Séance de questions d'actualité au Gouvernement du 18 novembre 2014

18 novembre 2014

Mardi 18 novembre 2014, Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, a répondu à une question de la députée Valérie Fourneyron sur la stratégie globale mise en œuvre par le Gouvernement pour lutter contre le terrorisme, lors de la séance de questions au Gouvernement à l'Assemblée nationale.


Claude Bartolone, président de l’Assemblée nationale

La parole est à Madame Valérie Fourneyron.

Valérie Fourneyron, députée PS de Seine-Maritime

Merci Monsieur le président. Ma question s’adresse à Monsieur le ministre de l’Intérieur. Monsieur le ministre de l’Intérieur, l’horreur du terrorisme ne connaît aucune limite. Alors qu’on croyait avoir atteint le comble de la barbarie, voilà que Daech franchit un nouveau palier dans les exactions. Daech, les nouveaux maîtres de la terreur, nés sur les décombres du conflit syrien, une entité monstrueuse, plus puissante, plus connectée, plus sanguinaire. Il n’y a pas de mot pour décrire l’horreur des images de supplices abjectes de Peter Kassig et de soldats syriens. Ces images nous en évoquent d’autres terribles, celles de l’exécution de notre compatriote Hervé Gourdel, en Algérie il y a quelques mois. Et nous tremblons d’effroi aujourd’hui pour Serge Lazarevic, le dernier otage français encore détenu dans le monde. Mais ce qui inquiète, Monsieur le ministre, c’est le profil de ces nouveaux jihadistes. Il y a des milliers de jeunes Occidentaux engagés dans cette folie, des jeunes entre dix-huit et vingt-neuf ans pour la plupart mais aussi des mineurs solitaires qui ont rarement un passé criminel. Trois cent soixante-quinze Français seraient actuellement en Syrie et en Irak au service du jihad. C’est le plus important contingent occidental. À 80 %, ils viennent de familles athées, ils se sont radicalisés seuls à une vitesse effarante, ont été recrutés sur Internet. Et c’est sur Internet aujourd’hui qu’ils deviennent des bourreaux et participent à la propagande haineuse et mortifère de Daech comme Maxime Hauchard identifié dans la vidéo d’exécution de Peter Kassig. Monsieur le ministre, nous connaissons votre droiture, votre attachement à l’État de droit, aux valeurs de la République. Nous avons voté ici, il y a quelques jours, le projet de loi de lutte contre le terrorisme que vous avez porté et les interdictions de sortie du territoire. Pouvez-vous nous rappeler quelle stratégie globale est mise en œuvre par le gouvernement pour lutter contre ce terrorisme d’un nouveau genre ?

Claude Bartolone

Merci. La parole est à Monsieur Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur.

Bernard Cazeneuve, ministre de l’Intérieur

Madame la ministre, vous m’invitez à faire un point sur l’action du gouvernement français dans le domaine de la lutte contre le terrorisme et vous évoquez ces images absolument monstrueuses, abjectes des assassinats qui ont été commis ce week-end, ces images de décapitation non seulement de l’otage Kassig, mais également des soldats syriens. D’abord, je voudrais insister sur le fait que nous sommes déterminés ces actes de barbarie. C’est la raison pour laquelle nous avons mis en place cette plateforme de signalisation qui conduit à la mobilisation autour des préfets et des procureurs de la République sur le territoire, de toutes les administrations françaises, pour que ces jeunes ressortissants qui ont la tentation de basculer dans les groupes terroristes en Irak et en Syrie ne le fassent pas. Nous sommes également dans la prévention lorsque nous décidons, à travers la loi qui a été adoptée par une large majorité au Parlement, de mettre en place une interdiction administrative de sortie du territoire qui empêche nos ressortissants d’aller dans ces groupes terroristes pour commettre les crimes abjects que l’on a vus diffuser encore récemment à travers les images que vous évoquez. Nous sommes également dans la prévention lorsque, sous le contrôle du juge administration, nous proposons de bloquer des sites, des blogs qui appellent au terrorisme ou provoquent au terrorisme parce qu’aujourd’hui, 90 % de ceux qui partent dans les groupes terroristes en Irak et Syrie partent en raison de la propagande qui est diffusée sur Internet. Nous sommes aussi dans la volonté de neutraliser ceux qui reviennent lorsque nous mettons en place une nouvelle incrimination individuelle terroriste pour que les juges puissent procéder à la judiciarisation de toutes les situations lorsque les terroristes reviennent. Enfin nous sommes dans la coopération internationale lorsque, avec les ministres de l’Intérieur de l’Union européenne, nous essayons, à travers la mise en place du PNR, l’approfondissement de Schengen, d’assurer la surveillance de ces jihadistes lorsqu’ils reviennent sur le territoire de nos pays pour pouvoir les neutraliser. Voilà l’action de la France.

Claude Bartolone

Merci Monsieur le ministre.