20.07.2015 - Intervention de Bernard Cazeneuve sur France Inter

20 juillet 2015

Bernard Cazeneuve a répondu à Marc Fauvelle à la Matinale de France Inter ainsi qu'aux auditeurs le lundi 20 juillet 2015


Marc Fauvelle :

Bonjour Bernard Cazeneuve.

Bernard Cazeneuve :

Bonjour.

Marc Fauvelle :

Il y a trois jours, la justice a levé les derniers recours déposés par les opposants à l’aéroport Notre-Dame-des-Landes. Que dites-vous ce matin aux opposants ? Est-ce que vous allez les évacuer ?

Bernard Cazeneuve :

Je crois qu’il faut rappeler les principes. Les principes, c’est que nous sommes dans un Etat de droit. Lorsqu’il y a un grand projet comme celui de l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, et il en existe d’autres qui veulent s’implanter sur le territoire national pour des raisons notamment de développement économique, il peut y avoir des contestations. Elles se sont exprimées et il y a eu des recours parce que ces contestations ont conduit ceux qui étaient défavorables à ce projet à porter devant les tribunaux administratifs notamment ces recours. Mais lorsque la justice a tranché, que le droit est passé, il faut que les projets puissent se développer. Pour ce qui concerne Notre-Dame-des-Landes, il reste encore beaucoup de choses à faire : mise à disposition des terrains, préparation des terrains et des terrassements, mise en place des dispositifs de prévention archéologique et le projet, comme l’a dit le Premier ministre, dans le respect du droit français et du droit européen, doit pouvoir aller à son terme.

Marc Fauvelle :

Donc pas d’évacuation dans les jours qui viennent ?

Bernard Cazeneuve :

Ce n’est pas ce que je dis. De toute façon, s’il devait y avoir une évacuation, elle ne se déclarerait pas à votre antenne parce qu’elle a des contraintes opérationnelles qui impliquent que tout cela soit fait de façon méticuleuse, mais l’esprit du gouvernement c’est le débat et le dialogue. Il a eu lieu, il continuera à avoir lieu parce qu’il est tout à fait normal que l’on cherche à faire aboutir ces projets avec une volonté d’apaisement mais aussi très fermement le respect du droit parce qu’on ne peut pas s’opposer au droit par la violence. Ça, ce n’est plus la République et ce n’est pas l’Etat de droit. Donc il faut dire des choses extrêmement claires, extrêmement fermes, le droit doit passer, ce qui n’empêche pas le dialogue intelligent de se poursuivre.

Marc Fauvelle :

Bernard Cazeneuve, la droite la semaine dernière vous a reproché d’avoir communiqué trop tôt sur un projet d’attentat contre un site militaire des Pyrénées orientales. Est-ce que désormais le gouvernement va rendre publiques toutes les menaces ?

Bernard Cazeneuve :

Mais nous n’avons cessé de le faire.

Marc Fauvelle :

Toutes ?

Bernard Cazeneuve :

Mais nous donnons aux Français les informations dont nous disposons et le président de la République, le Premier ministre comme moi-même avons régulièrement indiqué que le niveau de la menace était élevé. Si vous prenez l’ensemble des déclarations que j’ai faites au cours des derniers mois, à chaque fois qu’il y a eu des opérations d’arrestations qui concernaient des individus susceptibles de commettre des attentats sur le territoire national, je me suis exprimé et il est vrai que je ne m’exprime pas en fonction des réactions possibles de ceux qui ont considérablement affaibli nos forces de sécurité, qui ont oublié de donner à nos services de Renseignement les moyens de faire face au risque terroriste parce que je n’ai qu’un et unique objectif qui est celui de la protection des Français. Donc lorsqu’il y a le risque de la commission d’un attentat, que les services déjouent ces attentats, je m’exprime et je le fais systématiquement – et ç’a été le cas également pour la dernière communication, vous pouvez le vérifier – en très étroite relation avec le parquet antiterroriste parce que je pense que sur ces sujets, il est très important que chacun joue son rôle, que le ministre de l’Intérieur rende compte de la réalité de la menace parce qu’il faut dire la vérité aux Français et rende compte de l’activité des services de sécurité, et en même temps il appartient au procureur de la République de rendre compte du contenu des enquêtes parce que c’est sous son autorité que ces enquêtes sont conduites.

Marc Fauvelle :

Il n’y a pas eu de récupération politique.

