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Cérémonie de sortie de la 70ème promotion de commissaires de police et de la 24ème promotion d’officiers de police

Cérémonie de sortie de la 70ème promotion de commissaires de police et de la 24ème promotion d’officiers de police
26 juin 2020

Discours de M. Christophe Castaner, le 26 juin 2020, à l'occasion de la Cérémonie de sortie de la 70ème promotion de commissaires de police, promotion Marcel Leclerc, et de la 24ème promotion d'officiers de police, promotion Pierre Moucot.


- seul le prononcé fait foi -

Monsieur le secrétaire d’État,
Monsieur le préfet,
Mesdames et messieurs les élus,
Monsieur le directeur général de la police nationale,
Monsieur le directeur de l’école nationale supérieure de la police,
Mesdames et messieurs les directeurs et chefs de service,
Mesdames et messieurs les commissaires,
Mesdames et messieurs les officiers,
Mesdames et messieurs,

Être policier.
Être policier, c’est s’engager pour servir la République.

C’est s’engager pour combattre l’injustice, la délinquance.

S’engager pour protéger, malgré les risques, malgré les difficultés.

Commissaires et officiers,

Vous avez choisi le service et le courage. Vous avez choisi l’uniforme et la loi.

Demain, dans vos affectations, vous aurez la lourde responsabilité de commander.

Commander, c’est être un modèle et une source d’inspiration. C’est savoir dire, savoir faire, savoir montrer l’exemple.

Commander, c’est agir avec humanité, être une force d’écoute et une source d’engagement.

Demain, partout en France, vous aurez cette lourde responsabilité et nous comptons sur vous.

Officiers de la promotion Pierre Moucot,

Vous serez les liens précieux et nécessaires entre les gardiens et les gradés et le corps de conception et de direction.

Vous devrez connaître le terrain, connaître les hommes et les femmes sous vos ordres. Vous devrez décider, trancher, conseiller, soutenir.

Vous portez le nom de Pierre Moucot. C’est un nom qui vous oblige. C’est celui de la résistance, malgré le danger. Celui de l’engagement pour nos valeurs et pour la justice, quoi qu’il en coûte. Portez ce nom est un honneur, c’est une responsabilité et je sais que vous saurez vous en montrer dignes.

Commissaires de la promotion Marcel Leclerc,

Vous serez dans vos postes les architectes de nos stratégies. Vous devrez diriger des équipes importantes et faire face à des enjeux majeurs.

Ayez toujours les pieds sur le terrain et le regard porté vers l’avenir. Vous aussi, vous serez des modèles à suivre et vous devrez insuffler à vos équipes l’envie de s’engager, l’envie de se dépasser.

Le nom de votre promotion n’aurait donc pas pu être mieux choisi. Marcel Leclerc a été un grand flic puis un grand préfet. Il a laissé son empreinte sur la PJ et mené des enquêtes parmi les plus difficiles. Il a prouvé que l’on pouvait être tout à la fois un homme d’expertise et un homme d’action. Suivez son exemple, il est un des meilleurs qui soit.

Commissaires et officiers,

La route que vous avez choisie est ardue, mais elle est digne, belle, passionnante. Vous ne connaîtrez pas de routine. Vous ferez des rencontres enrichissantes. Vous ne cesserez jamais d’apprendre et vous ressentirez cette satisfaction exceptionnelle : celle d’être utile aux autres et d’agir pour eux.

Vous avez répondu à l’appel de votre vocation, et aujourd’hui, c’est notre pays qui vous attend et qui a besoin de vous.

La menace terroriste est encore forte, présente. Elle pèse à chaque instant sur notre pays et, cette année encore, a emporté des vies et frappé vos camarades à la préfecture de police. Vous serez là pour protéger les Français.

La délinquance et les trafics sévissent encore, brisent des familles et gâchent la vie de trop de quartiers. Vous serez là pour les réprimer.

Les violences urbaines ne connaissent pas de répit. Vous serez là pour y répondre.

Les violences doivent être traquées et à l’heure où la parole des victimes, notamment des victimes de violences sexuelles et sexistes, se libère, vous serez là pour les accompagner.

