Anne Barnéoud : « Je reste sereine et positive »

Publié le 24/08/2021
Tennis de table

Les Jeux paralympiques 2021 de Tokyo débuteront bientôt, du 24 août au 05 septembre. Pour s’échauffer, nous avons saisi la balle au vol en interviewant Anne Barnéoud, pongiste handisport française et adjointe administrative au sein du service médical de la Police nationale. Elle participera aux jeux dès le 26 août en individuelle et en équipe !

Son parcours : le tennis de table

Pouvez-vous nous en dire un peu plus pour vous ?

Je suis née dans la région grenobloise : j’ai passé toute mon enfance et adolescence à Échirolles. À l’âge de 4 ans et demi, j’ai fait un accident vasculaire cérébral (AVC) qui a occasionné un coma, suivi d’une hémiplégie droite sévère ainsi que d’une aphasie totale. À ce jour, je suis toujours hémiplégique avec encore quelques séquelles d’aphasie.

Avez-vous pratiqué un autre sport que le tennis de table ?

J’ai eu la chance d’être dans une famille sportive. J’ai donc toujours fait du sport avec mon propre potentiel bien sûr, que ce soit la marche en montagne, le ski, les activités d’eau, les jeux de ballon… J’ai même pratiqué le judo et le football. Mais ce fut vers l’âge de 7 ans que j’ai commencé la pratique régulière de la natation : une activité bien plus à ma portée que le foot ! Mes parents m’ont inscrite à Grenoble Handisport. J’ai vite appris à nager et très rapidement je me suis mise à la compétition. Mais à l’adolescence, d’autres problèmes de santé se sont greffés et j’ai dû abandonner cette activité. J’étais complètement mortifiée, révoltée.

Quand avez-vous eu le déclic avec le tennis de table ?

Lors d’un anniversaire chez des amis, alors que je suis moralement dépitée, je passe l’après-midi derrière la maison où se trouve une table de ping-pong. J’essaie de jouer, tant bien que mal, avec différentes personnes. À la suite de cette journée, mes parents m’ont suggéré d’essayer le tennis de table dans un club. Dans ma commune se trouvait justement un club handisport tennis de table. C’est comme cela, à raison d’une fois par semaine, que j’ai démarré cette activité. Voilà, de quelle manière, j’ai commencé le para tennis de table qui a complètement bouleversé ma vie. Finalement, pratiquer cette discipline fut une décision prise totalement au hasard.

Petit à petit, tout en me faisant plaisir, j’ai progressé, et j’ai pu rapidement intégrer un club de pongistes valides.

Compétitrice dans l’âme, j’ai très vite participé à des compétitions en handisport, au niveau régional, puis au niveau national, pour arriver au plus haut niveau.

Le tennis de table n’est pas forcément le sport le plus connu dans les disciplines des Jeux Olympiques : pouvez-vous nous le décrire en quelques mots ?

La petite taille de la table de tennis de table (2,74 m de long /1,525 m de large) masque le caractère intense et dynamique de ce sport, avec des balles qui peuvent être frappées à très très vive allure, et des joueurs qui alternent constamment un jeu entre la défense et l’attaque.

Quelles sont, selon vous, les compétences et qualités précises pour pratiquer le tennis de table ? Est-ce un sport très exigeant physiquement ? Quelles sont les particularités d’un tel sport ?

Les joueurs ont besoin de réaction éclair et d’une agilité incroyable. Le tennis de table est une discipline très technique, très tactique, toute en finesse, qui demande des ressources physiques et mentales très importantes, ainsi qu’une concentration extrême. Adapter cette pratique sportive à mon handicap m’a demandé des années d’entraînements quotidiens et d’ajustements. Je suis passée par un grand nombre d’échecs et j’ai mis un certain temps pour obtenir, enfin, des résultats internationaux.

Quelles sont les particularités du tennis de table en handisport ?

Afin d’égaliser les chances de chacun, les compétitions de tennis de table se disputent par classe de handicap. Il existe 10 classes : 5 classes pour les joueurs en fauteuil et 5 classes pour les joueurs qui ont un handicap de bras ou/et de jambes. La répartition d’un athlète dans sa classe de handicap est décidée par une commission médicale (sauf le championnat de France qui se dispute en open DEBOUT -toutes classes de handicaps confondues - idem pour les ASSIS).
Je joue debout en classe 7.

