Discours de clôture du Mondial Secours et Protection
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Samedi 3 octobre 2026
Monsieur le préfet, cher Jérôme, Mesdames et messieurs les parlementaires, Monsieur le député européen, Monsieur le président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Monsieur le président du conseil départemental de Haute-Savoie, président du conseil administration du service départemental d'incendie et de secours, Mesdames et messieurs les élus, Monsieur le directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises, cher Julien, Mesdames et messieurs les présidents et directeurs des services d’incendie et de secours, Monsieur le président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France, Monsieur le président de Départements de France, Monsieur le préfet, directeur général de Départements de France, Mesdames et messieurs les sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, Mesdames et messieurs les représentants des organisations syndicales et associatives, Mesdames et messieurs, en vos grades et qualités, C’est avec une réelle gravité que je m’exprime devant vous aujourd’hui. Notre pays est confronté à une vague de violence sauvage en marge des établissements scolaires. Les dégâts matériels sont considérables. Plusieurs policiers et gendarmes ont été blessés lors de leurs interventions. Mais aussi des sapeurs-pompiers, délibérément visés alors qu’ils accomplissaient leur mission avec courage et abnégation. Ces violences sont inadmissibles, elles ne doivent pas rester sans réponse. Je veux rendre devant vous un hommage appuyé aux sapeurs-pompiers mobilisés mais aussi aux forces de sécurité intérieure qui font face à ces violences. La mobilisation du Gouvernement est totale face à ceux qui cherchent le chaos, c’est la raison pour laquelle j’ai dû renoncer à être parmi vous aujourd’hui. J’ai néanmoins tenu à pouvoir m’exprimer devant vous à distance car je sais que vos attentes sont fortes. Le Mondial Secours et protection qui se clôture aujourd’hui intervient par ailleurs au terme d’un été qui a profondément marqué notre pays. Il a d’abord frappé la Sécurité civile dans sa chair. Je pense aux sapeurs-pompiers blessés au cours de ce terrible été et bien sûr à nos quatre sapeurs-pompiers morts en luttant contre les flammes : Baptiste Gerfaud-Valentin, Anthony Berthôme, Wilfried Schmitter et Laurent Manson. Des familles et des proches terriblement éprouvés. Des camarades meurtris. Toute la Nation les pleure. J’ai une pensée très appuyée pour eux. Cet été, une fois encore, les Français ont mesuré que, partout sur le territoire, des femmes et des hommes sont prêts à intervenir. À toute heure. En toutes circonstances. Jusqu’au au péril de leur vie. La saison 2026, quatre ans seulement après celle de 2022, a confirmé ce que nous redoutions tous : une accélération des saisons très intenses, marquées par des feux particulièrement violents et massifs conduisant à une mobilisation très forte et précoce de l’ensemble des moyens. Avec plus de 100 000 hectares brûlés, cette saison est sans précédent. 72 colonnes ont été de renfort mobilisées : 20 de plus que ce que prévoyait l’ordre national d’opérations. Pour la première fois de l’histoire de la sécurité civile, nous avons combattu le feu chaque jour, simultanément, dans quatre zones de défense. Nos moyens aériens ont été engagés sans relâche : environ 22 400 largages, plus de 6 730 heures de vol. C’est trois fois plus que l’an passé. Et pour mettre nos concitoyens à l’abri, il a fallu conduire des évacuations d’une ampleur inédite. Cet été, notre système a tenu et je ne laisserai personne dire le contraire. Pour autant, je ne nie pas qu’il a montré ses limites. Je le dis avec lucidité et avec gravité : avec ses vagues de canicules et cette saison feux si intense, l’été 2026 n’est pas une anomalie. C’est la norme de demain, sous l’effet de l’accélération du dérèglement climatique. On avait pu croire que l’été 2022 resterait une exception. Le doute n’est plus permis : il y aura un avant et un après 2026. Cet été nous oblige et le Gouvernement entend prendre ses responsabilités pour permettre à la sécurité civile de relever les défis toujours plus nombreux qu’elle doit affronter : des saisons feux hors norme et étendues à l’ensemble de notre territoire, des épisodes de canicule plus nombreux et durables, des phénomènes climatiques toujours plus intenses et, à côté de cela, une activité quotidienne de secours à personne qui ne faiblit pas. Cet