et 2 ont été reçu au concours.
De même, sur les 20 élèves de la classe préparatoire de l'école d'officier, 6 ont été admis à passer les épreuves orales à l'automne prochain.

Ces résultats sont très satisfaisants.
Cette politique permettra à terme à la police nationale de disposer d'un recrutement diversifié, à tous les grades, et surtout à l'image de notre société.

En ce jour symbolique, je n'oublie pas le courage et l'abnégation de toutes celles et tous ceux qui ont payé de leur intégrité physique et trop souvent de leur vie, leur engagement au service de nos concitoyens.

Je pense en particulier au capitaine Stéphan BAUMONT que vous avez choisi d'honorer en donnant son nom à votre promotion.
Le 20 décembre 2000, au péage de Roquemaure, il a trouvé la mort lors de l'interpellation de trafiquants de drogue.
Stéphan BAUMONT, âgé de 42 ans, marié, père de 2 jeunes garçons et apprécié de tous a été tué en service, en accomplissant son métier de policier qu'il aimait et qu'il exerçait avec courage, dynamisme et dévouement.

Je tiens à saluer ses proches et à exprimer notre profonde reconnaissance pour sa bravoure et son engagement. Je veux, avec vous, honorer respectueusement sa mémoire et dire à sa famille, combien son souvenir et celui de ses qualités humaines et professionnelles restent présents chez ceux qui l'ont connu.

Mesdames, mesdemoiselles et messieurs, la police est le bras qui protège les institutions, les libertés et les personnes.

Vous pouvez compter sur mon soutien. Vous avez toute la confiance des Français. Vous portez en vous toutes les espérances. Pour votre entrée dans la vie professionnelle, je forme les vœux les plus chaleureux pour que chacune et chacun d'entre vous trouve dans le beau métier de gardien de la paix la satisfaction du devoir accompli et la reconnaissance de nos concitoyens.