Combien de médailles avez-vous remporté au sein de votre carrière ?

Tableau des médailles

2019

Championnats d'Europe HELSINGBORG Médaille de bronze Individuel Classe 7
2018    Championnats du Monde LASKO Médaille de bronze Individuel Classe 7
2017 Championnats d'Europe CEJLE Médaille d'argent Par équipe Classe 6-8
2016    Jeux Paralympiques RIO 5eme Par équipe Classe 6-10
2016    Jeux Paralympiques RIO 5e Individuel Classe 7
2015    Championnats d'Europe VEJLE Médaille de bronze Par équipe Classe 6-8
2015    Championnats d'Europe VEJLE Médaille d'argent Individuel Classe 7
2014    Championnats du Monde PÉKIN Médaille de bronze Par équipe Classe 6-8
2014    Championnats du Monde PÉKIN Médaille de bronze Individuel Classe 7
2013    Championnats d'Europe LIGNANO Médaille de bronze Individuel Classe 7
2013    Championnats d'Europe LIGNANO Médaille d'or Par équipe Classe 6-8
2011    Championnats d'Europe SPLIT Médaille d'argent Par équipe Classe 8
2009    Championnats d'Europe GÊNES Médaille d'or Par équipe Classe 6-8
2008    Jeux Paralympiques PÉKIN Médaille de bronze Par équipe Classe 6-10

Quel est le plus beau souvenir sportif de votre carrière ? 

Mes premiers Jeux paralympiques à Pékin en 2008, restent l’un de mes plus beaux souvenirs sportifs de ma carrière. C’était grandiose à tout point de vue. De plus, ma famille avait pu faire le déplacement.

Mais j’ai eu la chance de vivre également d’autres moments forts. Monter sur un podium à l’autre bout du monde, voir flotter le drapeau français que l’on représente et chanter la Marseillaise sont des moments très forts et indescriptibles. Ces moment-là, nous les partageons avec les membres de l’équipe de France : il y a une ambiance collective incroyable.

Les Jeux Paralympiques

Estimez-vous que les paralympiques prennent de l’ampleur dans les médias, qu’ils gagnent en visibilité depuis Londres en 2012 ?

Même si les Jeux Paralympiques n’ont et n’auront jamais le même impact que les Jeux Olympiques, il est vrai que ceux de Londres en 2012 ont été le départ d’une plus forte communication de la part des médias, notamment de médias importants.

La reconnaissance de vos disciplines est-elle en progression auprès du grand public ?

Dernièrement, chacun a pu voir lors de la transmission des épreuves olympiques de Tokyo le très beau spot publicitaire de France TV informant des prochains Jeux Paralympiques et la belle mise en avant d’athlètes. Désormais le grand public peut également suivre régulièrement certaines épreuves à la télévision. Les athlètes ont également une plus grande reconnaissance.

En quoi les JO 2024 peuvent-ils justement amener une évolution de la perception sur le handicap, notamment auprès de la jeune génération ?

Je suis très fière que mon pays organise les JO 2024. Ils auront, entre autres, un impact très important auprès de jeunes handicapés car il est certain qu’une communication et une sensibilisation importantes vont être mises en place. Pour moi, le message est clair : quel que soit le handicap et aussi lourd soit-il, chaque personne handicapée peut prendre sa place dans un sport.

Quel a été votre entraînement pour préparer ces Jeux Paralympiques, assez particuliers en raison de la crise sanitaire ?

Durant de longs mois d’incertitude quant à l’organisation des Jeux, liée à la COVID-19, j’ai tout fait pour éviter de me poser des questions. Je suis toujours restée fixer sur ma préparation.

Depuis le printemps 2020, dès la fin du confinement, j’ai repris les entraînements quotidiens et soutenus. J’ai peaufiné au maximum ma technique avec Thibault Palka, mon fidèle entraîneur depuis 3 ans. Je suis aussi très soutenue par mon kinésithérapeute de Caluire-et-Cuire, commune de la métropole lyonnaise, dans laquelle je suis installée. Il s’occupe également de ma préparation physique. Je bénéficie aussi des conseils avisés d’une nutritionniste.

Dès 2021, un certain nombre de stages en équipe de France de tennis de table handisport ont été programmés à Créteil et à Montrodat, avec un protocole sanitaire très strict. Il y a eu une seule compétition nationale en 2020 : le championnat de France OPEN 2.

