05.05.2015 - Séance de questions d'actualité au Gouvernement à l'Assemblée nationale

5 mai 2015

Bernard Cazeneuve a répondu à Christian Estrosi, député des Alpes-Maritimes


Christian ESTROSI, député UMP des Alpes-Maritimes :

Monsieur le Premier Ministre, mes chers collègues, dois-je rappeler que nous avons une explosion record des demandes d’asile de 44 % sur un an, un triplement de l’immigration irrégulière en 2014, une hausse de 50 % sur le premier trimestre 2015, voilà à quoi est confronté notre pays : plus aucun contrôle au col de Larche, porte d’entrée entre les Alpes-de-Haute-Provence et l’Italie. Pourquoi avoir supprimé 30 postes au sein de la Police aux frontières dans les Alpes-Maritimes, zone de transit de ces malheureux vers le Nord de la France ? Et lorsque je pense que le ministre de l’Intérieur, hier soir à Calais, se disait… encourageait les migrants à faire des demandes d’asile pour mieux rester chez nous, je trouve cette situation intolérable. Je vous ai demandé des renforts et sans réponse. Et vous savez pourtant depuis plusieurs semaines qu’il y a une pression de près d’un million de candidats au départ de l’Afrique. La responsabilité devrait relever en grande partie de la mobilisation de l’Union européenne pour ne pas laisser l’Italie, et par conséquence la France, confrontées à cette situation. Or ces décisions sont dérisoires. Alors il est de votre responsabilité de prendre des initiatives pour enrayer ce système de passoire généralisé. Pour tarir ce problème à la source, trois propositions, Monsieur le Ministre : réformer Schengen quitte à en sortir, mobiliser au niveau européen une flotte navale et aérienne sur les côtes du Sud, frapper les trafiquants et les réseaux là où ils se trouvent, quitte à faire couler les bateaux vides avant leur départ. J’attends vos propositions pour que les trafiquants ne laissent plus penser que la France est un Eldorado pour tous les immigrés d’Afrique, Monsieur le Premier Ministre.

Bernard CAZENEUVE, ministre de l’Intérieur :

Monsieur le Député ESTROSI, vous évoquez à juste titre la difficulté de la situation en Méditerranée centrale et appelez le Gouvernement à préciser ce qu’est sa position. D’abord pour ce qui concerne les demandes d’asile, comme vous le savez, les demandes d’asile ont fortement augmenté en France entre 2007 et 2012, elles ont été multipliées par trois. Pour ce qui concerne 2014, la demande d’asile en France en 2014 a diminué de 2,64 % très exactement. Mais il est vrai que depuis le début de l’année 2015, il y a, pour des raisons qui tiennent à la situation en Méditerranée centrale, une augmentation de la demande d’asile. Que faisons-nous pour faire face à cette situation ? D’abord, nous augmentons très significativement les moyens de la Police de l’Air et des Frontières, puisque, alors que 13.000 postes ont été supprimés dans la Police et dans la Gendarmerie, au cours des cinq années 2007-2012, nous recréons des postes en nombre dans les services de Police, et notamment au sein de la Police de l’Air et des Frontières pour faire face à cette nouvelle situation, et mettre en place le PNR. J’ai par ailleurs donné des instructions pour qu’à Vintimille, c'est-à-dire dans votre… aux frontières de votre département, il y ait des renforts très significatifs d’apportés, comme cela avait été le cas l’an dernier, et je veux vous donner des chiffres précis : il y a quinze jours, grâce à ces renforts, ce sont 890 migrants en situation irrégulière qui ont été reconduits à la frontière, et la semaine dernière : 390. Donc le dispositif est efficace et fonctionne. Ensuite, nous avons, au Conseil européen, fait des propositions, la France, qui ont été reprises par le Conseil européen : travailler avec les pays de provenance – je serai au Niger la semaine prochaine pour que nous puissions prendre en compte les migrants dès les pays de provenance – mettre en œuvre une politique de protection des frontières extérieures de l’Union européenne, et appliquer au sein de l’Union européenne le partage des demandeurs d’asile, de manière à ce que notre pays ne soit pas le seul à faire face à cette demande croissante.