Les manifestations et les mouvements contestataires changent, les troubles, les heurts et les violences s’y immiscent, trop souvent, au détriment des idées. Vous serez là pour garantir tout à la fois la liberté d’expression et le respect de l’ordre républicain.

La République, enfin, est contestée jusque dans ses fondements par quelques-uns. Le séparatisme et la radicalisation font leur lit des crises, des souffrances, professent la haine de nos valeurs, la haine de notre démocratie. Vous serez là, indéfectible rempart, pour la défendre.

Commissaires et officiers,

La police ne recule jamais devant l’appel du devoir. Elle l’a encore montré pendant le confinement.

Et pourtant, je sais que ses conditions de travail sont dures, les remises en causes et les attaques constantes et éprouvantes.

Je sais quel sentiment d’injustice vous ressentez quand votre travail n’est pas reconnu, quand votre engagement n’est pas salué.

Ce sentiment, je le comprends, je le partage.

J’étais tout à l’heure auprès de votre camarade, attaqué et blessé en pleine rue, la nuit, hors service, en bas de chez lui.

Je pense à lui. Je pense à vos camarades tous les jours visés par les insultes ou pris pour cible dans des guets-apens.

Je pense à eux. Et je pense à vous, qui prenez vos fonctions dans cette période si singulière.

La crise sanitaire n’est pas encore achevée et pourtant, déjà, d’autres crises s’avancent dont tous les ennemis de la loi et de la République veulent faire leur lit.

Les propos sont tronqués, déformés. Les images, trompeuses jetées en pâture sur les réseaux sociaux.

Hier des députés s’autorisaient à traiter les policiers de « barbares ». Et voilà qu’à présent des élus, ceints de l’écharpe tricolore, inaugurent à Stains, une fresque de la honte. Une fresque choquante, qui mélange tout, confond tout.

Ces derniers mois le montrent. Malgré le travail, malgré votre passion et votre soif de service : les amalgames sont rapides et les anathèmes vite jetés. Des repères autrefois clairs sont aujourd’hui brouillés.

Alors je vous dirai les mêmes mots que j’ai dits hier aux gendarmes : vous êtes les forces de l’ordre. Vous êtes la main de la justice et de la loi. Chacun vous doit le respect. Et lorsqu’on vous résiste, lorsqu’on vous attaque, vous êtes fondés à utiliser la force. Vous l’utiliserez toujours avec discernement et proportionnalité, mais sans crainte d’accomplir votre mission, car vous êtes les forces de l’ordre, les forces de la République.

Je vous le dis : nous sommes là et nous serons là pour vous défendre.

Nous serons là pour défendre votre honneur, à chaque fois qu’il sera attaqué.

Nous serons là parce que les enjeux et les défis sont trop grands.

Vous n’êtes pas seuls. Nous sommes solidaires de vous et pouvez compter sur notre soutien.

Vous n’êtes pas seuls. Les Français, l’immense majorité des Français qui sait qu’il n’y a pas de liberté sans règles et sans ordre, se tiennent avec vous, à vos côtés.

Commissaires, officiers,

Soyez fiers.

Quels que soient les obstacles et les procès d’intention, soyez fiers.

Quelle que soit la mission et ses difficultés, soyez fiers.

Votre engagement est exceptionnel. Votre mission, nécessaire. Vous pouvez être fiers de votre uniforme. Fiers de votre métier. Fiers de ce que vous êtes. Fiers de ce que vous faites.

Alors, avec Laurent Nuñez, nous sommes déterminés à vous donner tous les moyens de garder la tête haute.

C’est pourquoi le budget de la sécurité a été augmenté de plus d’un milliard d’euros depuis 2017. C’est pourquoi nous avons lancé le recrutement de 10 000 policiers et gendarmes d’ici 2022, lancé un plan immobilier et le renouvellement de votre parc automobile.

C’est pourquoi, aussi, nous avons entamé certaines des grandes réformes que la police attendait : je pense en particulier au paiement des heures supplémentaires et à la refonte des cycles horaires.

C’est pourquoi nous sommes engagés, aussi, à assurer votre protection et celles de vos hommes.

Nous avons de grandes exigences envers vous, c’est vrai. Nous vous demandons de faire vivre le sens de la déontologie, de l’éthique, de l’exemplarité. Et nous avons pris en la matière des décisions nécessaires, des décisions que nous assumons. Mais nul ne doit être inquiété parce qu’il a accompli sa mission dans les règles et je prends avec vous des engagements pour renforcer votre protection.