Bernard Cazeneuve :

Récupération ? Vous savez monsieur Fauvelle, on ne conduit pas la lutte contre le terrorisme avec une polémique par risque ou par attentat déjoué ou par sujet à traiter. Il y a des acteurs dont je comprends que la polémique est la modalité : à chaque fois qu’il y a un sujet, il faut qu’il y ait une polémique ; à chaque fois d’ailleurs qu’il y a une polémique, compte tenu de la manière dont elles sont conduites, il y a un abaissement et moi, je ne souhaite pas rentrer là-dedans. Je suis ministre de l’Intérieur, je vois la réalité du risque terroriste en face. Mon rôle c’est d’agir, j’essaye de le faire le mieux possible dans un contexte extrêmement difficile, en prenant sous l’autorité du président de la République et du Premier ministre de nombreuses mesures pour protéger les Français. Je comprends que d’autres, pour des raisons qui tiennent à leurs ambitions, à leurs envies, à leur ressentiment aient une autre stratégie. C’est leur droit mais ce n’est pas la mienne et je ne tiens pas à alimenter tout cela, compte tenu de la responsabilité qui m’incombe.

Marc Fauvelle :

« Il faut interdire aux jihadistes qui partent combattre à l’étranger le retour en France » disait tout à l'heure à ce micro Xavier BERTRAND qui vous interpellait. Qu’est-ce que vous lui répondez ?

Bernard Cazeneuve :

Je lui réponds plusieurs choses. D’abord, nous avons interdit à ceux qui, étrangers résidant en France, sont partis sur le théâtre d’opérations terroristes, le retour en France parce que ça, nous pouvons le faire, ils n’ont pas la nationalité française. Il n’est pas possible d’interdire le retour d’un national sur le territoire national.

Marc Fauvelle :

« Ou les menacer de prison, de peine de prison très lourde » disait Xavier Bertrand tout à l'heure.

Bernard Cazeneuve :

Oui, mais ils sont menacés. Il s’agit de lire ce qu’est le droit pénal. Vous savez que tous ceux qui reviennent et qui ont commis des actes terroristes sur le théâtre des opérations en Irak et en Syrie ont vocation à être judiciarisés.

Marc Fauvelle :

Quand on arrive à prouver qu’il y a eu des actes terroristes à l’étranger, ce qui est évidemment très difficile à faire.

Bernard Cazeneuve :

Oui, mais enfin Xavier Bertrand, j’imagine, ne propose pas que l’on mette en prison des gens dont on n'est pas sûr qu’ils ont des raisons d’y aller, parce que sinon ce n'est plus la République et l’Etat de droit. Mais nous avons la possibilité aujourd'hui, par l’activité des services de Renseignement, par les relations qui existent entre les services de Renseignement, par l’action très puissante à laquelle je veux rendre hommage du parquet antiterroriste, de procéder à la judiciarisation de ceux qui sont allés se livrer à des opérations terroristes notamment en Irak et en Syrie. Je vais vous donner quelques chiffres. C’est plus de cent soixante procédures judiciaires qui ont été ouvertes, qui concernent près de sept cents individus, trois cent vingt-six individus ont été interpellés, il y a eu près de deux cents mises en examen, plusieurs incarcérations. Donc si nous procédons à des arrestations, et celle de la semaine dernière dont nous parlions en est un exemple, c’est tout simplement parce que nous souhaitons en amont de la commission de l’attentat et en aval de la commission de meurtre terroriste sur le théâtre des opérations, procéder à la judiciarisation de ceux qui reviennent. Notre politique, elle est extrêmement déterminée, elle est très ferme, l’activité judiciaire du parquet antiterroriste en témoigne et ce que nous faisons au plan européen en demandant la modification du code de frontière Schengen pour qu’il y ait des contrôles systématiques et coordonnés dans les aéroports en proposant la mise en place du PNR européen, c’est pour pouvoir établir la traçabilité…

Marc Fauvelle :

Le fichage.

Bernard Cazeneuve :

Pardon, je termine. Pour permettre le retour des passagers en Europe en ayant établi la traçabilité de leur parcours, c’est précisément parce que nous voulons à leur arrivée procéder à leur judiciarisation. Mais on ne peut pas combattre le terrorisme dans les approximations, dans les amalgames, dans le « y’a qu’à, faut qu’on » parce qu’on est un Etat de droit, qu’il y a des règles de droit international et que dans le cadre du respect scrupuleux du droit, nous sommes armés pour faire face à la menace terroriste et notamment permettre la judiciarisation de ceux qui ont commis des crimes et qui doivent être, en raison des crimes qu’ils ont punis (sic) sévèrement sanctionnés.

