Info-rapide n°7 : Quelles sont les populations préoccupées par l’insécurité dans leur quartier ?

18 octobre 2017

En moyenne depuis 2007, 11 % des personnes de 14 ans ou plus vivant en France métropolitaine se sentent « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité dans leur quartier/village, et 8 % à leur domicile. La fréquence du sentiment d’insécurité en 2016 est proche de celle constatée en 2007. Pour autant, deux sous-périodes sont identifiables : une période de hausse du sentiment d’insécurité entre 2008 et 2013, puis une période de baisse comparable entre 2013 et 2016. L’opinion positive à l’égard de l’efficacité des forces de l’ordre dans le quartier a en revanche continument progressé au cours de la décennie  2007-2016.

Quels sont les publics principalement touchés par le sentiment d’insécurité ?

Les femmes se sentent deux fois plus souvent en insécurité que les hommes (dans le quartier ou au domicile). À l’opposé sur l’échelle des âges, les jeunes et les séniors sont deux publics très concernés par le sentiment d’insécurité, bien que de manière différente : les 14-29 ans sont les personnes les plus sensibles à l’insécurité dans leur quartier/village tandis que les 60 ans et plus sont les personnes les plus sensibles au sentiment d’insécurité au domicile. Le sentiment d’insécurité dans le quartier dépend fortement de la taille des agglomérations dans lesquelles vivent les habitants : il est beaucoup plus fréquent dans les grandes agglomérations que dans les zones rurales. De plus, cette tendance est exacerbée dans les cités « grands ensembles » et les anciens quartiers prioritaires de la politique de la ville (ZUS).

Le sentiment d’insécurité, dans le quartier comme au domicile, touche davantage les personnes modestes, les employés, les étudiants et autres inactifs.

Le fait d’avoir été soi-même victime de violence ou d’avoir déjà subi une atteinte aux biens possédés augmente très nettement la fréquence du sentiment d’insécurité.

Près d’un français sur deux (47 %) trouve les forces de l’ordre insuffisamment présentes ou insuffisamment efficaces dans leur quartier, ou les deux à la fois. Pour autant, les personnes critiquant l’efficacité policière ont des caractéristiques bien différentes de celles critiquant le manque de présence policière, notamment en termes de lieux d’habitations.

Depuis 2007, environ 15 000 personnes représentatives de la population résidant en France métropolitaine sont interrogées chaque année par l’Insee dans le cadre de l’enquête « Cadre de vie et sécurité », notamment sur leurs sentiments et opinions en termes d’insécurité. Cette étude analyse les résultats de
l’enquête sur les questions suivantes :

  • Sentiment d’insécurité dans le quartier (ou village)
  • Sentiment d’insécurité au domicile
  • Renoncement à sortir seul de chez soi à cause de personnes inquiétantes aux abords du domicile
  • Gêne relative à l’existence de groupes de délinquants dans le quartier (ou village)
  • Déménagement (ou volonté de déménagement) motivé par des problèmes d’insécurité
  • Retrait (ou volonté de retrait) d’un enfant du système scolaire public motivé par des problèmes d’insécurité
  • Perceptions de la présence et de l’efficacité des forces de l’ordre dans le quartier

Combien de personnes concernées ?

En moyenne entre 2007 et 2016, 10,9 % des personnes (de 14 ans ou plus) résidant en France métropolitaine interrogées se sentent « souvent » ou « de temps en temps » en insécurité dans leur quartier/village, et 8,1 % à leur domicile. Parmi les opinions complémentaires étudiées ici, 11,3 % des individus  déclarent renoncer à sortir seuls de chez eux pour des raisons d’insécurité et 7,4 % sont gênés par la présence de dé- linquants dans leur quartier/village.

Chaque année, environ 0,7 % des ménages déclarent avoir déménagé (au cours des deux dernières années) à cause, entre autres, de l’insécurité, et 1,8 % déclarent vouloir déménager pour cette même raison.

