Les gendarmes des gorges

Publié le 27/08/2021
Le pont d'arc en Ardèche
Photo : DICOM - MI

« L’Ardèche est le premier département touristique français, hors littoral », prévient le capitaine Mathieu, commandant la compagnie de gendarmerie de Largentière. Et si le département attire autant de touristes, il le doit en grande partie à la beauté majestueuse de la réserve naturelle des gorges de l’Ardèche. Au cœur de ce territoire qui voit sa population multipliée par dix en été, la brigade de gendarmerie de Vallon-Pont-D’arc, forte de 16 gendarmes et placée sous le commandement du major Christophe, s’assure que l’été se déroule dans les meilleures conditions pour la population locale et les touristes. Et les journées sont particulièrement chargées pour les gendarmes qui peuvent heureusement compter sur le renfort de cinq réservistes et de deux officiers de police judiciaire (OPJ) des départements voisins. « C’est loin d’être un luxe au regard des nombreuses missions en période estivale. Il faut savoir que la brigade assure un tiers de ses interventions annuelles, en juillet et en août » souligne Christophe.

Camping sauvage strictement interdit

Il est 8h30, ce 11 août, quand les voitures de la brigade de gendarmerie de Vallon-Pont D’Arc débarquent sur un parking en surplomb de la rivière Ardèche. Un certain nombre de camping-cars y sont garés et quelques tentes ont même été dressées au cœur de ce site majestueux, en contrebas de la grotte Chauvet et face à la non moins réputée arche naturelle qui enjambe la rivière Ardèche. Si les campeurs qui y ont élu domicile pour la nuit espèrent profiter, à leur réveil, de la splendeur de ce site unique, la matinée ne se passera comme prévu. « Le camping y est strictement interdit, indique l’adjudant Fabien qui dirige les opérations, car nous sommes au cœur de la réserve naturelle nationale des gorges de l’Ardèche, classé site Natura 2000 ».
Les cinq gendarmes se déploient rapidement pour cueillir les campeurs à leur réveil : contrôle d’identité, petit interrogatoire pour connaître leur heure d’arrivée, rappel de la réglementation en matière de camping sur ce site protégé et notification des droits. Si la grande majorité des contrevenants affirme ne pas connaître l’interdiction, les gendarmes sont plus que sceptiques : « De nombreux panneaux rappellent cette interdiction à l’entrée de chaque agglomération. Il est surprenant qu’ils n’aient rien vu, confie Fabien. Je pense plutôt que la plupart d’entre eux sont arrivés en Ardèche sans avoir réservé et, en cette saison, la majorité des campings sont complets ».
Si, en règle générale, le camping sauvage constitue une infraction, il devient un délit en zone Natura 2000. « Comme il s’agit d’un délit, nous devrions normalement convoquer les contrevenants à la Gendarmerie pour une audition, mais vu le nombre de cas que nous relevons quotidiennement pendant la saison estivale (20 à 30 en moyenne), nous serions vite débordés. En accord avec le Parquet, nous avons donc mis en place une procédure délictuelle simplifiée avec rappel à la loi. Nous rédigeons un procès-verbal, mais les contrevenants ne sont pas poursuivis et ne prennent pas d’amendes ».

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Contrôle de la Gendarmerie d'un camping sauvage

Par contre, en cas de récidive dans les cinq ans, l’addition peut être salée : « L’amende peut alors monter à 300 000 euros, avec une peine d’emprisonnement à la clé, prévient le capitaine Mathieu, Je peux vous certifier que cette menace les décourage de recommencer ». Si les gendarmes interviennent quotidiennement, leur objectif est de contenir le phénomène. « Si vous laissez faire, souligne Fabien, vous pouvez être sûr qu’au bout de quelques jours, le site sera envahi par les camping-cars et les tentes ».