Marc Fauvelle :

Bernard Cazeneuve, votre loi sur les droits des étrangers arrive aujourd'hui à l’Assemblée quelques jours après le vote de la loi sur le droit d’asile. Elle concerne en théorie les deux millions et demi d’étrangers qui vivent sur le sol français. Parmi les nouveautés, on en parlait il y a quelques minutes, la création d’un titre de séjour allant jusqu’à quatre ans au bout d’un an de présence sur le sol français pour faciliter les démarches, éviter également les allers-retours en préfecture. Mais d’autres mesures font polémique notamment des pouvoirs accrus accordés aux préfets pour lutter contre les fraudeurs au titre de séjour ; ils pourront consulter les banques, les écoles la Sécurité sociale. « Logique de suspicion » dit la CIMADE ; quant au Défenseur des droits, il évoque des moyens disproportionnés accordés au préfet.

Bernard Cazeneuve :

Oui. Tout cela est, comme d’habitude, très loin de l’esprit du texte et même très loin du texte lui-même.

Marc Fauvelle :

Qu’est-ce qui est faux dans ce que je viens de dire ?

Bernard Cazeneuve : 

Non, je ne dis pas que ce que vous dites est faux.

Marc Fauvelle :

La réaction de Jacques Toubon, Défenseur des droits ?

Bernard Cazeneuve :

Non, comprenons-nous bien. Je ne dis pas que ce que vous dites des critiques qui nous sont adressées est faux, je dis simplement que les critiques qui nous sont adressées au regard de ce qu’est l’esprit et le contenu du texte sont très excessives.

Marc Fauvelle :

Les préfets ne pourront pas consulter les banques, se rendre dans les écoles ?

Bernard Cazeneuve :

Ma foi, est-ce que ma réponse vous intéresse ?

Marc Fauvelle :

Bien sûr qu’elle m’intéresse.

Bernard Cazeneuve :

Alors je vais vous la livrer si vous m’y autorisez. Nous mettons en place un titre pluriannuel de séjour. Ce titre pluriannuel de séjour, c’est quoi ? C’est au bout d’un an de présence en France, plutôt que d’avoir pendant quatre ans à aller chaque année et plusieurs fois par année en préfecture pour accomplir des formalités, on vous donnera un titre pluriannuel de séjour pouvant aller de deux à quatre ans. Ce titre pluriannuel de séjour doit être accompagné d’un certain nombre de précautions prises par l’administration préfectorale. Il faut que nous soyons en situation de nous assurer que ceux qui vont bénéficier de cette facilité pour permettre une meilleure intégration dans le travail, dans la société française, ne fraudent pas. Et c’est la raison pour laquelle il y aura ce dispositif de communication à l’administration préfectorale, l’élément qui sont exclusivement, uniquement destinés à lutter contre la fraude. On sait notamment que la fraude documentaire est l’un des éléments qui permet le développement de l’immigration irrégulière, et de ce point de vue-là le dispositif est totalement proportionné. C'est parce que nous mettons en place ce dispositif destiné à faciliter l’intégration des étrangers en France à travers le titre pluriannuel de séjour que nous devons nous assurer qu’il n’y aura pas de dispositif de fraude documentaire.

Marc Fauvelle :

Par exemple concernant l’école, Bernard Cazeneuve, quelles sont les informations que pourrait demander un préfet ? Vérifier si les enfants sont bien scolarisés ? S’ils suivent attentivement ? S’ils parlent bien français ?

Bernard Cazeneuve :

Nous voulons un dispositif d’intégration, donc il est absolument souhaitable que nous veillons à ce qu’il n’y ait pas de fraude aux prestations sociales, à ce que les enfants puissent être scolarisés dans de bonnes conditions parce que dès lors qu’on accueille des étrangers en France avec leurs enfants, on peut souhaiter légitimement que les règles de l’école obligatoire jusqu’à l’âge de seize ans s’appliquent. C’est d’ailleurs la garantie de la possibilité de l’ensemble des enfants d’avoir accès à l’éducation. Il s’agit simplement de veiller à ce que l’intégration se fasse dans de bonnes conditions et de faire en sorte que la facilité que nous offrons et qui est un progrès considérable garantisse, puisque c’est l’objectif aussi de cette mesure, la bonne intégration dans le système français.

