26.01.2016 - Séance de questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale

26 janvier 2016

Bernard Cazeneuve a répondu à Daniel Fasquelle et Bernard Debré, député Les Républicains Paris, lors de la séance de questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale du 26 janvier 2016.


Daniel FASQUELLE

Ma question s’adresse à Manuel VALLS, Premier ministre. Ce samedi à Calais se sont déroulés des faits  d’une exceptionnelle gravité. Le port a été de nouveau pris d’assaut, l’activité économique une nouvelle fois bloquée. Des personnes et des biens ont été menacés ; la statue du général De GAULLE souillée ; l’autorité républicaine défiée et bafouée.  Face à ces évènements, qui sont malheureusement pas les premiers, le sentiment des Calaisiens et des Français c’est que la situation échappe désormais à tout contrôle. Dans le camp La Lande, qui est devenu le plus grand bidonville d’Europe,  c’est désormais le chaos et la loi des passeurs qui règne. Face à cette situation insoutenable, les Calaisiens ont jusqu’à présent gardé leur sang froid. Je veux saluer ici leur réaction digne et exemplaire. Dimanche, au coté de Natacha BOUCHART, maire de Calais,  ils ont de nouveau manifesté pour dire qu’ils aiment leur ville, qu’elle est belle, mais qu’ils n’en peuvent plus que chaque semaine son image soit dégradée, que chaque semaine les entreprises et l’emploi soient déstabilisés et l’insécurité aggravée. Député du Pas-de-Calais, je veux me faire cet après midi le porte parole des Calaisiens, des habitants de la Cote d’Opale  et de ceux qui demandent au gouvernement de ne plus minimiser l’ampleur du phénomène. Monsieur le Premier ministre, faudra t-il attendre qu’un drame survienne pour qu’enfin  le président de la République se rende sur place.  Monsieur le Premier ministre  qu’attendez vous pour prendre des mesures exceptionnelles qui permettront de rétablir la loi de la République et de mettre fin à cette situation de non droit ? Monsieur le Premier ministre, que proposez-vous pour expulser les clandestins, pour sanctionner les no borders complices de ces violences et pour traiter dignement les vrais demandeurs d’asile ? Monsieur le Premier ministre il est plus que temps que vous réagissiez  car comme l’a dit hier notre nouveau président de région Xavier BERTRAND Calais  c’est la France et la France ne peut plus accepter ces situations ?

Bernard CAZENEUVE, ministre de l’Intérieur

Monsieur le député FASQUELLE,  vous avez raison de citer le président de  région, Xavier BERTRAND, j’étais avec lui ce matin à Lille, nous avons fait une conférence de presse commune et le ton sur lequel il est intervenu est en contraste complet avec les aspects polémiques de votre question. Je voudrais répondre très précisément. Oui parce que plus on est près d’un territoire et des problèmes et plus on est éloigné de la polémique. Je vais donc répondre très précisément  à chacune de vos interrogations. D’abord vous dites qu’est-ce que vous faites pour éloigner ceux qui sont en situation régulière et qui ne relèvent de l’asile en France ? Vous oubliez simplement de préciser qu’au cours de l’année 2015 ce sont 1768 migrants en situation irrégulière qui ont été expulsés de Calais, le dire ça aurait été une bonne manière de rendre hommage aux policiers de la police de l’air et des frontières et aux forces de l’ordre qui font un travail remarquable et auxquels vous n’avez même pas rendu hommage dans votre question, ce qui est vraiment très regrettable.  Vous dites ensuite, qu’est-ce que vous faites pour démanteler les filières de l’immigration irrégulière ? L’an dernier nous avons  démantelé 25 % de plus de filières de migrants irréguliers et de passeurs à Calais, qui représentent près de 700 passeurs dont la situation a été judiciarisée. Pourquoi est-ce que vous ne le dites pas ? Tout simplement parce que vous cherchez la polémique, vous ne cherchez pas à être de bonne foi, vous ne cherchez pas à apaiser sur ce sujet.  Vous dites que sur La Lande  la situation s’est détériorée. Mais pourquoi est-ce que vous ne dites pas qu’avec la maire de Calais et le député Yann CAPET et le concours de l’Union européenne nous avons mis en place des dispositifs  humanitaires sur La Lande qui nous ont conduit à mobiliser près de  20 millions d’euros, 1500 places pour ceux qui sont en situation d’être accueillis à Calais, ce qui n’existait pas avant, et que vous auriez pu valoriser  si vous étiez dans la recherche de la vérité  plutôt que dans la recherche de la polémique. En fait la situation à Calais appelle de la fermeté ; et dimanche et samedi  il y a eu des interpellations, 35, il y a eu 6 mises en examen, et le droit est passé.