Parmi les ménages ayant au moins un enfant scolarisé dans l’établissement scolaire public de secteur, 2,9 % déclarent vouloir changer (au moins un de) leur(s) enfant(s) d’établissement à cause de l’insécurité qui y règne. Parmi les ménages ayant au moins un enfant entre 3 et 18 ans scolarisé, 6,5 % disent avoir mis leur(s) enfant(s) en dehors de l’établissement scolaire le plus proche pour cette même raison.

En moyenne sur la période 2007-2016, un peu plus d’un français sur 4 trouve l’efficacité des forces de l’ordre insuffisante 1 dans leur quartier. La même proportion juge leur présence trop faible.

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Une baisse du sentiment d’insécurité depuis 2013 : retour au niveau de 2007

La fréquence du sentiment d’insécurité en 2016 est proche de celle constatée en 2007 pour la plupart des indicateurs cités précédemment 3 . Pour autant, deux sous périodes sont identifiables : une période de hausse du sentiment d’insécurité entre 2008 et 2013, puis une période de baisse comparable entre 2013 et 2016.

L’opinion à l’égard de l’efficacité des forces de l’ordre dans le quartier s’est, elle, continûment améliorée au cours de la décennie 2007-2016.

Les femmes et les jeunes particulièrement concernés par l’insécurité ressentie

Les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes à se sentir en insécurité dans leur quartier/village et à leur domicile. De même, elles sont près de cinq fois plus nombreuses à renoncer à sortir seules de chez elles pour des raisons d’insécurité. La gêne liée à l’existence de groupes de délinquants, ou
encore la perception de la présence et de l’efficacité des forces de l’ordre dans le quartier sont en revanche assez proches entre les hommes et les femmes.

De manières différentes, les plus jeunes (14-29 ans) et les plus âgés (60 ans et plus) sont les publics les plus sensibles à l’insécurité. Les 14-29 ans représentent la catégorie la plus touchée par le sentiment d’insécurité dans le quartier/village tandis que les personnes de 60 ans et plus sont moins concernées. Le constat est inversé pour le sentiment d’insécurité au domicile : ce dernier touche en premier lieu les personnes de 60 ans et plus, et nettement moins les jeunes. Ces deux catégories d’âges opposés déclarent le plus fréquemment renoncer à sortir seuls à cause de personnes inquiétantes aux abords de leur domicile.

Enfin, les jeunes sont les plus sévères concernant l’insuffisance de la présence et de l’efficacité des forces de l’ordre tandis que les 60 ans et plus représentent la catégorie la plus indulgente en la matière.

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Les habitants des grandes agglomérations se sentent plus fréquemment en insécurité dans leur quartier

Le sentiment d’insécurité dans le quartier augmente avec la taille des agglomérations dans lesquelles vivent les personnes interrogées. Il est près de quatre fois plus fréquent en région parisienne qu’en zone rurale et trois fois plus fréquent dans les grandes agglomérations de province que dans les zones rurales. La gêne occasionnée par la présence de délinquants et le renoncement à sortir seul augmentent aussi très significativement avec la taille des agglomérations. D’un point de vue géographique, le Nord de la France, la région parisienne et le pourtour méditerranéen sont les zones dans lesquelles les habitants sont le  plus confrontés au sentiment d’insécurité dans le quartier/village. Ces régions s’opposent de ce point de vue à l’ouest du pays.

Le sentiment d’insécurité au domicile est nettement moins sensible à la taille d’unité urbaine (taille des agglomérations) et à la zone géographique.

L’insuffisance de la présence des forces de l’ordre est fortement ressentie dans les zones rurales, mais aussi dans les grandes agglomérations de province. Elle l’est beaucoup moins dans l’agglomération parisienne.

Enfin, la sévérité du jugement porté sur l’efficacité de l’action des forces de l’ordre est d’autant plus forte que les personnes résident dans des agglomérations de plus grande taille.

Les habitants de cités et des anciennes ZUS sont très préoccupés par l’insécurité, et particulièrement sévères à l’égard de l’efficacité des forces de l’ordre dans leur environnement

Dans les territoires des anciennes Zones Urbaines Sensibles (anciens quartiers de la politique de la ville), plus d’un habitant sur quatre se sent en insécurité dans le quartier. Le sentiment d’insécurité au domicile est aussi plus élevé qu’ailleurs, mais dans une moindre mesure. À noter que, dans ces quartiers, une
personne sur quatre se dit gênée par la présence de délinquants et une personne sur cinq renonce de façon fréquente à sortir seule de chez elle.