Marc Fauvelle :

Le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve est l’invité de France Inter jusqu’à neuf heures moins cinq. Vos questions dès maintenant au standard de France Inter. On évoquera, si vous le voulez bien monsieur le Ministre avec vous, la situation à Calais, notamment ces milliers de migrants qui attendent de passer de l’autre côté de la Manche.

Bernard Cazeneuve :

Volontiers.

Marc Fauvelle :

Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur, avec nous jusqu’à 8h55. Vos questions, c’est tout de suite au standard de France Inter. Paule nous appelle de Paris. Bonjour Paule, vous êtes en direct sur France Inter, on écoute votre question.  

Paule :

Oui bonjour j’ai donc une question, j’ai deux questions pour monsieur le Ministre mais, une qui me tient particulièrement à cœur, c’est celle des déboutés du droit d’asile, donc des gens qui sont venus, là je parle d’un Afghan, qui sont venus, qui ont quitté l’Afghanistan en 2003. En 2007, ils sont arrivés en France, l’OFPRA leur a refusé l’asile en 2008 et depuis ils sont là, ils ne peuvent pas repartir, ils travaillent au black, ils n’ont aucune protection sociale, mais ils sont bien intégrés parce qu’ils travaillent quand même. Et ils ne sont pas expulsables. Alors j’ai cru savoir que dans le projet de loi, il n’y avait rien de prévu pour eux, monsieur le Ministre, que comptez vous faire ? Est-ce qu’on peut avoir un peu d’humanité ?  

Marc Fauvelle :

Bernard Cazeneuve.  Merci à vous Paule.

Bernard Cazeneuve :

Oui excellente question, deux choses d’abord, nous allons présenter deux textes de loi, un texte sur l’asile et un texte sur le séjour, deux textes différents. Pourquoi ? Parce que l’asile à une logique propre, nous devons pouvoir accueillir tous ceux qui relèvent du statut de réfugié dès lors que les conditions sont réunies, et si elles ne sont pas réunies nous devons pouvoir procéder à la reconduite à la frontière de ceux qui ne peuvent pas bénéficier du statut de l’asile et ne peuvent pas non plus bénéficier du droit au séjour à un autre titre. Plus le temps du traitement de dossier des demandeurs d’asile est long, moins il est possible dans des conditions humaines de procéder à la reconduite à la frontière, c’est la raison pour laquelle nous avons décidé de ramener de 24 à 9 mois, le délai de traitement de l’accès à l’asile en  donnant des moyens supplémentaires à l’OFPRA, à l’Office en charge de ces questions et nous avons aussi décidé de donner des moyens à la Cour nationale du droit d’asile pour permettre de réduire les délais de traitement. Nous avons aussi créé prés de 8.000 places pour les demandeurs d’asile supplémentaire en CADA de manière à créer des conditions d’un accueil humanisé. Il y a effectivement pour des raisons qui tiennent au fait que les délais ont été très longs, les demandeurs d’asile qui sont là depuis très longtemps et qui pour un certain nombre d’entre eux se sont intégrés. Et pour cela nous regardons les situations au cas par cas. Il y a des pays vers lesquels il est difficile de procéder à leur reconduite pour des raisons qui tiennent à la situation politique qui prévaut dans ces pays et, à chaque fois qu’il est possible de le faire, il faut demander les laisser passer consulaire et procéder à la reconduite. Pourquoi, et je veux aussi apporter cette réponse en conclusion à Paule, c’est que si nous ne procédons pas à la reconduite de ceux qui sont déboutés du droit d’asile et qui n’ont pas le droit au séjour en France alors il n’y a plus d’asile en France, il n’y aura plus de soutenabilité de l’asile en France. Et c’est la raison pour laquelle dans le second texte, sur le droit au séjour nous mettons en place des dispositifs qui permettent une reconduite à la frontière dans des conditions humaines de ceux qui n’ont pas à être en France parce qu’ils sont migrants irréguliers, parce qu’ils sont déboutés du droit d’asile et c’est la raison pour laquelle par exemple nous mettons en place l’assignation à résidence.

