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Commémoration de la Libération de Paris - Préfecture de Police le 25 août 2020

Commémoration de la Libération de Paris - Préfecture de Police le 25 août 2020
25 août 2020

Discours prononcé le 25 août 2020 par M. Gérald Darmanin, Ministre de l'Intérieur, lors de la Commémoration de la Libération de Paris


Seul le prononcé fait foi

Madame la Ministre,

Monsieur le Préfet de la Région Ile-de-France,

Monsieur le Préfet de police,

Madame la maire de Paris,

Mesdames et Messieurs les parlementaires,

Mesdames et Messieurs les maires d’arrondissement,

Mesdames et messieurs les élus,

Mon Général, Adjoint du Gouverneur militaire de Paris,

Mesdames et Messieurs les Directeurs généraux,

Mesdames et Messieurs les représentants des associations patriotiques,

Mesdames et Messieurs,

Le matin du 19 août 1944, c’est dans cette même cour que 2000 policiers de la Préfecture de Police de Paris ont mené un combat décisif contre l’occupant. Un combat pour hisser à nouveau le drapeau français, ce drapeau qui n’avait pas flotté sur Paris depuis juin 1940, depuis 1500 jours.

167 policiers, 167 de vos collègues, sont tombés entre le 19 août et le 25 août 1944 pour libérer Paris. Paris, le symbole de la Libération de la France. Paris, le symbole du monde redevenu libre.

Rassemblés aujourd’hui pour honorer leur mémoire, nous nous souvenons de cette page glorieuse de notre pays, écrite du sang des résistants de la préfecture de police, aux côtés de leurs camarades FFI, aux côtés du peuple de Paris, aux côtés de Leclerc et de De Gaulle, avec le concours des Alliés.

Oui, nous nous souvenons de leur courage et de leur sacrifice pour rendre à notre peuple sa liberté. Nous nous souvenons de leur honneur aussi, celui de défendre la République.

Depuis le début du mois d’août 1944, un vent de révolte soufflait sur la capitale. Le débarquement de la 1ère Armée du Général De Lattre en Provence et l’avancée des Armées Alliées depuis de débarquement de Normandie avaient fait réapparaître l’espoir. Pourtant, nous le savons, libérer Paris n’était pas la priorité des Alliés. Ils voulaient contourner la capitale pour avancer plus rapidement vers le Rhin et entrer en Allemagne. Mais, éternellement insoumise, Paris décidera de se libérer par elle-même, par la force de son peuple.

Et les hommes de la Préfecture de Police y ont joué un rôle décisif.

Dès le 15 août, à l’appel des mouvements de résistance de la police parisienne - Honneur de la Police, Police et Patrie, le Front National de la Police - les policiers se mettent en grève, comme les cheminots et les postiers. Pourtant l’armée allemande contrôle encore la totalité de la capitale. Pourtant l’occupant maintient encore sous sa coupe la majorité de notre territoire national. Ce jour-là, à quelques heures de l’arrivée de la 2ème Division Blindée, le dernier convoi de déportés, avec ses 2453 prisonniers, quittera Pantin pour les camps. N’oublions jamais cette folie meurtrière, exterminatrice, de ceux qui, comme l’avait écrit Robert Merle, avaient fait de la mort leur métier.

Mais le 19 août, 2000 gardiens de la paix de la préfecture de police lancèrent l’insurrection : ils se retrouvèrent le matin sur le parvis de Notre Dame, en civil, pour s’emparer de la Préfecture de Police. Sur l’Ile de la Cité, au cœur de Paris, ils se sont battus vaillamment pour reprendre à l’occupant le symbole de l’autorité de la ville. Dans cette cour résonna alors pour la première fois depuis longtemps la Marseillaise. C’était un des premiers actes de restauration de la République. Aux armes citoyens.

Puis la Préfecture de Police devint le cœur autour duquel s’organisa la résistance parisienne.

