« Prévenir le supportérisme violent et assurer la sécurité des supporters français »

Publié le 06/07/2021
Article sur l'Euro 2020 de football

Thibaut Delaunay, chef de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme a accompagné l'Équipe de France pendant l'Euro 2020. Il nous présente ses missions.

Reporté d’un an en raison de l’épidémie mondiale de Covid-19, l’Euro 2020 de football se déroule du 11 juin au 11 juillet dans 11 pays différents du continent. Le commissaire Thibaut Delaunay, chef de la Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH), a accompagné les déplacements de l’équipe de France et de ses supporters depuis l’entrée en lice des Bleus jusqu’à leur élimination le 28 juin dernier. Il nous présente quelles étaient ses missions et les particularités de cette édition.

L'Euro 2020 de football a actuellement lieu à travers l’Europe. Quels sont les enjeux de cet événement ?

Thibaut Delaunay : Les enjeux de sécurité autour de l’Euro 2020 sont multiples. Il y a d’une part un enjeu de sécurité sanitaire qui représente un réel défi en termes d’organisation. Un tel évènement, dans 11 villes différentes à travers l’Europe, impliquant des déplacements importants de population avec des règles sanitaires différentes selon les législations locales, représente un véritable casse-tête, y compris pour la mise en place de la mission policière française.

D’autre part, il y a évidemment un enjeu important en termes de risque terroriste. La menace terroriste reste d’actualité et est omniprésente dans nos réflexions lors de la conception des dispositifs de service d’ordre à l’occasion de grands évènements de ce type. Nous n’avons pas hésité à partager notre expérience en la matière avec nos homologues étrangers à l’instar d’une mission d’expertise que j’ai pu conduire à Budapest fin mai 2021 à l’initiative de la direction de la coopération internationale (DCI).

Enfin, et c’était là le cœur même de notre mission, prévenir le supportérisme violent et assurer la sécurité des supporters français à l’occasion des déplacements dans les pays étrangers. Cela passait par un échange constant d’informations avec les autorités policières concernées (pays d’accueil, adversaire), mais également par la détection sur site des supporters à risques, français comme étrangers, susceptibles de commettre des exactions. Notre objectif premier a été d’assurer la protection de tous les supporters à commencer par les publics traditionnels en leur communiquant toutes les informations utiles leur permettant de se déplacer en parfaite sécurité.

Quel a été votre rôle en tant que chef de la DNLH sur cet événement ?

En tant que chef de la Division Nationale de Lutte contre le Hooliganisme (DNLH) et du National Football Information Point (NFIP), j’étais à la tête de la délégation de policiers français qui a été déployée dans chaque pays où évoluait l’équipe de France.

Outre l’encadrement de l’équipe de spotters qui m’accompagnait, j’assurais la liaison permanente avec les autorités locales pour échanger des informations opérationnelles et participer à la mise en place des dispositifs de service d’ordre, afin d’assurer la sécurité des supporters français le jour du match (fan walks, arrivées et sorties de stade, comportements en tribunes) et d’une manière générale durant tout leur séjour sur le territoire étranger.

En étroite collaboration avec les chefs de police locaux, mon rôle a été d’assurer la transmission d’information ascendante et descendante entre ces derniers et les spotters terrain qui faisaient le relais avec les supporters. Ma mission consistait également à renseigner les autorités françaises et à informer en temps réel l’équipe de policiers français présents au centre de coopération de police international installé à La Haye.

Enfin, on ne pouvait évidemment pas occulter la dimension diplomatique de la mission.

Comment s'effectuait la coopération avec les polices européennes au sein d'Europol ? dans les différents pays où évolue l'Équipe de France ?

Un centre de coopération policière internationale (CCPI) est mis en place au siège d’Europol à La Haye (Pays-Bas). Il est opérationnel depuis le 8 juin, et le restera jusqu’au 12 juillet, au lendemain du dernier match de la compétition. Le CCPI regroupe des policiers venant de l’ensemble des pays organisateurs et participants à la compétition. La DNLH-NFIP a déployé une équipe de deux policiers français à Europol.

Ils ont été présents au CCPI jusqu’au lendemain de l’élimination de l’équipe de France de football. Leur mission était de faciliter les échanges d’informations entres les différents acteurs concernés (notamment les pays hôtes, les pays participants, l’UEFA, Interpol, Europol) et d’assurer en temps réel la liaison avec l’équipe mobile de policiers français présente sur le terrain.

Image
Centre de coopération policière internationale

Pouvez-vous expliquer le rôle des spotters de la DNLH présents durant les matchs de la France ? Leur savoir-faire est spécifique, quelles sont les astuces pour accomplir cette mission particulière ?

Les spotters, en qualité de policiers physionomistes, avaient pour mission d’une part de détecter les profils à risque, français comme étrangers, en lien avec leurs homologues spotters étrangers, afin de prévenir tout acte de violences mais également d’échanger directement avec les supporters pour répondre à leurs attentes, les renseigner et leur relayer toutes les informations utiles (secteurs à éviter, lieux et horaires de rassemblements, comportements à adopter, à éviter etc).

Ils remontaient également au chef de délégation tous les éléments, en lien avec l’évènement, susceptibles de concerner les supporters français.

Il s’agit de personnels expérimentés en la matière qui durant toute l’année assurent ce type de mission autour des clubs français et de leurs supporters à risque.

Image
Article sur la coopération internationale

Comment vous articuliez-vous avec l'officier en charge de la sécurité de l'Équipe de France ?

La mission de sécurité de l’équipe de France relevait exclusivement du service de sécurité mis en place autour du commandant Sanhadji. Elle ne concernait pas l’équipe DNLH qui était elle tournée vers les supporters.

En revanche, nous avions un échange constant afin d’anticiper tout rassemblement de supporters aux abords des sites de résidence de l’équipe ou des sites d’entraînements

Un mot sur le phénomène du hooliganisme français. Comment le percevez-vous ? Quelles différences avec celui observé dans d'autres pays européen ?

Le phénomène hooliganisme est en réalité résiduel en France. Nous constatons malgré tout l’émergence de certains groupes indépendants adoptant des codes proches de la mouvance hooligan observée dans les pays du nord et de l’est de l’Europe.

La France connaît surtout un mouvement ultra qui peut parfois s’accompagner de faits de violences. Il se caractérise essentiellement par la production de tifos (banderoles, voiles, bâches), par la manifestation de chants et l’usage d’engins pyrotechniques.

Il peut s’accompagner de codes vestimentaires au nom de leur club ou de leur groupe. La culture ultra en France se rapproche davantage de celle observée chez nos voisins italiens et espagnols.

 

Découvrir d'autres articles sur le thème : Nos métiers