Marc Fauvelle :

Bernard Cazeneuve, un rapport de la Cour des Comptes il y a quelques semaines affirmait que 99 % des déboutés du droit d’asile n’étaient pas renvoyés chez eux, qu’ils restaient donc en France. Est-ce que ce chiffre est exact ?

Bernard Cazeneuve :

Non, ce chiffre n’est pas exact, j’ai d’ailleurs répondu à la Cour des Comptes avec des éléments extrêmement précis.

Marc Fauvelle :

Quel est le bon chiffre ?

Bernard Cazeneuve :

Je pense que le bon chiffre est autour de 20 %, ce qui est quand même…

Marc Fauvelle :

20 % des déboutés qui restent sur le territoire.

Bernard Cazeneuve :

Ce qui n’est quand même pas bon du tout. Donc il faut que nous améliorons les conditions de reconduite et c’est la raison pour laquelle il faut réduire la durée de traitement des demandeurs d’asile pour faire en sorte qu’ils puissent avoir accès à l’asile lorsqu’ils y ont droit beaucoup plus rapidement, que ça en est le cas maintenant. Il faut pouvoir le faire dans des conditions humaines lorsque la reconduite intervient, c’est l’objet de la loi sur le séjour que je présente. Et puis il faut aussi beaucoup de fermeté dans l’équilibre que nous présentons. Ceux qui sont réfugiés doivent pouvoir être accueilli, s’ils sont déboutés ils doivent être reconduits, nous devons mener une lutte déterminée contre l’immigration irrégulière, les filières de passeurs, faire en sorte que ceux qui entre les mains de ces passeurs sont arrivés sur le territoire national et qui peuvent être reconduits le soient. Je dois d’ailleurs vous dire que nous avons considérablement augmenté le nombre de filières de l’immigration irrégulière démantelées au cours des dernières années, de prés de 25 % depuis 2012. Et nous reconduisons pour les ressortissants non européens qui sont les plus difficiles à reconduire à la frontière, beaucoup plus qu’au cours des précédentes années. J’en profite d’être dans votre antenne pour vous dire…

Marc Fauvelle :

Quelle proportion ?

Bernard Cazeneuve :

Nous sommes passés de 13.000 reconduites hors Union européenne, hors ressortissants de l’Union européenne en 2012, à près de 16.000, ce qui est une augmentation assez significative.

Marc Fauvelle :

Claire, nous appelle de Loire-Atlantique. Bonjour Claire, bienvenue, vous êtes en direct sur France Inter.

Claire :

Oui bonjour, bonjour monsieur le Ministre, bonjour à toute l’équipe. Tout d’abord bien que n’étant pas traditionnellement de votre bord politique, je voudrais vous dire que je soutiens votre action et celle de vos services.

Bernard Cazeneuve :

Merci.

Claire :

J’apprécie votre langage clair et me semble t-il relativement transparent dans la mesure de ce qui est possible dans cette situation. Par ailleurs ma question est la suivante, je voudrais savoir si tout dans le respect bien sûr des textes européens vous avez l’intention d’avoir une action, une proposition de texte pour peut-être je dirais amender, des accords de Schengen dans le sens d’un meilleur contrôle aux frontières quelles que soient ces frontières terrestres, maritimes, aériennes etc. Et est-ce que la France a vraiment là une possibilité peut-être d’affluer sur la politique générale européenne.

Bernard Cazeneuve :

Merci de votre question là aussi qui est très centrale dans les sujets que j’ai à traiter qu’il s’agisse de la question migratoire ou aussi de la lutte contre le terrorisme. Oui, il faut modifier l’ordre des choses et je me suis fortement engagé au sein de l’Union européenne pour que cela soit le cas et nous avons été à l’avant-garde des actions à conduire. J’ai fait une tournée européenne au mois d’août pour faire en sorte que nous ayons davantage de contrôles aux frontières extérieures de l’Union européenne notamment au moment de l’arrivée en Italie et en Grèce des migrants qui arrivent de la bande sahélo-saharienne. Ca veut dire quoi ça ? Ca veut dire qu’il faut mettre ces fameux hotspot en place en Italie qui permettent de distinguer ceux qui relèvent du statut de réfugiés, des migrants irréguliers…

Marc Fauvelle :

Ce sont des centres de tri, même si l’expression n’est pas très heureuse.