J’ai demandé au Secrétaire général du ministère et au Directeur général de la police nationale de faire des propositions pour améliorer la protection juridique des policiers. Qu’il s’agisse de pouvoir signaler plus rapidement les problèmes rencontrés ou d’une assistance par des avocats facilitée à certains stades de la procédure : plusieurs pistes émergent et je les encourage.

Je veux également, résolument, m’attaquer à la tyrannie des images volées. Vous êtes sans cesse filmés et les vidéos coupées, déformées et jetées sur les réseaux sociaux.

Ce n’est pas acceptable. J’ai donc demandé à ce que la généralisation des caméras piéton soit accélérée, à ce que leur technologie monte en gamme et que les images puissent être communiquées, transmises, montrées pour établir ou rétablir les faits.

Commissaires et officiers,

Vous venez de vivre vos heures de formation et, demain, une nouvelle étape commence pour vous.

Dans vos carrières, n’oubliez pas les heures passées ici. Les conseils de vos enseignants. La richesse des échanges avec vos camarades. N’oubliez pas ces heures d’exercices pratiques dans les rues de Saint-Cyr-au-Mont d’Or.

Tirez profit, toujours, de ce que vous avez appris dans vos classes, vos stages et lors de cette période si particulière de l’épidémie de Covid.

Vous avez la chance d’être passés par l’Ecole nationale supérieure de police. Une école de formation, un centre de recherche, mais plus encore, une école du service. Et à cet instant, je veux rendre hommage à toutes les équipes qui vous ont accompagnés et soutenus.

Je veux rendre hommage, aussi, à Luc Presson qui quittera dans quelques jours la tête de cette école. Monsieur le directeur, vous avez servi l’ENSP avec passion et énergie. Vous l’avez modernisée et vous lui avez permis de répondre aux évolutions du métier de policier.

Car à l’heure où vous commencez votre parcours de commissaire ou d’officier, notre sécurité se trouve au-devant de transformations profondes.

Le schéma national du maintien de l’ordre permettra de répondre aux nouveaux enjeux et aux nouvelles méthodes des mouvements contestataires.
Le livre blanc de la sécurité intérieure sera un moment clé pour la protection des Français et, sur son fondement, nous pourrons préparer pleinement la sécurité du XXIe siècle.

Les enjeux de demain, c’est une police plus unifiée, moins morcelée. La grande maison est prête pour certaines transformations profondes et nécessaires et nous aurons l’occasion de prendre des décisions dans les prochains mois.

Les enjeux de demain, c’est une police de la confiance, car nous ne devons jamais courir le risque de voir le lien entre la police et les populations se distendre.

Les enjeux de demain, enfin, c’est la police du partenariat. Aux côtés des forces de l’ordre, de nombreux acteurs contribuent à la sécurité des Français : polices municipales, entreprises de sécurité privée, sociétés de transport, collectivités, bailleurs sociaux… Mais nous ne devons pas laisser la sécurité devenir un archipel, où chaque acteur se regarde mais vit et agit en parallèle. Vous ne devez pas être seuls. Nous devons travailler ensemble, mettre en commun. Avec Laurent Nuñez, nous voulons bâtir et faire vivre cette sécurité du partenariat, ce continuum de sécurité : vous y aurez tout votre rôle à jouer.

Commissaires et officiers,

Derrière les murs de cette école, les Français vous attendent.

La route qui s’ouvre est longue, sinueuse. Elle sera pavée de satisfactions intenses, d’affaires résolues, de réseaux démantelés. Elle sera faite parfois, aussi, de frustrations ou de déceptions.

Ne baissez jamais les bras. Vous avez franchi des étapes, relevé des épreuves. Vous n’êtes pas arrivés ici par hasard, alors gardez toujours intacte votre volonté de servir, votre volonté de vous engager.

La République a besoin de ses protecteurs, de ses héros du quotidien. La République a besoin de vous. Et avec Laurent Nuñez, nous savons que nous pouvons compter sur vous.

Vive les promotions Marcel Leclerc et Pierre Moucot !

Vive la République ! Vive la France !