été, nous avons tenu : grâce à vous d’abord, sapeurs-pompiers professionnels et volontaires, grâce à vos directrices et à vos directeurs, grâce aux collectivités qui financent vos moyens et les ont mis à disposition des autres départements, grâce aux préfets, aux personnels des moyens nationaux, à l’ensemble des bénévoles des associations agréées de sécurité civile, à nos armées, mais aussi à la solidarité internationale. Celles et ceux qui se sont battus de manière héroïque cet été méritent la gratitude de la Nation. J’ai une pensée particulière pour le contrôleur général Marc Vermeulen, directeur du SDIS de la Gironde, et pour ses sapeurs-pompiers, à qui je redis ici tout mon soutien et toute mon estime. Je comprends et je mesure le désespoir de nos concitoyens qui ont tout perdu, mais rien n’excuse la manière injuste et outrageante dont Marc Vermeulen a été pris à partie et mis en cause. Il en va de même pour la préfète Sophie Brocas. La lutte contre les feux, au sol, ou depuis les airs, est un exercice terriblement complexe, surtout lorsque des phénomènes météorologiques totalement nouveaux surviennent : cela impose l’humilité et interdit de juger trop vite ces interventions au cours desquelles, à chaque minute, des sapeurs-pompiers, des sapeurs-sauveteurs, des pilotes et d’autres, s’engagent sans compter. Contrôleur général Marc Vermeulen, sapeurs-pompiers de la Gironde, mais aussi des Landes, du Var, des Pyrénées-Orientales, des Alpes-de-Haute-Provence, de la Drôme, de Haute-Corse, de l’Aude, de Seine-et-Marne, de tous les départements durement éprouvés cet été, vous avez bien mérité la reconnaissance que la Nation vous doit ! Mais je sais qu’au-delà de la reconnaissance, vous attendez des mesures fortes pour la sécurité civile. L’été 2026 nous l’impose : nous devons adapter dès maintenant, pour la saison prochaine, notre capacité de réponse au niveau local et au niveau national, notre doctrine, notre connaissance du risque, notre capacité d’anticipation et également la préparation de notre territoire, de nos institutions et de nos concitoyens aux conséquences du changement climatique. Pour cela, nous avons besoin d’une Sécurité civile encore plus forte. Le Beauvau de la Sécurité civile, lancé en 2024, a fait émerger des propositions ; plusieurs d’entre elles sont reprises dans le projet de loi de modernisation de la sécurité civile que porte le Gouvernement. Je sais que ce projet de loi n’a pas fait pas l’unanimité, loin s’en faut, lors de sa première présentation. Il apporte des réponses claires, et qui étaient attendues de votre part, à des sujets majeurs qu’il nous faut traiter dès maintenant. Il a aussi suscité des doutes et des incompréhensions. Nous avons eu l’occasion d’en parler ensemble monsieur le président : je vous ai écouté et je vous ai entendu. Les mesures que vous m’avez signalées comme étant des lignes rouges ne figurent plus dans le projet porté par le Gouvernement, vous l’aurez noté. Je dis des incompréhensions car je veux qu’il soit bien clair ici que l’intention du Gouvernement n’a jamais été de contractualiser les sapeurs-pompiers volontaires. Nous sommes bien trop attachés au volontariat et nous savons ce que nous lui devons : la mesure prévoyant d’instaurer un contrat annualisé à temps non complet a bien été retirée du projet de loi. Tout comme il n’a jamais été question de faire entrer dans les missions des sapeurs-pompiers la prise en charge des ivresses publiques manifestes. Quoi qu’il en soit, je le redis Monsieur le président, ces mesures dont vous avez demandé le retrait, ne figurent plus dans le projet de loi du Gouvernement. Vous, financeurs et vous-mêmes, avez manifesté votre inquiétude que le financement ne soit pas traité dans le projet de loi. Comme vous l’avez entendu, le Premier ministre a annoncé lundi des mesures financières importantes pour la sécurité civile et en premier lieu, naturellement, pour les services d’incendie et de secours. Le projet de loi sera bien complété par des mesures relatives aux moyens de la sécurité civile, comme vous le souhaitiez tous : j’y reviendrai dans quelques instants. Ce projet de loi poursuit trois grands objectifs : Le Gouvernement tient également dans le projet de loi à renforcer la protection et la reconnaissance dues aux sapeurs-pompiers. Les agressions contre les sapeurs-pompiers se multiplient. L’actualité vient hélas de nous le rappeler. C’est inacceptable. Ici même, en Haute-Savoie l’an dernier, le sergent-chef Niccolo Scardi a été victime d’une