Bernard Cazeneuve :

Ce sont des centres qui permettent de respecter les règles de Schengen et de Dublin, c'est-à-dire prendre les empreintes, inscrire sur les banques EURODAC  les migrants, procéder à la reconduite là  aussi de ceux qui doivent l’être, je pense d’ailleurs qu’il faut négocier avec des pays comme le Niger pour faciliter dans des conditions humaines et le maintien sur place des migrants économiques et leur retour. Et par ailleurs il faut que nous mettions en place le dispositif si on veut faire en sorte qu’il y ait un partage entre les pays de l’Union européenne de ceux qui relèvent du statut de réfugiés en Europe. Et par ailleurs pour évoquer aussi la question de la lutte anti terroriste et du contrôle des frontières, il faut des contrôles systématiques et coordonnés dans les aéroports au moment du franchissement des frontières extérieures de l’Union européenne. Parce que si nous ne faisons pas cela, nous ne serons pas efficaces pour lutter contre l’immigration irrégulière, nous ne serons pas en situation de maitriser nos flux migratoires et nous ne serons surtout pas en situation, je reviens au début de notre échange,  d’assurer la traçabilité du retour des terroristes. L’intérêt de cette proposition française qui a été reprise par l’Union européenne, contrôle coordonné et systématique, c’est qu’on n’a pas besoin de modifier parce que ça prendrait des mois le code frontière Schengen pour le faire et c’est en même temps une bonne manière de préparer à l’idée de contrôles qui seraient non seulement systématiques, coordonnés, mais demain obligatoires. Et pour cela effectivement il faut une modification du code, la France y est favorable.

Marc Fauvelle :

Question de Nathalie Hernandez du service police justice de France Inter.

Nathalie Hernandez:

Bonjour monsieur le Ministre.

Bernard Cazeneuve :

Bonjour madame.

Nathalie Hernandez:

A propos de Calais vous avez entendu tout à l’heure le cri au secours du syndicat Alliance sur le commissariat qui manque d’effectif. Alors effectivement il y a eu des CRS qui sont venus en renfort, mais qu’est-ce que vous pouvez leur répondre ? Est-ce que vous pouvez leur dire que bientôt il y aura des officiers,  des hommes qui vont venir effectivement les renforcer pour résoudre les enquêtes, pour travailler avec eux ?

Bernard Cazeneuve :

Je vais répondre des choses extrêmement précises au syndicat Alliance qui sait que mon souhait sur les sujets les plus difficiles, est d’apporter des réponses qui ne soient pas démagogiques, mais qui soient précises et rigoureuses. D’abord le syndicat Alliance doit se souvenir, je sais qu’il le sait que les forces de sécurité ont perdu prés de 13 000 emplois entre 2007 et 2012, 6 000 dans la gendarmerie, 7 000 dans la police. Ca n’est pas sans conséquence. Nous créons 500 postes par an et par ailleurs il a été décidé dans le cadre de la lutte antiterroriste de créer 1 500 postes dans les services de renseignements pour faire face aux risques. A Calais, que s’est-il passé concrètement ? J’ai alloué 250 postes supplémentaires dont une grande partie d’ailleurs sont des postes qui sont dans les compagnies et unités de force mobile.

Bernard Cazeneuve :

J’ai par ailleurs fait en sorte qu’il y ait un renforcement des effectifs policiers en centre ville, et j’ai décidé d’augmenter ces 250 effectifs lorsque c’est nécessaire, lorsqu’il y a des tensions, de 70 effectifs supplémentaires. Donc le syndicat Alliance sait qu’on a perdu beaucoup d’emplois, le syndicat Alliance sait qu’on en recrée, et le syndicat Alliance ne peut pas contester les chiffres que je viens de donner, et qui sont quand même très significatifs. Mais il est normal que les syndicats disent toujours plus, surtout lorsqu’ils ont été plus complaisants à un moment où les effectifs diminuaient beaucoup, ça fait partie du jeu. J’aborde tout ça avec une relative sérénité…

Marc Fauvelle :

Bernard CAZENEUVE, vous confirmez le chiffre de 3.000 migrants installés en ce moment dans les dunes autour de Calais ? 3.000.

Bernard Cazeneuve :

Les chiffres que j’ai sont un peu inférieurs à ça, de l’ordre plutôt de 2.000…

Marc Fauvelle :

Avec des arrivées quotidiennes ?

