La traite et l'exploitation des êtres humains : bilan statististique sur 10 ans (2016-2025)

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À l’occasion de la journée européenne de lutte contre la traite des êtres humains, le SSMSI et le SSER publient conjointement, pour la cinquième année consécutive, les données administratives les plus récentes relatives à la traite et à l’exploitation des êtres humains, portant notamment sur les victimes et mis en cause enregistrés par les services de sécurité et sur les auteurs identifiés et condamnés par les juridictions.

Publication conjointe du SSMSI et du SSM Justice (SSER), Interstats Références

Deux publications sont ainsi disponibles ce jour selon des formats différents : côté ministère de la Justice, un Infostat Justice (n° 210) présentant la synthèse des principaux résultats ; côté ministère de l’Intérieur, un Interstats Références comprenant cette synthèse et plusieurs éclairages complémentaires. Ces derniers présentent les données sur les titres de séjour accordés aux victimes (service statistique ministériel de l’immigration, DSED) ; les suites données aux contrôles effectués par l’inspection du travail (direction générale du travail, DGT) ; les données sur les établissements et services en faveur des adultes et familles en difficulté sociale accueillant spécifiquement des victimes de traite des êtres humains (DREES) ; et une analyse des situations de multi-exploitation et de multivictimation à partir des données sur les victimes enregistrées par les services de sécurité entre 2019 et 2025. Enfin, une étude des saisies de biens dans les affaires de traite ou d’exploitation des êtres humains (Agrasc) figure dans les deux publications. Chaque année, des efforts d’élargissement des sources de données mobilisées sont réalisés afin d’enrichir cet état des lieux statistique relatif à la traite et à l’exploitation des êtres humains.

En 2025, les services de police et de gendarmerie nationales ont enregistré 2 200 victimes de traite ou d’exploitation des êtres humains (+5 % par an en moyenne depuis 2016). Près de sept victimes sur dix sont des femmes (67 %) et une victime sur quatre est mineure (26 %). À l’inverse, sur 2 300 mis en cause enregistrés en 2025 (+5 % par an en moyenne depuis 2016), 75 % sont des hommes et 90 % sont majeurs. Parmi les 1 100 condamnés en 2024 (+5 % par an en moyenne depuis 2016), 60 % sont de nationalité française, et près de la moitié sont des hommes de moins de 30 ans. Entre 2021 et 2024, 68 % des condamnations comportent une peine d’emprisonnement ferme (– 5 points par rapport à 2016-2019).

En 2025, 49 % des victimes de traite ou d’exploitation des êtres humains enregistrées par la police et la gendarmerie nationales ont été victimes de proxénétisme, 36 % d’exploitation par le travail, 23 % de traite au sens strict, et 2 % d’exploitation de la mendicité. Le nombre de mineurs victimes de traite ou d’exploitation des êtres humains est de 560 pour l’année 2025, soit deux fois plus qu’en 2016. Une victime sur deux est de nationalité française (51 %, soit +14 points par rapport à 2016).

En 2025, 76 % des mis en cause pour des infractions de traite ou d’exploitation des êtres humains enregistrées par la police et la gendarmerie nationales ont été mis en cause pour proxénétisme, 17 % pour exploitation par le travail, 14 % pour traite au sens strict, et 1 % pour exploitation de la mendicité. Par ailleurs, 72 % des mis en cause enregistrés par les services de sécurité sont de nationalité française.

Dès lors que les services de police ou de gendarmerie ont constaté une infraction et ont pu y associer une victime et/ou un mis en cause, la procédure est transmise au parquet, c’est-à-dire au service du procureur de la République.

En 2025, les parquets ont orienté près de 2 100 personnes mises en cause pour traite ou exploitation des êtres humains (+4 % par an en moyenne depuis 2016). Huit personnes mises en cause sur dix ont été considérées par les parquets comme poursuivables. Le taux de réponse pénale reste stable depuis 2016, de l’ordre de 99 % des poursuivables. Parmi les personnes pour lesquelles une réponse pénale est apportée, 97 % sont poursuivies, dont 47 % font l’objet d’une information judiciaire.

En 2024, les personnes condamnées pour traite ou exploitation des êtres humains ont 31 ans en moyenne (-4 ans par rapport à 2016). Les mineurs représentent 4 % des condamnés pour traite ou exploitation des êtres humains, contre moins d’1 % en 2016. La part des personnes de nationalité française parmi les condamnés pour proxénétisme augmente de 44 % en 2016 à 62 % en 2024.

Le quantum d’emprisonnement ferme prononcé est de 24 mois en moyenne en 2024. 14 % des condamnations pour traite ou exploitation des êtres humains en 2024 concernent des infractions en état de récidive légale (+10 points par rapport à 2016).

Le nombre de documents relatifs au séjour délivrés aux ressortissants étrangers ayant déposé plainte ou témoigné contre des personnes accusées d’avoir commis des infractions de traite des êtres humains ou de proxénétisme poursuit sa hausse en 2025, plus particulièrement pour des cartes de séjour temporaire (+25 % depuis 2024) et des autorisations provisoires de séjour « parcours de sortie de la prostitution » (+11 %).

Par ailleurs, en 2025, 69 dossiers de l’inspection du travail concernant 339 victimes ont porté sur au moins une infraction en lien avec l’exploitation par le travail, notamment dans les secteurs de l’agriculture, de l’hôtellerie restauration et de la construction.

Selon l’enquête ES-DS (établissements et services en faveur des adultes et familles en difficulté sociale), 192 centres d’hébergement ou établissements de logement adapté, soit 3 % des établissements en faveur des adultes et familles en difficulté sociale ayant répondu à l’enquête, proposaient des places d’accueil dédiées aux personnes victimes de la traite des êtres humains au 31 janvier 2021.

Enfin, entre 2019 et 2025, 72 % des personnes victimes de traite ou d’exploitation enregistrées par les services de sécurité et possédant un identifiant unique fiable ont été victimes d’au moins une infraction d’une autre nature sur la période. Parmi elles, 24 % ont été victimes de violences, 13 % de vols sans violence et abus de confiance et 10 % de viol.

Autour de 1 100 biens ont été saisis en 2025 dans des affaires de traite ou exploitation des êtres humains. Plus de trois quarts de ces saisies sont des biens numéraires en 2025. Cette même année, l’immobilier représente une part importante du montant des biens saisis en matière de traite, de l’ordre de 80 % du montant global saisi (29,8 millions d’euros).

Présentation du SSMSI et du SSER

Le Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) et le Service de la statistique, des études et de la recherche (SSER), en tant que services statistiques ministériels, élaborent et mettent en œuvre les dispositifs statistiques permettant d’éclairer le débat public dans leurs domaines respectifs, la sécurité intérieure et la justice. Ils contribuent aux réflexions et participent à l’évaluation des politiques publiques. Ils font partie du Service statistique public, coordonné par l’Insee. Ils respectent un certain nombre de règles visant à garantir la qualité et maintenir la confiance dans les informations produites et diffusées, en particulier indépendance professionnelle, fiabilité, neutralité, qualité des processus, méthodologie solide, accessibilité. Leurs programmes de travail font l’objet d’une concertation avec l’ensemble des utilisateurs au sein du Conseil national de l’information statistique (Cnis). Leurs activités sont évaluées par l’Autorité de la statistique publique (ASP).Toutes les publications du SSMSI sont disponibles et téléchargeables en ligne sur son site internet.


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