tentative d’homicide. Je sais qu’il est parmi vous et je veux lui témoigner à nouveau mon soutien qui, je le sais, est aussi le vôtre. Désormais, le directeur du service d’incendie et de secours pourra porter plainte au nom du sapeur-pompier agressé, et plus seulement au nom du SDIS. Le Gouvernement propose également que les sapeurs-pompiers décédés des suites d’une maladie liée à leur engagement puissent bénéficier de la mention « Mort pour le service de la République », qui permettrait, au-delà de la reconnaissance, de mieux protéger et soutenir les familles. Cette mesure figure explicitement dans le projet de loi. Nos concitoyens, enfin, doivent eux aussi être mieux préparés : mieux sensibilisés aux risques et formés aux gestes qui sauvent pour, là encore, diminuer la pression qui pèse sur les services d’incendie et de secours. Voilà ce que contenait pour l’essentiel la première version du projet de loi. Mais celui-ci se devait d’évoluer au regard de l’été que nous avons traversé mais aussi de vos propres demandes en termes de moyens. A cet égard, le Premier Ministre a souhaité qu’une mission parlementaire puisse enrichir le projet de loi de nouvelles mesures afin de tirer les leçons de la saison feux de 2026. Je remercie les parlementaires - dont certains sont présents parmi nous - pour la qualité de leur travail. En effet, nous sommes tous bien conscients que les sapeurs-pompiers ne peuvent pas tout : dans la lutte contre les feux comme dans d’autres de vos interventions, vous êtes souvent en bout de chaîne. Or, c’est aussi l’amont de cette chaîne qu’il faut traiter. Il nous faut penser un territoire qui évite la propagation des feux et donne aux sapeurs-pompiers les moyens de lutter. Le projet de loi va donc être complété de mesures s’articulant autour de trois axes. D'abord, la défendabilité des biens, c’est à dire la capacité du bien à être protégé : cette exigence pourrait désormais être requise avant de construire comme avant de reconstruire. Ensuite, la fermeté pénale : les sanctions contre les auteurs d'incendies seront renforcées. Enfin, des obligations légales de débroussaillement clarifiées, mieux organisées et réellement contrôlées Le Gouvernement poursuit également l’objectif de donner aux services d’incendie et de secours et à la Sécurité civile des capacités opérationnelles adaptées aux risques auxquels ils sont confrontés. Cela me conduit à vous parler désormais de la question des moyens. L’été 2026 nous montre que l’effort en faveur de la Sécurité civile doit s’inscrire impérativement sur le long terme. Il faut donner à notre modèle de sécurité civile et en premier lieu aux services d’incendie et de secours les moyens de continuer à s’adapter dans la durée. C’est pourquoi le Premier Ministre a décidé d’enrichir le projet de loi de modernisation de la sécurité civile d’une programmation capacitaire pluriannuelle – en l’occurrence sur 5 ans - pour la Sécurité civile, c’est-à-dire pour l’investissement des services d’incendie et de secours et des moyens nationaux. Ainsi, lorsque nous déposerons le projet de loi, il contiendra un article faisant explicitement apparaître les moyens consacrés à la Sécurité civile au cours des cinq prochaines années. Cette programmation sera financée chaque année par 200 millions de recettes de TSCA supplémentaires qui figurent dans le projet de loi de finances pour 2027. Il s’agit bien d’une ressource nouvelle et pérenne. C’est l’une des rares exceptions qui sera faite au principe de ne pas augmenter les impôts qui a guidé l’élaboration du projet de loi de finances et cet effort sera fait au profit de la Sécurité civile. Cet effort représente, à l’échelle d’un quinquennat, un milliard d’euros de ressources nouvelles pour la sécurité civile. Je rappelle que le précédent pacte capacitaire était de 150 millions d’euros, en « one shot »… Il s’agit d’une demande très forte et attendue depuis de nombreuses années par l’écosystème de la Sécurité civile et les financeurs des services d’incendie et de secours. Cette démarche est essentielle pour structurer, adapter et améliorer notre capacité d’intervention collective. Soyons lucides : cette programmation nous a manqué ces dernières années. Son absence n’a pas obéré nos moyens d’action, mais elle nous a privés d’une dynamique d’investissement de moyen terme, y compris dans l’innovation, pour faire face aux risques de demain. L’objectif est ici de rappeler une évidence : une réponse de sécurité civile ne se conçoit qu’avec une stratégie capacitaire