Bernard Cazeneuve :

Il y a des arrivées quotidiennes, mais il y a aussi des départs quotidiens, parce que, à Calais, la politique du gouvernement est très claire, elle s’articule autour de trois idées, ceux qui relèvent du statut de réfugiés à Calais et qui veulent absolument l’obtenir en Grande-Bretagne se voient proposer l’asile en France, parce que ce sont les règles européennes, et parce que dès lors qu’ils relèvent du statut de réfugiés, on doit pouvoir le leur proposer. C’est ainsi que j’ai décidé d’accélérer, dans le cadre des procédures de droit commun l’accès à l’asile pour un certain nombre de ceux qui sont à Calais, ça a été le cas pour les Erythréens récemment. Deuxième point, nous reconduisons à la frontière tous ceux qui relèvent de l’immigration économique irrégulière en demandant le laissez-passer consulaire, et il y a des avions qui procèdent à cela, j’assume cette politique, parce que si je ne le fais pas, il n’y a pas de soutenabilité, ce que nous faisons sur l’asile. Et nous démantelons de façon résolue, en liaison d’ailleurs avec les Britanniques, les filières de l’immigration irrégulière, plus 25 % l’an dernier de démantèlement de l’immigration irrégulière à Calais. Troisième point…

Marc Fauvelle :
Il faut se fâcher avec les Britanniques disait tout à l’heure…

Bernard Cazeneuve :

Attendez, je vais vous répondre…

Marc Fauvelle :

Oui, pardon…

Bernard Cazeneuve :

Je sais que Xavier BERTRAND m’a interpellé, je ne veux pas…

Marc Fauvelle :

Oui, beaucoup, il vous a beaucoup interpellé ce matin…

Bernard Cazeneuve:

Donc je ne veux pas le contrarier en ne lui répondant pas, je lui dois ces réponses, c’est bien normal. Et troisième point, nous voulons aussi qu’il y ait des conditions qui fassent qu’il n’y ait pas des femmes, des enfants, des personnes vulnérables qui soient livrées à elles-mêmes à Calais, c’est la raison pour laquelle j’ai accepté la mise en place de cet accueil de jour qui est financé pour partie par l’Union européenne et qui est mis en place en très étroite liaison avec la municipalité de Calais, dont la maire n’est pas de ma sensibilité politique, mais avec laquelle je travaille dans un climat de confiance, parce qu’elle sait à quel point la situation est difficile, comme tous les élus de Calais, ils sont proches du lieu, bon. Alors, ensuite, Xavier Bertrand m’a interpellé sur le thème : il faut que les Britanniques prennent leur part. Alors, deux éléments de réponse à Xavier BERTRAND, d’abord, ce n’est pas moi qui ai signé les accords du Touquet…

Marc Fauvelle :

C’était en 2003…

Bernard Cazeneuve :

Oui, avec monsieur Blunkett, à Calais, on a, à ce moment-là, démantelé Sangatte, ce qui a d’ailleurs conduit une grande partie des migrants à se répartir sur toute la façade septentrionale sans aucun moyen donné aux maires, et j’étais à l’époque maire de Cherbourg, nous avions des migrants qui dormaient dans des cartons en centre ville, à ce moment-là, nous nous sommes débrouillés comme nous pouvions, et sans faire d’ailleurs de grandes déclarations sur l’Etat, sur la manière dont tout cela était traité, parce que nous avions un problème humain et nous l’avons réglé. Donc ces accords ont été signés par Nicolas Sarkozy et le ministre de l’Intérieur de l’époque, qui s’appelait Blunkett. Très bien. Donc cet accord, il est là. Il n’a pas été signé par nous…

Marc Fauvelle :

Il faut le renégocier ou pas ?

