COVID

Oise : des prémices de l'épidémie à l'accompagnement de la reprise

Oise : des prémices de l'épidémie à l'accompagnement de la reprise
19 mai 2020

En préfecture et sur le terrain, il coordonne et supervise l'action de l'État. Le préfet Louis Le Franc revient sur la gestion d'une crise qui a touché son département avant même d'atteindre le territoire national.


« Un choc », « On était vu comme des pestiférés », « Un souvenir qui semble lointain ». Les mots de Louis Le Franc, préfet de l'Oise, sont durs, quand il revient sur les prémices de la pandémie. Le 26 février dernier, deux informations lui parviennent : d'abord le cas d'un personnel de la base aérienne de Creil, très malade et hospitalisé, puis celui d'un professeur de technologie d'un collège de Crépy-en-Valois, également hospitalisé dans un état grave et transféré à la Pitié - Salpêtrière. « Ça nous est tombé dessus, et tout est allé très vite : l'enseignant est décédé, c'est le début des complications », raconte le préfet. Une poignée de main au maire de Crépy-en-Valois, détecté positif au Covid-19 trois jours plus tard, lui vaut 14 jours de confinement. Depuis son bureau de la préfecture de Beauvais, Louis Le Franc fait face à une population de plus en plus touchée, des élus inquiets et « une pression médiatique dingue ». Des centaines de journalistes locaux et nationaux se ruent dans ce département des Hauts-de-France, qui fait déjà couler beaucoup d'encre. « Jusqu'à la mi-mars, on était au centre des attentions ».

Très vite, Louis Le Franc, le directeur général de l'ARS et la rectrice de l'académie, forment un trio indispensable pour déterminer les mesures draconiennes que le préfet s’apprête à prendre. « Il fallait protéger les gens, sans mettre sous cloche le département. Nous avons fait le choix du confinement sectoriel ». Neuf communes clusters, déterminées par la direction générale de la santé en fonction du nombre de cas de Covid-19 avérés, sont alors créées : fermeture des écoles et des crèches, interdiction des marchés non-alimentaires, limitation des déplacements... alors que les mesures nationales n'existent pas encore, Louis Le Franc assume ses arrêtés préfectoraux. « Mais fermer les restaurants, les cafés, les théâtres et cinémas, du jour au lendemain, sans savoir comment la population allait réagir, c'était la route vers l'inconnu », confit-il. « Le pire, ça a été les marchés de produits alimentaires, reconnaît le préfet, qui avait au départ interdit tous les marchés du département. Face à la colère des agriculteurs, j'ai desserré l'étau, pour me focaliser sur les neuf communes clusters ». Autre problématique, celle des 150 000 habitants de l'Oise partant tous les jours travailler sur la zone aéroportuaire de Roissy : « Je n'avais pas la capacité juridique de les interdire d'y aller !».

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Le préfet est marqué par les regards portés sur son département, qu'il qualifie de « redoutables ». La formule « restez chez vous » n'a jamais pris autant de sens que lorsqu'elle venait des entreprises, des universités et des écoles extérieures au département, où avaient l'habitude de se rendre les Oisiens. Avec un sourire méditatif , Louis Le Franc insiste : « Les trois premières semaines ont été affreuses, vraiment ».

Le préfet en première ligne

« J'ai senti, de part la rapidité de création de ces clusters, que l'on entrait dans une crise inédite. La question était de savoir : combien de temps cela allait durer? » Pour faire admettre des mesures lourdes de conséquences, d'abord locales, puis nationales quand la pandémie atteint le reste du territoire français, le préfet mise sur la concertation. Expliquer aux élus les raisons des mesures, leur portée et la manière de les mettre en œuvre, est fondamental, même dans l'urgence. « Le couple préfet-maire a pris tout son sens », affirme Louis Le Franc. Caroline Cayeux, la maire de Beauvais, confirme l'efficacité d'un circuit court décisionnel : « j'avais des réponses presque en temps réel, c'était indispensable pour une rapidité d'exécution. »

Alors que le nombre de personnes hospitalisées augmente chaque jour, le préfet tente de rester serein : « Mon rôle était aussi de rassurer. Il faut être équilibré et garder son sang-froid, car la gestion de la crise est un travail d'équipe, mais en terme de responsabilité, c'est le préfet qui est en première ligne ». Malgré des mesures radicales, Louis Le Franc apprécie le civisme de la population pendant le confinement, en particulier sur le plateau de Creil, un quartier difficile du département : «  les règles imposées ont été respectées, et il n'y a pas eu de relâchement sur la durée ».

Accompagner la reprise

Aujourd'hui, l'urgence laisse place à l'impatience : « Les gens veulent retrouver une vie plus normale, le chemin du travail, de l'école, profiter des loisirs.» À l'heure d'une sortie prudente du confinement, les aspects sanitaires, économiques, sécuritaires, mobilisent au cas par cas l'attention du préfet. « Les entreprises d’hôtelleries, de restauration, de tourisme, ou encore de BTP, demandent des moyens, des assouplissements, et un regard bienveillant de l'État, affirme le préfet. On change de posture, on est plus dans l'accompagnement que dans le contrôle ». En dialogue permanent avec les organisations patronales et syndicales, le préfet n'hésite pas à se défaire des schémas habituels pour sortir de la crise. Les moyens de protection individuels (masques, gel) sont au cœur de la reprise des activités. « Nous avons des entreprises locales qui fabriquent des masques en tissus, cela permet d'éloigner le risque de rupture d'approvisionnement des masques chirurgicaux », indique le préfet, soucieux d'éviter tout point de tensions.

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À Massey Ferguson, une entreprise fabricante de machines agricoles qui emploi 2500 salariés à Beauvais, l'activité a pu reprendre depuis le 27 avril. Et les relations de proximité de cette dernière avec les services de l'État y sont pour quelque chose : « Nous avons échangé en permanence avec la préfecture et nous avons été nourris d'informations, raconte Thierry Lhotte, directeur général. Cela nous a permis de calibrer la reprise au fur et à mesure. On a avancé, sur des données qui évoluaient sans cesse, mais c'était la règle du jeu, et on l'a accepté ! »

Dépister, tracer, isoler

Pour rompre la chaine de contamination, dans ce département toujours classé « rouge », la stratégie de déconfinement est accompagnée du triptyque  « dépister, tracer, isoler ». Permettre la mise à l'isolement des personnes contaminées qui ne souhaitent pas être confinées à domicile est alors l'un des nouveaux challenges de Louis Le Franc. La préfecture, en articulation avec la CPAM et l'ARS, pilote une cellule d’appui à l’isolement, en mesure d'offrir grâce à l'association Coallia un soutien logistique, sanitaire et sociale aux personnes demandeuses.

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Immersion avec le préfet au cœur de la gestion de crise du Covid-19 :