pluriannuelle qui donne la visibilité nécessaire à nos industriels et permet de ne plus subir les à-coups budgétaires. Cette programmation, c’est déjà un soutien fort aux collectivités territoriales, un pacte capacitaire pérenne pour mettre à niveau et accroître les capacités d’intervention des services d’incendie et de secours, face aux feux de forêt comme aux risques émergents. L’année 2027 sera la première année de cette programmation. Dès 2027, cette nouvelle ressource sera engagée pour financer un nouveau pacte capacitaire pour les services d’incendie et de secours et redimensionner nos moyens nationaux, notamment aériens. Concrètement, cet effort financera des engins de lutte contre les feux de forêt. Je sais qu’il reste des camions vieillissants à remplacer, des camions qui n’intègrent pas les dernières normes de sécurité. Il faut donc prolonger cet effort : c’est tout l’objet du nouveau pacte. Ce pacte capacitaire permettra aussi de financer des acquisitions pour préparer les services d’incendie et de secours à faire face aux autres risques climatiques, notamment les inondations. Nous avons tous en mémoire les inondations dramatiques de ces dernières années, qui ont frappé en particulier le Nord, l’Ouest et le Sud-Ouest de la France. Je souhaite également qu’une partie de cet effort financier soutienne les plateformes communes co-localisées qui continuent à se créer sur le territoire. Je suis pleinement convaincu de la très grande efficacité de ces plateformes communes, et je dis cela dans un département où cet outil fait la preuve de son efficacité depuis près de 30 ans. La plateforme commune de la Haute-Savoie est un exemple de la coopération au quotidien entre les acteurs du secours. Elle permet une meilleure communication et compréhension entre les acteurs, une prise en charge optimale des situations de crise. Elle réduit réellement la pression opérationnelle pesant sur le SDIS et améliore la prise en charge des victimes. C’est la direction dans laquelle nous devons aller, sans aucun doute. Je pourrais également vous parler de celle qui fonctionne parfaitement depuis 20 ans dans mon département, le Cher. Je suis persuadé que les plateformes physiques continueront à se déployer grâce à l’intelligence des territoires et aux nouvelles possibilités de soutien financier désormais ouvertes. Je m’y engagerai fermement à vos côtés, Président. Au-delà d’un soutien à ces investissements que je viens de citer, avec cette enveloppe, l’État va également augmenter sa part de financement aux opérateurs que nous avons en commun : le projet de loi de finances permettra d’apporter 47M€, soit 30 M€ de plus que la trajectoire prévue, à l’Agence du numérique de la sécurité civile pour continuer à développer NEXSIS, le rendre plus résilient et totalement ajusté à vos besoins. Par ailleurs, dès 2027, l’Etat renforcera également son soutien financier à l’ENSOSP, à hauteur de 12 M € supplémentaires. Ces financements de l’Etat vont venir alléger la contribution des services d’incendie et de secours au financement de ces opérateurs et diminuer ainsi la pression qui pèse sur la section de fonctionnement. Je reste toutefois avec Françoise Gatel - et je le dis clairement - ouvert à toutes les propositions – y compris celle d’une enveloppe supplémentaire - et les compromis qui pourraient intervenir au cours du débat parlementaire sur le projet de loi de finances. J’ai bien entendu le message passé par le président de Départements de France. Les moyens nationaux bénéficieront eux aussi de ces crédits supplémentaires auxquels s’ajoutent une enveloppe supplémentaire qui, je le rappelle, provient d’un redéploiement interne au ministère de l’intérieur, au détriment de la sécurité publique. Cela répond à une attente forte exprimée cet été par les sapeurs-pompiers. Je rappelle qu’ils agissent en pleine complémentarité avec leurs collègues des services d’incendie et de secours au quotidien, comme spécifiquement sur la lutte contre les feux de forêts à travers leurs trois composantes : les moyens aériens, la brigade des militaires de la sécurité civile et également le déminage qui est intervenu durant cette saison feux exceptionnelle. Je veux saluer ici le courage des 2 500 femmes et hommes qui sont directement placés sous ma responsabilité et que vous connaissez très bien. C’est pourquoi j’ai souhaité accroître leurs moyens en doublant par exemple le nombre d’hélicoptères et d’avions légers qui seront loués pour la saison feux de forêts 2027. La diversité des