Bernard DEBRE, député Les Républicains Paris  

Ma question s’adresse à Monsieur le Premier Ministre. Monsieur le Premier Ministre. Dans quel pays vivons-nous ? Dans quel pays des centaines de chauffeurs de taxi peuvent entraver la circulation de la capitale, des grandes villes et des aéroports ? Dans quel pays ce même groupe  … des passants, des caméras, des forces de l’ordre, envahir le périphérique et bruler des pneus, jeter des projectiles sur les CRS ? Ce matin, les habitants de la Porte Maillot et tous les Français ont assisté, médusés, à des scènes d’émeutes urbaines, en plein cœur de Paris, et ceci, en plein état d’urgence. Les CRS et les pompiers, au péril de leur sécurité, sont intervenus au milieu de la circulation. Je tiens à saluer leur courage et leur professionnalisme. Mais ce n’est pas la première fois, sous votre responsabilité, que les forces de l’ordre sont dépassés et malmenés. Depuis 2012, les scènes de guérilla urbaine se sont multipliées, Trocadéro, Sivens avec un mort, Nantes, la Porte Maillot, déjà le 25 juin, l’autoroute A1, Moirans et encore ce samedi à Calais. Pourquoi n’avez-vous pas anticipé ces débordements qui étaient annoncés ? Quel maillon a faibli dans la chaine de commandement ? Quelle est la responsabilité du préfet de police et quelle est la responsabilité du ministre de l’Intérieur ? Dans six mois, la France va accueillir l’Euro 2016. Vous rendez-vous compte de l’image délétère que provoquent sur notre pays ces débordements non maitrisés ? Monsieur le Premier Ministre, des sanctions sévères doivent être prises contre les auteurs de ces actes. Paris doit retrouver sa sérénité. Nous sommes en état d’urgence. Vous souhaitez même, avez-vous dit, le prolonger.

Bernard CAZENEUVE, ministre de l’Intérieur

Monsieur le Député Bernard DEBRE. Je voudrais vous poser une question, à mon tour, qui sera une manière de répondre à votre propre interrogation. En 2005, lorsqu’il y a eu trois semaines d’émeutes urbaines en France et trois semaines d’état d’urgence qui n’était pas dicté par le terrorisme, mais par l’incapacité dans laquelle vous aviez été, après un mot malheureux du ministre de l’Intérieur de l’époque, de maintenir l’ordre, est-ce nous étions dans un pays qui était capable de faire régner l’Etat de droit ? Je vous pose la question. Je vous pose la question. Vous êtes singulièrement oublieux de ces moments, vous qui donnez des leçons. En même temps que pendant cinq ans, vous avez mis à mal les forces de l’ordre en supprimant 13 000 emplois au sein des forces de l’ordre, en diminuant leurs crédits de 17 % et en faisant en sorte que dans la magistrature, le même sort soit réservé à ceux qui sont là pour faire passer le droit ! Alors, quand on a de tels diplômes, on se dispense de donner des leçons d’Etat de droit et de sécurité. Maintenant, laissez-moi vous répondre sur le fond. Monsieur le Député DEBRE, l’Etat de droit, ce n’est pas l’interdiction de manifester en tout point du territoire national. Parce que si c’était cela, ce serait un Etat arbitraire qui remettrait en cause les libertés publiques. Si nous avions pris la décision d’interdire cette manifestation, nous aurions été cassés par le juge administratif. Ce qui aurait affaibli l’Etat de droit. C’est parce que nous ne l’avons pas voulu, l’affaiblir, que nous n’avons pas pris les décisions hasardeuses que vous avez prises vous-mêmes. Qu’il s’agisse de Moirans, qu’il s’agisse… qu’il s’agisse d’Ajaccio, partout les interpellations ont eu lieu, partout le droit passera ! Parce que l’Etat de droit, ce n’est pas l’état d’agitation !