Un même constat peut être dressé à propos des habitants des cités et des grands ensembles. Leur opinion relative à l’insécurité dans leur quartier est nettement plus dégradée que celle des habitants de quartiers pavillonnaires et de maisons dispersées.

En ZUS et dans les cités/grands ensembles, l’action de la police/gendarmerie est jugée particulièrement inefficace bien que les habitants se plaignent moins qu’ailleurs de l’insuffisance de la présence policière dans leur quartier.

Le sentiment d’insécurité touche davantage les personnes modestes

Le sentiment d’insécurité, dans le quartier comme au domicile, touche davantage les personnes à niveau de vie modeste, mais aussi les employés, les étudiants et autres inactifs.

Le niveau de vie n’a en revanche pas beaucoup d’influence sur la satisfaction moyenne envers les forces de l’ordre dans le quartier. Les plus modestes se plaignent moins de l’insuffisance de la présence policière que les autres alors qu’ils se plaignent davantage du manque d’efficacité. Les personnes aisées et les catégories socio-professionnelles élevées (CSP+ : Cadres, professions intermédiaires) sont moins touchées par le sentiment d’insécurité. Les retraités sont particulièrement indulgents à l’égard de la présence et de l’efficacité policière dans leur quartier. De même, les CSP+ sont davantage satisfaits de l’efficacité policière.

Le fait d’avoir subi au moins une victimation renforce le sentiment d’insécurité

Les personnes ayant été, au cours de l’année précédant l’enquête, victimes d’au moins une atteinte aux biens (cambriolages, vols de voiture, dégradations, etc.) ou d’une atteinte à la personne avec violence se sentent davantage en insécurité. Le sentiment d’insécurité dans le quartier/village comme au domicile est en moyenne deux fois plus fréquent chez ces personnes.

Avoir un antécédent de victimation dégrade très nettement la perception de l’efficacité policière dans le quartier. L’opinion concernant la présence policière diffère en revanche assez peu en fonction du passé de victimation.

Comment comprendre l’opinion à l’égard de l’efficacité et de la présence des forces de l’ordre ?

Presque un français sur deux (47 %) trouve les forces de l’ordre insuffisamment présentes ou insuffisamment efficaces dans le quartier, ou les deux à la fois.

Les jugements à propos de l’efficacité d’un côté, et la présence de l’autre, ne se recoupent pas forcément, ils ne vont pas nécessairement de pair. En effet, parmi les français jugeant la police/gendarmerie inefficace, 71 % la trouvent néanmoins suffisamment présente. De plus, parmi les français jugeant la  police/gendarmerie pas assez présente, 66 % la jugent néanmoins efficace.

L’opinion à propos de l’efficacité des forces de l’ordre dans le quartier est très liée au sentiment d’insécurité et au passé de victimation des répondants : les personnes se sentant en insécurité sont particulièrement sévères envers l’efficacité de la police/gendarmerie. Ainsi, il n’est pas surprenant de constater que le jugement sur l’efficacité des forces de l’ordre est particulièrement négatif dans les grandes villes, en Ile-de-France, dans le Nord, sur le pourtour méditerranéen, auprès des 14-29 ans, parmi les plus modestes, dans les quartiers de type « cités » et anciennes ZUS, et enfin parmi les personnes ayant été victimes de violences ou d’atteintes aux biens.

En revanche, l’opinion à propos de la présence policière dans le quartier est bien plus liée à la localisation géographique des répondants, à la taille des agglomérations dans lesquelles ils vivent (et donc souvent à la réelle intensité de la présence des forces de l’ordre). Ainsi, les habitants des zones rurales se plaignent bien plus du manque de policiers/gendarmes que les habitants des espaces urbanisés. En dehors de l’aspect géographique, l’âge a aussi une influence importante sur l’opinion à propos de la présence des forces de l’ordre : plus les répondants sont jeunes, et plus ils se plaignent du manque de  policiers/gendarmes. À noter que les habitants de l’agglomération parisienne se plaignent nettement moins de l’insuffisance de la présence policière dans le quartier que les habitants des grandes villes de Province.