Pour la première fois, j’ai battu une adversaire, classée 10, et je suis donc devenue vice-championne de France Open. Mais il n’y a plus eu aucune autre compétition internationale ces derniers mois, pour cause de COVID -19.

Dans ce contexte si particulier, je suis à fond dans ma préparation et je reste sereine et positive.

Comment gardez-vous contact avec votre famille là-bas ?

Durant ces Jeux, mes proches ne pourront pas faire le déplacement, mais ils seront tout de même avec moi. Quelle que soit l’heure de mes matchs, je sais qu’ils me regarderont et m’encourageront. Ils seront là. Et puis pour échanger, partager…. Il y a WhatsApp !

Amenez-vous un objet fétiche avec vous ? Une médaille ?

J’ai toujours avec moi une peluche, une chouette : elle m’a été offerte par ma compagne. De cette façon, elle est toujours près de moi.

Quelle est votre devise, votre mantra pour vous donner du courage, de la force lors de vos matchs ?

« Ne laisse personne te dire que c’est impossible » telle est ma devise.
Avant chaque match je me répète toujours « C’est possible ».

Comment gérez-vous la pression lors de si grandes compétitions ?

Dans la chambre d’appel, avant de me trouver dans la salle de matchs, je me détends avec de la musique afin d’évacuer au maximum la mauvaise pression. Une fois devant la table, plus rien n’existe à part mon adversaire et la petite balle : il faut tout donner.

Souvent afin de ne pas me rajouter du stress, j’évite de regarder le score pendant le match.  Je joue tout simplement en donnant le maximum.

Vous pratiquez le tennis de table en équipe et en individuel ? Si oui avez-vous une préférence pour l’un ou pour l’autre ? Lorsque vous gagnez une victoire en équipe ou en individuel, quelles sont les différences de sensations, d’émotions ?

Pour Tokyo, je vais jouer en individuelle et par équipe avec ma partenaire Thu Kamkasomphou. Le tournoi par équipe a ma préférence ! Mon premier match en individuelle se déroulera le 26 août. Par conséquent, je ne participerai pas à la cérémonie d’ouverture, afin d’être au maximum de mes capacités physiques le lendemain. Ensuite, je jouerai chaque jour.

Son expérience dans la Police nationale

Pouvez-vous nous préciser votre poste et votre grade au sein de la Police nationale  ?

Je travaille au secrétariat général pour l’administration du ministère de l’Intérieur (SGAMI) Sud-Est. Je suis adjointe administrative au sein du service médical de la Police nationale.

Quel est votre quotidien en tant qu’agent administratif ?

Au quotidien, je travaille de 7 h à 11h30 : je suis détachée à mi-temps. Depuis mars dernier, je suis détachée à plein temps. La plupart du temps, je pique-nique dans ma voiture avant l’entraînement qui démarre à 13 heures et qui se termine entre 15h et 16h. Dans cet emploi du temps, j’inclus également les séances régulières de kinésithérapie (entre 1h et 1h30), la musculation et autres contraintes paramédicales.

En dehors de votre carrière sportive, vous avez aussi acquis une expérience au sein de la direction générale de la Police nationale. Quel retour d’expérience avez-vous de cet engagement sportif et institutionnel ?

Pour moi, il y a beaucoup de similitudes entre l’engagement professionnel et le sport de haut niveau : rigueur, respect de la hiérarchie, contraintes et respect des horaires, travail en groupe, volonté de progresser…Tout est dit.

Vos collègues vous soutiennent-ils dans votre passion et votre parcours olympique ?

Je suis très soutenue par l’ensemble de mes supérieurs et collègues que je remercie chaleureusement. J’en profite d’ailleurs pour remercier également l’ensemble de ma hiérarchie au plus haut niveau dont je dépends. Je bénéficie de conditions de travail particulières qui me permettent d’avoir un emploi du temps bien adapté. Je suis très reconnaissante de cela.

Un dernier mot ?

Si vous deviez décrire les JO 2024 en un mot ? Un sentiment ?

Un mot pour décrire les JO 2024…… PUBLIC
Il va nous beaucoup manquer ce public à ces jeux !!!!!
Ou bien RETROUVAILLES ou bien encore PARTAGE
Mots toujours en lien avec le public, car les Jeux sont faits pour être partagés avec le plus grand nombre possible.

Si fière que mon pays organise un tel évènement !!

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