Bernard Cazeneuve :

Eh bien, si nous renégocions cet accord, que se passerait-il ? Nous dirions aux migrants : eh bien, vous allez aller en Grande-Bretagne, qu’est-ce qui se passe compte tenu de ce que sont les règles européennes ? D’abord, nous avons un afflux beaucoup plus important de migrants à Calais, parce que bien entendu, s’ils savent qu’ils peuvent passer en Grande-Bretagne, nous augmentons considérablement le flux. Faut-il le faire ? Je pose la question à Xavier Bertrand. Quand ils ont passé la Manche, comme les règles de Schengen s’appliquent et que de surcroît, les Britanniques ont un "opt out" sur Shenghen, ils nous les renvoient. Donc nous aurons un flux plus important, et nous aurons un stock plus important. Est-ce que c’est cela qu’on me propose de faire ? Si c’est cela qu’on me propose de faire, je pense que les Français qui nous écoutent auront parfaitement compris que je ne veuille pas le faire, parce que mon objectif, c’est de régler le problème à Calais. Ce n’est pas de l’aggraver. Le problème à Calais, il est extraordinairement difficile. Parce que, on a 70.000 migrants qui sont arrivés en Italie depuis le début de l’année, 70.000 migrants qui sont arrivés en Grèce, ces migrants se répartissent sur l’ensemble du territoire européen. Il faut savoir que malgré cela, la demande d’asile en 2014 en France a diminué de 2,37 % alors qu’elle a augmenté partout ailleurs, alors qu’entre 2006 et 2012, la demande d’asile avait doublé. Donc nous sommes confrontés à cette situation-là, il y a un contexte géopolitique, il y a un contexte migratoire international, moi, j’essaie sur ce sujet-là non pas d’être dans l’outrance, non pas d’être dans l’instrumentalisation de cette question à des fins politiques, mais d’être dans le pragmatisme, c’est-à-dire, comment on fait pour régler le problème. Mais pour régler le problème à Calais, je pense qu’il faut au contraire dire qu’on ne peut pas franchir la frontière de manière à diminuer le flux, il faut diminuer le nombre de ceux qui sont là précisément en ayant cette fermeté, et cette fermeté doit nous conduire aussi à démanteler les filières et à reconduire à la frontière ceux qui ont été amenés par les passeurs à Calais et qui relèvent de l’immigration irrégulière, et faire en sorte que ceux qui relèvent de l’asile puissent l’obtenir.

Marc Fauvelle :

Dernière question, Cyril Graziani, service politique de France Inter.

Cyril Graziani:

Vous disiez, il y a quelques mois, en novembre, que, concernant les attentats déjoués, il n’était pas nécessaire de parler de ce qui se fait, de ce qui est de nature à protéger les Français. Est-ce que, aujourd’hui, la doctrine du gouvernement a changé, notamment après les événements de janvier, els attentats de janvier ?

Bernard Cazeneuve :

Non. Et d’abord,

Bernard Cazeneuve :

D’abord la communication sur la question du terrorisme doit être une communication maitrisée et doit être une communication qui permet aux Français de savoir la vérité. Il s’est passé des attentats au mois de janvier, le nombre de ceux qui partent sur le théâtre des opérations terroristes n’a cessé d’augmenter. Les informations dont nous disposons concernant les risques de commission d’attentats terroristes en France et en Europe sont des informations qui montrent que nous sommes face à un niveau de menaces élevé. Pas seulement en France, c’est le cas aussi dans les autres pays de l’Union européenne. Quel est par conséquent le devoir d’un gouvernement ? Face à cette réalité, c’est très simple, c’est de dire la vérité aux Français, de montrer ce que nous faisons pour protéger les Français de la commission de ces actes et dès lors que nous communiquons sur des attentats déjoués, de le faire c’est ma doctrine, en très étroite liaison avec le parquet antiterroriste. Il n’y a pas une communication de ma part qui ne soit pas parfaitement articulée avec le parquet antiterroriste, pourquoi ? Parce que François MOLINS fait un travail remarquable, parce que c’est un grand magistrat avec qui j’ai une relation de confiance, et parce que chacun doit rester à sa place. Et lui comme moi, lorsque nous en parlons, nous convenons des termes de nos communications de façon précise de manière à ce que les Français aient l’information à laquelle ils ont droit et que tout cela se fasse dans le respect des prérogatives de chacun.

Marc Fauvelle :

Merci à vous Bernard Cazeneuve d’être venu ce matin au micro de France Inter. Il n’y aura pas de dernière question…

Bernard Cazeneuve :

Je sens qu’il y a des questions…

Marc Fauvelle :

De Cyril …

Bernard Cazeneuve :

Moi, je peux rester.

Marc Fauvelle :

Bernadette Chamonaz, désolé l’heure tourne et on est déjà terriblement en retard comme chaque matin.

Bernard Cazeneuve :

J’aurais fait la proposition.

Marc Fauvelle :

Merci à vous Bernard Cazeneuve