La tablette numérique, gage d'efficacité et de rapidité pour les sapeurs-pompiers lyonnais

Publié le 10/03/2021
Tablette numérique
Photo : DICOM - MI

Il est 10h35, à la caserne de sapeurs-pompiers de Lyon-Corneille. Une alerte retentit. Ni une, ni deux, trois sapeurs-pompiers se dirigent en courant vers le véhicule de secours et d'assistance aux victimes (VSAV). À son bord, Jérôme, responsable de l'équipe - chef d'agrès – donne déjà les instructions à Vincent, son collègue au volant, pour se rendre sur les lieux. Les sirènes du véhicule, qui empruntent les couloirs de bus, résonnent à travers les rues de la capitale des Gaules. « On part pour une tentative de suicide. Ce serait une pendaison les gars ! », annonce le chef d'agrès, d'une voix grave. Entre ses mains, Jérôme est muni d'un petit bijou révolutionnaire : une tablette numérique, qui remplace le bon vieux formulaire papier du pompier. Sur la route, les premières informations essentielles, comme l'adresse et le motif de l'intervention, ont déjà été enregistrées dans la machine. Quelques minutes avant le départ, le centre de traitement de l'alerte - centre opérationnel départemental d'incendie et de secours (CTA-CODIS), qui réceptionne les appels via le 18 ou le 112, a pré-rempli les informations, qui se retrouveront dans la tablette numérique à bord. Jérôme poursuit le travail de ses collègues. Pendant l'intervention, il va renseigner dans le logiciel de la tablette les constantes et données relatives à l'état de la victime, ainsi que l'heure d'arrivée sur les lieux.

Sur place, il faut secourir la victime le plus rapidement possible. Au 4e étage d'un immeuble, dans le Vieux-Lyon, en plein centre-ville, les sapeurs-pompiers montent les marches quatre par quatre. « Ici les pompiers ! », déclare l'un d'eux, en toquant à la porte. Pas de réponse. Après plusieurs tentatives, un homme, déboussolé, se décide finalement à ouvrir la porte. Dans l’appartement sens dessus-dessous, une corde est accrochée à la tringle à rideaux. Il refuse de quitter son appartement et répète que tout va bien. Quelques minutes plus tard, Jérôme, Vincent et Célestin finiront par le convaincre de se faire conduire à l'hôpital. Avant de passer son bilan au SAMU, le chef remplit les informations-clés dans le bilan numérique, qu'il a recueillies en rencontrant la victime : son identité précise, son âge, ses traitements médicaux en cours. Les sapeurs-pompiers feront également des photos des différents documents importants, comme la carte Vitale, l'ordonnance ou les boîtes de médicaments. Des informations précieuses qui seront directement transmises au centre de réception et de régulation des appels du SAMU (CRRA15), qui n'aura plus à saisir les données sur son ordinateur. Si les pompiers évaluent l'état de la victime et le transmettent sur leur tablette, le SAMU reste décisionnaire de l'orientation du patient.

Anticipation, gain de temps et d'efficacité

11h10. L'équipe de Jérôme vient d'arriver à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon. Les sapeurs-pompiers s'assurent que le service d'accueil des urgences (SAU) a bien reçu le bilan sur leur portail internet sécurisé. Ils effectuent leur relève – la transmission d'informations complémentaires non inscrites dans la tablette – puis repartent déjà sur une autre intervention. Grâce à cet outil numérique, facile d'utilisation, les différents services gagnent un temps considérable dans leur prise en charge. Du gagnant-gagnant pour les acteurs concernés. « Ces tablettes numériques ont amélioré nos échanges avec les pompiers. On peut davantage anticiper, car nous avons un visuel global de toutes les interventions en cours des pompiers dans le département du Rhône et la métropole de Lyon. Dans les fiches bilans, nous avons une catégorisation par gravité des patients. Avec les photos transmises par les pompiers que l'on reçoit sur notre ordinateur, on va visualiser plus rapidement la gravité d'un accident par exemple. Avant, on s'imaginait la blessure grâce aux indications communiquées par téléphone. Grâce à ces photos, on peut directement savoir s'il y aura besoin de points de sutures ou d'une intervention chirurgicale », explique le docteur Christian Di Filippo, responsable CRRA 15. Avant d'ajouter, « avec le SDMIS, on échange 100 000 bilans par an ; grâce à ces tablettes, on réduit d'un tiers le temps de passage au téléphone ».

101 casernes équipées, 6 000 pompiers formés

Au SDMIS, les sapeurs-pompiers rêvaient de ce nouvel outil depuis maintenant trois ans. « Étant donné que les secours d'urgence aux personnes (SUAP) représentent 80 % de nos interventions, la tablette sert au parcours opérationnel du pompier. On utilise la tablette pour 100 000 interventions. Au CODIS, les équipes savent également précisément où l'engin est parti, ou s'il est sur le retour. S'il y a une intervention à proximité, le CTA peut envoyer les pompiers en retour d’opération sur la nouvelle intervention », explique le commandant Frédéric Lunel, l'un des hommes en charge du pilotage du projet. Autre préoccupation majeure ? La sécurisation des données. « Au SDMIS, nous sommes très sensibilisés à cette question. La tablette est connectée sur un réseau 4G crypté en dehors de la caserne, et le sapeur-pompier doit obtenir un code d’appairage pour utiliser l'appareil », précise le commandant Lunel. « Le SDMIS a financé ce projet à hauteur de 700 000 euros. Au lancement de la tablette sur le terrain, en mai 2020, 21 casernes en étaient équipées. Aujourd'hui, on compte 6 000 pompiers formés à l'utilisation des tablettes, sur les 101 casernes du Département du Rhône et de la Métropole de Lyon », ajoute le colonel Lionel Chabert, directeur de la prévention et de l’organisation des secours au SDMIS, autre instigateur du projet.

« Une évolution stratégique nationale »

« Aujourd'hui, on remplit le bilan secouriste sur la tablette, demain on peut envisager la possibilité de transmettre des électrocardiogrammes pour encore améliorer le bilan du médecin régulateur à distance », imagine le colonel Chabert. Autre possibilité : « Mettre en place une sorte de Waze pompier sur cette tablette, une application d’assistant d’aide à la conduite qui permettrait de guider l'équipe vers l'intervention. Pour le moment, les pompiers utilisent un GPS grand public toujours complété par la carte papier, qui indique précisément les couloirs de bus et voies à contre-sens qu’ils peuvent emprunter », ajoute le commandant Lunel.

La tablette est en passe de devenir un outil incontournable du sapeur-pompier. Elle s'inscrit « dans une évolution stratégique nationale. Les sapeurs-pompiers sont présents sur tous les territoires. Grâce au bilan numérique et à la tablette embarquée, on donnera plus de chance à la victime de s'en sortir, même dans les zones les plus reculées », affirme le contrôleur général Serge Delaigue, directeur du SDMIS. D'autres départements sont déjà en train, eux aussi, d'amorcer une transition numérique, et de s'équiper du même dispositif.

Pour comprendre comment fonctionne concrètement la tablette numérique en immersion avec le SDMIS du Rhône, regardez ce reportage vidéo !

SDMIS Rhône 2

  • Photo 1 : En intervention, le chef d'agrès remplit son bilan numérique sur sa tablette, au fur et à mesure des informations qu'il reçoit. (Crédit : SDMIS - Florian Begue)
  • Photo 2 : Au CTA-CODIS, les sapeurs-pompiers réceptionnent les appels provenant de tout le département du Rhône. Ils transmettent ensuite les alertes vers les centres d'interventions. (Crédit : SDMIS - Florian Begue)
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