Après avoir demandé aux contrevenants de faire cesser l’infraction, et donc de démonter les tentes et de ranger les camping-cars, les gendarmes se dirigent vers la vallée de l’Ibie, rivière qui se jette dans l’Ardèche. Avec ses nombreux coins ombragés au pied de la rivière, ce lieu bucolique est propice au camping : « l’endroit est certes magnifique mais également très dangereux. En cette saison, la moindre flamme peut causer un incendie dévastateur, et comme en matière de réseau, nous sommes ici dans une zone blanche, il est impossible de prévenir les secours. De plus, le lieu est tellement isolé que vous êtes à la merci de vols ou d’individus dangereux ».
Ce matin-là, plus d’une quarantaine de personnes feront l’objet d’un rappel à la loi.

Véhicules « visités », vacances gâchées

L’après-midi est consacrée à la prévention des vols à la roulotte, « un fléau pour les touristes qui pensent à tort que l’Ardèche est épargnée par ce type de méfaits, regrette Fabien. Il nous revient donc de leur rappeler la réalité ». Deux véhicules de la gendarmerie prennent la direction de la route touristique des gorges de l’Ardèche. « Nous nous concentrons sur les neuf belvédères installés le long de cette route et qui permettent aux touristes de contempler la beauté du site. Les parkings sont installés à quelques dizaines de mètres en surplomb de ces belvédères, et malheureusement, les touristes ne pensent pas à verrouiller leurs portes ou à remonter complétement leur vitre. Certains y laissent parfois leurs sacs ou des objets de valeur pour aller contempler le site. Or dix secondes suffisent à un voleur aguerri pour commettre son méfait et gâcher leurs vacances ». Les gendarmes restent en moyenne une demi-heure sur chaque belvédère. « Notre présence dérange les voleurs, voire les dissuade pour la journée ». Les militaires en profitent pour rappeler aux touristes les consignes essentielles pour se prémunir des vols, et distribuent des flyers traduits en anglais, en allemand et en néerlandais.

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Informations aux automobilistes sur le vol à la roulotte

Trois belvédères seront visités par les gendarmes cet après-midi, le dernier, celui des templiers, faisant l’objet d’une attention particulière. « De nombreux vols ont lieu ici :  en témoignent les morceaux de verre des parebrises qui jonchent le sol. La configuration du site favorise en effet les vols à la roulote puisque le belvédère est situé à 30 mètres en contrebas du parking. L’individu, caché dans le massif de l’autre côté de la route, repère les touristes, et une fois que ces derniers rejoignent le belvédère, l’individu traverse la route, casse la vitre, s’empare des affaires et repart dans les bois, le tout en quelques secondes ».
Si l’amplitude des missions de la brigade en cette période estivale ne permet pas aux gendarmes d’assurer une présence continue sur le site, « nous arrivons cependant à contenir les vols. Il y a quelques années, nous avons réussi à mettre la main sur l’un de ces voleurs. Pendant quinze jours, un gendarme s’est camouflé derrière un arbre pour identifier l’individu et son mode opératoire. Nous avons réussi à le prendre en flag. En recoupant les plaintes et grâce aux effets retrouvés dans sa planque, nous avons pu résoudre 82 faits ». Il reste que la meilleure arme contre ces vols est entre les mains des automobilistes eux-mêmes. « Voilà pourquoi nous martelons sans cesse les mêmes conseils de prudence ».

La garde républicaine a pris ses quartiers d’été

Le lendemain matin, c’est jour de marché à Vallon-Pont-D’Arc. « Nous sommes systématiquement présents sur les marchés pour effectuer une surveillance et rassurer les gens, explique le major Christophe. Ces marchés attirent beaucoup de monde, et cela peut forcément attiser la convoitise les pickpockets. Mais, en règle générale, nous ne rencontrons pas trop de problèmes. Le tourisme en Ardèche est essentiellement familial, et rares sont les incidents ».
Outre les gendarmes de la brigade, deux cavaliers circulent ce matin-là dans la ville. « L’Ardèche accueille l’un des 18 postes à cheval ouverts sur le territoire national par la Garde républicaine pendant la période estivale », précise le capitaine Mathieu. Composé de six cavaliers dont deux gardes républicains, deux réservistes et deux renforts de la gendarmerie départementale, sans oublier les six chevaux de la Garde, le poste ardéchois est ouvert du 16 juillet à la fin août. « Nous effectuons de la surveillance et de la prévention sur les parkings, sur les marchés, mais également dans les gorges, précise Perrine de la brigade de gendarmerie de Joyeuse, en renfort à cheval sur le secteur de Vallon-Pont-D’Arc. Le grand avantage que nous avons est que nous sommes vus de loin. Notre présence est donc dissuasive pour les pickpockets et les voleurs à la roulotte sur les parkings. Comme nous avons aussi une vision beaucoup plus large de la situation que peut l’avoir une patrouille à pied, nous pouvons donc repérer les incidents plus facilement. »