moyens patrimoniaux et externalisés est en effet essentielle. Dans cet esprit, je souhaite également investir dans de nouveaux bambibuckets pour équiper nos hélicoptères Dragon. Parallèlement, nous investirons dès 2027 dans l’acquisition de kits de lutte contre les feux pour équiper des A400M. Par ailleurs, toujours sur le volet aérien et conformément à nos engagements vis-à-vis de trois porteurs de projets industriels souverains que nous soutenons, nous identifierons des capacités nouvelles à titre expérimental. La souveraineté industrielle en matière de Sécurité civile est un objectif prioritaire du Gouvernement pour les années à venir, au moment où nos industriels français démontrent tout leur savoir-faire et leur volonté d’innover à nos côtés. Cet été, les préoccupations autour de la santé des sapeurs-pompiers ont aussi été fortes, à juste titre. La protection de ceux qui nous protègent doit rester une exigence absolue : dans les équipements, dans la préparation opérationnelle, dans les conditions d’engagement et dans notre capacité collective à adapter notre réponse à des interventions qui deviennent plus longues, plus complexes et plus dangereuses. La toxicité des fumées auxquelles vous êtes exposés est une réalité. Nous devons mieux les connaître et, surtout, mieux vous en protéger. C’est pourquoi j’ai donné instruction à la DGSCGC de lancer des travaux spécifiques pour améliorer la protection respiratoire et oculaire lors des feux d’espaces naturels. L’exigence de sécurité et d’opérationnalité vaut aussi pour les véhicules qui doivent être adaptés à vos conditions d’intervention : un véhicule de sapeur-pompier n’est pas un poids lourd comme les autres. Or les textes européens adoptés ces dernières années ont conduit à imposer à nos engins des normes qui réduisent leur efficacité et font exploser les coûts de maintenance. Le ministère de l’intérieur a donc travaillé avec le ministère des Transports pour supprimer certaines contraintes pour les véhicules des sapeurs-pompiers. Un arrêté est en préparation, avec un objectif de publication d’ici à la fin de cette année. Il permettra notamment de déroger aux réservoirs d’AdBlue ou à certains capteurs de sécurisation, lorsque les conditions opérationnelles le justifient et dans le respect des exigences de sécurité. Préparer l’avenir c’est aussi consolider ce qui fait la force de notre modèle de sécurité civile : le volontariat. Cet été, le Conseil d’Etat a rendu une décision importante qui conforte pleinement notre modèle et son fonctionnement. Mais je souhaite - et je sais que nous partageons ce souhait, monsieur le Président - que les textes européens évoluent pour reconnaître totalement la singularité de l’engagement citoyen qu’est le volontariat. La France a demandé l’an dernier à la Commission européenne que le volontariat soit exclu de l’application de la directive sur le temps de travail. Une autre option est de travailler à une directive spécifique à l’engagement citoyen. Je souhaite monsieur le président que nous y travaillons ensemble. Je sais aussi la nécessité de mieux reconnaître et de faciliter l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires, votre engagement, au quotidien. Au-delà des mesures qui figurent dans le projet de loi, nous avons identifié avec le président de la Fédération des mesures qui permettront de faciliter votre engagement. C'est une attente forte et nous devons lever les blocages administratifs qui n'ont plus de raison d'être. En 2027, je lancerai une campagne nationale de promotion du volontariat destinée à conforter durablement l’engagement des sapeurs-pompiers volontaires, à faciliter l’accès au volontariat, à le pérenniser et à mieux reconnaître cet engagement au service de la Nation. Ce plan mobilisera l’ensemble des acteurs de la sécurité civile et les élus autour d’un objectif commun : préparer l’avenir de notre modèle de Sécurité civile et l’adapter au monde actuel et à venir. En matière de recrutement, l’objectif doit être clair : moins de six mois entre le moment où un candidat se signale et le début de sa formation initiale. C'est atteignable : certains services d’incendie et de secours y parviennent déjà. Je veux aussi simplifier les démarches administratives lors du passage d'un service d’incendie et de secours à l'autre, à l'occasion d'un déménagement par exemple. Pour faciliter le parcours du sapeur-pompier volontaire, je souhaite dès à présent qu’un travail soit lancé sur des outils numériques adaptés, par exemple un dossier