L’opinion sur l’efficacité des forces de l’ordre dans le quartier est très liée au sentiment d’insécurité

Opinion sur les forces de l'ordre (%) Sentiment d'insécurité dans le quartier Sentiment d'insécurité au domicile Moyenne sur la population totale
oui non oui non
Pas assez présentes 29.7 26.8 29.1 26.9 27.1
Pas assez efficaces 57.5 21.8 45.9 23.9 25.7

Sources : Enquêtes Cadre de Vie et Sécurité 2007-2016, Insee-Ondrp-Ssmsi, calculs SSMSI.
Champ : Ensemble des personnes de 14 ans ou plus appartenant à des ménages ordinaires en France métropolitaine.
Note de lecture : Sur l’ensemble de la population, 25,7 % des répondants trouvent la police pas suffisamment efficace.
Parmi les personnes se sentant en insécurité dans leur quartier, 57,5 % des répondants trouvent la police pas suffisamment efficace.

L’approche descriptive adoptée ici n’a pas pour objectif de détailler les liens de causalité entre le sentiment d’insécurité et les différents facteurs étudiés. À termes, un tel approfondissement vaudrait d’être entrepris, notamment grâce à l’utilisation d’une modélisation économétrique adéquate.

De plus, la victimation des répondants devra être complétée par le fait d’avoir été témoin d’infractions ou de tous autres comportements influençant le sentiment d’insécurité.

Questions sur les sentiments et les opinions en matière d’insécurité dans CVS

Nous considérons qu’une personne se sentant en insécurité dans son quartier/village est une personne ayant répondu « souvent » ou « de temps en temps » à la question : « Il vous arrive de vous sentir personnellement en insécurité dans votre quartier ou votre village ». Il en est de même du sentiment d’insécurité au domicile avec la question « Il vous arrive de vous sentir personnellement en insécurité dans votre domicile ». Dans d’autres études, la modalité « rarement » est parfois ajoutée aux deux précédentes : ce choix modifie le niveau du sentiment d’insécurité, mais l’évolution dans le temps reste comparable.

Pour les autres opinions, nous intégrons les personnes ayant répondu « oui souvent » ou « oui parfois » aux questions suivantes « Dans la vie courante, il vous arrive de renoncer à sortir seul(e) de chez vous pour des raisons de sécurité (y compris pour ne pas être importuné(e) ou à certaines heures) » ou « Dans votre quartier (ou votre village), vous êtes gêné(e) par l’existence de groupes de délinquants qui sont à l’origine des trafics, de la prostitution ou à toutes formes de délinquance ? ».

Concernant l’avis sur les forces de l’ordre dans le quartier, les personnes jugeant la présence de la police/gendarmerie insuffisante sont celles ayant répondu « est insuffisante » ou « est inexistante alors qu’elle serait nécessaire » à l’assertion « Vous diriez que la présence de la police ou de la gendarmerie dans votre quartier (ou votre village) ... ». Enfin, les personnes jugeant l’action de la police/gendarmerie inefficace sont celles ayant répondu « peu efficace » ou « pas efficace du tout » à l’assertion « De l’action de la police ou de la gendarmerie en matière de lutte contre la délinquance dans votre quartier (ou votre village), vous diriez : ».

Références bibliographiques :

« Des niveaux de violence et un sentiment d’insécurité hétérogènes selon le lieu de résidence », M.Clais, février 2016, La note de l’ONDRP n°4.
« Victimation 2015 et Opinions sur la sécurité mesurées lors de l’enquête Cadre de vie et sécurité 2016 », C.Rizk, Novembre 2016 , ONDRP – Rapport annuel 2016
« Le projet Margin : Analyser le sentiment d’insécurité dans cinq pays et régions d’Europe », Grand Angle n°45, ONDRP