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Patrouille de la Garde républicaine à Vallon

La présence de la garde républicaine est par ailleurs un événement pour les touristes. « Nous ne pouvons pas le nier, la garde républicaine reste un outil de communication et de contact formidable pour la gendarmerie, souligne Mathieu. Le cheval agit comme un aimant et les gens n’hésitent pas à discuter avec les cavaliers, à leur poser toutes sortes de questions sur la garde républicaine et leur présence en Ardèche ». Les nombreux smartphones braqués sur les cavaliers corroborent les propos du capitaine. « Les gens ont le sourire quand ils nous voient, ils nous photographient, ils discutent. C’est très agréable d’exercer sa mission dans ces conditions », confie Perrine.

Gendarmes embarqués sur les rapides

Changement de décor, l’après-midi, pour la brigade de Vallon-Pont-D’Arc : les gendarmes ont sorti leur canoë-kayak pour une mission de surveillance fluviale sur la rivière Ardèche. « Nous partons aujourd’hui pour une descente de huit kilomètres, souligne Fabien, mais il nous arrive régulièrement d’effectuer la distance de 32 km entre Vallon-Pont-D’arc et Saint-Martin d’Ardèche ». L’objectif pour les gendarmes est avant tout de faire respecter les consignes de sécurité, et tout particulièrement celles concernant le port du gilet de sauvetage. « Certaines personnes n’ont aucune conscience des dangers de la rivière et surtout des rapides, déplore le major Christophe. Nous déplorons de nombreux blessés et même une à trois noyades chaque année. C’est inacceptable. Nous sommes donc intransigeants sur le port du gilet ».

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La gendarmerie nationale en canoë sur l'Ardèche

Si la mission principale consiste avant tout à faire de la prévention, les gendarmes sont bien souvent amenés à effectuer du secourisme : « au plus fort de la saison, plus de 2000 canoés descendent chaque jour la rivière et il faut reconnaître que nombre d’entre eux ont des connaissances sommaires en matière de navigation. Il nous arrive donc fréquemment d’intervenir sur des chavirages ». Afin de mener à bien leur mission, les gendarmes ont suivi un stage de trois jours auprès de Claude Peschier, ancien champion du monde de canoë-kayak. « Il nous a appris à naviguer, à descendre et remonter un courant et à nous arrêter dans les rapides », indique Christophe avant de se lancer pour une descente de deux heures.

Fin de l’été, retour à la normale…ou presque

A partir de la fin août, les gendarmes retrouveront peu à peu un rythme « normal ». « Certes, il y a encore une activité touristique en septembre, mais rien de comparable à ce que nous connaissons en juillet et août », précise le major Christophe. Le départ des touristes ne signifie pas pour autant une mise en sommeil de la brigade de gendarmerie de Vallon-Pont-D’arc. « Pendant deux mois, nous n’avons pas pu avancer sur nos dossiers. Cela nous oblige à effectuer un énorme travail de rattrapage à partir de la fin de l’été. Et puis n’oublions pas que, même si nous travaillons dans une zone touristique, la brigade fait face aux mêmes problématiques que les autres brigades : vols, cambriolages, nombreux ici car il y a beaucoup de résidences secondaires, violences intrafamiliales, agressions… tout ce qui fait le quotidien du gendarme ».

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