national individuel du sapeur-pompier volontaire qui simplifierait ses démarches. J’en viens à la formation. Vos formations et vos acquis doivent aussi pouvoir être valorisés hors des services d'incendie et de secours. Nous allons travailler dès à présent à la création d'un titre professionnel associé au parcours de formation "chef d'agrès une équipe et chef d'agrès tout engin", puis à la création d'un titre associé au parcours d'équipier et de chef d'équipe. Les compétences que vous avez acquises comme sapeurs-pompiers volontaires - et elles sont nombreuses - seront ainsi pleinement reconnues. Je sais par ailleurs que le sujet du temps passé en formation est un sujet important pour vous : ces formations doivent à la fois assurer votre capacité à intervenir et votre sécurité. Elles ont déjà été ajustées mais il faut aller plus loin. Nous devons y travailler ensemble et rapidement pour que les formations imposées aux sapeurs-pompiers volontaires soient réellement adaptées aux missions qu’ils remplissent. Je vous le confirme par ailleurs : les indemnités horaires ont été revalorisées par arrêté ce matin, conformément à l’engagement de les revaloriser annuellement, et conformément au souhait exprimé par Départements de France et l’Association des maires de France. Je sais que ces indemnités ne sont pas ce qui motive votre engagement. Mais elles restent une marque de reconnaissance importante pour le temps et la disponibilité que vous consacrez au service de nos concitoyens. Et je vous le redis : le ministère de l’Intérieur continuera de financer la moitié de la nouvelle prestation de fidélisation et de reconnaissance, en 2027 et les années suivantes, comme il le fait depuis sa création. Cette reconnaissance de la Nation, je souhaite enfin que nous puissions la manifester, y compris de manière symbolique, par une distinction ministérielle largement attribuée pour cette saison feux de forêt totalement exceptionnelle, à la hauteur de la mobilisation hors norme de cet été. J’y travaille personnellement. Mesdames et messieurs, il aurait été confortable de me contenter de laisser aux équipes qui seront demain en responsabilité la lourde tâche de prendre les décisions structurantes pour notre sécurité civile et nos sapeurs-pompiers. Cela aurait pourtant été facile : dans quelques mois auront lieu des échéances politiques majeures pour l’avenir de notre pays. Mais ce n’est pas ma conception de l’action publique. Il y a urgence. L’été 2027 sera peut-être pire que l’été 2026. Je suis venu avec des actes : une loi de modernisation de la sécurité civile - devenue aussi loi de programmation grâce à nos échanges -, plusieurs centaines de millions d’euros de ressources supplémentaires pour les services d’incendie et de secours chaque année, des avancées réglementaires - pour certaines attendues depuis bien longtemps. À cet égard, je sais que nous ne sommes pas parvenus avec le projet de loi et ces mesures au bout du travail que nous devons accomplir pour conforter totalement notre sécurité civile et le volontariat. Le projet de loi de modernisation et de programmation n’est pas un aboutissement, il marque le début d’une nouvelle étape que nous devons continuer à écrire ensemble. Dans les jours qui viennent, je souhaite que la direction générale rassemble l’ensemble des partenaires de la Sécurité civile pour avancer sur les chantiers concrets qui amélioreront la vie dans les casernes. Envers la Sécurité civile, envers les sapeurs-pompiers, l’État assumera ses responsabilités. Il les assumera, alors même que le contexte politique et budgétaire - convenons-en - n’est pas porteur. L’État assumera ses responsabilités, parce qu’il a la chance de pouvoir compter sur un modèle de sécurité civile si souvent cité en exemple. Cet été l’a encore démontré. L’État se tient plus que jamais à vos côtés, à sa place, dans le respect du modèle qui l’unit aux collectivités territoriales pour le faire fonctionner. Ce modèle original et unique, nous l’avons reçu en héritage de ceux qui nous ont précédés. Je suis très lucide sur ses forces, immenses : nous devons les sauvegarder. Je suis lucide, aussi, sur ses fragilités et ses limites : nous avons l’ambition d’y répondre avec ces mesures. Nous détenons une responsabilité commune : celle de faire vivre ce modèle, de le moderniser et de lui donner les moyens de continuer à toujours mieux protéger nos concitoyens. Vive les sapeurs-pompiers, vive la sécurité civile, vive la République et vive la France. Seul le prononcé fait foi.