Un bastion stratégique au centre de la capitale. Celui à partir duquel les FFI du colonnel Rol-Tanguy ont pu déployer leurs actions pour reconquérir l’Hôtel de ville, les mairies d’arrondissement, les commissariats. Celui à partir duquel l’ordre républicain va renaître. Cet ordre républicain qui, après Londres, Dakar, Alger, allait revenir enfin à Paris.

Mais il faut encore tenir, tenir quelques jours face aux 10 000 soldats de la Wehrmacht. La bataille de Paris fait rage, elle sera durement livrée, elle fera plus de 500 victimes civiles et 1000 morts parmi les combattants résistants.

Parmi eux, vos camarades, les 167 policiers parisiens tombés pour la France et pour notre liberté. Ce sacrifice sera décisif. Les insurgés parisiens ne seront pas abandonnés à leur sort, comme l’avaient été quelques semaines plus tôt le peuple de Varsovie. Devant la pression parisienne, les Alliés modifient leurs plans pour venir soutenir la résistance de l’armée de l’ombre. Le 25 août, les troupes de Leclerc entrent dans Paris et défilent sur les Champs-Elysées.

Elles effacent les images de cauchemar, 4 ans plus tôt, de ces Allemands entrés par effraction dans la capitale, et qui hantent la mémoire des Parisiens. De Gaulle s’adresse à la foule du balcon de l’Hôtel de ville. Von Choltitz signe la reddition allemande dans la salle des billards de la Préfecture de Police. Encore aujourd’hui notre devoir est de saluer l’héroïsme et le sacrifice de ces hommes qui ont contribué à libérer Paris et à écrire les plus grandes heures notre Histoire.

Depuis ces événements, depuis la Résistance, chaque ministre de l’Intérieur pense à Georges Mandel. Chaque Préfet pense à Jean Moulin. Chaque policier pense à ces résistants de la Préfecture de Police. Chaque Français pense à de Gaulle. Puissant, leur exemple nous donne à tous un peu de courage.

C’était il y a 76 ans. Une vie d’homme.

C’est pourquoi il faut se souvenir. Policiers, c’est pourquoi il faut organiser de telles cérémonies.

Se souvenir de ces femmes et de ses hommes qui ont fait notre Histoire et ce que nous sommes aujourd’hui. Se souvenir qu’entre ces murs et dans cette cour, des policiers, ces héros résistants, parce qu’ils ne voulaient plus saluer un uniforme qui n’était pas celui de la France, ont refusé la servitude et la résignation. Ils ont dit non à la Patrie abaissée, à Paris occupée et à l’oppression barbare. Ils ont dit non aux valeurs humaines bafouées et à la liberté brisée. Et par leur bravoure, par leur sens du devoir et par leur sacrifice pour la France, ils sont un exemple pour chaque policier. Ils sont l’honneur de la Police et l’honneur de la République.

L’honneur de la Police, c’est cet engagement constant pour la protection de nos concitoyens et la défense des valeurs de la République. C’est l’immense fierté de servir la France, de vibrer au son de la Marseillaise, d’être ému devant le drapeau bleu-blanc-rouge.

D’être un patriote engagé, un soldat de l’An II qui protège notre liberté. Un militant de l’ordre républicain.

La garantie de l’ordre républicain est un des biens les plus précieux sans lequel la vie en commun, sans lequel la protection des plus faibles d’entre nous, n’existent pas. L’ordre permet la liberté. Et la liberté permet l’émancipation. Garantir l’ordre, c’est garantir l’égalité de tous et la possible récompense des talents. Garantir l’ordre, c’est permettre la fraternité qui nous unit en un destin national et qui nous donne un horizon commun. J’ajouterais aussi que c’est un préalable à toute nouvelle source de progrès et à toute construction d’avenir. Une Nation ne saurait se projeter sans avoir l’assurance de vivre en paix et en sécurité.

