Eloge funèbre prononcé par Caroline Cayeux, ministre déléguée chargée des Collectivités territoriales auprès du ministre de l'Intérieur

Publié le 29/07/2022
La ministre déléguée Caroline Cayeux lors de l'éloge funèbre de l’adjudant-chef Martial Morin Vendredi 29 juillet 2022

Eloge funèbre de l’adjudant-chef Martial Morin Vendredi 29 juillet 2022 – parc du Chayla, Tain-l’Hermitage

Seul le prononcé fait foi.

Madame la Préfète,

Mesdames et Messieurs les élus,

Monsieur le Maire,

Monsieur le chef de corps des sapeurs-pompiers de la Drôme,

Monsieur le président de la fédération des sapeurs-pompiers,

Mesdames et Messieurs les sapeurs-pompiers,

Mesdames et Messieurs,

Nous sommes tous aujourd’hui réunis afin de rendre un dernier hommage à l’adjudant-chef Martial Morin, mort en service commandé, après avoir combattu sans relâche le feu terrible qui ravageait la Montagnette.

Avec sa mort, c'est la France toute entière qui est en deuil.

L’ensemble de la famille de la sécurité civile et des sapeurs-pompiers, ses voisins, ses amis et ses proches ont répondu présent, et s’associent à la peine des membres de sa famille.

Je me tourne vers eux et tiens à leur faire part de tout mon soutien face à la douleur qui les étreint.

Je sais aussi qu’à leurs côtés se tiennent aussi aujourd’hui de nombreuses personnes qui n’avaient pas eu la chance de connaître Martial Morin personnellement ou de travailler avec lui. Ils ont voulu lui témoigner leur reconnaissance pour son engagement exemplaire, lui qui veillait sur ses concitoyens comme pompier-volontaire depuis maintenant 24 ans.

Aujourd’hui, c’est bien la nation toute entière qui honore sa mémoire.

*

Ce 14 juillet dernier, jour de fête nationale, alors que nombre d’entre nous étions au repos, Martial Morin assurait comme souvent sa permanence, prêt à intervenir à n’importe quel moment, en cette période de vague de chaleur.

Dans le secteur de Tarascon, à la Montagnette, le feu s’était déclaré, et attisé par le Mistral, il ne cessait de gagner en intensité et progressait à un rythme terrible.
Chef d’agrès, Martial Morin était appelé en fin de journée pour rejoindre une colonne de renfort, pour appuyer ses collègues des Bouches-du -Rhône.
Engagés dès leur arrivée sur site sur le secteur arrière, lui et ses frères d’armes ont bataillé sans relâche contre les flammes, comme à l’accoutumée, avec un courage qui n’a d’égal que leur professionnalisme.

Mais le lendemain en fin d’après-midi, il a fait subitement un malaise, puis une crise cardiaque, et malgré la mobilisation exemplaire de tous ses collègues, puis du personnel hospitalier, il est malheureusement décédé ce lundi.

*

Ce combat aura été le dernier de l’adjudant-chef Martial Morin, lui qui en avait mené tant d’autres avec succès.

Comme en témoignent ses proches et ses états de service, l’adjudant-chef Martial Morin a toujours été soucieux de servir les autres, tant dans la vie civile qu’en tant que sapeur-pompier volontaire.

Servir, un mot magnifique qui aura inspiré jusqu’à la fin tous ses engagements.

C’est parce qu’il souhaitait s’impliquer davantage au sein de sa commune, qu’il a rejoint d’abord les sapeurs-pompiers volontaires en 1998, au centre d’incendie et de secours de Chanos Curson.

C’est son sens du service, jusqu’au dépassement et à l’oubli de soi, en 2008, qui lui a fait porter secours sans relâche aux habitants de la région, dévastée par des inondations sans précédent.

Servir, pour Martial Morin, c’était aussi partager ses savoirs, former la nouvelle génération, et ainsi contribuer à la formidable lignée des sapeurs-pompiers volontaires, qui permet à notre pays, sans interruption, de pouvoir faire face au feu, aux catastrophes et aux secours d’urgence.

Nombreux sont les sapeurs-pompiers qui ont eu la chance de l’avoir pour formateur, notamment lors de la préparation de la saison des feux de forêt, ou en matière de secourisme et de conduite d’engin.

Servir, cette valeur qui lui était si chère, l’adjudant-chef Martial Morin a su la transmettre, à son fils Kévin d'abord, qui s’est engagé à sa suite au sein des sapeur-pompiers volontaires.

Servir, c’était aussi pour lui créer du lien, apporter de la joie à ses proches, à ses frères d’armes et à ses amis, notamment grâce à la musique, sa passion.
Servir enfin, c’était vouloir faire don de ses organes après son décès, et sauver ainsi à nouveau des vies.

Du centre d’incendie et de secours de Chanos-Curson à celui de Tain-l’Hermitage, en passant par celui de Châteauneuf sur Isère et celui du Chatelard, mais aussi au sein des différentes entreprises où il a exercé, tous ceux qui ont travaillé avec lui soulignent combien on pouvait compter sur Martial Morin, toujours là pour aider si besoin, avec autant d’humilité que d’abnégation.

Lundi, c’est une vie toute entière consacrée au service de nos concitoyens, une vie toute entière tournée vers les autres qui s’est brusquement éteinte.

*

Pendant 24 ans, Martial Morin a porté haut les valeurs des sapeurs-pompiers.

Chère Nadine, vous avez éprouvé depuis de nombreuses années la peur liée aux risques inhérents à la mission accomplie par votre époux.

Chère Mélodie, cher Kévin, vous êtes désormais privés de votre père, vos enfants, de leur grand-père.

Sapeurs-pompiers de la Drôme, vous perdez aujourd'hui un collègue et un ami. Dans ce département, où les sapeurs-pompiers ont payé un si lourd tribut il y a tout juste vingt ans, à Loriol, vous connaissez les risques de vos missions mais toujours vous les accomplissez avec passion et dévouement.

Face à la réalité tragique qui est la vôtre aujourd’hui, vous n’êtes pas seuls.

Pas seuls, car au-delà de toutes les personnes présentes aujourd’hui, au-delà de l’ensemble des agents du Ministère, partout sur le territoire, qui viennent d’observer en ce moment une minute de silence en sa mémoire, c’est le pays tout entier qui veille aujourd’hui sur vous.

Un pays qui n’est grand qu’au travers des valeurs d’engagement et de solidarité de ses citoyens.

Un pays auquel l’adjudant-chef Martial Morin a tant apporté, et qui lui rend aujourd’hui hommage, en le citant à l’ordre de la Nation.

Comme l’écrivait André Malraux : « Le tombeau des héros est le cœur des vivants. »

Martial Morin continuera de vivre dans le cœur de tous ceux qui l’ont connu, de tout ceux qu’il a secouru, de tous ceux dont il a sauvé la vie. Et son exemple, je le sais, a suscité et suscitera encore de nouvelles vocations, toujours au service de nos concitoyens.

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