Contribuer à cette tâche est un honneur et une fierté. Les peuples font la révolution pour obtenir la sécurité et combattre l’arbitraire. Continuer à garantir l’ordre, votre vocation, votre engagement, votre métier, c’est continuer à garantir la République, la démocratie et l’Etat de droit. C’est-à-dire deux siècles et demi d’efforts français.

Et alors que nous commémorons le sacrifice de ces policiers de Paris pour libérer la capitale du joug nazi, je voudrais avoir une pensée pour ces femmes et ces hommes qui, le 3 octobre dernier, autour de cette même cour, sont morts sous le coup du terrorisme islamiste parce qu’ils accomplissaient leur devoir de policiers. Parce qu’ils incarnaient l’honneur de la Police.

Anthony Lancelot, Damien Ernest, Aurélia Trifiro et Brice Le Mescam rejoignent les 167 policiers tombés pour la Libération de Paris et nous leurs devons, à tous, notre admiration, notre respect et notre profonde gratitude.

Mesdames et Messieurs,

C’était hier et Paris s’est relevé des heures sombres de l’Occupation.

Paris doit désormais faire face à de nouvelles menaces, qui l’ont touchée en plein cœur, à plusieurs reprises. Comme je l’ai évoqué, la Préfecture de Police l’a connu au plus profond de sa chair et en a payé le prix fort très récemment. Policiers, Paris vous a beaucoup demandé parce que Paris a beaucoup souffert. Paris vous demande encore beaucoup parce que Paris a besoin d’être protégée.

Mais je sais que vous le savez et je sais que vous avez toujours fait honneur à cet esprit qui a fait se soulever les résistants de l’été 1944.

Cet esprit de loyauté et ce sens du devoir, sous les ordres du Préfet de Police Didier Lallement qui a toute ma confiance. Cet engagement sans faille pour protéger la population, jour et nuit, dans un lien de confiance et de respect que vous avez su préserver, quelles que soient les circonstances. Comme l’ont été le peuple de Paris et sa police lors de ces journées d’août 1944, unis côte à côte dans la reconquête de la Liberté. Car ce que nous rappelle la mémoire de cet évènement, c’est aussi que la Police française est la Police du Peuple, la Police issue des rangs du peuple, celle qui a le devoir de le protéger et d’agir en son nom grâce à l’idée qu’on se fait de la France.

Je veux saluer aussi votre capacité à répondre à des situations de plus en plus difficiles et de plus en plus complexes. A des défis nouveaux comme la gestion de la crise sanitaire la plus grave depuis un siècle. Vous avez su vous adapter, rapidement. Vous mettre au service de la protection des Parisiens, sans relâche et toujours en première ligne.

Je veux vous dire que le Président de la République et le Gouvernement comptent sur vous, qu’ils comptent sur la Préfecture de Police de Paris pour continuer à accomplir votre belle mission, qui vous honore, et qui protège les Parisiens. Vous aurez tout mon soutien dans cette tâche, face aux critiques, aux marques de défiance, aux atteintes à l’autorité et aux valeurs de la République, à la lâcheté souvent, au relativisme parfois. Ne pas avoir confiance dans la police de la République, la mettre sans cesse en doute, lui reprocher son action, c’est douter de notre propre Liberté, c’est douter de la République toute entière. Vous protéger, c’est protéger la République et vous pourrez compter sur moi pour être sans faille à vos côtés.

Policiers,

La République vous appelle. S’engager pour elle est difficile. Défendre son drapeau est dangereux. Protéger ses valeurs peut être mortel. Tout cela est vrai. Aux policiers la Nation est reconnaissante. Parce que malgré la dureté de votre tâche, malgré les « à quoi bon », et les dépressions passagères bien légitimes, devant la mer que l’on vide parfois à la cuillère, rien n’est plus beau que de servir son pays et de voir des enfants jouer en se disant que leurs libertés et leurs joies existent un peu grâce à vous et à votre action.

Vive la police de la République !

Vive Paris !

Vive la France !